AccueilLes outils d’un islam en mutation. Réislamisation et moralisation au sud du Sahara

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Publié le vendredi 25 septembre 2009 par Marie Pellen

Résumé

Ce numéro thématique d’Ethnographiques.org propose de penser les dynamiques actuelles de l’islam au sud du Sahara principalement à travers les outils de la réislamisation : médias de masse (presse écrite, radio, télévision), éditions matérielles (opuscules, livres, fatwa), NTIC (Sites, Blogs), diplomaties culturelles (colloques, conférences, prêches), techniques du corps (usages vestimentaires et objets), etc.Quels usages prêcheurs et fidèles font-ils de ces outils, technologiques ou traditionnels, médiatiques ou organisationnels et en quoi nous aident-ils à comprendre les mutations de l’islam subsaharien ? Les propositions sont à envoyer avant le 31 octobre à Fabienne Samson (Fabienne.Samson-Ndaw@ird.fr), Maud Saint-Lary (msaintlary@yahoo.com) et Laurent Amiotte-Suchet (laurent.amiotte-suchet@unil.ch).

Annonce




Depuis les années 1980, on observe partout en Afrique des phénomènes de redynamisation de l’islam : des radios islamiques voient le jour, des mosquées se multiplient dans les villes, des ONG et associations musulmanes deviennent le socle d’actions sociales très ciblées. Ces réalités, particulièrement visibles au sud du Sahara, s’inscrivent dans des espaces où l’islam est parfois présent de longue date, posant avec beaucoup d’acuité la question de ses transformations et de ses stratégies de développement. L’Afrique subsaharienne a connu dans son histoire bien des vagues d’islamisation. Ainsi en 1804, à Sokoto, Uthman dan Fodio entreprenait un jihad et démontrait par ses prêches que la cour hausa n'était pas musulmane comme elle le prétendait[1]. Ces phénomènes n’ont certes rien de nouveau, mais ils soulèvent systématiquement des interrogations sur la pénétration de normes islamiques remettant en question un ordre anciennement établi.

La notion de « réislamisation » pose un cadre historique précis, celui d’une vague d’expansion islamique à partir du début des années 1970. A cette période se conjuguent les effets de la guerre du Kippour, du premier choc pétrolier et des grandes sécheresses renforçant les relations entre l’Afrique noire et le monde arabo-persan. A cela s’ajoute les conséquences indirectes de la révolution iranienne qui suscite une certaine fascination dans les milieux musulmans[2] et conduit à des phénomènes de moralisation des fidèles débouchant sur une réévaluation de leurs pratiques de l’islam et plus généralement de leur conception du vivre ensemble.


Ces dernières années, la mondialisation donne à toute cette effervescence un visage nouveau : les idées circulent plus vite, le religieux, éminemment transnational, est plus qu'hier dynamisé par des réseaux marchands et migratoires[3]. On assiste à une fragmentation des autorités islamiques et donc à une intensification des concurrences pour la captation des clientèles. Les prêcheurs, s’adaptant à ces situations nouvelles, mobilisent dès lors une panoplie d’outils pour la transmission de leur message. Des livres aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, ils mettent à profit de nombreux procédés pour investir les espaces publics nationaux et diffuser des normes morales et sociales.


Ce numéro thématique d’Ethnographiques.org propose de penser les dynamiques actuelles de l’islam au sud du Sahara principalement à travers les outils de la réislamisation que l’on a identifié dans cette liste non exhaustive : 1. Les médias de masse (presse écrite, radio, télévision), 2. Les éditions matérielles (opuscules, livres, fatwa), 3. Les NTIC (Sites, Blogs), 4. Les diplomaties culturelles (colloques, conférences, prêches), 5. Les techniques du corps (usages vestimentaires et objets). Ainsi on se demandera quels usages prêcheurs et fidèles font de ces outils, technologiques ou traditionnels, médiatiques ou organisationnels et en quoi ils facilitent les mutations de l’islam subsaharien.


