AccueilEntre rection et incidence : des constructions verbales atypiques ?

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Publié le jeudi 03 décembre 2009 par Marie Pellen

Résumé

Cette journée d’étude est consacrée à l’étude de certains verbes du français, que l’on nomme « verbes recteurs faibles » [Blanche-Benveniste 1989 ; Blanche-Benveniste & Willems 2007, à par.], « reduced parenthetical clauses » [Schneider 2007], « verbes épistémiques » [Thompson & Mulac 1991 ; Jayez & Rossari 2004], « incidentes » [Marandin 1999 ; Delais-Roussarie 2005], ou encore « verbes parenthétiques » [Urmson 1952]. Les éléments qui sont soulignés dans les énoncés ci-dessous donnent des illustrations du type d’élément dont il est question : (1) je pense qu’il fera beau demain (2) je crois sa mère a déménagé (3) c’était un beau colloque je trouve (4) ils sont sortis hier il me semble en discothèque Les items à l’étude partagent la propriété d’être mobiles : ils peuvent occuper différentes positions dans la phrase où ils apparaissent. En position initiale, suivi de qu- (1) ou non (2) , en position finale (3) ou médiane, i.e. entre deux constituants syntaxiques appartenant au même noyau prédicatif (4). On peut également les supprimer sans altérer la grammaticalité de l’énoncé. Au-delà de ces deux caractéristiques formelles, les avis divergent quant aux autres critères qui incitent à faire de ces verbes une classe particulière.

Annonce

Programme

  • 09.00-09.30

Mathieu Avanzi & Julie Glikman

*MoDyCo, Paris Ouest Nanterre ; Université de Neuchâtel ; Université de Savoie

Présentation de la journée

  • 09.30-10.15

Les verbes faibles en français. Les théories face à la description

Claire Blanche-Benveniste & Dominique Willems

(Université de Provence et EPHE ; Universiteit Gent)

Les verbes faibles sont caractérisés par leur aptitude à figurer dans une famille de constructions sémantiquement équivalentes (1, 2 et 3) et par leur contenu décrit comme modal, épistémique ou évidentiel :

  1. je trouve que c’est dommage

  2. c’est dommage je trouve

  3. - c’est dommage - oui je trouve

Notre contribution vise d'une part à faire le bilan de ce qu'une description minutieuse des données, nous apprend sur les verbes faibles en français tant sur le plan syntaxique, sémantique que discursif (cf. Blanche-Benveniste & Willems, 1997 ; Willems & Blanche-Benveniste 2008). Nous dégagerons les spécificités de la classe et relèverons les acquis et les lacunes sur le plan descriptif (entre autres sur le plan de l'inventaire et de la délimitation de la classe ou encore sur celui de la portée).

Dans un deuxième mouvement nous parcourrons les diverses théories proposées pour rendre compte de la spécificité de la classe. En linguistique contemporaine, ces verbes ont été traités de façon privilégiée dans des approches pragmatiques et dans le cadre de la grammaticalisation (cf. Lehmann 1988, Thompson et Mulac 1991, Andersen 1997, Thompson 2002, Apothéloz 2003, Jayez & Rossari 2004, Schneider 2007). Très récemment, ils ont pris une place importante dans le débat sur les rapports entre syntaxe, sémantique et pragmatique et sur l'émergence de la grammaire à travers la fréquence d'usage (Thompson 2002, Boye & Harder 2007, Newmeyer 2008). Sur le plan sémantique, les analyses ont eu tendance à reverser ces verbes dans des catégories plus générales, tels les évidentiels (Dendaele & Tamowski 1994), les (inter)subjectifs (Verhagen 2006), les modaux épistémiques. Un autre apport, plus marginal en linguistique française, a favorisé le domaine de l'acquisition du langage, ces verbes figurant parmi les tout premiers verbes qui interviennent dans des structures complexes (Tomasello, Diessel & Tomasello). Nous confronterons les diverses théories proposées aux données descriptives et proposerons une première synthèse.

