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L'enseignement supérieur entre nouvelle gestion publique et dépression économique

Higher Education between New Public Management and Economic Downturn

Analyse comparée et essai de prospective

Comparative analysis and tentative scenarios

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Publié le jeudi 19 novembre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Après un quart de siècle d'expérimentation dans plusieurs pays, et une abondance de critiques tant théoriques qu'empiriques, certains auteurs ont déjà rédigé la notice nécrologique de la Nouvelle gestion publique (NGP). Pourtant cette mode – si c'en est une – continue à se répandre, sous l'influence entre autres de l'OCDE et de l'Union européenne. Le but de cet atelier exploratoire est d'abord de caractériser l'expansion de la NGP dans l'enseignement supérieur, ses formes et ses conséquences dans des contextes nationaux différents ; ensuite de rassembler les premières informations disponibles sur l'impact de la récession économique sur la gestion publique de l'enseignement supérieur ; enfin de tenter de construire quelques scénarios prospectifs de la transformation des rapports de pouvoir qui gouvernent l'enseignement supérieur.

Annonce

Le réseau international et pluridisciplinaire FOREDUC (http://netx.u-paris10.fr/foreduc/) étudie depuis plusieurs années les modalités de mise en oeuvre et les conséquences de la Nouvelle gestion publique (NGP) sur les rapports de pouvoir et les structures de décision des systèmes éducatifs. Le but de son atelier de 2009 était à l'origine de synthétiser nos observations comparatives pour anticiper la forme spécifique que prendrait la NGP dans l'enseignement supérieur français. La confrontation des expériences montre en effet que si l'on observe une forte tendance à l'unification des principes de gestion de l'enseignement supérieur et de la recherche, la doctrine se décline différemment sur le terrain en fonction des rapports de pouvoir locaux entre acteurs concernés et de l'intensité des enjeux de compétitivité internationale de l'industrie de l'enseignement.

Mais la crise financière et économique intervenue entre temps aura certainement des effets importants dans le domaine des services publics en général, et de l'enseignement supérieur en particulier. Nous pouvons donc commencer à examiner comment, dans une phase de dépression, les variables politiques et économiques interagissent pour modifier la gouvernance de l'enseignement supérieur dans les pays où la NGP a été mise en oeuvre.

Comment les décisions des agents seront-elles affectées et les rapports de pouvoir sur l'enseignement supérieur modifiés ? La mise en oeuvre de la NGP sera-t-elle intentifiée, abandonnée, ou évoluera-t-elle vers l'Etat "neo-weberien", combinaison de la "vieille" et de la "nouvelle" gestion publique que certains recommandent ?

La NGP associe deux principes apparemment contradictoires, mais en fait complémentaires : d'un côté la décentralisation et l'ouverture au marché, de l'autre le renforcement du pouvoir des exécutifs nationaux. Fondé sur le postulat que c'est l'Etat qui est le problème et le marché la solution, il met les pouvoirs au service de la construction et de l'extension des marchés. Il se déploie dans un contexte de compétition internationale adossée à l'instrumentalisation économique du savoir, de déséquilibre croissant des rapports de force entre capital et travail, et de pénétration des capitaux dans le secteur des services publics.

Depuis les dérégulations des années 1980, la mobilité globale des capitaux met les Etat et leurs facteurs immobiles en compétition pour les attirer : réduction de la fiscalité sur le capital et les profits, baisse des salaires, démentèlement des systèmes de protection sociale, fourniture de main d'oeuvre flexible et de recherche brevetable, ouverture aux capitaux du secteur éducatif lui-même. La NGP est donc utilisée dans l'enseignement supérieur pour (i) réduire son coût public et transférer la charge aux agents privés (essentiellement les étudiants), (ii) imposer aux universités et aux laboratoires les indicateurs de performance chiffrés correspondant aux besoins à court terme de l'économie et du politique, (iii) limiter la liberté académique et scientifique par la flexibilisation de l'emploi et l'extention de son contrôle bureaucratique, (iv) construire les marchés et quasi-marchés des services d'enseignement.

Quel sera l'impact de la crise économique sur les politiques publiques d'enseignement supérieur ?

Nous pouvons déjà observer quelques uns des changements immédiats induits par la récession dans les pays qui ont adopté la NGP. Comme dans toutes les périodes de contraction, la demande potentielle d'enseignement augmente. Mais dans la plupart des pays, la dépense publique d'enseignement supérieur stagne ou décroît, en particulier lorsqu'elle dépend des budgets des collectivités locales durement affectées. Le chômage et la baisse des revenus, combinés avec la hausse des frais de scolarité, tendent à entraîner (i) une polarisation de la demande, avec des abandons précoces en raison du coût des études, (ii) la crainte (ex. aux USA) que la crise de l'endettement étudiant prenne le relais de la crise des subprimes, (iii) la réorientation de la demande vers des études plus courtes, les établissements publics et les fournisseurs à distance, (iv) les changements de destination des étudiants internationalement mobiles, et leurs conséquences sur les recettes des universités et les balances des paiements. Du fait des difficultés financières des universités, publiques et privées, on peut déjà repérer des signes de restructuration de l'industrie de l'enseignement : suppression de filières et de centres de recherche, faillites et concentrations, redéploiements, intensification de la compétition internationale.