Pour répondre à ces questions, le présent dossier encourage différents angles d’analyse possibles :



  • La réflexion pourra d’abord porter sur la production des normes. Les médias et autres supports servent d’abord à des élites qui diffusent des savoirs, donnent des codes de conduites et produisent, in fine, des normes sociales et morales. Ils peuvent servir la contestation ou le dialogue avec les pouvoirs publics et préfigurent peut-être un nouveau rapport au politique. Ils permettent la production de messages sociétaux faisant de ceux qui les transmettent de véritables opérateurs du changement. En outre, dans des univers où l’islam est souvent pluriel et fragmenté, les outils peuvent être des lieux de valorisation de savoirs équivoques, de conceptions antagonistes de l’islam et raviver des concurrences au sein des communautés musulmanes nationales. C’est ici toute la question de la visibilité qui est posée par des acteurs qui s’évertuent de plus en plus à occuper les espaces publics. D’autre part, si les outils en question ne sont pas nécessairement nouveaux (cf. livres, radio…), leurs usages le sont toutefois et donnent à voir les mutations récentes de l’islam.



  • La question de la réception et des usages des outils par les fidèles est tout aussi essentielle. Partant du postulat que les fidèles ne sont pas de simples cibles, on pourra les appréhender comme les acteurs de leur réislamisation participant pleinement aux mutations en cours. En effet, les fidèles participent à des émissions et se forment à des savoirs islamiques qui constituent pour eux des dimensions existentielles fortes. Ils s’approprient des outils qui prennent une place prépondérante dans leur quotidien et les font circuler.



  • Les manières dont, localement, les organisations musulmanes se déploient sont tout aussi essentielles. Si tout processus de réislamisation passe inévitablement par l’émergence de nouvelles légitimités qui fondent l’autorité des élites, ces changements structurels ne sont pas sans conséquence sur la capacité des acteurs à occuper de nouveaux rôles dans la redéfinition d’un islam contemporain.


Les articles valoriseront des études de cas bien documentées par des données de terrain produites dans des pays d’Afrique subsaharienne aussi bien anglophone que francophone.


Les propositions, de 700 mots minimum, sont à envoyer avant le 31 octobre 2009 conjointement à Fabienne Samson (Fabienne.Samson-Ndaw@ird.fr), Maud Saint-Lary (msaintlary@yahoo.com) et Laurent Amiotte-Suchet (laurent.amiotte-suchet@unil.ch).


Pour les propositions retenues, les articles finalisés devront nous parvenir avant le 31 mars 2010. Les articles seront soumis à une double relecture (interne et externe).


La revue ethnographiques.org promeut de nouvelles formes de production scientifique associant l’écrit à d’autres supports multimédias. Elle encourage donc les auteurs à mobiliser différents matériaux (documents sonores, photos, vidéo etc.). Au besoin, les membres du comité de rédaction peuvent fournir une aide technique pour l’exploitation des matériaux. Le numéro 16 de la revue contient quelques exemples de format d’écriture originaux (http://www.ethnographiques.org/-Numero-16-septembre-2008-.html).







[1] Robinson, David, 1988, La guerre sainte d’al-Hajj Umar. Le Soudan occidental au milieu du XIXe siècle, Paris, Karthala : 73-79.


[2] Triaud, Jean-Louis, 2007, « L’islam au sud du Sahara : pistes de réflexion », In Souley, Moyet, Seck et Zakari, Islam sociétés et politique en Afrique Subsaharienne. Les exemples du Sénégal, du Niger et du Nigéria, Paris, Les Indes savantes : .


[3] Fourchard, Laurent, Mary, André et Otayek, René (eds.), 2005, Entreprises religieuses transnationales en Afrique de l'Ouest, Paris, Karthala.


Dates

  • samedi 31 octobre 2009

Mots-clés

  • islam, mutation, réformisme, médias, technologie, moralisation

Contacts

  • Maud Saint-Lary
    courriel : maud [dot] saint-lary [at] ird [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Maud Saint-Lary
    courriel : maud [dot] saint-lary [at] ird [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les outils d’un islam en mutation. Réislamisation et moralisation au sud du Sahara », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 25 septembre 2009, http://calenda.org/199008