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Sciences sociales et monde de l'entreprise

Sciences sociales et entreprises: un dialogue impossible ?

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Publié le lundi 28 septembre 2009 par Marie Pellen

Résumé

Les relations entre sciences sociales et entreprises peuvent sembler condamnées d’avance. Les études de sciences sociales, qu’elles soient réalisées en interne, ou commandées à des chercheurs extérieurs, ne sont-elles pas destinées à être tronquées, déformées ou instrumentalisées ? Quant aux recherches indépendantes sur les entreprises, leurs problématiques, leur langage ne les rendent-elles pas inutilisables pour les acteurs du monde professionnel ? Ce constat souffre néanmoins de nombreuses exceptions et semble aujourd’hui évoluer pour différentes raisons. Au cours de cette journée d'étude, seront présents des chercheurs « indépendants » spécialistes du monde de l’entreprise, d’autres qui produisent ponctuellement des études pour des entreprises, ainsi que des chercheurs employés directement par des entreprises pour produire des études de sciences sociales. Dans certains cas, les partenaires de recherche au sein des entreprises étudiées interviendront également pour expliciter leurs attentes vis-à-vis de la recherche en sciences sociales.

Annonce

Les relations entre sciences sociales et entreprises peuvent sembler condamnées d’avance. Les études de sciences sociales, qu’elles soient réalisées en interne, ou commandées à des chercheurs extérieurs, ne sont-elles pas destinées à être tronquées, déformées ou instrumentalisées ? Quant aux recherches indépendantes sur les entreprises, leurs problématiques, leur langage ne les rendent-elles pas inutilisables pour les acteurs du monde professionnel ? La question est d’autant plus sérieuse que d’autres disciplines universitaires, sciences de gestion, études du comportement du consommateur, ont depuis longtemps cherché à combler le fossé séparant sciences sociales et entreprises, à l’aide de méthodes, de discours, de propositions directement compréhensibles et mobilisables par les managers.

Ce constat, indiscutable – méfiance réciproque entre les deux univers, marginalité des études sur les entreprises au sein des départements de sciences sociales, désintérêt des entreprises pour les profils de chercheurs –, souffre néanmoins de nombreuses exceptions et semble aujourd’hui évoluer pour différentes raisons, dont voici quelques exemples: vigueur retrouvée de l’histoire des entreprises (ateliers n°1 et n°2) ; souci des entreprises de mieux comprendre la complexité de l’environnement dans lequel elles agissent (problématique de la responsabilité sociale des entreprises, ateliers n°1 et n°3); timide prise de conscience des écoles de management de la nécessité d’« humaniser » leurs enseignements utilitaristes.

Au cours de cette journée, afin de parcourir le spectre des relations existantes entre ces deux univers, seront présents des chercheurs « indépendants » spécialiste du monde de l’entreprise, d’autres qui produisent ponctuellement des études pour des entreprises, ainsi que des chercheurs employés directement par des entreprises pour produire des études de sciences sociales. Dans certains cas, les partenaires de recherche au sein des entreprises étudiées interviendront également pour expliciter leurs attentes vis-à-vis de la recherche en sciences sociales.

Par ailleurs, afin de « tester » le potentiel, les limites ou les dangers de ces collaborations, nous nous pencherons plus particulièrement sur deux objets de recherche : l’histoire et la culture des entreprises, d’une part ; la responsabilité sociale des entreprises, d’autre part. Il s’agit en effet de thématiques à la frontière des préoccupations de certains chercheurs et des entreprises, mais dont l’étude ne semble pas, en première analyse, répondre pas aux mêmes objectifs pour les uns et pour les autres. Les étudier permet ainsi d’aborder très concrètement les formes possibles de collaboration, leur potentiel, et leurs limites bien sûr.

