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Habiter : vers un nouveau concept ?

Dwelling : toward a new concept ?

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Publié le jeudi 22 octobre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Habiter, notion marginale des sciences sociales et humaines du XXe siècle peut-elle devenir l'un des concepts structurants de celles du XXIe ? L'enjeu de ce colloque est donc épistémologique – envisager, voire formaliser, le concept sous ses différents angles et problématiques – mais il est aussi pédagogique – habiter entre dans les programmes de géographie des classes de sixième – et pratique – quels nouveaux regards, sur les questions d'aménagement de l'espace par exemple, peut-on porter à partir de lui ? Les propositions, sous forme de résumé explicite, doivent être adressées à Olivier LAZZAROTTI, par voie électronique olivier.lazzarotti@u-picardie.fr. le 15 mai 2010 au plus tard. Le Comité scientifique se réunira dans le courant du mois de juin 2010.

Annonce

Habiter : vers un nouveau concept ?

Nouveau monde, nouvelles sciences ?

Habiter, notion marginale des sciences sociales et humaines du XXe siècle peut-elle devenir l'un des concepts structurants de celles du XXIe ? L'enjeu de ce colloque est donc épistémologique – envisager, voire formaliser, le concept sous ses différents angles et problématiques –  mais il est aussi pédagogique – habiter entre dans les programmes de géographie des classes de sixième – et pratique – quels nouveaux regards, sur les questions d'aménagement de l'espace par exemple, peut-on porter à partir de lui ?

L’analyse de ses transformations suggère l’hypothèse que le monde contemporain n’est pas seulement en train de changer, mais que c’est la manière même de le construire et d’y vivre qui change. Sont en cause non seulement les processus de sa diversification que ceux de son unification mais aussi la manière même dont s’articulent singularité et mondialités. C’est que les processus économiques, sociaux, politiques voire géopolitiques et humains qui accompagnent une mondialisation contemporaine encore alimentée par un processus global d’urbanisation et la multiplication et la diffusion de toutes les formes de mobilités, renforcent l’hypothèse d’un monde à un moment critique.

Dans cette logique, il faut aussi considérer les mutations des relations que tous et chacun entretiennent avec lui, autant que leurs modalités et leurs portées. On fera donc aussi le constat d’une série de remises en cause des conditions existentielles sociales et politiques de l’humanité contemporaine. Elles sont celles de la réduction de l’espace planétaire liée aux formidables possibilités des moyens de transports et de télécommunication, au moment où le développement durable fait de la planète l’un des sujets de préoccupations majeurs ; elles sont celles du rapport à soi, quand la certitude des identités fait place à toutes les constructions possibles ; elles sont celles du rapport à l’autre, quand l’espérance de vie à la naissance n’a jamais, globalement, été aussi longue et que le monde, dans son ensemble, n’a jamais produit autant de richesses mais que, en même temps, les inégalités de toutes sortes creusent sans cesse plus les différences entre les habitants du monde, etc. et parfois jusqu’aux limites de l’inhabitable.

Les sciences sociales et humaines sont directement impliquées par ces dynamiques, et interrogées par elles : peuvent-elles, spécifiquement et globalement, rendre compte des processus à l’œuvre, les analyser et donner la possibilité à tous et à chacun de s’y trouver et de s’y retrouver ? Tel est le sens du colloque.

Habiter : le mot est d’usage courant et son sens, propre ou figuré, semble immédiat à tous. On habite un logement, une ville, un pays, un paysage, le monde, mais on habite aussi la nature, son corps, un texte, une musique, à moins que l’on ne soit habité par eux… La notion est, quant à elle, présente mais spécialisée et un peu marginale de ces sciences au XXe siècle, que ce soit en philosophie (Heidegger, Merleau-Ponty ou Bachelard), en sociologie (Bourdieu et l’habitus, etc.), en histoire (Chesneaux), en géographie (Lévy, Lussault, Lazzarotti, Stock, etc.), en urbanisme (Lefebvre, Paquot, etc.) ou en architecture (Norberg-Schulz, etc.). Dans cette veine, mais aussi dans sa version contemporaine, le mot peut-il donner l’opportunité d’un concept suffisamment pertinent pour rendre compte, et de manière globale, des dynamiques du premier XXIe siècle ? Pourrait-il encore donner une clé d’interprétation, de compréhension, de critique des transformations du monde contemporain ? Et, finalement, peut-on y voir la possibilité de structurer une part de la réflexion commune des sciences sociales et humaines ?

