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La dimension spatiale des ressources sociales

Mobilité / capital d'autochtonie

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Publié le jeudi 01 octobre 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Cette journée d’études pluridisciplinaire (sociologie / géographie) se propose de penser l’espace comme une dimension inhérente aux rapports sociaux. A minima, « effets de lieu » et « effets de classe » interagissent constamment. Plus encore : l’espace participe de la définition des positions sociales qui doivent être pensées à différentes échelles, du local au mondial, et pas seulement à l’échelle nationale implicitement posée par la notion de société. C’est pourquoi il nous semble important d’interroger la dimension spatiale des différentes ressources sociales (capital économique, culturel, symbolique, social...), des conditions de leur accumulation et utilisation. Notre journée d’études vise en particulier à revenir sur ces deux concepts, renvoyant à des pratiques a priori opposées, que sont le « capital d’autochtonie » et la « mobilité », ainsi qu’à tester leur pertinence et interroger leur statut théorique à partir d’enquêtes empiriques.

Annonce

Journée d’études organisée par Fabrice Ripoll, Sylvie Tissot et Susanna Magri (LAB’URBA / CSU - UMR CNRS CRESPPA)

Jeudi 15 Octobre 2009, 9h30-17h30, Université Paris 8 (site Pouchet)
59/61 rue Pouchet, 75017 Paris - http://www.pouchet.cnrs.fr/plan.htm

Cette journée d’études pluridisciplinaire se propose de partir des difficultés auxquelles les chercheurs sont confrontés pour penser les relations entre l’espace et les rapports sociaux. Après s’être constituée en discipline sur la question des relations hommes / milieux (naturels), la géographie humaine a connu une véritable refondation épistémologique en affirmant que c’était l’espace, ou les rapports espaces / sociétés qui devaient être son véritable objet. Mais tout en s’affirmant ainsi comme science sociale, elle a eu tendance à faire de « l’espace » une réalité autonome voire agissante. Critiquant ce « spatialisme », la géographie sociale a pris au sérieux l’idée lefebvrienne d’un espace produit social, mais a eu les plus grandes difficultés à statuer clairement sur le « rôle » qu’il pouvait avoir, le considérant souvent comme surface d’inscription des inégalités, simple « miroir » produisant une réflexion « brouillée » comme le dit Pierre Bourdieu.

Du côté des sociologues précisément, malgré le programme ambitieux de la morphologie durkheimienne, la tendance a plutôt été d’oublier ou de négliger la dimension spatiale. Et quand elle était prise en compte, en sociologie urbaine notamment, on a pu observer la même bipolarisation des postures, significative du même dilemme théorique : comment faire pour intégrer pleinement l’espace sans l’autonomiser, sans contribuer à évacuer les rapports sociaux globaux (comme risquent toujours de le faire les travaux hyperspatialisés cherchant à dégager des « effets de quartier » ou de « territoire ») ? La réponse nous semble être dans le fait de ne plus considérer l’espace et la société comme deux réalités séparées, mais au contraire de penser l’espace comme une dimension inhérente aux rapports sociaux. Le social est toujours déjà spatial.

A minima, il faut considérer qu’« effets de lieu » et « effets de classe » interagissent constamment. En effet, la localisation géographique, la réalité matérielle (type d’habitat, organisation des villes) dans lequel un individu grandit, travaille et habite, le nombre et le type d’espaces dans lequel il/elle évolue et ceux dans lesquels il/elle est confiné-e... n’ont pas d’impact indépendamment de la position et de la trajectoire sociale. Il faut du capital culturel pour faire d’une architecture ancienne plus qu’une maison délabrée : un patrimoine. Une adresse bourgeoise procure-t-elle vraiment du prestige à ouvrier ? Ou ne vient-elle pas plutôt renforcer les rapports de domination par l’invisibilité imposée à celui qui trouble l’entre-soi ? Mais si les « effets de lieu » n’agissent pas indépendamment des rapports de classe, les rapports de classe, inversement, ne constituent pas une réalité « hors sol », séparables des rapports à l’espace physique. En d’autres termes, l’espace participe de la définition des positions sociales et ces dernières doivent être pensées simultanément à différentes échelles, du local au mondial, et pas seulement à l’échelle nationale implicitement posée par la notion de société.

