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Fictions & intermédialités

Fictions & intermediality

Images dans le récit, récits dans l'image

Pictures in storie, stories in pictures

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Publié le jeudi 05 novembre 2009 par Marie Pellen

Résumé

Les écarts produits entre l’image et le récit dans les pratiques artistiques et littéraires témoignent-ils d’un écart constitutif inévitable ou d’un jeu de faire-semblant ? À partir de quand (et de quel point de vue) le lecteur ou regardeur peut-il induire un excès ou un manque témoignant d’un artifice et d’une intention, voire d’une fiction? Ce jeu typique d’une bonne partie des œuvres du Narrative Art a-t-il son équivalent dans le registre littéraire ou dans des pratiques artistiques plus contemporaines ? Au-delà d’un jeu de feintise, s’agit-il de nous introduire à un mode fictionnel plus fondamental qui relève de la supposition ? Enfin, le doute sur la nature de certains de ces écarts témoigne-t-il d’une réalité factuelle propre à l’hétérogénéité des appréhensions de l’image et du récit ou relève-t-il d’une visée proprement artistique ou esthétique ?

Annonce

Colloque international : vendredi 27 et samedi 28 novembre 2009

Ligne de recherche Fictions & interactions, Cerap

Université Paris 1
47 rue des bergers, 75015, Paris
10 - 18 heures

Fidèle à son orientation, la ligne de recherche Fictions & interactions associe création artistique et réflexion artistique sur celle-ci. Ce colloque a également pour visées de lier approches philosophiques et littéraires, l'Université Paris 1 et l'Université Picardie Jules Verne et de permettre à plusieurs doctorants de communiquer leurs travaux au sein d'une communauté de recherches sur l'intermédialité dans les fictions artistiques.

« Faire le récit d’une image » ou « mettre en images un récit » sont susceptibles de faire apparaître des points de vue convergents ou divergents ou tout simplement des points de vue hétérogènes. Dans quelle mesure ce qui est dit ou raconté se rapporte-t-il à ce que l’on aperçoit dans l’image ou au contraire lui échappe ? De la même façon, ce qui est mis en images peut-il être conforme au récit raconté ? Plus généralement ces deux modalités de transcription ont-elles des points communs ?

À ces questions basiques bien connues et déjà forts complexes peut s’ajouter le jeu intentionnel de l’auteur. Profitant de l’écart constitutif entre ce qui peut être lu et ce qui peut être vu ou imaginé, certains artistes — notamment dans le cas du Narrative Art — ou certains écrivains, ajoutent ou retranchent, « absentent » ou encore se prêtent au jeu de la dérive associative. Ce jeu de feintise s’avère parfois difficile à identifier pour le lecteur ou l’observateur et engage alors la reconnaissance d’une fiction. La compréhension habituelle de celle-ci suppose qu’elle soit partagée, mais à partir de quand ce contrat tacite entre auteur et lecteur peut-il se constituer ? Quelle est l’importance des marques ou artifices propres à un seul rapport image/texte ou à celui d’un ensemble ?

Autrement dit, les écarts produits entre l’image et le récit témoignent-ils d’un écart constitutif inévitable ou d’un jeu de faire-semblant ? À partir de quand (et de quel point de vue) le lecteur ou regardeur peut-il induire un excès ou un manque témoignant d’un artifice et d’une intention, voire d’une fiction? Ce jeu typique d’une bonne partie des œuvres du Narrative Art a-t-il son équivalent dans le registre littéraire ou dans des pratiques artistiques plus contemporaines ? Au-delà d’un jeu de feintise, s’agit-il de nous introduire à un mode fictionnel plus fondamental qui relève de la supposition ? Enfin, le doute sur la nature de certains de ces écarts témoigne-t-il d’une réalité factuelle propre à l’hétérogénéité des appréhensions de l’image et du récit ou relève-t-il d’une visée proprement artistique ou esthétique ?

Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne

47 rue des bergers, 75015, Paris

Salle 250

VENDREDI 27 NOVEMBRE

« Narrative Art »

10h BERNARD GUELTON, Université Paris 1, Présentation du colloque.

