AccueilFléau, ressource, exutoire : visions et usages des rivières urbaines (XVIIIe-XXIe siècle)

Fléau, ressource, exutoire : visions et usages des rivières urbaines (XVIIIe-XXIe siècle)

Plague, resource, outlet: visions and uses of urban rivers (18th-20th centuries)

Appel à contribution pour un numéro thématique de la revue Géocarrefour (vol. 85, 2010)

Theme issue of Geocarrefour (vol. 85, 2010)

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Publié le mardi 13 octobre 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

L’objet de ce numéro est d’introduire un croisement entre l’histoire et la géographie au sujet du rapport sociétés/environnement, qui permette de revisiter les profondes mutations des usages et des représentations des rivières urbaines, depuis l’aube de l’industrialisation jusqu'aux temps présents.

Annonce

English Version below.

L’objet de ce numéro est d’introduire un croisement entre l’histoire et la géographie au sujet du rapport sociétés/environnement, qui permette de revisiter les profondes mutations des usages et des représentations des rivières urbaines, depuis l’aube de l’industrialisation. Depuis le temps des cités babyloniennes, les villes ont souvent été bâties en bordure des rivières, et ont entretenu avec ces dernières des relations complexes, entre risque, atout, besoin, etc. A partir de la fin du XVIIIe siècle, avec le développement des activités industrielles et la croissance des populations urbaines, ces relations se sont enrichies de nouvelles facettes. Certains espaces urbains, souvent situés en bordure des cours d’eau, et certaines rivières, ont été « sacrifiés », selon le terme consacré, à l’industrie et aux fonctions logistiques liées au commerce. D'autres, au contraire, les Waterfronts (le fait que le français n’ait pas de terme équivalent – même si l’on parle de fronts d’eau - étant en lui-même intéressant), ont été l'objet d'une attention urbanistique et politique souvent productrice d’inégalités sociales.

Si les transformations de la ville entrainées par l'industrialisation puis par la tertiarisation ont été beaucoup étudiées et si l’histoire des rivières en général est désormais un domaine de recherche florissant, l'analyse géo-historique des mutations des rapports entre les agglomérations urbaines et leurs cours d'eau, notamment à l'échelle infra-urbaine ou supra-urbaine, reste pour l’essentiel à étudier, en dépit de quelques travaux intéressants[1]. Nous attendons donc une variété de contributions qui, en choisissant une échelle géographique donnée ou en croisant les échelles, interrogent le rapport entre les sociétés et leur environnement à travers des études de cas sur la longue durée, ou au contraire sur des périodes courtes. Diversité également dans la temporalité, donc. 

L’arrivée de la machine à vapeur, a engendré la disparition ou la marginalisation d'activités traditionnelles d'exploitation de la voie d'eau, mais l’industrie moderne a créé ou renforcé d'autres usages de l'eau. D'où la croissance du nombre de conflits entre les différentes activités ou métiers utilisant l'eau des rivières aux XVIIIe-XIXe siècles (porteurs d'eau ; blanchisseuses des bateaux-lavoirs ; rouissage, tanneries, teintureries, etc.). En outre, l’industrialisation a entraîné une croissance quantitative du volume d'eaux usées rejeté dans les cours d'eau par les industries : des produits de plus en plus divers et agressifs pour le milieu y ont été déversés. Ces usages industriels et ces conflits (entre métiers, entre usagers d’amont et d’aval, entre urbains et ruraux), font partie des questions à aborder dans le numéro envisagé, en ce sens qu'ils aident à historiciser les débats contemporains sur le développement durable des rivières urbaines.

Parallèlement à ce développement de l’exploitation industrielle de la rivière urbaine, la croissance démographique des populations riveraines, l'expansion spatiale de l'aire habitée et l’augmentation de la consommation en eau des citadins ont eu pour corollaire une augmentation du volume des déchets urbains liquides. Le « tout à l’égout » se substituant progressivement aux désagréables vidanges des fosses d’aisances (bien souvent, jusqu'à la deuxième moitié du XXe siècle, sans que les matières ainsi recueillies ne soient épurées avant leur rejet en rivière), la contradiction entre les diverses fonctions des cours d’eau, lieu d’approvisionnement mais aussi exutoire des eaux usées de toutes natures a pris une ampleur qu’elle n’avait jamais eue auparavant. Cette contradiction est un autre des sujets que ce numéro souhaite explorer.

