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From Shore to Shore: Cultural Guides and Conveyors

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Publié le mercredi 28 octobre 2009 par Marie Pellen

Résumé

Le thème « Passeurs » offre l'opportunité d'explorer la dynamique de la transmission culturelle, littéraire et linguistique dans le domaine de l'anglistique. Le passeur est à la fois un guide et un intermédiaire, entre deux rives ou deux pays, deux cultures, deux générations ou deux langues. Figure mythologique ou biblique traditionnelle, située dans l’entre-deux de l’enfer et du paradis, du monde des vivants et du royaume des morts, il occupe dès son origine un large territoire symbolique et investit l’imaginaire collectif grâce à son pouvoir de sceller le destin des âmes.

Annonce

CLIMAS (Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3), 10-12 juin 2010

Organizers: Pascale Antolin, Susan Barrett, Arnaud Schmitt, Paul Veyret.

Le thème « Passeurs » offre l'opportunité d'explorer la dynamique de la transmission culturelle, littéraire et linguistique dans le domaine de l'anglistique. Le passeur est à la fois un guide et un intermédiaire, entre deux rives ou deux pays, deux cultures, deux générations ou deux langues. Figure mythologique ou biblique traditionnelle, située dans l’entre-deux de l’enfer et du paradis, du monde des vivants et du royaume des morts, il occupe dès son origine un large territoire symbolique et investit l’imaginaire collectif grâce à son pouvoir de sceller le destin des âmes. De la mythologie grecque au Nouveau Testament, le passeur accompagne les défunts lors de leur dernier voyage – en témoigne Charon, le nocher des Enfers. À l’inverse, Saint Pierre se voit confier les clés du Paradis afin d’y accueillir ceux qui en sont dignes. Le passeur est donc une figure dynamique et symbolique forte, qui articule les tropes discursifs, culturels et littéraires de l'imaginaire universel. Il est celui qui détermine le franchissement du lieu et la traversée du moment, qui conditionne la transmission et le passage de l'autre côté, vers l'autre rive, tout en restant à la même place, immuable, comme imperméable au passage du temps, foyer immobile du mouvement et de la transition.
Le passeur est aussi une figure héroïque : son aide est nécessaire pour franchir un obstacle ou une étape. Son rôle d'accompagnateur peut être associé à la découverte, l’initiation (il est alors l’éclaireur, l’explorateur – celui qui fait franchir des frontières, découvrir de nouveaux territoires) ou à une intervention salvatrice. Cependant, ce n’est pas un guide ordinaire car il accompagne ceux qui ont fait appel à lui dans une étape séminale de leur existence. Fugitifs ou clandestins, ils n'ont d’autre choix que de placer leur destin entre ses mains.
Figure furtive, résistante, le passeur incarne souvent une forme de retrait, de mise à distance nécessaire. Agent indispensable d'une transmission, d'une transformation, du succès d'un passage, il doit rester dans l'ombre. Il est l’auteur de la « passe décisive » au football – the assist – celui dont le geste généreux est indispensable au succès de l'entreprise mais qui peut demeurer anonyme, à la marge. Le passeur peut donc se situer dans la zone occulte du savoir et du secret, et il contient la possibilité de la transgression. Il sait, il agit mais à distance ; il occupe l'espace paradoxal d'une présence affirmée qui s'efface.
Le passeur peut encore être une figure mystique ou impérieuse (chaman, gourou, pygmalion, initiateur), simple enseignant voire traducteur. Ce qu’il transmet, ou passe en contrebande, va de l’immatériel (idées plus ou moins subversives) au matériel (substances légales ou illégales). Il est enfin médiateur, rôle crucial dans un monde post-colonial caractérisé par une accélération des échanges linguistiques et culturels, ou dans un contexte postmoderne défini par la complexité du jeu intertextuel et hypertextuel.