10h 30 SANDRINE MORSILLO, Université Paris 1, « Représentation de livres dans

l’art et fiction critique (à partir des oeuvres de Jean Le Gac et Joachim Mogarra) »

La bibliothèque et les livres sont présents sous différentes formes dans les oeuvres de Jean Le Gac et Joachim Mogarra. En s'en prenant au livre les deux artistes s'en prennent aux conventions de la fiction. Dans ces démarches, la fiction devient implicitement l'objet de l'oeuvre en s'instituant comme un enjeu du processus de création. Une façon alors de libérer le regard du spectateur et d'aiguiser ses compétences fictionnelles.

11h Questions

11h 15 ISABELLE VODJDANI, Université Paris 1, « Le récit comme fabrique

d'images : description, légende et image de récit »

Mon exposé prend appui sur un récit publié en décembre 2006 sur Transactiv.exe sous le titre : « Un petit tableau très banal, un rêve » : http://www.transactiv-exe.org/spip.php?article122 Peu après sa publication, une lectrice a cadré un passage du récit pour le convertir en image. Faire image d'un texte à l'aide d'un rendu graphique peut-il satisfaire la quête imaginaire du lecteur?

Les récits regorgent d'images sans qu'il soit nécessairement question de décrire une image en tant que telle. Qu'est-ce qui différencie les images produites par le récit et les images désignées par le récit? Comment le lecteur s'arrange-t-il avec les contraintes, les frustrations ou les stimulis offerts par la description d'une part, et les évocations imageantes du récit d'autre part?

11h 45 PERIN EMEL YAVUZ, Doctorante CRAL, « La fiction sur des rails. Référent,

photographie et texte dans le Narrative Art »

Comment une oeuvre à caractère fictionnel négocie-t-elle avec la nature d'empreinte du réel de l'image photographique? Le texte ne pointe-t-il pas le fait que si la photographie adhère au réel, pour autant, elle constitue aussi une entrée en fiction? Ou ne serait-ce pas plutôt le texte lui-même qui se charge d'arrimer l'ordre polysémique de l'image? Il s'agira de montrer comment, entre l'autorité du référent photographique et l'ancrage du texte, la fiction se fraye un chemin dans les labyrinthes du Narrative Art .

12h 15 Questions

Interprétations, doublages, inférences

14h 30 MIGUEL EGANA, Université d’Amiens, « L'artiste à l'épreuve de l'image.

Fiction esthétique et autodestruction de l'artiste par son oeuvre, même »

A partir de l'analyse de deux récits, qu'on peut considérer comme deux "fables artistiques",

l'histoire de Pygmalion par Ovide, les aventures de Laurent, héros criminel de Thérèse Raquin de Zola, on montrera comment la production narrative d'une image articule le texte et crée une double figure d'artiste, l'un relevant du paradigme classique (mimesis), l'autre du paradigme moderne (expression). Dans les deux cas, la disparition de l'image se confond et avec la fin du récit et avec l'évanouissement de la figure artistique dont elle dépend.

15h FRÉDÉRIC CHEVREUX, Doctorant Université d’Amiens, « Le récit fictionnel face aux inférences : le problème du vérisme réaliste »

A partir d'une relation entre deux oeuvres majeures (La Joconde et LHOOQ), je discute la façon dont peut élaborer des inférences qui puissent dépasser ce qui est effectivement perceptible dans les oeuvres. Je montrerai que les intentions de l'artiste peuvent participer à notre compréhension de l'oeuvre, mais en même temps, qu'il est douteux de penser que toutes les intentions soient contenues dans l'oeuvre. Par opposition, je considérerai la position inverse qui défend la thèse selon laquelle seule l'oeuvre détient le rôle exclusif pour délibérer sur sa signification et son vérisme. En définitive, il sera montré que seul l'usage circonstanciel des oeuvres peut nous fournir la matière fondamental pour statuer sur le(s) sens d'un certain récit fictionnel.

15h 30 EDITH MAGNAN, Doctorante Paris 1, « Sans, Cent, Images »

L’écart constitutif entre image et récit peut aboutir à une multiplicité d’interprétations. Peut-on parler de « multiplicité homogène » ? Le spectateur, auteur de cette multiplicité participe activement au montage qui associe image et récit. Comme au cinéma, peut-on le considérer également comme celui qui réalise un « doublage » ? S’agit-il d’un nouveau type de personnage off ? Un off générateur d’histoire ?

