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Bois, fers, papiers et bracelets de justice

Histoire matérielle du droit de punir : hier et aujourd'hui

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Publié le jeudi 29 octobre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Ce colloque veut historiciser les dimensions du pénal dans l’épaisseur de sa matérialité. On en pensera la périodisation qui trop souvent insiste sur la rupture entre le XVIIIe et le XIXe siècle. On y évoquera les enjeux normatifs, les visées symboliques, la ritualisation, l’efficacité punitive ou encore les processus d’innovation et/ou de bricolage. On en mesurera les déclinaisons institutionnelles et les styles judiciaires. Diverses problématiques pour mesurer qualitativement le lent passage d’une justice exercée d’individu à individu à une justice médiatisée par les technologies lourdes et subtiles du contrôle social.

Annonce

I. AUTOUR D’OBJETS AUSSI COMPLEXES ET DIFFERENTS que les « choses banales », l’habitat, la ville, le livre ou encore la culture équestre, Daniel ROCHE a bien montré l’importance de la culture matérielle pour penser l’histoire des idées, des institutions et des pratiques sociales sous l’Ancien Régime. Ce septième colloque international de Genève dans le champ de l’histoire intellectuelle, sociale et institutionnelle du crime et de la justice (∆) rendra hommage à cette démarche pionnière de l’auteur du Peuple de Paris. Il invite à emprunter les voies de l’histoire de la culture matérielle pour penser celles du droit de punir. Problématique de la matérialité judiciaire et pénale à construire dans la longue durée depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, entre continuité (hégémonie du pénal selon Mario Sbriccoli) et rupture (homo criminais comme ennemi social versus homo criminalis comme pécheur ; État de droit versus État justicier ; légalité versus arbitraire ; prison versus supplice). Doctrine, lois et pratiques selon les archives judiciaires : on montrera ce qu’apporte la matérialité des mots et des choses dans l’économie du droit de punir ancien et moderne. Papiers, monuments, costumes et instruments de justice consacrés à marquer les corps ou à instaurer rituellement l’autorité sacralisée du pénal : l’archéologie judiciaire est prometteuse pour donner sens aux usages judiciaires et pénaux. Souvent matrice de sa ritualité, la matérialité du droit de punir en détermine l’anthropologie. Au nom de l’égalité et de l’utilité, Bentham le matérialiste ne rêvait-il pas d’une « machine » à fouetter pour diminuer l’émotion de l’exécuteur et rendre parfaitement uniforme la norme pénale ?

II. Rechercher des suspects, des fugitifs ou des récidivistes, implique une technique d’identification judiciaire. Celle-ci va des registres anciens aux sommiers et aux technologies photographiques puis informatiques modernes. Enquêter sur toutes les circonstances du crime, renvoie aux pièces à conviction et aux indices matériels pour qualifier un délit, élucider un cas ou confondre un suspect. Arrêter le justiciable oblige sa détention dans une tenue particulière ou non au cachot avec ou sans fers pour l’incriminer. Incriminer, c’est souvent respecter des normes d’authenticité scripturale propre à un style judiciaire, c’est rédiger des mots manuscrits ou dactylographiés (verbal, plainte, interrogatoire, expertise, confrontation, répétition, réquisitoire, plaidoirie, sentence etc.) sur du papier filigrané ou autre avant la peine expiatoire, infamante puis corrective (ou les enregistrer). Pendant longtemps dans le cadre de la procédure inquisitoire, questionner le prévenu lourdement chargé en présence d’un médecin ou d’un chirurgien implique des instruments et des mécanismes de contrition physique (corde, bois, fer, cuir, poulies, échelles, entonnoirs, pinces etc) que les régimes autoritaires et totalitaires modernisent (électricité, produits chimiques etc). Entre arbitraire et légalité, du fouet à la marque : punir c’est déployer l’arsenal matériel du supplice corporel et infamant puis carcéral qui devait, selon les inventeurs philanthropes de la prison, infliger la peine sans affliger le corps. Lorsqu’elle est infligée par contumace sous l’Ancien Régime, la peine implique l’usage mal connu de l’effigie ou du tableau de bois qui représente expressis verbis le châtiment et le justiciable. S’y ajoutent bien souvent l’exposition publique (poteau, carcan, pilori etc.), ainsi que le transfert sécurisé des condamnés ferrés à la chaîne d’infamie avant les fourgons hippomobiles et automobiles.