C’est pourquoi il nous semble intéressant d’interroger plus avant la dimension spatiale des différentes ressources sociales (capital économique, culturel, symbolique, social...), des conditions de leur accumulation et de leur utilisation. Un diplôme n’a pas (et aura sans doute de moins en moins à l’avenir) la même valeur, le même rayonnement, selon l’université qui le délivre. La détention de capital social, les modalités de son accumulation et son rôle dans les rapports de domination apparaissent infiniment plus complexes quand la dimension spatiale est prise en compte. Les travaux sur le « capital d’autochtonie » semblent montrer en effet que l’inscription dans des réseaux sociaux locaux peut générer de véritables ressources pour les classes populaires. À l’inverse, la sociologie de la bourgeoisie montre comment les réseaux internationaux alimentent la reproduction sociale, que ce soit au niveau de la socialisation ou du monde du travail. Entre ces différents groupes sociaux, certaines fractions des classes moyennes, notamment celles qui viennent habiter dans des quartiers déqualifiés, ne sont-elles pas contraintes de s’inscrire dans des réseaux locaux pour revaloriser leur adresse ? Et que penser des actions collectives essayant de développer une économie à la fois « solidaire » et « relocalisée » ? Et si la distinction entre un capital d’autochtonie, ressource des pauvres, et une mobilité, privilège des plus riches, était, elle-même, à nuancer ? 

Notre journée d’études se propose de reprendre ces questions à partir de communications visant à revenir sur ces deux concepts (capital d’autochtonie/mobilité) et leurs usages dans les recherches, mais aussi à tester leur pertinence et interroger leur statut théorique à partir d’enquêtes empiriques.

Programme

Matinée (9h30 – 12h)

•  Introduction - Susanna Magri, Directrice de recherche en sociologie, CSU - UMR CNRS CRESPPA

•  Classes populaires et capital d'autochtonie. Genèse et usages d'une notion - Nicolas Renahy, Chargé de recherche en sociologie, CESAER - UMR INRA-ENESAD

•  Mobilité et ancrage dans les quartiers « pauvres » : les ressources de la proximité - Sylvie Fol, Professeure en géographie, Université Paris 1, UMR CNRS Géographie-Cités

Après-midi (13h30 – 17h30)

•  Le rapport à la mobilité des catégories supérieures - Anne-Catherine Wagner, Professeure en sociologie, Université Paris 1, CSE

•  Un capital d'autochtonie des classes supérieures ? Mobilisation et ancrage local de gentrifieurs à Boston - Sylvie Tissot, Maîtresse de conférences en sociologie, Université de Strasbourg, GSPE / CSU - UMR CNRS CRESPPA

•  Les AMAP et l’économie solidaire : la construction d’un capital d’autochtonie interclassiste ? - Fabrice Ripoll, Maître de conférences en géographie, Université Paris XII, LAB’URBA

• Discussion et synthèse - Christine Lelévrier, Maîtresse de conférences en sociologie, Institut d’Urbanisme de Paris, LAB’URBA

Catégories

Lieux

  • Université Paris 8 (site Pouchet) - 59/61 rue Pouchet
    Paris, France

Dates

  • jeudi 15 octobre 2009

Mots-clés

  • espace, classes sociales, capitaux

Contacts

  • Sylvie Tissot
    courriel : sylvie [dot] tissot [at] univ-paris8 [dot] fr
  • Fabrice Ripoll
    courriel : fabrice [dot] ripoll [at] u-pec [dot] fr

Source de l'information

  • Fabrice Ripoll
    courriel : fabrice [dot] ripoll [at] u-pec [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La dimension spatiale des ressources sociales », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 01 octobre 2009, http://calenda.org/199018