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Cartographie socio-économique du spectacle vivant

Appel à propositions de recherche du ministère de la Culture

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Publié le lundi 19 octobre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Le Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture et de la Communication lance un appel à propositions de recherche sur le thème « Cartographie socio-économique du spectacle vivant ». L’appel à propositions de recherche s’adresse aux chercheurs en sciences sociales (économie et sociologie économique). Date limite de dépôt des propositions : 6 novembre 2009, 16h00.

Annonce

Contexte :

"[...] Aujourd'hui les conditions de développement du spectacle vivant sont en mutation. D'abord, les industries culturelles et médiatiques connaissant une profonde restructuration sous l'effet de la révolution numérique, ces lieux d'une diffusion et d'une valorisation de masse ainsi que d'une production à la fois de produits stars et de produits de niche voient leurs relations au spectacle vivant évoluer en particulier pour les industries de la musique et du spectacle enregistré mais aussi pour la radio et la télévision. Simultanément, des acteurs nouveaux importants font leur apparition dans le spectacle vivant (Live Nation, Stage Entertainment...). D'autre part, les relations public-privé, les modes de financement tant publics que parapublics et le soutien indirect par le biais du régime d'indemnisation chômage des intermittents du spectacle se trouvent interrogés ; on assiste aussi à un rôle accru des collectivités locales, du mécénat et du parrainage alors que l'événementiel se fait de plus en plus présent.

Dans ces conditions, il est essentiel de mieux appréhender et comprendre le fonctionnement socio-économique du spectacle vivant. Ce dernier avait d'ailleurs fait l'objet dans les années 1960-1970 des premiers travaux d'une économie culturelle alors à ses tout débuts. L'importance d'un tel secteur, les multiples enjeux de son développement, les particularités de la confrontation public-privé et des logiques marchandes/non marchandes qui s'y joue incitent à revenir aujourd'hui sur cette économie. [...]"

Les thématiques privilégiées

Les trois thématiques ci-dessous, qui précisent certaines attentes du DEPS, ne sont pas exclusives d’autres thématiques envisageables. Les propositions de recherche qui s’inscriront dans (au moins) l’une d’entre elles pourront toutefois être perçues comme plus particulièrement en phase avec les préoccupations du ministère de la Culture et de la Communication.

Filières, acteurs et fonctions : mécanismes et modèles à l’œuvre

En premier lieu, le spectacle vivant regroupe, comme on l’a souligné, un ensemble de secteurs et sous-secteurs reposant sur des modèles de fonctionnement et de valorisation qui restent assez mal caractérisés au moment même où les rapports avec les industries culturelles de la musique et du spectacle enregistrés mais aussi de la radio et de la télévision sont en mutation.

Ceci incite à faire le point sur les différents modèles existants et leur champ d’application, à revisiter les acquis antérieurs, en particulier ceux des études précédentes du DEPS sur le fonctionnement socio-économique de certains sous-secteurs (arts de la rue , arts du cirque) ainsi que sur la billetterie du spectacle vivant et la tarification dans le domaine des variétés, de manière notamment à apprécier leur pertinence au regard des mutations intervenues. Il s’agira également de les compléter en abordant d’autres filières passablement moins investiguées : on peut penser, par exemple, à la filière du théâtre musical, à la filière chorégraphique ou encore la filière des musiques traditionnelles.

Les différents sous-secteurs du spectacle vivant, au-delà du contact immédiat avec le public et le recours essentiel aux ressources humaines qui les caractérisent tous, ne fonctionnent pas nécessairement selon les mêmes mécanismes et, lorsque ces derniers diffèrent, les différences peuvent ne pas coïncider avec les genres habituellement distingués (arts du cirque, arts de la rue, théâtre, danse, concerts, comédies musicales, théâtre lyrique, magie, etc.). Il peut y avoir notamment des différences importantes entre les filières et les spectacles suivant qu’ils peuvent et sont conçus pour donner lieu à une valorisation dans les industries culturelles et les médias et ceux pour lesquels cette perspective n’est pas envisagée. Pour faire le point sur ces modèles, et sans chercher à rouvrir le débat sur les nomenclatures disciplinaires, il est suggéré de proposer des analyses socio-économiques descriptives des filières correspondant à ces différents genres, de manière à préciser dans chacune d’elles comment les fonctions de création, de production et de diffusion sont le plus généralement exercées, par quels acteurs économiques – en distinguant, par exemple, (a) les activités artistiques, (b) les activités techniques et (c) les activités de la production et de la diffusion commerciale –, par quelles structures, selon quelles relations au sein des filières (intégration verticale, réseaux…) ou entre filières (interdépendances, interrelations entre filières, état de la « concurrence » entre genres, etc.), par quelles sources de financement (fonds propres ou roulants, sources publiques, autres sources privées) et selon quelle répartition, etc.

Les propositions d’investigation qui seront faites devront s’attacher à justifier à partir d’une revue de la littérature existante, de toute nature, à la fois la pertinence du thème et de l’approche proposés, qu’il s’agisse d’un thème jusque-là peu abordé et/ou qu’il présente un caractère justifiant d’y porter une attention particulière.