Pour ce qui est des histoires et cultures d’entreprise, il serait ainsi tentant de voir, de manière très caricaturale, une histoire « objective », d’un côté, une histoire revisitée, réinventée afin de coller à la stratégie du moment, de l’autre ; des cultures complexes, échappant en grande partie au contrôle du management d’une part, une « culture d’entreprise » (au sens de « la culture IBM »), positive et cohérente de l’autre. De même, en matière de responsabilité sociale de l’entreprise, on imagine aisément des positions radicalement différentes entre chercheurs et entreprises. Tandis que les premiers chercheraient à dresser le bilan complet (mais souvent négatif) des actions d’une entreprise sur son environnement social ou économique, les seconds tenteraient de travestir la réalité pour améliorer coûte que coûte l’image de leur entreprise.

Ainsi, comment intéresser une entreprise à son histoire et à sa culture sans renoncer aux exigences scientifiques ? Quel intérêt, en d’autres termes, aurait une entreprise à fouiller dans son passé ? A laisser un chercheur explorer, au-delà de l’image qu’elle voudrait donner d’elle-même, les ressorts apparents et cachés de sa culture, l’action positive ou négative qu’elle exerce sur son environnement ? Chercheurs et managers songent-ils seulement à la même chose lorsqu’ils parlent ensemble d’histoire et de culture ou de responsabilité sociale ? Où se situe par ailleurs le bon degré de vulgarisation, de « traduction » du travail du chercheur ?

Nous espérons, au cours de cette journée, apporter des réponses à ces questions, et trouver les voies d’un enrichissement réciproque, sans qu’aucun des deux partenaires de recherche n’ait à « vendre son âme ».

PROGRAMME

Accueil des participants et introduction (10h00 - 10h15)

par Olivier Faron, Directeur de l'ENS LSH

1. Histoire des sciences sociales dans les grands groupes industriels français (10h30 - 12h15)

Hélène-Yvonne Meynaud (sociologue, ingénieure de recherche chez EDF, auteure de Dialogues de chercheur(e)s à EDF, L’Harmattan, 2002)

Patrick Fridenson (directeur d’études à l’EHESS, rédacteur en chef de la revue Entreprises et histoire)

Eric Godelier (professeur de sciences de gestion à l’Ecole Polytechnique, président du département « Humanités et sciences sociales »)

12h30-14h : déjeuner

2. La responsabilité sociale des entreprises: lieu de rencontre entre sciences sociales et entreprises? (14h00 - 15h45)

Eric Cédiey (chargé d’études à ISM Corum, Ingénieur statisticien-économiste de l’Ecole de l’INSEE et spécialiste des politiques anti-discriminatoires sur le marché de l’emploi)

Emmanuel Maillet (responsable des relations sociales de la société Adecco)

Rodolphe Vidal (Ingénieur de recherche à l'ESSEC, en charge de l'axe RSE / Base Of the Pyramid au sein de la Chaire Entrepreneuriat Social, doctorant en économie au C3ED / UVSQ dans l'équipe IACA)

3. A quoi sert l'histoire des entreprises? (16h00 - 17h45)

Introduction du thème par Patrick Fridenson

Nicolas Marty (maître de conférences à l’université de Perpignan, auteur de Perrier, c’est nous !, L’Atelier, 2005)

Charles de Froment (doctorant, EHESS)

15h45-16h : pause

Conférence de conclusion (18h00 - 19h30)

par Christian Morel, ancien DRH de Renault Véhicules Industriels, auteur de Sociologie des décisions absurdes (Gallimard, 2002) et L'enfer de l'information ordinaire (Gallimard, 2007).

Lieux

  • ENS LSH 15 parvis René Descartes, salle F08
    Lyon, France

Dates

  • jeudi 15 octobre 2009

Mots-clés

  • sciences sociales, entreprises, histoire, management, industrie, responsabilité, culture d'entreprise

Contacts

  • Arnaud Fossier
    courriel : heyfos [at] gmail [dot] com
  • Charles de Froment
    courriel : charles [dot] de [dot] froment [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Charles de Froment
    courriel : charles [dot] de [dot] froment [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Sciences sociales et monde de l'entreprise », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 28 septembre 2009, http://calenda.org/199012