AccueilRegards croisés sur les migrations internationales féminines et la protection sociale

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Publié le mercredi 25 novembre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Au cours des dernières années, les flux migratoires mondiaux se sont énormément développés et les grands mouvements migratoires vont principalement de l’Afrique, de l’Amérique latine, des pays asiatiques vers l’Europe, les États-Unis ou le Canada avec une féminisation qui a pris des proportions importantes. Si les migrations féminines ne sont pas récentes, leurs configurations et leur visibilisation sociales sont aujourd’hui révélatrices de changements. Au niveau de leurs différentes destinations de façon générale, elles ont, récemment, pris des formes complexes liées à l’ensemble des facteurs qui, tout à la fois, les limitent et les favorisent sans réellement que leur protection sociale soit interrogée. C'est dans ce cadre que le GERM - Groupe d'études et de recherches sur les migrations - de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis organise un Séminaire international les 29 & 30 juin 2010.

Annonce

UNIVERSITE GASTON BERGER DE SAINT-LOUIS
Groupe d’Etudes et de Recherches sur les Migrations et Faits de Sociétés

Saint-Louis, les 29 & 30 juin 2010

« REGARDS CROISES SUR LES MIGRATIONS INTERNATIONALES FEMININES ET LA PROTECTION SOCIALE

Appel à communication

Au cours des dernières années, les flux migratoires mondiaux se sont énormément développés et les grands mouvements migratoires vont principalement de l’Afrique, de l’Amérique latine, des pays asiatiques vers l’Europe, les Etats-Unis ou le Canada avec une féminisation qui a pris des proportions importantes. Si les migrations féminines ne sont pas récentes, leurs configurations et leur visibilisation sociales sont aujourd’hui révélatrices de changements. Au niveau de leurs différentes destinations de façon générale, elles ont, récemment, pris des formes complexes liées à l’ensemble des facteurs qui, tout à la fois, les limitent et les favorisent.

Elles sont devenues le centre de l’attention, parce que le sens de ces migrations est le plus problématisé aujourd’hui, et probablement aussi parce que celles-ci bousculent des idées reçues sur les représentations communes concernant ces femmes. Mais la focalisation sur la migration féminine est sans doute révélatrice d’un changement de regard sur les femmes et sur leur mobilité.

La progression rapide des migrations féminines est sans doute l’une des caractéristiques majeures de ces deux dernières décennies. Outre des difficultés d’ordre économique et politique, elle suscite des problématiques nouvelles sur la question des femmes et leur protection sociale. Par delà le regroupement familial qui les a mises sur les chemins du départ, la majorité des femmes émigrent de plus en plus pour des raisons essentiellement personnelles et économiques. D’autres circonstances ont pu s’y ajouter, telles que les multiples dégradations de l’environnement ou l’insécurité dans les zones de conflits politiques ou armés.

Faut-il le rappeler, la lecture de la migration féminine peut beaucoup s’enrichir des considérations sur le passé car avec un détour historique on peut apprécier plus facilement la mobilité sociale des migrantes seulement à présent on sait que la migration féminine est le plus souvent caractérisée par le transfert du care [1] qui révèle l’entrecroisement des oppressions de genre, de "race" et de "classe" dans le monde capitaliste contemporain, et interroge les conditions de l’émancipation des femmes puisque la délégation de ce travail ("le sale boulot") sur les femmes migrantes reste peu problématisée dans la pensée féministe (Françoise Guillemaut, 2007). [2]

Contrairement aux hommes, la plupart des femmes finissent, en situation migratoire, par travailler dans les emplois 3D [«Dirty, Degrading, Dangerous», «Sales, Dégradants, Dangereux»], et se trouvent isolées. Elles peuvent difficilement mettre en place des réseaux et accéder à des informations et à des systèmes d’aide sociale. Ainsi, le plus souvent, leur migration n’a aucun lien avec une progression de carrière ou l’acquisition de compétences. Beaucoup d’entre elles ont des compétences et des qualifications qui ne sont pas reconnues et pas nécessaires dans les types de postes qu’elles occupent. De nombreuses études indiquent que la migration induit une déqualification pour certains groupes de femmes diplômées d’université qui travaillent dans les services domestiques ou dans l’industrie du plaisir.

