AccueilLa politique informelle en France et en Europe (XIXe-XXIe siècle)

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Publié le mercredi 25 novembre 2009 par Karim Hammou

Résumé

À l’heure où l’interdisciplinarité est érigée en modèle d’intelligibilité des objets soumis à une analyse scientifique, ce colloque vise à une confrontation des points de vue entre politistes, historiens et sociologues du politique à partir d’un angle d’attaque dont les débats sauront peut-être dire s’il est opportun ou pas : la politique informelle.

Annonce

Colloque organisé par l’Université de Bretagne-Sud (CERHIO UMR 6258) en partenariat avec le GRHISPO (Groupe Histoire / Science politique) de l’Association française de science politique

Les 16 et 17 décembre 2009 (Lorient)

Organisateurs :

  • Michel Offerlé (École normale supérieure)
  • François Ploux (Université de Bretagne-Sud)
  • Laurent Le Gall (Université de Bretagne-Sud)

Infra-politique, « politique par le bas » (Jean-François Bayart, 1982), politique « au ras du sol » (pour emprunter une expression à la préface que donna Jacques Revel à l’ouvrage de Giovanni Levi, 1989)… La liste des termes renvoyant à une catégorisation d’une des dimensions du politique qui s’incarnerait dans des dispositifs et des pratiques considérés comme émargeant à la périphérie de l’espace politique institutionnalisé est déjà longue. Il ne s’agit donc pas, en nous intéressant à la « politique informelle », d’ajouter une expression supplémentaire à un lexique déjà bien fourni au risque de semer un peu plus la confusion et de brouiller un ensemble de définition qui oscille entre sa version maximaliste – tout est en passe de devenir politique – et sa version minimaliste – le politique se réduit à un champ dont les sciences sociales ausculteraient la genèse et les évolutions.

Politique informelle : l’expression peut, en effet, avoir de quoi étonner tant certains sociologues ou politistes ont eu à cœur de montrer que l’autonomisation du champ politique supposait une spécialisation des fonctions et des pratiques difficilement compatible avec l’existence d’une nébuleuse « proto-politique ». Plutôt que de considérer l’élaboration et l’installation d’un ordre démocratique en France sous l’angle – ce qui a déjà été fait et beaucoup fait – de ses acteurs/agents et de ses formes de mobilisation les plus classiques (nous pensons ici à la citoyenneté électorale ou à la structuration des partis politiques), nous faisons le pari (qui peut ne pas être réussi…) qu’un changement de point de vue – la politique vue des coulisses pour paraphraser Maurice Agulhon – permettra d’enrichir la connaissance de cet ordre-là. Non par souci d’originalité : nombre de thématiques ont attiré depuis longtemps l’attention des chercheurs en sciences sociales. Mais pour essayer de les reconsidérer à travers ce fil rouge que constituera, au fur et à mesure de l’avancée des débats, la problématisation d’une expression – politique informelle – dont on suggère qu’elle sera un prisme susceptible de leur offrir de nouvelles perspectives.

Expression rarement utilisée – comme si elle était d’emblée frappée d’obsolescence puisque le politique ne pourrait être que formalisable pour être repérable –, la politique informelle entend moins être une nouvelle catégorie normative, une définition par le manque, qu’une incitation à une réflexion sur les relations entre le champ politique et son hors-champ. Expression ambiguë, un tantinet fourre-tout, la politique informelle suppose, au préalable, quelques remarques liminaires. Disposant, évidemment, d’un air de parenté avec une formule qui fit florès dans les années 1970 et 1980 – l’économie informelle en tant que notion appliquée à des pans économiques des pays du Tiers Monde –, elle espère être moins la prescriptrice d’un inventaire des formes d’une sphère politique informelle qui croîtrait au fur et à mesure que lesdites formes seraient labellisées de la sorte qu’un instrument d’analyse des frontières du politique (à la croisée des structures, des rapports de force et des configurations qui les produisent). Si l’on veut donc bien admettre que tout ce qui n’est pas institué politiquement par ceux qui sont en charge de délimiter, d’édifier et/ou de défendre les lignes de partage du politique dans le cadre de toute société ne procède pas corrélativement de cet informel dont nous essayons d’esquisser la qualification, l’on proposera de convoquer l’expression de politique informelle pour décrire et, si possible, comprendre les manières de dire et de faire de la politique – dans un contexte particulier – sans en avoir l’air (si l’on se place du côté des tenants et des serviteurs de l’ordre politique).

Programme

Discutants :

  • Philippe Aldrin, professeur de science politique UNS, Université de Nice, (ERMES) et GSPE (Prisme UMR 7012)
  • Yves Déloye, professeur de science politique, université Paris I Panthéon-Sorbonne, membre du Centre de recherches politiques de la Sorbonne (CRPS), secrétaire général de l’Association française de science politique
  • Christine Guionnet, maître de conférences en science politique, université Rennes I, CRAPE
  • Gilles Pécout, professeur d’histoire contemporaine à l'ENS-Ulm et directeur d'études à l'EPHE

Mercredi 16 décembre 2009

9h-9h40 :

Ouverture : La politique informelle, un double regard Michel Offerlé (professeur de science politique, ENS-Ulm), François Ploux (professeur d'histoire contemporaine, université de Bretagne-Sud, CERHIO, UMR 6258) et Laurent Le Gall (maître de conférences en histoire contemporaine, université de Bretagne-Sud, CERHIO, UMR 6258)

Thématique 1 : pratiques institutionnelles informelles

9h40-10h10 :

discutant : Yves Déloye, professeur de science politique, université Paris I Panthéon-Sorbonne, membre du Centre de recherches politiques de la Sorbonne (CRPS), secrétaire général de l’Association française de science politique