Dans les moyen et long termes, l'éducation et la recherche sont considérées comme nécessaires à l'émergence d'un nouveau modèle de croissance, et il est généralement admis que ceci suppose non seulement un investissement financier mais aussi une suffisante liberté scientifique, la sécurité de l'emploi et la coopération. Mais le facteur principal, encore inconnu, sera la place de l'enseignement supérieur dans les stratégies de sortie de crise des Etats. Certains pays vont-ils s'engager dans des investissements éducatifs contracycliques ? Dans ce cas, les structures et rapports de pouvoir dans ce secteur seront-ils modifiés ? Certains pays vont-ils utiliser la NGP pour (re)centraliser et chercher à devenir des entrepreneurs globaux de l'enseignement supérieur et de la recherche ? Les doctrines des principales organisations internationales seront-elles modifiées ? Quelles seront les stratégies des organisations régionales (UE, ASEAN, etc.) ? Verrons-nous se dessiner une tendance au protectionnisme culturel, ou l'expansion des firmes globales de l'enseignement supérieur dans le cadre de l'AGCS ? Quel sera l'impact des mouvements de mobilisation des enseignants-chercheurs et des étudiants ?

Dans la mesure où la dépression économique affectera différemment les régions du monde, modifiera la division internationale du travail, et éventuellement aura d'importantes conséquences politiques, l'évolution de la gestion publique de l'enseignement supérieur ne peut être anticipée. Mais une réflexion collective pour élaborer des scénarios peut contribuer à affiner l'analyse des rapports entre l'économique et le politique qui sous-tend la gestion publique. 

VENDREDI 11 DECEMBRE

9h.00.

Accueil des participants

9h.30.  Ouverture par la présidence de l'Université

SESSION  I  -  L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ACTUEL DANS LA DYNAMIQUE LONGUE DES SYSTEMES ECONOMIQUE, EDUCATIF ET POLITIQUE

10h.00

Savoirs et pouvoirs: le "grand basculement"?
Annie VINOKUR (Université Paris-Ouest)

10h.30

La "grande transformation" des systèmes éducatifs ? 
Alain CARRY (CNRS. Université Paris-Sorbonne)

[pause] 

11h.15

The New Public Management in perspective. 
Alan SCOTT (University of Innsbruck)

11h45-  Débat

SESSION II  - LES STRATEGIES NATIONALES ENTRE NOUVELLE GESTION PUBLIQUE ET RECESSION 

12h30

The End of the American Funding Model : What Comes Next?
Christopher NEWFIELD (Santa Barbara University)

[pause déjeuner]

14h30

The impact of the financial crisis on higher education policy in the UK.
Anne WEST (London School of Economics)

14h50

La montée de l' "Etat-entrepreneur de l'enseignement supérieur" et l'hybridation public-privé dans les pays en transition. L'exemple de la Russie.
Carole SIGMAN (CNRS. Université Paris Ouest Nanterre)

15h10

The "neo-liberal university" and socialist education.
Alexander MITTERLE (Université de Leipzig)

15h30  Débat introduit par Corine EYRAUD (Université de Provence)

[pause]

SESSION III -  PERMANENCE ET CHANGEMENTS DANS LA CONSTRUCTION ET LA DIFFUSION DES NORMES INTERNATIONALES

16h.30

2010 : l'odyssée de l' "espace européen de la connaissance" ; comment la stratégie de Lisbonne gouverne les politiques d'enseignement supérieur.
Isabelle BRUNO (Université de Lille 2)

16h.50

The external quality assurance of higher education institutions : Towards a new strategy of the transnationalisation of the state ?
Eva HARTMANN (Université de Lausanne)

17h.10

What's "public" about the New public management in higher education ? The discourse of "public" in the Bologna process.
Roger DALE (University of Bristol)

17h.30. Débat introduit par Frédéric LEBARON (Université de Picardie)

SAMEDI 12 DECEMBRE

SESSION IV - L'EVOLUTION DES MARCHES DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

10h00

La mobilité internationale des étudiants dans la crise : le cas du Mexique.
Sylvie DIDOU (Cinvestav-IPN. Mexico)

10h20

La nouvelle gestion publique et l'exportation des établissements d'enseignement supérieur.
Tupac SOULAS (Université Paris Est Marne-La-Vallée)

10h40

Globalising the university : Mandates, models, markets, minds.
Susan ROBERTSON (University of Bristol)

11h. Débat introduit par Christopher NEWFIELD (U. Santa Barbara)

11 h.30 :  Débat général et synthèse de l'atelier :  les rapports entre le politique et l'économique dans la "grande transformation" de l'enseignement supérieur. Quelles pistes pour la construction de scenarios prospectifs ?

[13h buffet de clôture]

Lieux

  • Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Bâtiment B, salle des conseils.
    Nanterre, France

Dates

  • vendredi 11 décembre 2009
  • samedi 12 décembre 2009

Fichiers attachés

Mots-clés

  • enseignement supérieur, gestion publique, crise économique

Contacts

  • Carole Sigman
    courriel : carole [dot] sigman [at] u-paris10 [dot] fr
  • Annie Vinokur
    courriel : vinokur [at] u-paris10 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Carole Sigman
    courriel : carole [dot] sigman [at] u-paris10 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'enseignement supérieur entre nouvelle gestion publique et dépression économique », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 19 novembre 2009, http://calenda.org/199555