AccueilDe la transgression (2009-2010)

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Publié le jeudi 29 octobre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Ce séminaire de recherche - organisé par le CEPEN (IEP de Lille), le GRAL (ULB) et l’EHESS et subventionné par la Maison européenne des sciences de l’homme et de la société (MESHS) de Lille - se propose de croiser les regards disciplinaires (anthropologique, historique, sociologique, rhétorique, juridique, philosophique, littéraire) sur l’expérience de la transgression, de réfléchir aux enjeux qu’elle représente en termes de rationalité ou de normativité, d’essayer d’en démonter, d’en questionner surtout les logiques d’élaboration et de reconnaissance, bref de mieux comprendre ce qui se joue dans ce terrible effet de catégorisation, c’est-à-dire de qualification (voire, le plus souvent, de disqualification) des êtres et des choses.

Annonce

L’ambition de ce séminaire doctoral interdisciplinaire consiste à pénétrer l’espace social, moral, discursif de ce que les hommes et les sociétés ont pu juger et jugent encore comme transgressif, afin d’élaborer, à partir des représentations véhiculées par cette appréciation critique d’un état de chose, une définition à même d’éclairer ce qui se joue dans ce terrible effet de catégorisation. On se propose alors d’étudier les modalités d’expression, d’identification et de description d’un tel événement qui prend source dans la violation délibérée d’une norme supérieure. La géographie culturelle et morale des sociétés s’élabore au sein d’événements de ce type, dans la mesure où ils concourent, par leur survenue même, à délimiter le « pouvoir faire » de l’interdiction radicale qui lui est attachée, ouvrant ainsi sur l’actualisation et la confirmation d’une sacralité fondatrice de l’ordre social. En conséquence, c’est l’idée préalablement et collectivement forgée de la transgression – exemplaire, voire idéale – d’un « devoir être » (art, guerre, justice, etc.) qui permet de disqualifier et de discriminer des faits occurrents entre eux, c’est-à-dire d’apprécier les conditions qui rendent possible la reconnaissance d’un fait dans les canons de son idéal, ou au contraire son exclusion définitive du champ de la référence à laquelle il prétend (cette justice n’est pas une justice, cette œuvre d’art n’est pas une œuvre d’art, cette guerre n’est pas une guerre… elle n’en a pas les formes, elle n’en respecte pas les lois). La transgression, dans les débordements qu’elle supporte, éprouve dès lors les sociétés quant à leurs fondements mêmes et vient sans cesse réactiver les dispositifs de l’indignation qui garantissent l’existence tangible d’une doxa communément partagée.

Argument général

L’étymologie du mot transgression renvoie à l’idée de passer outre, de franchir une frontière, une limite. À cette définition première, vient s’ajouter une approche notionnelle plus riche qui évoque notamment une infraction jugée socialement intolérable consistant à violer délibérément une norme, elle-même garante d’un ordre supérieur. La transgression, ou plutôt l’idée que l’on s’en fait, relève donc de ce travail que les sociétés mènent afin de s’inventer les bornes de leur espace moral et culturel.

Ainsi rapidement approchée, la transgression met en jeu des questions essentielles. Elle interroge tout d’abord sur ce que les sociétés considèrent comme devant relever d’une interdiction radicale sur ces choses et ces personnes qu’elles entendent protéger de manière absolue, ces choses qu’il ne saurait s’agir ni de vendre, ni de donner ni d’échanger, mais de conserver en l’état. En ce sens, la transgression parle de la sacralité et surtout de la sacralisation – de ce qui, d’une manière ou d’une autre, se trouve mis à l’écart, séparé du monde ordinaire – comme expérience fondatrice de l’ordre social et politique.

La transgression évoque également le défi suprême, la désobéissance radicale, ostracisante, celle qui, dans la menace qu’elle adresse à la raison des hommes, suggère les sentiments les plus profonds de l’effroi et de l’horreur, celle qui construit les figures les plus abjectes du monstre et de l’hérétique, celle qui sollicite les formes les plus définitives voire cruelles de châtiment et de réparation. La transgression se présente donc, dans le débordement, l’oubli ou la négation de l’univers topique (les lieux communs) qu’elle supporte, comme une mise à l’épreuve des sociétés et de leur capacité à réactiver les dispositifs de l’indignation.

La transgression ne peut enfin faire oublier qu’elle constitue un élément important des dynamiques de changement et d’expression critique. De nombreuses mutations sociales, politiques, économiques ou culturelles sont nées d’un acte considéré à l’époque comme sacrilège – acte qui, dans sa survenue et sa violence mêmes, révélait l’espace de la séparation, et amenait à l’interroger. Bien entendu, l’art, notamment l’art moderne et contemporain, joue (se joue) des rituels transgressifs pour repousser constamment les lignes de l’acceptable et du doxique. Dans les domaines de la politique, de l’économique, du religieux et du linguistique également, les figures du dissident, de l’hérétique, du sophiste ont contribué à enfreindre des « tabous », à bousculer les frontières du tolérable, au prix souvent de leur sacrifice, mais leur acte hier jugé « déviant » est parvenu à fonder de nouveaux cadres cognitifs ou registres de valeurs, autant que de nouvelles institutions. De fait, la transgression peut aussi participer, en ce sens, d’un projet inaugurateur et instituant.