Références

Andersen, H.L. [1997]. Propositions parenthétiques et subordination en français parlé. Thèse de doctorat de l’université de Copenhague.

Apothéloz, D. [2002]. « La rection dite ‘faible’ : grammaticalisation ou différentiel de grammaticité ? », Verbum, 25/3, 241-262. 

Blanche-Benveniste, C. & Willems, D. [2007]. « Un nouveau regard sur les verbes faibles ». Bulletin de la société linguistique de Paris, 102/1, 217-254.

Boye, K. & Harder, P. [2007]. “Complement taking predicates. Usage and linguistic structure”. Studies in Language, 31:3, 569-606.

Diessel, H. & Tomasello M. [2001]. « The acquisition of finite complement clauses in English. A corpus-based analysis », Cognitive Linguistics 12-2, 97-141.

Jayez, J. & Rossari, C. [2004]. « Parentheticals as conventional implicatures ». In F. Corblin & H. de Swart (éds), Handbook of French Semantics, Stanford, CSLI, 211-229.

Lehmann, C. [1988]. "Towards a typology of clause linkage". In J.Haiman & S. Thompson (eds), Clause combining in Grammar and Discourse, Benjamins, 181-225.

Newmeyer, F., [2008]. "What conversational English tells us about the nature of grammar: a critic of Thompson's analysis of object complements".

Schneider, S. [2005]. Reduced parenthetical clauses. A corpus Study of Spoken French, Italian and Spanish. Amsterdam: Benjamins.

Tomasello, M., [1992]. First Verbs: A case Study of Early Grammatical Development. Cambridge: Cambridge University Press.

Thompson, S. & Mulac, A. [1991], « A quantitative perspective on the grammaticalization of epistemic parentheticals in English », in H. Heine & E.Traugott (eds.), Approaches to Grammaticalization, vol. 2. Amsterdam: John Benjamins, 313-329.

Verhagen, A. [2006]. "On subjectivity and 'long distance Wh-movement'." In Athanasiadou A., Canakis C. & Cornillie B. (eds), Subjectification: Various Paths to Subjectivity. Berlin/New York: Mouton de Gruyter.

Willems, D. & Blanche-Benveniste, Cl. [2008] « Verbes 'faibles’ et verbes à valeur épistémique en français parlé : il me semble, il paraît, j’ai l’impression, on dirait, je dirais ». Proceedings of the International Congress of Romance Languages and Linguistics, Innsbruck, Sept. 2007.

  • 10.15 – 11.00

Verbes recteurs faibles et constructions apparentées

Frédéric Gachet

(Universités de Fribourg & de Neuchâtel)

Cette communication voudrait chercher quelques éléments de réponse à la question posée par le titre de la journée (« des constructions verbales atypiques ? ») en mettant les verbes dits « recteurs faibles » en perspective avec un ensemble plus large de formes verbales qui partagent avec eux leur principale caractéristique syntaxique.

Les recteurs faibles sont définis par la possibilité d’une double construction syntaxique : ils peuvent apparaître en position initiale suivis d’une que-P, ou en incise. On lie généralement à cette propriété syntaxique une caractéristique sémantique : les verbes recteurs faibles ont un rôle modalisateur et, à ce titre, ne constituent pas, même lorsqu’ils construisent une que-P, la prédication principale des énoncés où ils entrent Benveniste 1958. Par ailleurs, « cette que-phrase ne peut… pas être représentée par une pro-forme du type le ou cela (ça) » Blanche-Benveniste & Willems 2007, ce qui motive leur appellation de « recteurs faibles ».

Or, des verbes sans rôle modalisateur présentent la même possibilité de double construction :

Quand vous m'avez montré un stérilet, j'ai vu que c'était minuscule. Martin Winckler, La maladie de Sachs, 1998

tu as déjà salé l’eau des pâtes j’ai vu oral, 26 juillet 2009

Vous avez parlé ensemble, j’ai vu. Des Indes ? Marguerite Duras, Le Vice-Consul, 1965

Les verbes introducteurs de discours indirect ont, eux aussi, un fonctionnement apparenté à celui des « recteurs faibles » : outre leur construction canonique avec que-P, ils peuvent se trouver en incise (incise dite « de discours indirect » ou « de discours indirect libre ») :

Elle disait qu’elle allait partir.
Elle allait partir, elle disait / disait-elle.

