AccueilLe sacré dans tous ses états : catégories du vocabulaire religieux et sociétés de l'Antiquité à nos jours

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Publié le lundi 09 novembre 2009 par Marie Pellen

Résumé

Le colloque étudiera l’intégration du vocabulaire religieux aux multiples discours qui interagissent dans les sociétés humaines. Le vocabulaire religieux est structuré en catégories qui expriment une intelligence et une pratique spécifiques du monde. Ces mots, qui prennent un sens technique dans les discours religieux, sont également véhiculés dans un cadre linguistique plus vaste, dans des discours non religieux, adoptés ou contestés, et parfois transformés en retour dans des phénomènes de circulation lexicale et sémantique. Une perspective de longue durée, de l’Antiquité à nos jours, et transdisciplinaire, interrogera des lexiques religieux dans des cadres sociaux et culturels très différents afin d’analyser et de comparer, dans des études de cas, la nature, les évolutions, les causes et les effets du recours à ce vocabulaire et à ses catégories dans les sociétés historiques.

Annonce

Université de Saint-Étienne

3, 4 et 5 décembre 2009

CERHI-CERCOR

Comité scientifique :

  • Mohammad Ali Amir-Moezzi,
  • Nicole Belayche,
  • Louise Bruit-Zaidman,
  • Daniel-Odon Hurel,
  • Michel Lauwers,
  • Éric Rebillard,
  • Camille Tarot.

Comité d’organisation :

  • Annick Peters-Custot,
  • François-Xavier Romanacce,
  • Manuel de Souza.

Le colloque étudiera l’intégration du vocabulaire religieux aux multiples discours qui interagissent dans les sociétés humaines. Le vocabulaire religieux, défini ici comme étant le lexique opératoire dans le cadre des pratiques et des croyances qui fondent et organisent les rites et les cultes, est structuré en catégories qui expriment une intelligence et une pratique spécifiques du monde. Ces mots, qui prennent un sens technique dans les discours religieux, sont également véhiculés dans un cadre linguistique plus vaste, dans des discours non religieux, adoptés ou contestés, et, parfois, ils sont transformés en retour dans des phénomènes de circulation lexicale et sémantique. Une perspective de longue durée, de l’Antiquité à nos jours, et transdisciplinaire, interrogera des lexiques religieux dans des cadres sociaux et culturels très différents afin d’analyser et de comparer, dans des études de cas, la nature, les évolutions, les causes et les effets du recours à ce vocabulaire et à ses catégories dans les sociétés historiques.

Les mots du religieux ont une relative stabilité morphologique (de sacer à sacré, de religio à religion) dans l’évolution linguistique générale, indépendamment des modifications historiques des sociétés dans lesquels ils sont utilisés. De l’Antiquité païenne au christianisme médiéval et aux sociétés contemporaines sécularisées des catégories demeurent dans leur forme lexicale malgré une transformation de leur contenu et de leur usage. Les interrogations porteront sur la production des catégories religieuses, leur utilisation technique dans le discours religieux, leur diffusion et leur usage dans la documentation globale. 

Le vocabulaire religieux est souvent utilisé dans des contextes non religieux. Il apparaît aujourd’hui assez massivement dans les discours journalistiques et plus globalement médiatiques qui nous renseignent sur l’opinion des sociétés postmodernes. Les reines de beauté, les champions des disciplines sportives, les artistes et les intellectuels en vogue, les personnalités en tout genre, sont « sacrés » et « consacrés » quotidiennement dans les feuilles et sur les ondes. Dans la gestion des sociétés, combien de politiques n’ont pas demandé à leurs concitoyens quelques « sacrifices » ? Tout un chacun, dans son rapport aux autres ou à soi, utilise des mots et des catégories religieuses pour ordonner son vécu. Les « prières » abondent dans les formules de politesse, et beaucoup se « consacrent » à ce et ceux qui leur sont chers.

Ce recours banal au vocabulaire religieux nous conduit à nous interroger sur la circulation, au-delà des mots, des sens religieux qui leur sont attachés dans des contextes plus techniques. Les mots qui expriment les catégories religieuses ont une utilité et une signification dans le cadre des pratiques et des croyances religieuses et on peut se demander s’il en subsiste quelque chose dans un usage hors contexte. Une étude comparative, dans la longue durée, dans des sociétés très différentes, montrera la permanence des circulations, mais aussi leur irrégularité, ainsi que les raisons et les significations variées de leur existence.

Les exemples de recours au vocabulaire religieux dans des contextes discursifs non religieux sont nombreux, mais il existe également des discours plus imperméables à ce lexique. La littérature officielle (textes constitutionnels, législatifs et administratifs) dans la France d’après la Révolution use avec parcimonie de ces mots. Le recours constitutionnel au vocabulaire religieux (particulièrement à la notion de sacré ou de sacrifice) dans la France contemporaine connaît une décroissance globale, avec l’enracinement de la République et de la laïcité, mais ressurgit avec force dans le traumatisme de la Seconde Guerre Mondiale. Le contexte politico-religieux de la France postrévolutionnaire explique en grande partie cette pudeur publique et laisse libre cours à la circulation et à l’évolution de significations « privées ». Le flottement contemporain du vocabulaire religieux, qui n’est plus défini par des autorités reconnues collectivement et qui s’imposent à tous, s’est accéléré et a eu des conséquences remarquables, dont l’intégration de ce vocabulaire au discours des sciences humaines et sociales, où il est devenu objet d’étude et lexique opératoire.