La figure du passeur est indissociable, sans conteste, de toute l’histoire des échanges démographiques, économiques et culturels entre les Etats-Unis et l’Europe (notamment la Grande-Bretagne, mère rejetée et pourtant inséparable alliée) : incessants passages, échanges, interaction, mélange d'attraction et de répulsion, entre deux continents. Pour autant, le passeur fait aussi partie intégrante du continent américain lequel, dans son immensité, se prête, et même exige, toutes sortes de passages, transmissions, déplacements.
On peut citer ainsi :
  • la mythologie du Nouveau Monde, de la nature sauvage, de la frontière, de la conquête du territoire ainsi que toute la mystique de la route ;
  • les précurseurs, qui ont permis à l’Amérique de s’affranchir de la culture européenne et de passer à une pensée (transcendantalisme, Pragmatisme) ou à une forme littéraire (le romance) proprement américaines comme les avant-gardes, initiant le public américain (et mondial) à de nouveaux horizons artistiques, étroitement liés à l’expérience américaine ;
  • les figures mythiques de la contre-culture mais aussi l'art dit engagé, où l'artiste transmet un message, une mise en garde – qu'il appartienne au "mainstream" littéraire ou à la littérature de minorités soucieuses de défendre, voire d'affirmer, leur identité (afro-américaine, asiatique ou chicana, juive, féminine ou homosexuelle). Ce rôle de l'artiste passeur, porteur de message(s), prend de nouvelles formes sur la scène contemporaine avec, en particulier, l'art écologique, qui se développe depuis les années 70 ;
  • l’histoire récente de la frontière (et de l’immigration clandestine), principalement de la frontière américano-mexicaine et de tous les passages linguistiques, littéraires ou économiques qu'elle suscite depuis toujours.
Dans ce rôle du passeur, le grand écran a son mot à dire : depuis la mise en image de la fiction américaine ou britannique (nouvelle interaction entre deux modes de représentation) jusqu'au rôle de passeurs économiques et esthétiques des studios hollywoodiens.
Des deux côtés de l'Atlantique, enfin, la "celebrity culture" comme les prix littéraires sont des passeurs nécessaires des œuvres vers le grand public cultivé.

Dans le domaine spécifiquement britannique, il est difficile de ne pas évoquer, de la même façon, une liste de moments culturels et de figures littéraires :
  • l'imaginaire des XVIIIe et XIXe siècles est en effet celui de l'ouverture à d'autres mondes et de la naissance de l'écrivain comme passeur de frontières, imaginaires ou réelles. Le ferment du romantisme est celui d'une société en plein changement : Révolution française et première révolution industrielle font du poète et du romancier des passeurs d'idéaux ;
  • le développement de nouveaux centres urbains et l'explosion du capitalisme constituent des bouleversements sociologiques et économiques à l'origine de tensions politiques et sociales. Le romancier de la seconde moitié du XIXe siècle se fait l'écho de ces phénomènes ;
  • la figure du passeur se dessine également sur d'autres territoires. C'est certainement dans le domaine d'une sphère de recherche linguistique et littéraire et de fascination culturelle, celle de l'orientalisme, que se problématise dès le XVIIIe siècle le rapport entre deux cultures ;
  • dans le roman contemporain, l’auteur est indubitablement passeur de diégèse mais aussi d’Histoire et de mémoire individuelle ;
  • enfin, avec la tropicalisation du roman britannique contemporain, l'inversion des pôles Métropole/Colonie, les passeurs de culture et de métaphores ne sont plus les écrivains et administrateurs coloniaux mais les anciens subalternes des marges de l'Empire, qui découvrent une voix propre en s'appropriant la langue des anciens maîtres. Des passeurs d'identité aux passeurs de la créolisation et de l'hybridité, les codes culturels des passeurs sont brouillés, les repères identitaires et religieux, historiques et culturels, idéologiques et littéraires bouleversés

Les propositions de communication (300-500 mots) devront parvenir avant le 28 février 2010 aux organisateurs :

-pour la partie américaine :
  • Pascale Antolin, pantolin@club-internet.fr,
  • Arnaud Schmitt, schmitt.arnaud@orange.fr
-pour la partie britannique :
  • Susan Barrett, s.barrett@wanadoo.fr,
  • Paul Veyret, veyret.paul@numericable.fr

“From Shore to Shore: Cultural Guides and Conveyors”

CLIMAS (Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3), June 10-12, 2010

Organizers: Pascale Antolin, Susan Barrett, Arnaud Schmitt, Paul Veyret.

The theme of cultural guides and conveyors offers the opportunity to explore the dynamics of cultural, literary and linguistic transmission in the English speaking world. The cultural guide (or conveyor) is both a guide and an intermediary between two shores or two countries, two cultures, two generations or two languages. A figure from mythology or the Bible who is to be found between heaven and hell, between the land of the living and the land of the dead. A figure which has always occupied a large symbolic territory and has a hold on the collective imagination because he is the one who seals a soul's destiny. From Greek mythology to the New Testament, he accompanies the dead on their last journey: Charon ferries them across the Styx to Hades; St Peter is entrusted with the keys to heaven and only lets in those who have proved themselves worthy. The cultural guide (or conveyor) is thus a highly symbolic and dynamic figure at the centre of discursive, cultural and literary tropes of the universal human imagination. He is the one who decides when and where the crossing takes place, the one who is responsible for handing things over and taking people to the other side, or to the other shore, while at the same time remaining in the same place as if untouched by the passage of time, the motionless centre of movement and transition.

The cultural guide (or conveyor) is at times a heroic figure whose help is necessary to overcome an obstacle or to move on to the next stage. As a guide his role is linked to discovery or initiation (in which case he is a scout, an explorer, the one who helps others across the border and discovers new horizons). He can also play the part of a rescuer. He is not an ordinary guide since he accompanies those who need his services at a key moment in their lives. Refugees and illegal immigrants have no other choice but to place their destiny in his hands.