10h10-12h : communications

  • Karel Yon (docteur en science politique, CERAPS, Lille II), Maintenir le syndicalisme en deçà de la politique : une ethnographie des arènes syndicales à Force Ouvrière
  • Cyrille Rougier (doctorant en sociologie, université de Limoges, GRESCO), « La politique à la fête ? » Pouvoir municipal et usages de la fête des Ponts à Limoges
  • Gildas Tanguy (doctorant en science politique, Université Paris I, CRPS). Administrer « autrement » le département : les préfets dans les comices agricoles, les tournées de révision, les banquets républicains et les inaugurations officielles (1880-1940). Entre folklore républicain, rituel bureaucratique et pratiques informelles
  • Jean-Louis Briquet (directeur de recherche au CNRS, CERI), Rapports de clientèle et politique officieuse. L’économie morale du lien politique et ses transformations
  • Jay Rowell (chargé de recherche au CNRS, GSPE-PRISME, UMR 7012), Pratiques, frontières et usages de la « politique informelle » sous le socialisme d’État

12h-12h30 : discussion

Thématique 2 : disqualifications de la politique informelle

14h-14h30 :

discutant : Philippe Aldrin, professeur de science politique UNS, Université de Nice, (ERMES) et GSPE (Prisme UMR 7012)

14h30-17h : communications

  • Gilles Malandain (maître de conférences en histoire contemporaine, université de Poitiers, GERHICO) La rumeur endogène. Bribes de conversations politiques ordinaires dans la France de 1820
  • Aurélien Lignereux (maître de conférences en histoire contemporaine, université d'Angers, CERHIO, UMR 6258). La politique au bocage : normalisation gouvernementale et politisation réactionnaire dans la France de l’Ouest, 1815-1819
  • Stéphanie Dechezelles (maître de conférences en science politique, IEP d’Aix-en-Provence, CHERPA). Airs de musique ou arts politiques ? La politique derrière le masque et sous le costume des fecos à Limoux (Aude) ?
  • Paula Cossart (maître de conférences en sociologie, université Lille III, GRACC-CERIES) et Julien Talpin (post-doctorant, Cultures et Sociétés urbaines, UMR 7112), La « politique informelle » des ouvriers coopérateurs roubaisiens (années 1880-années 1920)
  • Emmanuel Fureix (maître de conférences en histoire contemporaine, université Paris XII, CRHEC), L'iconoclasme : une pratique politique (1814-1848)
  • Jeanne Hersant (Research Fellow, Albert-Ludwigs Universität Freiburg), La politique informelle comme grille de lecture de la réforme de l’administration locale en Grèce : le folklore « turc » et la recomposition du champ politique local en Thrace occidentale

17h-17h30 : discussion

Jeudi 17 décembre 2009

Thématique 3 : le politique sans en avoir l’air

9h-9h30 :

discutant : Gilles Pécout, professeur d’histoire contemporaine à l'ENS-Ulm et directeur d'études à l'EPHE

9h30-12h : communications

  • Anne Verjus (chargée de recherche au CNRS, Triangle, UMR 5206), Les « dîners de veuve » : une forme d’action politique féminine ou conjugale ?
  • Fabien Jobard (chargé de recherche au CNRS, CESDIP), Les infractions à dépositaires de l’autorité publique sont-elles des actes politiques ?
  • Magali Della Sudda (post-doctorante, Institut européen de Florence), La politique dans le confessionnal (1900-1930)
  • Xabier Itçaina (chargé de recherche au CNRS, SPIRIT), Désordre public et ordre social : les charivaris en Labourd intérieur (XIXe-XXe s)
  • Julien Beaugé (doctorant en science politique, CURAPP, UMR 6054), Arborer le symbole de l’islamisme ? Les ambivalences de la politisation sur la pratique du voilement

11h30-12h : discussion

Thématique 4 : les frontières du politique

14h-14h30 :

discutant : Christine Guionnet, maître de conférences en science politique, université Rennes I, CRAPE

14h30-16h30 : communications

  • Pascal Marichalar (doctorant en sociologie, Centre Maurice Halbwachs, UMR 8097), Des « Cause Doctors » ? Les frontières du politique dans l’exercice de la médecine du travail en France
  • Simon Luck (docteur en science politique, chargé de cours à l’université François Rabelais, Tours, membre associé au CRPS), Du refus de la politique traditionnelle à l'expérimentation d'une politique autrement : l'informalité comme essence des collectifs de la gauche radicale et libertaire
  • Cédric Passard (prag de sciences sociales, université Lille II, CEPEN), En marge de la politique officielle : pamphlets et pamphlétaires à la fin du XIXe siècle en France
  • Camille Hamidi (maître de conférences en science politique, université Lyon II, Triangle, UMR 5206), « Traverser les frontières du politique. Le rapport au politique de jeunes des quartiers populaires, en banlieue lyonnaise »
  • Céline Braconnier (maître de conférences en science politique, université de Cergy-Pontoise, CEPEL), La maison fait-elle l’élection ? Les dispositifs informels de mobilisation électorale

16h30-17h : questions

17h-17h30 : conclusion du colloque par Michel Offerlé

Lieux

  • Université de Bretagne-Sud, 4 rue Jean-Zay
    Lorient, France

Dates

  • jeudi 17 décembre 2009
  • mercredi 16 décembre 2009

Mots-clés

  • politique informelle, politisation

Contacts

  • Michel Offerlé
    courriel : offerle [at] univ-paris1 [dot] fr
  • François Ploux
    courriel : francois [dot] ploux [at] wanadoo [dot] fr
  • Laurent Le Gall
    courriel : legall-vidaling [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • François Ploux
    courriel : francois [dot] ploux [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La politique informelle en France et en Europe (XIXe-XXIe siècle) », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 25 novembre 2009, http://calenda.org/199645