Les catégories religieuses et leur vocabulaire sont utilisés et définis par de multiples acteurs, religieux ou non, qui agissent sur les significations des mots et participent à leur intégration historique et sociale. Le contenu des mots, et encore davantage des catégories, est issu de processus sociaux de définition et d’usage, en partie diachroniques, qui justifient une étude dans la longue durée, sensible aux origines, aux héritages, aux traditions, aux ruptures, aux créations et aux mutations, et en partie synchroniques, qui nécessitent une analyse comparée des registres du langage, des circulations, à l’intérieur d’une société ou entre les sociétés, contemporaines ou non. Certains acteurs, certains usages, apparaissent comme des éléments d’autorité et de diffusion de sens privilégiés qui imprègnent les significations et les utilisations communes, sociales, des mots et des classifications qu’ils sous-entendent.

Les sociétés anciennes offrent un terrain d’étude privilégié par la place globale, traditionnelle et dominante tenue, selon les Modernes, par la ou les religions dans leurs civilisations. L’a priori d’une ancienneté de la religion, dont Durkheim cherchait les formes élémentaires, de sa préhistoire, a déployé sur l’histoire des Anciens un pesant voile de contrition ou d’excès qui ne permet pas toujours de concevoir des pratiques et des idées indépendantes des traditions que nous avons forgées. L’élaboration des monothéismes, dès l’Antiquité, et leurs succès médiévaux, ont apporté un couronnement au religieux en conciliant de façon la plus aboutie et la plus documentée, les mots du religieux et ceux des institutions et du quotidien. L’Ancien Régime a vu la contestation, réformatrice ou éradicatrice, et le vocabulaire et les catégories retravaillés, mais toujours présents, rejoindre le cours plus libéral des choses. Les usages se maintiennent, ce vocabulaire est commun, utile, agréable et parfois rentable. Les évolutions soulignent les aléas du religieux et du sacré, exprimés dans des mots et des notions, dont l’intégration historique et sociale nous enseigne sur les multiples façons dont l’homme peut énoncer, organiser et utiliser son rapport au mystère de l’existence et des choses.

Programme :

Jeudi 3 décembre

9h - 9h45 : accueil des participants

mots du Président de l’Université et du directeur du CERHI

introduction : Manuel de Souza

9h45 - 13h      1. Circulations et diffusion du vocabulaire religieux (présidence : Éric Rebillard)

9h45 - 10h10        Louise Bruit-Zaidman (Pr. émérite, Histoire grecque, Paris VII) : Le vocabulaire du sacré dans la tragédie grecque.

10h10 - 10h35      Elodie Matricon (DAM, Histoire grecque, St-Etienne) : Soigner, servir et desservir : les multiples usages de thérapéia.

10h35 – 11h          Sylvain Trousselard, (MC, Langues et littératures romanes, Saint-Etienne) : Références religieuses et expression comique : une écriture du mélange.

11h00 - 11h20      Pause  

11h20 – 11h45     Jean-Christophe Pitavy (MC, Sciences du langage : linguistique et phonétique générales, Saint-Etienne) : Ciel ! Enfer et damnation ! Diantre ! et autres marqueurs du feu de Dieu : l’« intensité sacrée » comme mode spécifique d’engagement personnel dans le discours.

11h45 - 12h10      Fabien Boully (MC, Etudes cinématographiques, Paris X) : Films cultes et films maudits (titre provisoire).

12h10 – 12h35     Daniel Colson (Pr., Sociologie, Saint-Etienne) : Mystique et anarchisme.

12h35-13h            Discussion

13h - 15h              Déjeuner

15h-17h30      2. Le sacré et le pouvoir (présidence : Michel Lauwers)

15h - 15h25          Antony Hostein (MC, Histoire romaine, Paris I) : Les oreilles sacrées de l'empereur, de Domitien à l'Antiquité tardive.

15h25 - 15h50      Aline Canellis (Pr., Langue et Littérature latines, Saint-Etienne) : Hérésie et pouvoir dans l'œuvre de Lucifer de Cagliari.

15h50 - 16h10      Pause

16h10 - 16h35      Dominique Iogna-Prat, (DR, CNRS, LAMOP/Paris I) : Le vocabulaire de l'institution ecclésiale dans l'Occident médiéval: économie et hiérarchie.

16h35 - 17h00      Annick Peters-Custot (MC, Histoire médiévale, Saint-Etienne) : Sancta Romana Ecclesia religioso utero vos genuit : noël de l'empereur et romanisation du sacre impérial.       