III. Mines, eau vive, bûchers, roues, potences, gibets et garrots, puis machines de la modernité pénale (guillotine, chaise électrique, chambre à gaz, injection létale) : l’histoire des châtiments corporels et de la peine de mort s’écrit dans une culture du bricolage disciplinaire et de l’innovation technologique. Sa dimension matérielle illustre bien évidemment la dimension de la rétribution pénale et les enjeux sécuritaires liés à la signalétique des condamnés. Cette dimension matérielle trahit parfois l’alibi médical qui à partir de la fin du XVIIIe siècle rêve d’humaniser… ce qui ne le sera jamais. Frémissant depuis la Renaissance, affirmé au temps de l’absolutisme et des Lumières, hégémonique à partir du long XIXe siècle autour du corps violenté, des logis forcés, de l’objet falsifié, du livre contrefait ou des aliments trafiqués, le travail assermenté des experts du crime (légistes, topographes judiciaires, charpentiers, serruriers, imprimeurs, papetiers, balisticiens etc.) parachève la culture matérielle indiciaire. Elle montre ce qui mène peut-être des savoirs diffus aux savoirs constitués comme une science de l’anomie sociale et du crime. Au temps de la légalité et du positivisme, avec l’idéal d’objectiver les circonstances matérielles (mais aussi morales) du crime qualifié, le matérialisme scientifique de la criminologie triomphe avec les limiers et les policiers de laboratoire. D’une certaine manière, du recueil des indices sur la scène du crime à la reconstitution des faits, ils succèdent aux policiers de la ville de l’Ancien Régime.

CONCEPTION ET ORGANISATION :

Michel PORRET (Uni. de Genève)

COORDINATION :

Marco CICCHINI (Uni. de Genève) ; Vincent FONTANA (Uni. de Genève) ; Ludovic MAUGUE (Uni. de Genève).

COMITE SCIENTIFIQUE EXECUTIF :

  • Pascal BASTIEN (Uni. de Québec à Montréal )
  • Frédéric CHAUVAUD (Uni. de Poitiers)
  • Vincent DENIS (Uni. de Paris 1)
  • Clive EMSLEY (Open University)
  • Pierre FLÜCKIGER (Archives d’État de Genève)
  • Claude GAUVARD (Uni. de Paris 1)
  • Robert JACOB (Uni. de Liège)
  • Dominique KALIFA (Uni. de Paris 1)
  • Luigi LACCHE (Uni. de Macerata)
  • René LEVY (CESDIP-CNRS)
  • Vincent MILLIOT (Uni. de Caen)
  • Alessandro PASTORE (Uni. de Vérone)
  • Patrice PEVERi (Uni. de Paris VIII)
  • Daniel ROCHE (Collège de France)
  • Robert ROTH (Uni. de Genève)
  • Xavier ROUSSEAUX (Uni. catholique de Louvain)
  • Pieter SPIERENBURG (Uni. Erasmus, Rotterdam).

Propositions de communication :

Avant le 1er février 2010 à l’une des trois adresses électroniques suivantes :

Marco.Cicchini@unige.ch; ch; Vincent.Fontana@unige.ch; Ludovic.Maugue@unige

Le colloque se tiendra à l'Université de Genève les 2, 3 et 4 décembre 2010.

Lieux

  • Université de Genève, Faculté des Lettres, Département d'Histoire générale
    Genève, Confédération Suisse

Dates

  • lundi 01 février 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire matérielle, droit de punir, justice, crime, pénalité

Contacts

  • Vincent Fontana
    courriel : vincent [dot] fontana [at] unige [dot] ch

Source de l'information

  • Vincent Fontana
    courriel : vincent [dot] fontana [at] unige [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Bois, fers, papiers et bracelets de justice », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 29 octobre 2009, http://calenda.org/199346