D’ores et déjà, certaines fonctions comme celles de diffusion, de programmation ou encore de billetterie, certains lieux comme les théâtres de ville ou encore les festivals et leur rôle spécifique au regard de certains genres, certaines professions comme celles d’administrateur peuvent être mis en avant comme présentant un intérêt spécifique et justifiant une attention particulière. De telles investigations devront permettre d’expliciter le ou les différents types de modèles à l’œuvre et de préciser le champ de leur pertinence suivant les genres mais peut-être aussi suivant les types de lieu de diffusion et leurs choix de programmation (différentes formes juridiques, différentes natures des programmations, etc.), suivant les œuvres jouées, ou encore suivant le type de ressources humaines mobilisées (de type professionnel ou amateur, par types de métier ou profession, par types d’équipe artistique, etc.).

Il sera porté une attention particulière dans l’examen des propositions à celles qui cherchent à établir des mises en regard et des comparaisons entre filières et à faire ressortir d’éventuels éléments structurels communs.

Une économie de projets et de territoires

La nature d’économie de projets du spectacle vivant a été mise en avant au regard des questions sur le travail et l’emploi mais n’a guère été questionnée quant aux modes concrets d’organisation de la création, de la production et de la diffusion. En particulier le cheminement qui va des esquisses et des idées de spectacles (« pré-projets ») aux spectacles produits et diffusés est certainement instructif sur les moyens consentis pour un spectacle dans un contexte où les fonctions de production sont particulièrement souples ; c’est aussi le moyen d’expliciter concrètement le fonctionnement d’une économie de la création et de l’innovation en s’interrogeant par exemple sur l’usage de notions plus générales comme la recherche et développement (qualifiée « de création » dans certains secteurs culturels comme celui du jeu video). Il en va de même pour les modes d’organisation et de rentabilisation qui font se succéder les spectacles ou bien les conçoivent, les produisent et les diffusent en parallèle : c’est l’occasion de repérer comment des stratégies connues par ailleurs (de portefeuille, de compensation, de construction de la singularité ou de la marque…) en particulier dans les industries culturelles se retrouvent ou non ici. Ce sont les questions essentielles des prises de risque et des possibles mutualisations par le biais des différentes formes de co-production – de la production en commun au préachat – qui sont à éclairer. Enfin, l’existence de marchés serait à examiner : des marchés avérés pour certains types de spectacles mais moins connus pour d’autres, des marchés également peu décrits pour les pré-projets qui circulent de manière beaucoup moins bien connue.

L’inscription spatiale des lieux et le développement de « nouveaux lieux » ou de l’événementiel festivalier comme la place des financements (privés et publics) locaux posent d’emblée la question des rapports du spectacle vivant aux territoires. Si la relation aux populations et les politiques territoriales du spectacle vivant sont, malgré leur intérêt, assurément hors du champ du présent appel à propositions, d’autres thèmes s’inscrivent dans l’approche économique du rapport entre offre et demande par exemple : la question de l’offre accessible sur un territoire donné, la mise en regard de festivals et d’institutions aux programmations voisines et leurs économies respectives ou encore les systèmes territoriaux du spectacle vivant dans leur manière d’associer productions locales et spectacles venus d’ailleurs, professionnels et amateurs, fonctions de création et de formation dans des emboîtements de marchés et de réseaux.

Revisiter le questionnement économique sur le spectacle vivant

En troisième lieu, il serait utile de refonder un véritable questionnement économique sur le spectacle vivant à partir d’un état des lieux approfondi et synthétique de la littérature économique, avec l’objectif de déboucher sur des propositions concrètes et précises d’étude et/ou de recherche économique ultérieure que le DEPS pourrait être amené à engager. Ces questions économiques pourraient s’attacher au secteur du spectacle vivant pris dans son ensemble ou à un secteur ou à un genre particulier ou encore à l’un des modèles mis en avant dans l’analyse socio-économique suggérée précédemment ou à un acteur économique particulier.

Les questions économiques qui ont déjà été l’objet d’analyses théoriques et empiriques – et qui pourraient vraisemblablement l’être encore (actualisation, extension, théorisation, nouvelles applications empiriques et mise en évidence d’implications de politique publique et de gestion (management)) – sont, notamment :

-  la « maladie des coûts » dans le spectacle vivant : son existence observée, les moyens d’en atténuer les effets négatifs (dont les mesures prises pour contrôler les coûts de production), la mesure des coûts de production et de leur évolution et l’impact que peuvent avoir des évolutions techniques ou esthétiques, la mesure des prix de vente et de leur évolution, la question de la substitution d’un « déficit artistique » au déficit budgétaire, etc. ;