Questions croisées, questions ouvertes, questions à ouvrir…

Plusieurs entrées peuvent être suggérées dans le but final d’aborder ces questions, mais elles ne sont sûrement pas les seules et chacun peut tout à fait proposer les siennes.

Habiter : quoi et où ?

Habite-t-on la Terre, autrement dit d’abord la planète dans sa dimension, physique ou le Monde, autrement dit l’humanité ? Au moment où les arguments écologistes et ceux du développement durable tiennent une place essentielle dans l’approche globale des temps contemporains et à celui où les croyances leur contestent parfois la primauté, quelle place l’habiter peut-il y prendre ? Dans un autre ordre d’idées, mais dans une perspective similaire, comment peut-on habiter le Monde et chacun de ses lieux ?

Habiter : combien de temps ?

Pour les uns, il n’y a d’habitation que dans la durée et ses effets d’enracinement ; pour d’autres, le fait d’être là implique à lui seul d’habiter : l’émigré a-t-il autant de droits que le « souchien » ? Au fond, c’est toute la critique du présent, de son immédiateté et, le cas échéant, de sa rentabilité matérialiste qui est posée. Entre un passé idéalisé et un futur menaçant, de quels moyens disposent les sociétés et leurs membres pour habiter le présent ? Comment habiter le temps ?

Habiter : qui ?

Ayant balayé les idéologies et les grandes espérances collectives, la fin du XXe siècle laisse, finalement, chacun et chacune en face de ses propres choix. Collectivement comme singulièrement, les problématiques sont alors formulées en termes identitaires. Habiter, c’est être et cela pose la question non seulement des êtres, – identité ou identités ? – mais de la manière même dont ils sont construits. Mais habiter, c’est aussi être ensemble, et cela pose encore non seulement la question des modalités des vies sociales et politiques, mais encore celle de leurs fondements et, globalement, du rapport aux autres. Habiter, c’est toujours habiter parmi, parfois avec, parfois contre, etc. et cela invite donc à envisager le problème sous l’angle de la gouvernance : comment articuler singuliers et collectifs ?
Habiter : comment ? Ne peut-on habiter qu’en poète ? Une des problématiques qui semble distinguer, du moins en première et approximative analyse, les différentes conceptions aujourd’hui en présence tient à ses fondements mêmes. Pour les uns, l’habiter est essentiellement poétique et, de ce point de vue, peut renvoyer à un insondable primordial de l’humanité. Pour d’autres, en revanche, l’habiter offre une opportunité d’analyse des faits humains, analysant au passage les termes et les enjeux de ce poétique. L’enjeu est de taille : il implique directement, par exemple, les questions de l’urbanisme et de l’aménagement des espaces. L’habiter, quant à lui, peut-il reprendre le vieil antagonisme du fonctionnalisme rationnel et du poétique, ou n’être que traversé par lui ?

Habiter le Monde, est-ce le changer ? Comment ?

L’émergence de l’habiter comme ambition conceptualisante se pose, d’abord, comme question épistémologique : peut-on en faire un concept global ? Mais son enjeu est aussi pratique : en quoi l’habiter peut-il changer le monde qu’il prétend décrire ? Inversement, qu’est-ce qui pourrait le rendre inhabitable, si cette expérience n’a pas déjà eu lieu ? Dans ces perspectives, venue des sciences, quelles parts et quels rôles peuvent prendre la constitution des savoirs et leurs transmission, à la fois en tant qu’outils critiques des idéologies et facteurs de transformations politiques, sociales et humaines.

Au fond, quel peut être l’intérêt pratique de ce concept, en matière d’aménagements des territoires, des villes aux campagnes, et à toutes les échelles ?

Enfin, au moment où le mot entre spectaculairement dans la formulation des programmes géographiques de l’enseignement du second degré, comment ne pas s’interroger sur les manières de l’enseigner ? Comment, plus généralement, dans un monde globalisé, les politiques éducatives organisent-elles une nouvelle distribution et répartition des savoirs qui visent à une plus grande équité, rendant le monde plus habitable ?

L’habiter, lieu commun des sciences sociales et humaines contemporaines ?