La complexification des relations entre les villes et leurs cours d'eau doit aussi aux progrès techniques du génie civil. On accueillera des études de cas illustrant la diversité des actions sur la rivière : endiguement urbain pour lutter contre les inondations, transfert d’eau d’un bassin à un autre pour alimenter des villes gourmandes en eau, couverture, détournement ou comblement de cours d'eau que l'on fait disparaître du paysage urbain plutôt que de les épurer ou, plus récemment, au contraire, réapparition de rivières « souterraines » et requalification de leurs berges. Toutes ces actions débordent du cadre politico-technique et s'inscrivent dans les débats publics, dans les enjeux de mémoire locale. Il s'agit dans le dernier cas, de renouer avec une tradition de loisirs liés à l’eau disparue suite à l'érection de grands ensembles industriels ou portuaires, ou à la construction d'autoroutes sur les berges (l'A7 à Lyon) : d’où la mise en œuvre de programmes qui s'étalent dans le temps, pour effacer l'emprise d'aménagements lourds. En installant la plage au cœur de la ville, les municipalités du début du XXIe siècle mènent une politique polysémique : elles utilisent la rivière comme un substitut balnéaire pour leurs populations, un objet de « marketing » urbain, et renouent avec les pratiques séculaires des joutes nautiques et autres concours de pêche. Les articles traitant de ces questions seront également bienvenus, par la superposition des strates historiques et des représentations de l'environnement qu'ils dévoilent.

Le numéro sera dirigé par Stéphane Frioux (ENS-LSH), en lien avec le comité de rédaction. Les articles sont attendus pour le 1er avril 2010, en vue d’une publication espérée en fin d'année 2010. Les auteurs intéressés sont invités à prendre contact avec le coordinateur (stephane.frioux@ens-lsh.fr). Les articles seront soumis, comme de coutume, à une double expertise scientifique à l’aveugle. La décision de publication revient au directeur de la revue après avis du comité de rédaction. Les articles, d’une taille de 40 000 signes, respectant strictement les normes bibliographiques de la revue ainsi que les consignes pour l’illustration et comprenant résumés et mots-clés, seront envoyés à André Buisson : geocarrefour@revues.org et au directeur du numéro (stephane.frioux@ens-lsh.fr). Les soumissions d’articles en anglais sont encouragées.

Plague, resource, outlet: visions and uses of urban rivers (18th-20th centuries)

The aim of this issue is to create a space in which historical and geographical approaches to the relationship between societies and environment may cross and meet, and thus enable a reappraisal of the profound mutations of the uses and visions of urban rivers, which have taken place since the eve of the Industrial era. Since the highest Antiquity, cities have been built on river banks, and have maintained complex relationships with these rivers, relationships including notions such as need, asset and risk. From the end of the 18th century onwards, as industrial activities developed and urban populations grew, these relationships acquired new facets. Some urban spaces, often situated along rivers, and certain rivers, have been sacrificed to industry and trade. Conversely, waterfronts (a term that, interestingly, has no equivalent in French, even if one may encounter the phrase fronts d’eau) have attracted the attention of urban planners since the 1970s economic crisis. The policies implemented there have often produced social inequalities.

Urban changes brought about by industrialisation and, later, by the extension of the service sector have been the object of much study. The history of rivers in general has become a flourishing field. Nonetheless, the geo-historical analysis of the changing relationship between cities and rivers remains largely unexplored, not least at the infra- or supra-urban level, even if several interesting works[2] have been published. A diversity of contributions is expected: contributions focusing on a given geographic scale, or employing different scales of analysis, and thus exploring the relationships between human societies and their environment through case-studies dealing with both the long term and brief events. Ideally, the table of contents of the issue should offer diversity both in terms of spaces and temporality.

