AccueilFaut-il croire en l'illusio ?

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Publié le mercredi 02 décembre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Proche de la notion de doxa mais plus spécifique que cette dernière parce que liée aux croyances inhérentes à un champ bien précis, l’illusio tient, selon Pierre Bourdieu, « de la routine, des choses que l’on fait, et que l’on fait parce qu’elles se font et que l’on a toujours fait ainsi » (Méditations pascaliennes, p. 123) et s’oppose donc à la lucidité, capacité à prendre conscience du jeu et à en déjouer les règles ou à en tirer le maximum de profit. C’est à cette question de l’illusio que nous désirons consacrer un double espace de réflexion prospectif, pratique et métacritique, centré sur son usage, son intérêt et ses limites dans le cadre d'une approche sociologique de la littérature.

Annonce

Dans Les Règles de l’art, Pierre Bourdieu présente L’Éducation sentimentale de Flaubert comme un moyen pour le romancier d’interroger, entre autres, la capacité d’un agent à prendre part au jeu que constitue non seulement le monde social, mais chacun des champs autonomes qui le composent et, particulièrement, le champ littéraire. Cette entrée dans le jeu, précise le sociologue en filant la métaphore, s’accompagne d’une acceptation de ses règles et de la course aux gains qu’il engage. Cette « illusion unanimement approuvée et partagée » (Les Règles de l’art, p. 36) qui pousse l’écrivain à investir dans le jeu et qui est « à la fois cause et effet de l’existence » de ce dernier (ibid., p. 279), Bourdieu la désigne par le terme d’illusio, qu’il avait déjà employé auparavant — notamment dans ses travaux sur le champ universitaire —, et théorise de cette façon un phénomène complexe et fluctuant, directement tributaire des inflexions du champ qui en détermine les modalités autant que lui-même influe sur les valeurs qui y circulent. Proche de la notion de doxa mais plus spécifique que cette dernière parce que liée aux croyances inhérentes à un champ bien précis, l’illusio tient « de la routine, des choses que l’on fait, et que l’on fait parce qu’elles se font et que l’on a toujours fait ainsi » (Méditations pascaliennes, p. 123) et s’oppose donc à la lucidité, capacité à prendre conscience du jeu et à en déjouer les règles ou à en tirer le maximum de profit. C’est à cette question de l’illusio que nous désirons consacrer un espace de réflexion prospectif et articulé autour de deux grandes pistes problématiques. 

1) Autres formes de croyance et de distanciation :

Le couple antagoniste illusio/lucidité, dans le manichéisme qu’il implique, peut sembler réducteur. On se demandera s’il existe d’autres modalités de croyance, de participation au jeu, qui n’impliquent pas une foi aveugle et totale dans ce dernier. La distanciation par rapport à l’illusio passe-t-elle seulement par une certaine lucidité, qualité que prête Bourdieu à Flaubert et qui constitue selon lui l’une des caractéristiques principales d’un grand écrivain, ou peut-elle se manifester sous d’autres formes (plus burlesques, par exemple) y compris chez des auteurs considérés comme légitimes ? Et que faire alors de certaines représentations endogènes du monde littéraire, satiriques ou non, qui laissent entendre que l’illusio n’est peut-être pas la seule forme de croyance fondatrice au sein du champ ? Des textes tels L’Introduction à l’étude de la stratégie littéraire de Fernand Divoire, L’Enfance d’un chef de Jean-Paul Sartre, Odile de Raymond Queneau, Les Faux-monnayeurs et Paludes d’André Gide ou Les Fruits d’or de Nathalie Sarraute présentent assurément des modes de croyance plus complexes que la seule alternative entre illusio et lucidité. 

2) Confrontations théoriques :

La théorie bourdieusienne de l’illusio conserve encore d’autres zones d’ombre. Ainsi, elle fait plus ou moins office de boîte noire, englobant une réalité difficile à décrire sans pour autant l’objectiver et participant presque de la métaphore « magique » fréquemment utilisée par Bourdieu. Par ailleurs, comme l’illusio est théorisée à partir de l’état du champ littéraire français entre 1850 et 1950, on peut se demander si elle est une conséquence de l’autonomie du champ ou si elle se manifeste déjà auparavant et, dans ce cas, sous quelles formes. Enfin, on pourra proposer un retour sur des théories voisines de celle de Pierre Bourdieu qui ont cherché à éclairer ou évincer la notion d’illusio (à l’image de la métaphore du « jeu » de Bernard Lahire, dans La Condition littéraire).

Les contributions pourront embrasser des perspectives théoriques comme privilégier des études de cas et ce quel que soit l’axe dans lequel elles s’inscrivent.

Les propositions d’articles doivent parvenir à Denis Saint-Amand (Denis.Saint-Amand@ulg.ac.be) et David Vrydaghs (david.vrydaghs@fundp.ac.be)

pour le 15 février 2010

sous la forme d’un résumé de 250 mots environ au format word. L’avis des directeurs du dossier sera connu le 1er mars 2010. Les articles devront être envoyés pour le 30 juin 2010. La publication du dossier est prévue à l’automne 2010 dans COnTEXTES, revue de sociologie de la littérature.

Dates

  • lundi 15 février 2010

Mots-clés

  • Illusio, Pierre Bourdieu, sociologie de la littérature

Contacts

  • Denis Saint-Amand
    courriel : Denis [dot] Saint-Amand [at] ulg [dot] ac [dot] be
  • David Vrydaghs
    courriel : david [dot] vrydaghs [at] fundp [dot] ac [dot] be

URLS de référence

Source de l'information

  • Denis Saint-Amand
    courriel : Denis [dot] Saint-Amand [at] ulg [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Faut-il croire en l'illusio ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 02 décembre 2009, http://calenda.org/199701