The cultural guide (or conveyor) can be a stealthy figure or a resistance fighter, who embodies a form of withdrawal and necessarily remains at a distance. This agent, who plays a vital role in the hand-over, the transformation and the success of the crossing, must stay in the shadows. He has a vital role in football - the assist - the generous act which is essential to overall success but can remain anonymous and on the margins. He can thus position himself in the hidden zone between knowledge and secret, and contains the possibility of transgression. He knows, he acts, but from a distance, he occupies the paradoxical space of a person who both makes his presence felt and remains in the background.

The cultural guide (or conveyor) can be mystical or domineering (shaman, guru, inspirer, initiator), an ordinary teacher or a translator. What he hands over, legally or illegally, can be anything from the intangible (ideas which may or may not be subversive) to the real (legal or illegal substances). Finally he is a mediator who plays a crucial role both in the post-colonial world, which is characterised by a rapid increase in linguistic and cultural exchanges, and in the post-modern context, which is defined by the complexity of the interplay of intertextuality and hypertextuality.

The figure of the cultural guide is unquestionably linked to the history of demographic and migratory flows, and economic and cultural exchanges between the United-States and Europe (in particular Great Britain, the spurned mother and yet unfaltering ally): continual passages, exchanges, interaction between two continents resulting in a dynamic of constant attraction/repulsion. At the same time the cultural guide is part and parcel of the American continent whose vastness requires all sorts of passages, transmissions, endless trips and continuous flows.
Some of the most significant examples are:
  • the mythology of the New World and the Wilderness, the frontier and territorial conquest, as well as the mystical representation of the open road.
  • The founding fathers or forerunners who helped America to break free from the shackles of European culture and to develop ideas of its own (Transcendentalism, Pragmatism), new literary forms (the Romance) and also various avant-garde art movements which introduced the American public to new aesthetic horizons, intrinsically linked to the American experience.
  • The mythical figures of counter-culture, as well as committed artists, who send a message, or a warning, whether they belong to the mainstream or to minorities eager to defend, or even assert, their identities (Afro-Americans, Asians, Chicanos, Jews, gays, women). This role of the artist as a conveyor of messages has been developing since the 70s with the emergence of environmental art on the American artistic scene.
  • The recent history of borders and illegal immigration -- in particular the Mexican-American border which for decades has given rise to a host of economic, linguistic and literary exchanges.
Cinema is another major cultural conveyor in its showing of adaptations of British and American fiction to large audiences around the world (a new type of interaction between two modes of representation) and in its role as an economic and aesthetic guide.
As for “celebrity culture” and literary prizes, both have become the necessary conveyors of literature to cultivated members of the general public.

In British studies a similar list of cultural moments and literary figures springs to mind:
  • the 18th and 19th century imaginary was built on the opening up to other worlds and on the new role of the writer as a crosser of both real and imaginary borders. Romanticism thrived on the social changes of the time; the French Revolution and the first Industrial Revolution transformed the poet and the novelist into conveyors of ideals.
  • The development of new urban centres and the rapid growth of capitalism caused sociological and economic upheavals, which in turn caused great political and social tensions; novelists of the second half of the 19th century bear witness to these times of turmoil.
  • The figure of the conveyor is also present in other areas. From the 18th century onwards, “Orientalism” has underlined the problematic relationship between two cultures and is evident in both literature and linguistics.
  • In the realm of contemporary fiction, the author has gained beyond doubt the status of a conveyor of diegesis, History and individual memory.
  • Finally, the “tropicalization” of contemporary British fiction has inverted the Metropolis/Colony polarities and the conveyors of culture and metaphors are no longer the former colonial administrators but the new subalterns, writing from the margins of the Empire, who have discovered their own voices by reclaiming their former master's language. Whether they be conveyors of identity or of creolization and hybridity, the cultural codes of these guides have become blurred, and the religious, historical, ideological and literary landmarks have changed beyond recognition.

Proposals for papers (300-500 words) must be sent to:

  • Pascale Antolin, pantolin@club-internet.fr, Arnaud Schmitt, schmitt.arnaud@orange.fr (North American Studies)
  • Susan Barrett, s.barrett@wanadoo.fr, Paul Veyret, veyret.paul@numericable.fr (British Studies)

before February 28, 2010

Lieux

  • Université Michel de Montaigne
    Bordeaux, France

Dates

  • dimanche 28 février 2010

Mots-clés

  • passeurs, transmission culturelle, initiation

Contacts

  • Arnaud Schmitt
    courriel : schmitt [at] u-bordeaux4 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Arnaud Schmitt
    courriel : schmitt [at] u-bordeaux4 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Passeurs », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 28 octobre 2009, http://calenda.org/199351