Although the arrival of the steam engine engendered the disappearance or marginalisation of traditional uses of the waterways, as early as the 18th and 19th centuries modern industry created or developed other uses for rivers, giving rise to a growing number of conflicts over water (water carriers, launderers, retting, tanning and dyeing industries…). Furthermore, industrialisation led to a quantitative growth in the amount of waste water disposed of by factories into rivers with an increasing variety of more and more environmentally aggressive substances being discharged. These industrial uses of the rivers, and these conflicts (between trades, down- and upstream users, urban and rural populations), are topics we hope to cover in this issue.

In parallel to the development of these industrial uses of the river, the growing number of riverside residents and of urban water consumption there has been a corresponding increase in the volume of urban waste waters. Private cesspools were progressively replaced by sewerage networks – in most cases without the sewage being purified before being released into the rivers until the implementation of treatment stations, which occurred often only in the second half the 20th century. The contradiction between the various functions of the river, source of drinking water but also outlet for effluent and waste water from various origins reached proportions it had never before attained. This contradiction is another topic this issue is expected to explore.

The intricate relationships between cities and their watercourses also owes something to the technological progress of civil engineering. This issue will welcome case studies showing the diversity of interventions on rivers: urban flood prevention embanking; water transfers from one river basin to another to supply cities with high water consumption; the covering, diversion or filling in of rivers which disappeared from the cityscape instead of being purified; more recently, the resurrection of “underground” rivers and the rehabilitation of their banks. In this latter case, we are witnessing the revival of a tradition of water-based leisure that often disappeared because of the building of large industrial or port facilities, or motorways. Extensive programmes aiming at the clearing of heavy developments have been implemented. In bringing beaches into the heart of cities, early 21st century municipalities follow policies that have several meanings: they use the rivers as a substitute for the seaside for their inhabitants, they also use it as a marketing tool for the image of the city, while also reviving traditions such as regattas or fishing competitions. These policies reveal how historical layers and social representations of the environment may be intertwined. Papers dealing with such topics will also be welcomed, since they would highlight the fact that many interventions on urban rivers cannot be restricted to political and technical frames, but entail public debate and can constitute a sounding board for issues concerning the local memory.

The issue will be edited by Stéphane Frioux (ENS-LSH, Lyon), in collaboration with the editorial committee of the journal. Articles should be submitted 1st April 2010 for a publication by the end of  2010. Interested authors should contact the editor: stephane.frioux@ens-lsh.fr. As is our usual policy, articles will be anonymously submitted to two of reviewers (double blind procedure). The decision to accept an article is made by the editor of the journal after consultation of the editorial committee. Papers will not exceed 40,000 characters and will strictly respect the bibliographical norms as well as those regarding illustrations that can be found on the journal website. They will include a summary and key-words and should be sent to André Buisson: geocarrefour@revues.org and to the guest editor (stephane.frioux@ens-lsh.fr). Articles in English are welcome. They will be published in English.


[1] Pour un panorama récent des recherches dans ce domaine, on peut voir par exemple Christof Mauch and Thomas Zeller (eds, 2008, Rivers in history. Perspectives on waterways in Europe and North America, Pittsburgh. Voir aussi Dieter Schott, 2007, “Stadt und Fluss: Flüsse als städtische Umwelte im 19. und 20. Jahrhundert”,  in Bernd Hermann (Hg.), Beiträge zum Göttinger Umwelthistorischen Kolloquium 2004-2006, Göttingen, S. 145-16.

[2] For a recent panorama of the research in this field, see, for instance, Christof Mauch & Thomas Zeller (eds), Rivers in history. Perspectives on waterways in Europe and North America, Pittsburgh , 2008. Dieter Schott, “Stadt und Fluss: Flüsse als städtische Umwelte im 19. und 20. Jahrhundert”, in Bernd Hermann (Hg.), Beiträge zum Göttinger Umwelthistorischen Kolloquium 2004-2006, Göttingen, 2007, S. 145-16.

Dates

  • jeudi 01 avril 2010

Contacts

  • Stéphane Frioux
    courriel : stephanefrioux [at] yahoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Eric Verdeil
    courriel : eric [dot] verdeil [at] normalesup [dot] org

Pour citer cette annonce

« Fléau, ressource, exutoire : visions et usages des rivières urbaines (XVIIIe-XXIe siècle) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 13 octobre 2009, http://calenda.org/199126