AccueilPenser la gestation pour autrui : un défi pour les sciences sociales et cliniques

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Publié le lundi 19 octobre 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Dans le contexte actuel de rénovation des lois bioéthiques, la gestation pour autrui (GPA) semble être, en premier lieu, un objet de discorde. L’évoquer c’est en général être confronté immédiatement à l’obligation de se positionner « pour » ou « contre » sa possible légalisation en France. Dans cet affrontement souvent manichéen, les pratiques concrètes de gestation pour autrui sont facilement typifiées et/ou réduites au rang d’exemplaires significatifs d’un tolérable ou d’un intolérable, selon les positions défendues. On ne rend guère justice, ce faisant, à la réalité et la diversité des expériences concrètes des personnes qui y prennent part. En négligeant cette diversité, on ne se contente pas de nourrir chez les citoyens la « pulsion de généralité » dont Wittgenstein engageait si fort à se défier. On se prive des moyens de comprendre en quoi et pourquoi ce don d’engendrement particulier questionne nos conceptions de la maternité, de la paternité et de la filiation. Cette journée veut prendre la mesure de cette interrogation non pas dans le but de définir un « prêt-à-penser » ou un « prêt-à-évaluer », mais plutôt avec l’idée d’essayer d’élargir les perspectives et d’explorer les manières diverses dont nos disciplines peuvent construire des approches de ce type de don d’engendrement.

Annonce

Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, Aix-en-Provence

Journée organisée par Laurence Hérault et Irène Théry

Dans le cadre du programme Transversal "Maternité/Paternité: métamorphoses et permanences" de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme. 

Accès libre dans la limite des places disponibles

Dans le contexte actuel de rénovation des lois bioéthiques, la gestation pour autrui (GPA) semble être, en premier lieu, un objet de discorde. L’évoquer c’est en général être confronté immédiatement à l’obligation de se positionner « pour » ou « contre » sa possible légalisation en France. Dans cet affrontement souvent manichéen, les pratiques concrètes de gestation pour autrui sont facilement typifiées et/ou réduites au rang d’exemplaires significatifs d’un tolérable ou d’un intolérable, selon les positions défendues. On ne rend, ce faisant, guère justice à la réalité et la diversité des expériences concrètes des personnes qui y prennent part. En effet, pour une femme, il n’y a pas une seule façon de s’engager à porter et à mettre au monde un enfant pour des personnes qui recourent à une GPA. De même, qu’il n’y a pas une seule façon pour des « parents d’intention » d’envisager la relation avec celle qui sera enceinte de leur enfant pendant neuf mois et lui donnera naissance, avec tous les risques que cela implique. En négligeant cette diversité, on ne se contente pas de nourrir chez les citoyens la « pulsion de généralité » dont Wittgenstein engageait  si fort à se défier. On se prive des moyens de comprendre en quoi et pourquoi ce don d’engendrement particulier interroge nos conceptions de la maternité, de la paternité et de la filiation.

Parce que nous considérons que la GPA doit être décrite  avec le souci premier de l’exactitude empirique, et que cette expérience est « bonne à penser » pour qui prétend s’intéresser aux modalités d’expression de la parenté contemporaine, nous avons élaboré cette journée de réflexion autour de deux grandes questions.

1. La première concerne sa spécificité. Bien que son statut légal dans notre pays la distingue radicalement d’autres pratiques de procréation médicalement assistée, la GPA est-elle aussi particulière qu’on veut bien le dire ? Il y a, en effet, d’autres modalités connues et reconnues d’engendrement qui impliquent plus de deux partenaires, ne serait-ce que les procréations médicalement assistées avec don de sperme. Cependant l’asymétrie des rôles masculin et féminin dans la procréation pose de façon différente la relation donneur/receveur d’engendrement dans ce cas.

2. D’autre part, la «  grossesse pour autrui» questionne de façon si évidente la contribution féminine à l’engendrement qu’on a tendance à ne l’interroger qu’au regard de la maternité. Mais est-elle véritablement sans effet sur la paternité ? Comment participe-t-elle à la production et la recomposition de la paternité contemporaine ? De manière générale, en quoi la GPA bouleverse-t-elle, recompose-telle et/ou reconduit-elle les cadres conceptuels habituels de la maternité et de la paternité ?

Cette journée veut prendre la mesure de ces interrogations non pas dans le but de définir un « prêt-à-penser » ou un « prêt-à-évaluer », mais plutôt avec l’idée d’essayer d’élargir les perspectives et d’explorer les manières diverses dont nos disciplines peuvent construire des approches de ce type de don d’engendrement. Les différentes communications s’attacheront, ainsi, à explorer les pratiques de GPA dans leur singularité et à interroger les manières dont elles rendent possibles et pensables des liens de filiation mais aussi d’éventuels liens de co-engendrement qui peuvent associer les différents partenaires impliqués.

Creuser l’apport propre des sciences sociales et cliniques au débat de société devrait permettre de déplacer la question telle qu’elle est aujourd’hui posée : en effet, le véritable défi intellectuel, moral et politique, n’est peut être pas tant de nourrir le classique « pour/contre » , que de parvenir à comprendre pourquoi il existe aujourd’hui dans le monde un tel abîme entre certaines pratiques de GPA qui nient la relation humaine, et d’autres qui, à l’inverse, la mettent au centre de toutes les attentions.

Programme

 9h – 12h30

 Présidence de séance : Marie-Hélène Sauner

Laurence Hérault, IDEMEC, MMSH,
Introduction

Pauline Lecarpentier, Centre N. Elias, EHESS, Marseille,
La gestation pour autrui dans la rénovation des lois bioéthiques : état de la question

Laure Camborieux et Nathalie Zaguedoun, Association Maia, Toulouse,
Gestations pour autrui : entre fantasmes et réalités

Irène Théry, Centre N. Elias, EHESS, Marseille,
"Mater semper certa est ?" ou La gestation pour autrui, révélateur de la complexité du statut maternel 

13h30 – 17h

Présidence de séance : Jérôme Courduriès

Martine Gross, CEIFR (CNRS), Paris, 
"Homopaternité et gestation pour autrui: être père sans mère?"

Laurence Brunet, CRDST, CNRS/U. Paris 1,  
Approche comparée des dispositifs juridiques relatifs à la gestation pour autrui

Chantal Collard, Université Concordia, Montréal,
« La commercialisation c’est quand il n’y a pas de contacts ». Point de vue de gestatrices canadiennes sur la GPA

Irène Théry
Conclusion

Catégories

Lieux

  • MMSH, 5 rue du Château de l'Horloge
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • jeudi 12 novembre 2009

Mots-clés

  • maternité, paternité, gestation, gestation pour autrui, PMA

Contacts

  • Laurence Herault
    courriel : herault [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Source de l'information

  • Agnès Rabion
    courriel : rabion [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Penser la gestation pour autrui : un défi pour les sciences sociales et cliniques », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 19 octobre 2009, http://calenda.org/199151