17h00-17h30        Discussion

Vendredi 4 décembre

9h30 - 12h      3. Vocabulaire et identité religieuse (présidence : Daniel-Odon Hurel)

9h30 - 9h55          Bernadette Cabouret (Pr., Histoire romaine, Lyon III) : Étude du vocabulaire religieux « païen » dans le Pro templis de Libanios.

9h55 - 10h20        Eric Rebillard (Pr., Classics and History, Cornell University, NY) : Le vocabulaire du sacré et l’ « identité »  chrétienne dans les sermons d’Augustin.

10h20 - 10h40      Pause

10h40 - 11h 05     Christian Jérémie (MC, Langue et Littérature anglaises, Saint-Etienne) : « Holy » et « godly » chez Thomas Becon ; "Piété " et "sainteté " dans l'Eglise d'Angleterre au temps de la Réforme.

11h05 - 11h30      Philippe Castagnetti (MC, Histoire moderne, Saint-Etienne) : Définition et pratique de la vertu de religion à l'âge baroque : du procès de canonisation à la biographie édifiante ; le cas du bienheureux Nicolas Saggio, minime.

11h30 - 12h          Discussion

12h – 14h00         Déjeuner

14h - 17h30    4. La chair du sacré (présidence : Dominique Iogna-Prat)

Matérialité

14h - 14h25          Nicolas Laubry (Membre de l’Ecole française de Rome, Histoire ancienne, Rome) : Des rites pour le faire, des mots pour le dire : désignations, conceptions et perceptions de l’espace funéraire à Rome (Ier s. av. J.-C. – IIIe s. apr. J.-C.).

14h25 - 14h50      Caroline d’Annoville (Membre de l’Ecole française de Rome, Histoire ancienne, Rome) : Translata de sordentibus locis : réflexions sur les transferts des statues divines.

14h50 - 15h15      Michel Lauwers (Pr., Histoire médiévale, Nice) : Des vases sacrés et des lieux. Res ecclesie et spatialisation du sacré dans l'Occident médiéval.

15h15 – 15h30     Pause

Représentations et intériorité

15h30 - 15h55      Nicole Belayche (DE, EPHE/Sciences religieuses) : Les dédicaces « Au divin / τῷ Θείῳ » dans l'Anatolie impériale.

15h55 - 16h20      Daniel-Odon Hurel (DR, CNRS, CERCOR/ LEM) : le vocabulaire de la prière, entre XVIe et XXe siècle, dans le monachisme bénédictin.

16h20 - 16h45      Régine Azria (CR, Sociologie, Psychologie, Anthropologie sociale, CNRS/EHESS) : Mots de l’exil et de la diaspora.

16h45- 17h30       Discussion

Samedi 5 décembre

9h-12h45        5.  Les sens du sacré (présidence : Nicole Belayche)

9h - 9h25             Philippe Cocatre-Zilgien (Pr., Histoire du Droit, Paris II) : La notion de pietas chez les Prudents romains.

9h25 - 9h50         Manuel de Souza (MC, Histoire romaine, Saint-Etienne) : Le pur et l’impur à Rome.

9h50 - 10h15       François-Xavier Romanacce (MC, Histoire romaine, Paris IV) : La notion de sacrilège de la persécution des chrétiens à la polémique contre les hérétiques (IIIe-Ve siècles).

10h15 - 10h30     Pause

10h30 - 10h55     Mohammad Ali Amir-Moezzi, (DE, EPHE/Sciences religieuses) : Le Dîn coranique et la mission prophétique de Mahomet.

10h55 - 11h20     Grégory Woimbée (MC, Théologie, Toulouse) : Le sacré selon une approche théologique contemporaine.

11h20 - 11h45     Camille Tarot (Pr., Sociologie, Caen) : le vocabulaire du sacré dans les sciences sociales.

11h45 - 12h30     Discussion

12h30 - 12h45     Conclusions : François-Xavier Romanacce.

Le colloque est organisé par le CERHI, EA 3722, en collaboration avec le CERCOR, UMR 8584 LEM et avec le soutien de l’Université Jean Monnet, du CNRS  et de la Ville de Saint-Étienne

Lieux

  • Université Jean Monnet, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Amphi E01, 35 rue du Onze Novembre
    Saint-Étienne, France

Dates

  • jeudi 03 décembre 2009
  • vendredi 04 décembre 2009
  • samedi 05 décembre 2009

Mots-clés

  • sacré, religion, vocabulaire, histoire, société, catégorie

Contacts

  • Manuel de Souza
    courriel : manuel [dot] desouza [at] univ-st-etienne [dot] fr

Source de l'information

  • Manuel de Souza
    courriel : manuel [dot] desouza [at] univ-st-etienne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le sacré dans tous ses états : catégories du vocabulaire religieux et sociétés de l'Antiquité à nos jours », Colloque, Calenda, Publié le lundi 09 novembre 2009, http://calenda.org/199484