AccueilTraces et mémoires de migrations en Méditerranée

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Publié le vendredi 09 octobre 2009 par Marie Pellen

Résumé

En Méditerranée comme ailleurs, les liens que les migrants entretiennent avec leurs origines sont aujourd’hui considérés comme des éléments structurants de la réalité migratoire. Ce type de démarche peut contribuer à réintroduire partiellement la question des rythmes de la migration, tant les relations avec les origines ne se manifestent pas de manière homogène dans le temps. Un cycle de retours ou de remobilisation du discours de l’origine commune semblent apparaitre distinctement dans ce qu’il conviendrait d’appeler un « âge du retour » plus marqué que dans les années précédentes. Celui-ci recouperait deux grands types : tout d’abord un retour sur soi, sur ses racines de migrants, qui pousse à réhabilité la mémoire de la migration dans le but de valoriser une histoire souvent méconnue et négligée par les grandes narrations officielles. Le souci du passé migratoire se manifeste aussi par la création de nouvelles formes de mobilités géographiques qui, à rebours de la migration première, voit les migrants (ou leur descendants) revenir sur leurs traces, vers les lieux de leurs origines pour des voyages habituels (vacances ou double activité) ou plus exceptionnels (pèlerinage identitaires ou tourisme des racines).

Annonce

Les migrations s’inscrivent dans des temporalités qui ont pu retenir l’attention de certains chercheurs. Cette inscription dans le temps est parfois devenue l’objet même de la recherche, et elle a pu être considérée comme une manière d’expliquer les déroulements de ce type de mobilité. C’est dans cet esprit qu’en 1977 Abdelmayek Sayad interrogeait « les trois âges des migrations algérienne en France », reprenant à cette occasion une certaine vision des rythmes migratoires. Ce type d’approche a suscité des typologies et des classifications reposant sur la motivation du déplacement des migrants (migrations de pionniers, migration de travail, migration familiale) qui implicitement découlent d’une approche téléologique où les migrants doivent passer inexorablement du statut de primo-arrivant à celui d’« immigré » durablement installé en famille en fonction de leur temps de séjour. Néanmoins, ce point de vue a été remis en question dans les années ’80 et ‘90 sous l’impulsion d’historiens (G. Noiriel), de géographes (Gildas Simon) ou de sociologues (Alain Tarrius) et les chercheurs ont découvert l’importance des liens tissés entre le pays de départ et celui d’arrivée. La prise en compte des mouvements de flux et de reflux a imposé des notions telles que champs migratoires et territoires circulatoires. Dans les dernières décennies du 20e siècle, ce type de considération a conduit à envisager avec une plus grande attention des phénomènes sociaux mettant en jeu la dimension identitaire ou mémorielle de la migration tels que les fonctionnements diasporiques. Ceux-ci semblent avoir été favorisés (ou au moins rendus plus visibles) par la transformation des moyens de communication et de transport et surtout par la facilitation des contacts de longue distance qui en découlait. Ce nouveau point de vue attribue désormais à la migration la création d’univers sociaux qui dépassent le simple cadre de l’installation dans un nouveau pays de résidence ou de l’absence d’un pays d’origine, cette « double absence » chère à Abdelmayek Sayad. Cette mobilité entrainerait surtout tout un ensemble des liens matériels comme immatériels, tissés entre différents espaces et différentes personnes.

En Méditerranée comme ailleurs, les liens que les migrants entretiennent avec leurs origines sont aujourd’hui considérés comme des éléments structurant de la réalité migratoire. Son expression a été magistralement décrite par Jean-Michel Poinard avec l’exemple éloquent des migrants portugais en France dans son ouvrage sur « Le va et vient identitaire ». Pourtant, tout en s’en éloignant dans un premier temps, ce type de démarche peut contribuer à réintroduire partiellement la question des rythmes de la migration, tant les relations avec les origines ne se manifestent pas de manière homogène dans le temps. Un cycle de retours ou de remobilisation du discours de l’origine commune semblent apparaitre aujourd’hui distinctement dans ce qu’il conviendrait d’appeler un « âge du retour » plus marqué que dans les années précédentes. Celui-ci recouperait deux grands types : tout d’abord un retour sur soi, sur ses racines de migrants, qui pousse à réhabilité la mémoire de la migration dans le but de valoriser une histoire souvent méconnue et négligée par les grandes narrations officielles. Dans ce cadre, ce mouvement participe à la réflexion sur les relations entre histoire et mémoire dans la mesure où il permet de faire émerger de nouveaux corpus pour les études historiques dans une dimension plus culturaliste. Le souci du passé migratoire se manifeste aussi par la création de nouvelles formes de mobilités géographiques qui, à rebours de la migration première, voit les migrants (ou leur descendants) revenir sur leurs traces, vers les lieux de leurs origines pour des voyages habituels (vacances ou double activité) ou plus exceptionnels (pèlerinage identitaires ou tourisme des racines).

Organisée dans le cadre du programme 4 « récit, pratiques sociales, construction de soi » de l’UMR 6570 TELEMMe de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, en partenariat avec le CNHI, cette rencontre proposera de développer différents cas où la mémoire de la migration pousse ses différents acteurs à agir. Dans la première partie de la journée, il s’agira de montrer comment cette préoccupation a pu provoquer une mobilisation en vue de préserver la mémoire de la migration. La seconde partie mettra en scène des déplacements réalisés par les migrants  ou par leurs descendants qui empruntent, définitivement ou momentanément, le chemin du retour vers le pays de leurs origines. Dans un cas comme dans l’autre, l’observation de ces réalités permettra de confirmer que la migration ne s’achève pas dans une intégration ou une assimilation aux contours douteux, mais qu’elle conduit plutôt à une dialectique complexe où l’ancrage vient dialoguer avec la mémoire.

Programme

Marianne AMAR, CNHI
Présentation de la journée

Stéphane MOURLANE, Pierre SINTÈS, TELEMME
Introduction

Matinée

Retrouver la mémoire des migrations

Samia CHABANI, Association AncrAges
Patrimonialisation des mémoires de l’immigration, entre perspectives et écueils, l’expérience
de la collecte menée par l’association ancrage dans les Bouches-du-Rhône

Naïma YAHI, Association Génériques
La musique maghrébine de l’exil ou la mémoire en chantant

Laure TEULIÈRES, Université de Toulouse 2/FRAMESPA
Une mémoire discrète ? Les Italiens dans le Sud-Ouest

Après-midi

Retourner au pays

Karima DIRÈCHE, TELEMME
Le retour des Juifs d’Algérie

Jennifer BIDET, Université Lyon 2/GRS
Les vacances au bled : voyages routiniers ou tourisme identitaire ?

Nadège RAGARU, CERI
Itinéraires du souvenir : tourisme des racines et imaginaires du territoire chez les Turcs de
Bulgarie installés à Istanbul et à Bursa

Liesl GAMBOLD, Dalhousie University, Halifax
Trends in Retirement Migration in the Mediterranean and Abroad

Lieux

  • Maison méditerranéenne des sciences de l'homme
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • mercredi 04 novembre 2009

Fichiers attachés

Mots-clés

  • migration, mémoire, retour, Méditerranée

Contacts

  • Pierre Sintès
    courriel : psintes [at] efa [dot] gr
  • Stéphane Mourlane
    courriel : mourlane [at] unice [dot] fr

Source de l'information

  • Pierre Sintès
    courriel : psintes [at] efa [dot] gr

Pour citer cette annonce

« Traces et mémoires de migrations en Méditerranée », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 09 octobre 2009, http://calenda.org/199121