Ces questions ne sont ni fermées, ni exclusives. Vues sous l’angle de l’habiter, elles touchent aux conditions existentielles et politiques de l’humanité. Elles pourront bien être abordées de tous les points de vue, celui des sciences, mais aussi des littératures et de tous les arts, et avec toutes les entrées : réflexions théoriques, analyses d’exemples, etc. Plus particulièrement, on sera sensible aux nouvelles problématiques, aux nouvelles visions, aux lectures renouvelées que pourrait, le cas échéant, produire l’habiter.

Le colloque aura lieu les 12, 13 et 14 janvier 2011 à Amiens, dans un lieu qui reste à préciser. Pour autant qu’on puisse en préjuger, et sans que cela ne soit définitif, les journées pourront s’organiser autour de trois thématiques : épistémologie du concept ; ses conséquences en matière de mises en pratiques, l’aménagement des espaces par exemple ; les modalités de sa didactique.

Les propositions, sous forme de résumé explicite, doivent être adressées à Olivier LAZZAROTTI, par voie électronique olivier.lazzarotti@u-picardie.fr.

le 15 mai 2010 au plus tard

Le Comité scientifique se réunira dans le courant du mois de juin 2010.

J. Barash, D. Blot, J. Deniot, O. Lazzarotti, A. Maillard, B. Poucet, E.-H. Riard, J.-W. Wallet
Équipe d’accueil « Habiter : processus identitaires, processus sociaux », Université de Picardie-Jules-Verne.

Dwelling: toward a new concept?

A new science for a new world ?

An analysis of transformations of the contemporary world suggests that if it is undergoing change, what is changing is above all the way of constructing the world and of living in it. This brings into question not only the processes of its diversification or unification but also the way its singularity and global scope are articulated. At this critical juncture, economic, social, political or even geopolitical and human processes of contemporary globalization, nurtured by urbanization throughout the world and by the multiplication and diffusion of numerous forms of mobility, lead us to conceptualize phenomena on a world scale.

In accord with this logic, it is necessary to consider changes in the ways in which each of us relates to the world, as well as the modes and the scope of these changes. This brings us to identify a broad transformation of the existential, political, and social conditions of contemporary humanity. Here we evoke the shrinking of planetary space due to unprecedented possibilities of transportation and of telecommunications, at a moment when the possibility of sustained development on a global scale has become a major preoccupation. We also note changes in the relation of each individual to him or herself at a time when the certitude of identities has given way to all sorts of possible constructions. The relation to others has also been modified in a situation where life expectancy has never been so long and where the world, as a whole, has never produced so much wealth. At the same time, however, all kinds of inequality have continually augmented the gaps between the inhabitants of the world, sometimes pushing them to the limit of the uninhabitable.

The social and human sciences are directly involved in these dynamics and are placed in question by them : can they, on a particular and also a global plane, account for the processes at work, and in analyzing them, provide each and all with the possibility of relating to and even of coming to terms with these processes? This is the guiding theme of the present colloquium.

Dwelling : the world is in general use and its meaning, whether literal or figurative, immediately speaks to each of us. We dwell in a home, a city, a country, a landscape, the world, but we also dwell in nature, our bodies, a text, a musical motif or, perhaps, these phenomena dwell within us. This concept is present, although specialized in its significance and somewhat marginal to the concerns of the sciences of the 20th century, in philosophy (Heidegger, Merleau-Ponty or Bachelard), in sociology (Bourdieu and the notion of the habitus, etc.), in history (Chesneaux), in geography (Lévy, Lussault, Lazzarotti, Stock, etc.), in urban studies (Lefebvre, Paquot, etc.), or in architecture (Norberg-Schultz, etc.) Might this word, then, in its previous and also in its contemporary sense, suggest a concept to account for the dynamics of the budding 21st century on a global scale? Might it provide a key for interpretation, comprehension, and criticism of the transformations that the contemporary world is undergoing? And finally, might it be possible to find in this concept a possibility for articulating reflexion which is shared in common by the human and social sciences?

Interrelated questions, open questions, questions that open…

A number of approaches might be pursued in raising these questions, although they are certainly not the only approaches and each participant may choose his or her own perspective.

Dwelling : what and where ? Does one dwell on the earth, in other words, on the planet in its physical dimension or in the World, which is to say within humanity? At a time when contemporary concern is generally aroused by problems of ecology and of sustained development, and at a moment when the very pertinence of these problems is questioned by a different kind of conviction, what role may be assigned to the phenomenon of dwelling? On another level, but in a similar perspective, how might one dwell in the World and in each one of its places?