16h Questions

16h 15 ELISABETH AMBLARD, Université Paris 1, « Principes de réciprocité entre

image et texte : distribution des rôles dans trois oeuvres-estampes de Robert

Morris »

Robert Morris emprunte à Ted Taylor (physicien) et à Donald Davidson (philosophe analytique) des fragments de textes à vertu scientifique pour les intégrer à ses images. Si l’esprit et le sérieux des premiers ressurgissent alors sur ces oeuvres, en retour les images façonnées de Robert Morris les détournent. Par palier, de textes scientifiques, ils tendent à devenir récits imaginaires. Mis en regard avec la manualité des images produites, les liens pluriels qui se tissent entre visuel et textuel les relient à la fiction, celle de faits non plus réels mais inventés.

16h 45 LAETITIA GIORGINO, Doctorante Paris 1, « L’inévitable posture de

“narrateur spéculateur” » (Les mises en scène du regardeur dans le catalogue Silent

Please de Juan Muñoz)

Les concepteurs du catalogue Silent Please n’ont pas cherché à restituer au lecteur l’apparence de l’exposition Conversation Piece de l’artiste contemporain Juan Muñoz. Ils ont préféré un agencement de photographies d’oeuvres recontextualisées et de récits qui exploitent et intégrent au sein d’une narration les « manques » de ces images. Nous examinerons comment les auteurs auxquels ils firent appel mettent en scène leur statut de récepteur d’oeuvre en s’adonnant à toutes sortes d’opérations imaginaires.

17h 15 Questions

SAMEDI 28 NOVEMBRE 2009

Figure, narration, fiction

10h CATHERINE GRALL, Université d’Amiens, « Fiction et intermédialité » : la

photographie dans le roman : une hétérogénéité indépassable ? »

Alors que la photographie, comme objet d’intrigue, a fasciné plus d’un romancier ou nouvelliste, les tentatives d’insertion iconographique de ce médium dans la fiction littéraire semblent avoir toujours posé problème : la difficile histoire de cette intermédialité permet de préciser les enjeux de deux formes d’imaginaires jusqu’à aujourd’hui.

10h 30 RAPHAËL BARONI, Université de Lausanne, « Le récit : une représentation

tiraillée entre séquence et configuration »

Après avoir brièvement rappelé les définitions de la narrativité, le partage traditionnel entre

représentation verbale et représentation imagée sera discuté, ainsi que leurs rapports avec la temporalité, le récit et son intrigue. Plusieurs procédés permettant d’inscrire une forme de temporalité dans l’image fixe seront examinés, notamment ceux qui reposent sur la participation active de l’interprète (mouvement du regard, complémentation, désambiguïsation). Finalement, un exemple tiré d’une planche du roman graphique Watchmen permettra de montrer la manière dont l’image peut exploiter ses propres ressources sémiotiques pour donner forme à une représentation complexe du temps.µ

11h Questions

11h 15 BERNARD VOUILLOUX, Université Montaigne, Toulouse, « La première

“narration figurée ”, À propos de la « scène » du fond du puits à Lascaux »

Toute image fixe narrative s’adosse à du verbalisable (récits, mythes, légendes, croyances…). Que faire lorsque cet arrière-plan est inaccessible à l’analyse ? Regarder de « tous ses yeux » ? Mais, à supposer qu’une telle chose soit possible (tant sont prégnants nos habitus de lecture), nous nous heurtons à toutes sortes de difficultés d’ordre en apparence simplement littéral (telle figure est elle ou non coordonnée à celle qui la jouxte ? Telle forme est-elle au-dessus ou devant une autre ?, etc.). Tel sont les défis qu’adresse aux paléontologues (et à tous ceux qu’intéressent les images) la « scène » du fond du puits à Lascaux. La multiplicité des interprétations qui continuent d’en être proposées fait bien apparaître que l’image narrative est un artefact bien plus complexe que ne le laisse supposer la vieille illusion, toujours reviviscente, d’une « langue universelle » des

images.