Face à ce constat, la recherche féministe et les études genre s’ouvrent peu à peu aux questions des migrations des femmes et signalent de ce fait les champs inexplorés ou mal connus de la déqualification socioprofessionnelle, des stratégies et des pratiques des femmes, encore considérées comme marginales dans le champ des mobilités. Ces formes de déqualification auxquelles sont confrontées par les migrantes occultent les compétences réelles, les savoirs professionnels ou techniques antérieurs et les savoir-faire acquis sur les routes migratoires (Oumoul K. Coulibaly, 2008). [3]

Partant de ce constat, le Groupe d’Etudes et de Recherches sur les Migrations et les Faits de Sociétés (GERM) bénéficie d’un financement du CRDI pour étudier « La protection sociale des migrantes Sénégalaises évoluant dans les activités agricoles et les services particuliers en Espagne ».

A travers ce séminaire international, le GERM propose une réflexion de fond sur la protection sociale en rapport avec les migrations féminines.

Le présent appel à communication vise à (ré)interroger et à éclairer les liens et les influences mutuelles entre les mouvements migratoires féminins et les dispositifs (théoriques et pratiques) de protection sociale d’une part, et les politiques sociales et migratoires envers les femmes de l’autre. Par conséquent, il sera aussi question des enjeux politiques, sociaux et économiques se rattachant à ces problèmes.

Ce séminaire sera centré, entre autres, sur les mesures visant à produire une assistance aux individus, ménages, et communautés afin de les aider à mieux gérer leurs revenus et les autres risques qui créent et perpétuent leur vulnérabilité. Ainsi, contrairement à l’approche traditionnelle de la protection sociale, connue sous le nom de l’« agenda des filets de sécurité » de la fin des années 1980 et du début des années 1990, et qui se limitait à une simple assistance sociale et au bien être difficile à définir, cet appel à communication prend en compte les initiatives promotionnelles et préventives destinées à servir de tremplins pour sortir de la pauvreté et favoriser l’économie familiale. La protection sociale inclut à cet égard les activités de gestion des risques émanant des migrants et des familles de migrants elles-mêmes et les services et mesures proposés par les Etats, les ONGs, et les autres acteurs non étatiques.

Le lien entre migration et protection sociale est perceptible à deux niveaux. D’une part, la migration se présente en elle-même comme une initiative de protection sociale dans la mesure où les membres d’une famille migrent souvent en réponse à la faiblesse des revenus, à l’insécurité alimentaire, ou à d’autres chocs extérieurs afin de protéger la famille. D’autre part, cependant, la migration peut créer des besoins de protection sociale pour les femmes qui migrent et les personnes qu’elles laissent derrière eux ou vivent avec elles. C’est particulièrement le cas dans les situations de migration irrégulière dans lesquelles la prise de risque et la vulnérabilité influent fortement sur la marge de manœuvre de la migrante dans sa quête d’emploi et d’intégration.

Quelques éléments de contexte peuvent justifier le besoin crucial de compréhension de ces interactions :

  • L’importance grandissante des femmes dans la mobilité et dans la généralisation et la complexification des circulations migratoires induit des transformations effectives ou souhaitables au sein des sociétés et des économies.
  • Les besoins de main-d’œuvre générés dans les divers secteurs de l’économie semblent de plus en plus favoriser les femmes, de même que l’émergence de nouveaux types de services font d’elles des cibles importantes en termes de profils.
  • Le creusement continuel des inégalités combiné à la rareté dans le contexte actuelle de la crise sociale et économique amène à douter de la viabilité et de la promptitude des dispositifs de protection sociale déjà affectés par les tensions sur les équilibres démographiques et financiers.
  • La conséquence la plus directe des politiques de découragement des migrants dans le contexte des crises sociales, politiques et économiques de ces dernières années a été la hausse de la migration clandestine ou la précarisation des migrants réguliers. Avec de plus en plus de femmes migrantes en situation illégale, l’on doit s’attendre à ce que soient aiguisés les enjeux liés aux débats sur les coûts sociaux, réels ou supposés, des migrations et de leurs conséquences en termes de protection sociale.