Ce séminaire de recherche - subventionné par la Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la Société (MESHS) de Lille - se propose donc de croiser les regards disciplinaires (anthropologique, historique, sociologique, rhétorique, juridique, philosophique, littéraire) sur l’expérience de la transgression, de réfléchir aux enjeux qu’elle représente en termes de rationalité ou de normativité, d’essayer d’en démonter, d’en questionner surtout les logiques d’élaboration et de reconnaissance, bref de mieux comprendre ce qui se joue dans ce terrible effet de catégorisation, c’est-à-dire de qualification (voire, le plus souvent, de disqualification) des êtres et des choses.

Programme 

Séminaire conçu et animé par Michel Hastings, Loïc Nicolas & Cédric Passard

Les séances ont lieu le jeudi de 10h00 à 12h30. Le séminaire est ouvert à tous.

Séance 1 : Transgression et politique, 19 novembre 2009

Lieu : Institut d’Études Politiques de Lille. Salle : B 2.1
84, rue de Trévise 59000 Lille. Métro : Porte de Valenciennes

  • Philippe BRAUD (IEP de Paris) : « Le concept de transgression : un nouvel outil pour les politistes ? »
  • Sébastien SCHEHR (Univ. de Nancy 2) : « La trahison comme transgression. »

Séance 2 : Dire et transgresser la norme juridique, 3 décembre 2009

Lieu : Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales. Salle : R3.36 (3ème étage).
1, place Déliot 59000 Lille. Métro : Porte de Douai.

  • Marcela IACUB (CNRS-CENJ) : « L’histoire de l’obscénité dans la jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis. »
  • Guy HAARSCHER (ULB – Centre Perelman) : « Blasphème et propos racistes : des transgressions à ne surtout pas confondre. »

Séance 3 : Éléments de philosophie politique, 28 janvier 2010

Lieu : Institut d’Études Politiques de Lille. Salle : B 2.11-12

  • Myriam REVAULT D'ALLONNES (École Pratique des Hautes Études – GSRL) : « Modernité, autorité et transgression. »
  • Michel TERESTCHENKO (Université de Reims, IEP Aix-Marseille) : « Torture et démocratie : entre transgression et légitimation. »

Séance 4 : De l’art de transgresser, 11 février 2010

Lieu : Institut d’Études Politiques de Lille. Salle : B 4.14.

  • Philippe ROUSSIN (CNRS/EHESS-CRAL) : « La transgression : les implicites d’une notion. »
  • Christelle REGGIANI (Univ. de Lille 3) : « Un texte littéraire peut-il être transgressif ? »
  • Nathalie HEINICH (CNRS/EHESS-CRAL) : « De la transgression en art contem-porain. »

Séance 5 : Risques sanitaires et normes morales, 11 mars 2010

Lieu : Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales. Salle : R3.36.

  • Marie-Angèle HERMITTE (CNRS/EHESS-CENJ) : « L’Action en justice comme art de la transgression. »
  • Nicolas DODIER (INSERM/EHESS-GSPM) : « Transgressions et réparation : les victimes d’une tragédie collective. »

Séance 6 : Massacres et violences extrêmes, 25 mars 2010

Lieu : Institut d’Études Politiques de Lille. Salle : B 2.1.

  • Élisabeth CLAVERIE (EHESS-GSPM) : « Techniques de l’épuration ethnique, le cas de Visegrad en Bosnie. »
  • Christian INGRAO (CNRS-IHTP) : « Transgresser la barrière corporelle : anthropologie du massacre génocidaire. »

Séance 7 : Paroles transgressives et anthropologie des énoncés magiques, 6 mai 2010

Lieu : Institut d’Études Politiques de Lille. Salle : B 2.1

  • Jeanne FAVRET-SAADA (École Pratique des Hautes Études) : « Désorceler : la transgression restauratrice. »
  • Emmanuelle DANBLON (FNRS/ULB-GRAL) : « Discours magique, discours rhétorique : quelle place pour la transgression ? »

Séance de Conclusion, 20 mai 2010

Lieu : MESHS. Salle : Espace Baeïtto (face à Euralille).
2, rue des Canonniers 59000 Lille. Métro : Gare Lille Flandres

  • Georges BALANDIER (EHESS – CEAF) : « La transgression dans un projet d’anthro-pologue-sociologue. »

Lieux

  • Lille, France

Dates

  • jeudi 19 novembre 2009
  • jeudi 03 décembre 2009
  • jeudi 28 janvier 2010
  • jeudi 11 février 2010
  • jeudi 11 mars 2010
  • jeudi 25 mars 2010
  • jeudi 06 mai 2010
  • jeudi 20 mai 2010

Mots-clés

  • transgression, anthropologie, frontière, norme, sacré, indignation, critique

Contacts

  • Loïc Nicolas
    courriel : loic [dot] nicolas [at] ulb [dot] ac [dot] be
  • Cédric Passard
    courriel : cedric [dot] passard [at] iep [dot] univ-lille2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Loïc Nicolas
    courriel : loic [dot] nicolas [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« De la transgression (2009-2010) », Séminaire, Calenda, Publié le jeudi 29 octobre 2009, http://calenda.org/199348