AccueilAffinités électives, amitié et rapports d'obligation dans l'enquête en sociologie et en science politique

Affinités électives, amitié et rapports d'obligation dans l'enquête en sociologie et en science politique

Selective affinities, friendship and obligations in the investigations in sociology and political science

Terrains et regards croisés en Europe

Fieldwork in a comparative perspective in Europe

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Publié le mercredi 18 novembre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Appel à communications pour des journées d'études organisées avec le soutien du programme doctoral « amis, protecteurs, obligés » de l'Université de Freiburg, du Ceraps (Lille 2), de Sciences Po Bordeaux et du Laboratoire européen associé « Comparer les démocraties en Europe ».

Annonce

Les méthodes et objets de recherche de la science politique mainstream ont été fréquemment mis en question ces dernières années. A la fin du 20ème siècle s’est imposé le constat que l’étude des objets canoniques de la science politique (vote, partis) et le seul usage des méthodes statistiques ne permettaient plus d’analyser avec justesse les phénomènes étudiés, ni d’appréhender le politique dans toute sa complexité (Levy & Zwicky 1980, Fillieule 1997). En référence à l’Ecole de Chicago (voir par exemple Becker 2001), plusieurs travaux parus depuis une dizaine d’années, principalement en France et aux Etats-Unis, ont plaidé pour élargir le champ d’application de la démarche ethnographique à l’étude des phénomènes politiques, en y incluant de nouveaux objets (Qualitative Sociology 2006, Buffat 2007).

Quelle est l’influence de ces développements sur la façon dont la recherche européenne se saisit des objets politiques aujourd’hui ? Le temps où les méthodes quantitatives étaient considérées comme permettant de se prémunir contre les « charlatans, les supercheries et les fous » (Kriesi 1980 : 383) semble révolu. Néanmoins la démarche de type ethnographique reste « au bas des méthodes d’enquête » (Beaud 1996 : 229, voir aussi Nullmeier et al. 2003) dans certaines traditions disciplinaires européennes attachées aux enquêtes en série et à la démonstration statistique, considérées comme les seules méthodes véritablement scientifiques. Au-delà de ce constat, nous souhaitons faire dialoguer différentes approches européennes des phénomènes politiques, qu’il s’agisse de l’approche ethnographique proprement dite ou de l’analyse localisée d’une configuration donnée par des méthodes qualitatives.

Les enquêtes qualitatives sont fondées sur des relations interpersonnelles dans le cadre d’une interaction soutenue où la complicité entre le chercheur et ses enquêtés, ainsi que la fréquentation assidue du terrain créent les conditions du recueil et de l’interprétation des données (Bourdieu 1993, Hirschauer & Amman 1997). Le contenu et les conditions d’établissement de telles relations obligent souvent à s’éloigner du protocole d’enquête préétabli. Quelle incidence cela a-t-il sur la définition de l’objet et l’angle d’analyse adopté ?

 L’objectif de ces journées est en effet de déplacer la réflexion du terrain de la méthodologie vers celui de l’épistémologie, en considérant la relation d’enquête non seulement comme un procédé de validation empirique, mais aussi comme un principe de production et d’interprétation de données, et surtout comme un principe de construction de l’objet de recherche.

Nous nous pencherons sur les effets de la plus ou moins grande proximité avec les enquêtés – amitié (Silver 1989, Novello 2009), réseau d’interconnaissance, lien de subordination – sur la production et la restitution de savoirs et discours savants. La relation d’enquête doit en effet être analysée par le chercheur de la même façon que les autres relations sociales : cela lui permet de découvrir des aspects politiques essentiels ou de confirmer la pertinence de ses données. Nous nous intéresserons d’une part à ce qui est négocié dans les interactions d’enquête : échange d’informations ou de faveurs, soutien, voire rétribution (Bruneteaux 2007). De ce point de vue, les travaux sur l’amitié, la notabilité et les échanges de bons procédés dans les transactions entre politiciens et acteurs extérieurs (Eisenstadt & Roniger 1984, Briquet 2004, Hersant & Toumarkine 2005) peuvent se révéler utiles : ces travaux ont mis en évidence la dimension politique de relations pensées par ces acteurs comme n’étant pas nécessairement politiques. Il s’agit d’identifier et d’analyser les relations d’obligations ou les affinités morales, affectives ou intellectuelles vis-à-vis « d’amis », de « pairs » ou de « protecteurs » - ces catégories ne devant pas être figées.

D’autre part, de quelles façons ces relations balisent-elles la formalisation et la formulation des objets de recherche : par exemple en entraînant le chercheur vers une voie qu’il n’avait pas envisagé d’explorer, en l’incitant à s’inscrire dans ou à rompre avec un cadre intellectuel pré-établi, ou encore en influençant la façon dont la recherche sera restituée ? On sait par exemple l’importance de la position du chercheur (position sociale ou posture intellectuelle ; insider ou outsider) vis-à-vis du groupe, de l’institution ou de l’organisation étudié. Les liens entre objet de recherche et militantisme, pour ce qui est de l’étude des partis et mouvements sociaux, expliqueraient la surreprésentation des études sur les partis de gauche en France (Fretel 2005). Ou encore l’attrait de la science politique européenne pour les « organisations de la société civile » censées remédier au « déficit démocratique » de l’Union européenne. Les rapports d’obligations, relations de pouvoir institutionnelles ou affinités intellectuelles pourront également être explorées en ce qui concerne le champ des études européennes, surtout si l’on prend en compte le tournant sociologique et réflexif opéré en son sein ces dernières années (Favell & Guiraudon 2009, Saurugger 2009, Vauchez 2008).

Sans porter de jugement sur ces engagements ou affinités électives, nous souhaitons opérer un retour réflexif sur les conditions sociologiques de production de savoirs sur les phénomènes politiques, ainsi que sur la production des cadres cognitifs afférents. Nous attendons des communications qui mettent en perspective une expérience d’enquête fondée sur une interaction soutenue avec les enquêtés (dans un cadre formel ou informel), qui retracent le processus de définition de l’objet de recherche ou de mise en lumière de logiques politiques.

Modalités de soumission

Ces journées d’études seront accueillies par l’Université Albert-Ludwig, à Freiburg im Breisgau (Allemagne), du 28 au 30 avril 2010. Les contributions originales seront particulièrement appréciées, dans la perspective d’une publication ; l’anglais sera la langue de travail à l’écrit comme à l’oral, néanmoins des échanges en français et en allemand pourront prendre place dans les discussions.

Les propositions de communications devront être envoyées

avant le 10 janvier 2010 à :

Gaëlle Dequirez (gdequirez@hotmail.com) et Jeanne Hersant (jeanne.hersant@grk-freundschaft.uni-freiburg.de).

Sélection des propositions: 10 février 2010

Délai pour l’envoi des communications: 10 avril 2010.

Responsables du projet : Gaëlle Dequirez (Lille), Jeanne Hersant (Freiburg), Cécile Vigour (Bordeaux)

Catégories

Lieux

  • Fribourg-en-Brisgau, Allemagne

Dates

  • dimanche 10 janvier 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • relation d'enquête, construction de l'objet de recherche, science politique

Contacts

  • Gaelle Dequirez
    courriel : gdequirez [at] hotmail [dot] com
  • Jeanne Hersant
    courriel : jeanne [dot] hersant [at] grk-freundschaft [dot] uni-freiburg [dot] de

Source de l'information

  • Gaelle Dequirez
    courriel : gdequirez [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Affinités électives, amitié et rapports d'obligation dans l'enquête en sociologie et en science politique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 18 novembre 2009, http://calenda.org/199557