  • l’analyse de fonctions de coûts de production ;
  • l’analyse des pratiques de tarification (discrimination tarifaire, évolution temporelle…) ;
  • les effets du régime d’indemnisation chômage des intermittents du spectacle en France (voir notamment les résultats de recherches de P.-M. Menger) ;
  • la tentative de mesure de différentes élasticités-prix et -revenu du côté de la demande (qui mesurent la sensibilité de la demande de spectacles vivants aux variations de prix et aux variations de revenu disponible, celle-ci pouvant notamment différer selon le type de consommateur lorsque celui-ci est placé dans un groupe de consommateurs particuliers) et des élasticités-prix des facteurs de production côté offre ;
  • les effets de la subvention publique et parapublique sur le spectacle vivant quant aux décisions en matière de gestion (management) au sens large (économie dite de la bureaucratie, travaux en France de C. Le Pen et X. Dupuis, économie des choix collectifs, économie institutionnelle, etc.), en matière de « contrôle » des coûts de production, quant au possible effet d’éviction (crowding out) ou de synergie entre financement public et financement privé par mécénat ou parrainage, etc.

D’autres questions économiques, encore assez peu traitées dans la littérature, pourraient concerner les sujets suivants :

  • un test empirique de la théorie des biens collectifs des entreprises non marchandes dans le secteur du spectacle vivant pourrait tenter de mieux fonder l’existence supposée de bénéfices de non-usage des arts vivants potentiellement mesurables par l’estimation des « consentements à payer » ou des « consentements à accepter » (valeur d’existence, valeur de legs, etc.) ;
  • le traitement étendu et empirique de la mesure de la qualité dans les arts du spectacle vivant ; voir par exemple le travail taxinomique pionnier de D. Throsby de 1982, avec le souci de comparer comment différentes définitions de la qualité sont liées les unes aux autres et peuvent prédire le comportement des entreprises, celui des publics et celui des structures de financement ;
  • la question d’une meilleure compréhension de la concurrence éventuelle entre les entreprises marchandes et les entreprises non marchandes dans le secteur du spectacle vivant (substitution des produits ? degré de concurrence selon les disciplines ? etc.).

Cette liste n’est pas exhaustive, il est attendu des propositions de recherche, au-delà de faire la synthèse de résultats déjà existants, de dégager un questionnement économique plus complet et plus précis pour en tirer, dans un second temps, d’éventuelles propositions détaillées et argumentées d’étude ou de recherche économique envisageables.

Il appartiendra au secrétariat de l’appel à propositions de recherche d’assurer la confrontation et le dialogue entre les travaux relevant des trois thématiques privilégiées proposées ci-dessus, dans la perspective de contribuer notamment à la mobilisation et la mise en cohérence des données sur l’économie du spectacle vivant.

Critères de sélection

Critères administratifs

Les dossiers devront être complets et la description du projet précise.

La durée souhaitée des projets est de neuf mois.

Le montant maximal de chaque subvention de recherche sera de 35.000,00 euros.

Les équipes partenaires soumettront un projet commun (mêmes durée et montant maximaux) devant comporter l’autorisation de participation écrite du responsable de leurs institutions.

Chaque projet doit désigner un seul responsable scientifique.

Critères scientifiques

Les projets devront concerner le champ du spectacle dont des éléments de définition sont donnés dans le présents appel à propositions de recherche.

Les projets seront évalués sur leur originalité par rapport aux recherches existantes (nouveauté du thème, compléments nouveaux à un thème étudiés par ailleurs, etc.) ainsi que sur leur connaissance des recherches, problématiques et enjeux de recherche sur le domaine.

Critères de faisabilité

Adéquation de la méthode, des moyens humains, des délais et du budget aux objectifs.

Publicité, modalités de présentation et de sélection des projets de recherche

Le présent appel à propositions de recherche, ainsi que les documents de candidature, sont téléchargeable sur le site du DEPS à l’adresse http://www.culture.gouv.fr/nav/index-stat.html

Les réponses à cet appel à propositions de recherche se feront avec le formulaire joint et devront être renvoyées au DEPS avant le vendredi 6 novembre 2009 16h00 en deux exemplaires sous enveloppe cachetée – en précisant clairement sur l’enveloppe : « Appel à propositions de recherche « Cartographie socio-économique du spectacle vivant » » – à l’attention de : 

M. Philippe CHANTEPIE, chef du DEPS
Ministère de la Culture et de la Communication
DDAI - DEPS
182, rue Saint-Honoré
75033 Paris Cedex 01.

Les projets seront évalués par un comité de sélection. 

Date de l'annonce : 9 octobre 2009

Date limite de dépôt des propositions : 6 novembre 2009, 16h00.

Dates

  • vendredi 06 novembre 2009

Fichiers attachés

Mots-clés

  • économie culturelle, spectacle vivant, recherche

Contacts

  • Yann Nicolas
    courriel : yann [dot] nicolas [at] culture [dot] gouv [dot] fr
  • François Rouet
    courriel : francois [dot] rouet [at] culture [dot] gouv [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Anna-Michele Schneider
    courriel : anna-michele [dot] schneider [at] culture [dot] gouv [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Cartographie socio-économique du spectacle vivant », Appel d'offres, Calenda, Publié le lundi 19 octobre 2009, http://calenda.org/199138