11h 45 LORENZO MENOUD, Écrivain et chercheur indépendant, Suisse « La fiction

augmentée — une analyse de la narration mixte »

Sur le modèle du concept de réalité augmentée , je vais développer celui de fiction (littéraire) augmentée par des images ou du texte référentiel, proposer une analyse des rapports possibles entre les différents éléments de cette narration mixte et mesurer leurs effets sur le statut fictionnel du récit. site : http://serialpoet.eu/

12h 15 Questions

Création & intermédialité

14h30 JOACHIM MOGARRA, Artiste, France, « L'impossible choix »

« L'impossible choix » : l'idée dominante à l'oeuvre dans mon travail est l'impossibilité de choisir entre ce qui est (ou son image) et ce que l'on pourrait en faire. Toute nouveauté sonne en quelque sorte le glas de ce qui l'a précédée. En donnant de multiples lectures d'un objet ( en particulier par le texte) je créé sans pour autant détruire.

15h JEAN LE GAC, Artiste, France, « C’est bien ça »

« C’est bien ça » : A partir de deux oeuvres récentes interroger les faits d'évidence qui semblent annuler l'hétérogénéité de la forme peinture-photo-texte.

15h 30 Questions

15h 45 MAC ADAMS, Artiste, USA, « The Narrative Void »

« The Narrative Void » : Mac Adams discusses the evolution of his work over the past 30 years from photographs to installations. He will also discuss the multimodal aspect of the senses-smell, sound, touch-on cognition in the mystery genre.

16h 15 OLIVIER RICHON, Artiste, Grande Bretagne, « Cary Ross's Bedroom___ Depiction, description et narration à partir de Walker Evans___ »

Cette étude prend comme point de départ une photographie de Walker Evans, Carey Ross's Bedroom (1932). Cette photographie de chambre à coucher moderniste, en marge de l'iconographie habituelle de Walker Evans, sert à interroger le dispositif photographique, la référence proclamée de ce photographe à l'écriture de Gustave Flaubert, ainsi que la fonction de la copie dans l'oeuvre de ces deux auteurs.

16h 45 Questions


« FICTION FACE TO INTERMEDIALITY », Pictures in Stories, Stories in Pictures


“Telling the story of an image” or “putting a story into images” is likely to reveal convergent, divergent or simply heterogeneous points of view. To what extent does what is said or recounted correspond to what is perceived in the image? Similarly, can what is put into images conform to the written or spoken narrative? More generally, do these two modes of transcription share any common points?

To these basic and well-known questions, already highly complex, can be added the intentions of the author. Taking advantage of the constituent gap between what can be said and what can be seen or imagined, some artists – notably the example of Narrative Art – and writers exploit or reject, alternately abstain from or revel in, this game of associative drifting. This “feigning” game can be difficult for the reader or observer to identify, and thus involves the recognition of a fiction. The usual understanding of this presupposes that this is a shared recognition, but when is this tacit contract between the author and the reader constituted? What is the importance of markers or artifices specific to one image/text relationship or to the whole?

In other words, do these gaps between image and story evidence an inevitable constituent distance or rather a game of make-believe? At what point (and from which point of view) can the reader or observer infer excess or lack, evidencing an artifice or an intention, that is to say, a fiction? Typical of many works of Narrative Art, does this have an equivalent in the literary register or in more contemporary art practices? Beyond any “feigning” games, does this mean the introduction of a more fundamental fictional model closer to this supposition? Lastly, does the dubious nature of some of these gaps evidence a factual reality specific to the heterogeneity of apprehensions of images and stories, or is this a more strictly artistic or esthetic concern?

Lieux

  • 47 rue des bergers
    Paris, France

Dates

  • vendredi 27 novembre 2009
  • samedi 28 novembre 2009

Mots-clés

  • fiction, intermédialité, image, récit, interprétation

Contacts

  • Bernard Guelton
    courriel : bernard [dot] Guelton [at] univ-paris1 [dot] fr

Source de l'information

  • Bernard Guelton
    courriel : bernard [dot] Guelton [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Fictions & intermédialités », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 05 novembre 2009, http://calenda.org/199424