Dwelling : how long ?

For some, dwelling depends upon duration and upon rootedness in a place; for others, the fact of existing in a place is a sufficient criterion for dwelling. Does the emigrant have the same rights as the native? In sum, what is proposed here is the critique of the present and of its immediacy, or else, of its material profitability. Between an idealized past and a threatening future, what means might enable societies and their members to dwell in the present? How does one dwell in time?

Dwelling : who ?

After the collapse of the great ideologies and the grand schemes of collective wishing, the end of the 20th century has finally led each of us to face the need to make his or her own choices. Collectively, and individually, we are faced with the problem of identity. To dwell is to exist, and this raises the question not only of given beings – identity or identities? – but of the way itself in which identity is constituted. But to dwell is also to exist together, and this concerns not only social and political life, but its foundations and, more generally, our basic relation to others. To dwell is always to dwell among, sometimes with, sometimes against, and this raises the problem of political organization: how may we relate individuals to the collectivity?

Dwelling : how ?

Is it only poetically that we dwell? One of the problems which immediately distinguishes different conceptions of dwelling today lies in differing ways of conceiving its foundations. For some, dwelling is an essentially poetic act and, from this point of view, one which, for humanity, is primordial and non-rationalizable. By contrast, dwelling for others presents an opportunity to analyze things human, involving the modes and the consequences of this poetic act. The point of view adopted is of major importance: it directly relates to urban policies and the way in which space is organized. Might the topic of dwelling itself, however, reformulate the ancient antagonism between rational functionalism and poetry or is dwelling destined to be set aside in the wake of this opposition?

Does dwelling in the World bring us to change it ? How ?

The emergence of dwelling as a conceptual ambition must be situated, at first, in the framework of an epistemological question: can we make it into a general concept? Its implications are, however, at the same time of a practical order: in what sense might dwelling change the world which, as a concept, it claims to describe? By contrast, what might make it uninhabitable, where this experience has not already occurred? From these different perspectives, proposed by the sciences, what role might be played by the constitution and transmission of knowledge, at once in the form of tools for the critique of ideologies and as factors of political, social, and human transformation?

In sum, what might be the practical significance of this concept, at all levels of territorial, urban, and rural planning?

Finally, at a time when this term plays a spectacular role in the setting up of secondary school curricula in geography, how can we possibly avoid inquiring into the ways in which it might be taught? In what manner, more generally, do educational policies in a globalized world organize a new way of disseminating and communicating knowledge which aims to bring about a more complete equity, thereby rendering the world more habitable?

Dwelling, a shared topic among contemporary human and social sciences ?

These questions are neither definitive nor exclusive. Seen in the perspective of dwelling, they concern the existential and political conditions of humanity. They may be approached from many different points of view, from that of the sciences, as of literature and the arts and with all accompanying entry points, such as theoretical reflexion or analysis of given examples. More particularly, we will be concerned with new ways of formulating problems, new visions, and new kinds of interpretation which might, indeed, engender the phenomenon of dwelling.

The colloquium will take place on the 12th, 13th, and 14th of January 2011 in Amiens, at a site which remains to be determined. As far as we can anticipate at present, and without intending to impose a definitive program, the different days of the symposium might be organized in relation to three topics : the epistemology of the concept of dwelling; the consequences of its realization, for example, in spatial organization; the ways in which it may be taught.

Proposals, in the form of written summaries, should be submitted by e-mail to Olivier LAZZAROTTI, olivier.lazzarotti@u-picardie.fr

no later than May 15th, 2010

The scientific committee will make its decision during the month of June 2010.

J. A. Barash, D. Blot, J. Deniot, O. Lazzarotti, A. Maillard, B. Poucet, E.-H. Riard, J.-W. Wallet
Équipe d’accueil « Habiter : processus identitaires, processus sociaux », Université de Picardie-Jules-Verne.

Catégories

Lieux

  • à préciser
    Amiens, France

Dates

  • samedi 15 mai 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Habiter, épistémologie, éducation, application

Contacts

  • Olivier LAZZAROTTI
    courriel : olivier [dot] lazzarotti [at] u-picardie [dot] fr

Source de l'information

  • Olivier LAZZAROTTI
    courriel : olivier [dot] lazzarotti [at] u-picardie [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Habiter : vers un nouveau concept ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 22 octobre 2009, http://calenda.org/199245