Dans une perspective comparative, ce séminaire s’intéresse également aux cadres institutionnels au niveau des Etats qu’aux initiatives et ingénieries développées par les migrants et leurs structures collectivistes. Pourtant, devant le constat de la faiblesse des structures étatiques et internationales, la plupart des initiatives actuelles de protection sociale prévoient de promouvoir et d’accompagner les tentatives des acteurs non étatiques (mutuelles, associations, caisses populaires, GIE, etc.). Etant donné que la migration crée des besoins de protection sociale qui poussent les migrants à échafauder des mécanismes en la matière, une attention particulière devra être accordée à ces initiatives des migrants. 

Aussi, dans une perspective pluridisciplinaire qui tiendra compte des connexions et des complémentarités entre la sociologie, l’économie, l’anthropologie, la science politique, la démographie, le droit, l’histoire et la géographie, et entre les champs de recherche sur la protection sociale, les services sociaux de base, la population, la famille, l’emploi et les migrations, ce séminaire sera articulé autour des axes suivants : 

  • Les approches de la protection sociale, les différences de systèmes et de politiques, leur évolution dans le temps et dans l’espace, leur relations avec la migration et les politiques migratoires (de ce point de vue, la migration des femmes influe-t-elle ou est-elle influencée en termes de destination et de stratégies par les politiques de protection sociales et vice-versa).
  • Dans la relation santé des migrants et protection sociale, l’on cherche à voir dans quelle mesure la connaissance des différents systèmes de soins intervient-elle ou non dans les stratégies migratoires.
  • La féminisation de la migration et les enjeux de la protection sociale.
  • Les modalités d’accès ou de non accès à ces services et à la protection des populations en situation irrégulière.
  • Les approches et les pratiques de protection sociale.

Toute proposition de communication s’intéressant spécifiquement ou conjointement aux questions de méthodologie est bienvenue, dans une perspective tant quantitative que qualitative : dispositifs d’enquête, constitution d’échantillons, protocoles de recueil et de traitement de données, modèles analytiques, etc. en rapport avec les migrations féminines et la protection sociale.

Nous invitons les candidat(e)s à soumettre leur proposition de communication, en fichier attaché format Word, d’une page environ et une brève biographie à l’adresse électronique germ@germ.sn

avant le 1er mars 2010

(Times New Roman, taille 12, interligne simple. notes de bas de page en Times New Roman, taille 10). Un avis de réception sera transmis dès réception de la proposition. Les notifications d’acceptation seront envoyées après examen par le comité scientifique en fin mars 2010. Le texte complet de l’intervention d’une taille maximum de 50.000 signes est à déposer avant le 31 mai 2010 au plus tard.

Contacts :

Groupe d'Etudes et de Recherches sur les Migrations.
Université Gaston Berger de Saint-Louis.
BP 5751  - Saint-Louis, Sénégal.
Téléphones:(Bur) +221.33.962.40.82 (Mob) +221.77.440.52.68

Courriel : germ@germ.sn
Site web : www.germ.sn

[1] Suivant Geneviève Cresson & Nicole Gadrey, 2004, « Le travail du care, traditionnellement assigné aux femmes dans le cadre familial, occupe une place de plus en plus importante dans l'activité salariée. Comment analyser ce phénomène ? Représente-t-il une chance pour les femmes d'accéder à l'emploi salarié et de voir reconnaître les compétences acquises dans la sphère domestique, ou un risque d'enfermement dans des emplois dévalorisés, peu qualifiés et sous-payés ? ».

[2] Françoise Guillemaut, 2007, Stratégies des femmes en migration : pratiques et pensées minoritaires. Repenser les marges au centre, Thèse de Doctorat de Sociologie, Université de Toulouse, 681 p.

[3] Oumoul Khairy Coulibaly, 2008, Socio-anthropologie des mobilités sénégalaises à Toulouse et Barcelone et leurs influences au Sénégal : diversité des pratiques, organisation en réseaux, place des NTIC et analyse de genre, Thèse de Doctorat de Sociologie, Université de Toulouse, Université Gaston Berger de Saint-Louis. Toulouse: Université de Toulouse, [s.d.].- 500p.

Lieux

  • Saint-Louis (Sénégal)

Dates

  • lundi 01 mars 2010

Contacts

  • Dr. Aly TANDIAN
    courriel : Tandian [at] germ [dot] sn

Source de l'information

  • Dr. Aly TANDIAN
    courriel : Tandian [at] germ [dot] sn

Pour citer cette annonce

« Regards croisés sur les migrations internationales féminines et la protection sociale », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 25 novembre 2009, http://calenda.org/199649