Elle croyait qu’elle allait partir
Elle allait partir, elle croyait / croyait-elle.

Je crois que je vais partir.
Je vais partir, je crois.

Une étude comparative de ces diverses constructions verbales, interrogeant notamment le statut syntaxique de l’incise et les possibilités de reprise par des pro-formes, permettra de mieux comprendre leur fonctionnement, et peut-être trouvera-t-on avantage à envisager les recteurs faibles comme un sous-ensemble au sein d’un groupe de verbes présentant les mêmes possibilités de construction.

Références

Benveniste, E. [1958]. « De la subjectivité dans le langage », Problèmes de linguistique générale 1966, I, Paris, Gallimard.

Blanche-Benveniste, C. [1989]. « Constructions verbales en incise et rection faible des verbes ». Recherches sur le français parlé, 9, 53-73.  

Blanche-Benveniste, C. & Willems, D. [2007]. « Un nouveau regard sur les verbes faibles ». Bulletin de la société linguistique de Paris, 102/1, 217-254.

Gachet, F. [à par.], « L’incise de discours rapporté : une principale d’arrière-plan ? », in Bart Defrancq et al. (éds), Actes du colloque international Discours et Grammaire 2008, Gand (23-24 mai 2008).

Willems, D. & Blanche-Benveniste, Cl. [2008] « Verbes ‘faibles’ et verbes à valeur épistémique en français parlé : il me semble, il paraît, j’ai l’impression, on dirait, je dirais ». Proceedings of the International Congress of Romance Languages and Linguistics, Innsbruck, Sept. 2007.

La question du pronom dans l’incise : étude sur l’ancien français

  • 11.00-11.30

Pause

  • 11.30-12.15

Les clauses parenthétiques dans des textes français du 17e et 18e siècle. Aspects syntaxiques et pragmatiques

Stefan Schneider

(Karl-Franzens-Universität Graz)

La communication présente l'analyse des clauses parenthétiques trouvées dans un ensemble de lettres, journaux, notes et relations d'explorateurs, voyageurs et missionnaires français du 17è et 18è siècle. L'analyse se focalise sur les clauses parenthétiques réduites et complètes (Schneider 2007) ayant comme fonction pragmatique primaire l'atténuation, c'est-à-dire les expressions appelées atténuateurs parenthétiques par Blanche-Benveniste et Willems (2007). Dans la langue actuelle - parlée et écrite - ces parenthétiques constituent un phénomène assez fréquent. Il s'agit de savoir si les auteurs des textes examinés ont utilisé ces atténuateurs comme aujourd'hui pour exprimer leur incertitude à propos de la classification et de l'évaluation de faits, de personnes et d'objets. On verra que les parenthétiques apparaissent effectivement dans les textes, mais que leurs propriétés syntaxiques et pragmatiques ne sont pas exactement les mêmes qu’aujourd'hui. Les parenthétiques complets (p.ex. avec le pronom ce) ainsi que ceux contenant un lien syntaxique établi par une préposition (p.ex. avec comme) jouaient un rôle beaucoup plus important. L'évolution de la syntaxe et de la fonction pragmatique de ces expressions illustre des aspects intéressants de l'histoire de la langue française.

Références

Blanche-Benveniste, C. & Willems, D. [2007]. « Un nouveau regard sur les verbes faibles ». Bulletin de la société linguistique de Paris, 102/1, 217-254.

Schneider, S. [2007]. Reduced parenthetical clauses. A corpus Study of Spoken French, Italian and Spanish. Amsterdam: Benjamins.

  • 12.15-13.00

La question du pronom dans l’incise : étude sur l’ancien français

Julie Glikman

(MoDyCo, Université de Paris Ouest Nanterre & Université de Savoie)

Certaines constructions verbales ont été décrites comme relevant de la catégorie des « recteurs faibles » (Blanche-Benveniste 1989 ; Blanche-Benveniste & Willems 2007, pour le français moderne) ou « verbes parenthétiques » (Urmson 1952, pour l’anglais), comme je crois, je pense. Nous proposons d’étudier ici ces constructions verbales en ancien français, apportant ainsi des éléments de réflexion sur l’évolution de ces constructions. Nous commencerons par établir si les caractéristiques décrites pour le français moderne se retrouvent en ancien français. Nous verrons ainsi que ces constructions verbales connaissaient les trois positions dès l’ancien français, mais aussi en position initiale suivie d’une P (Glikman 2009) :

E si n avrez, ço quid, de plus gentilz. (Roland : 150) Et vous en aurez, je [/ce] crois, de plus gentils

Enprés sun colp ne quid que un dener vaillet ; (Roland : 1666 (1505)) Après son coup je ne crois pas qu’il vaille un denier

en son cuer panse, se il vit,/ tiex en plorra qui or en rit. (Renart 2925-26) en lui-même il pense, s’il vit, tel en pleurera qui alors en rit

Nous traiterons ensuite de la question de la réalisation d’un pronom, en particulier dans l’incise, mais aussi dans ses autres constructions. En effet, l’un des critères souvent évoqués concerne l’absence de pronom dans l’incise (Blanche-Benveniste & Willems 2007 ; Schneider 2007). Or, en ancien français, il semblerait que le pronom CE se réalise de manière quasi systématique dans l’incise1, et apparait aussi dans certaines constructions suivies d’une que-P. Nous serons ainsi amenés à nous interroger sur le statut de ce pronom, entre véritable élément de reprise pronominale, ou simple élément venant saturer la position préverbale, et sur les conséquences à tirer de sa présence systématique en ancien français sur l’évolution de nos constructions : sa présence en ancien français puis sa disparition en français moderne indique-t-elle un changement dans la formation de ces constructions ? Nous tenterons par là de répondre également à la question de savoir s’il faut appliquer un traitement différent à chacune de ces positions, et si oui, lequel et comment ?

1 Un nombre important de constructions parenthétiques se présentent également sous la forme « comme je pense » : mes naiainz est, si con je pans, / que blamee est dame Hersans. (Renart 123-24) ‘mais il n’est pas nécessaire, comme je pense, que Dame Hersant en soit blâmée’.

Références

Blanche-Benveniste, C. [1989]. « Constructions verbales en incise et rection faible des verbes ». Recherches sur le français parlé, 9, 53-73.  

Blanche-Benveniste, C. & Willems, D. [2007]. « Un nouveau regard sur les verbes faibles ». Bulletin de la société linguistique de Paris, 102/1, 217-254.

Glikman J. [2009] Parataxe et Subordination en ancien français, Système syntaxique, variantes et variation, thèse de doctorat de l’université de Nanterre et de Potsdam.

Schneider, S. [2007]. Reduced parenthetical clauses. A corpus Study of Spoken French, Italian and Spanish. Amsterdam: Benjamins.

Urmson, J., [1952], « Parenthetical verbs ». Mind, 61, 480-496.

  • 13.00-14.30

Repas

  • 14.30-15.15

“Je pense donc ... je dis” : pour une syntaxe des pré-dicteurs

Dan Van Raemdonck

(Université Libre de Bruxelles/Vrije Universiteit Brussel – Plateforme Gramm-R)

Nous avons proposé (2002 et 2004) une analyse syntaxique des structures de discours rapporté, parmi lesquelles on retrouve des exemples du type Elle me dit qu’elle arrivera demain, Elle me dit : “J’arriverai demain” ou encore J’arriverai demain, me dit-elle. Pour chacune de ces trois structures nous avions dégagé une analyse spécifique : structure sous-phrastique déterminant du verbe de dire ; structure de discours re-produit () déterminant d’un verbe de dire ; structure de discours re-produit en position phrastique, avec incise comme complément de l’énonciation. Chacune de ces trois structures dénote un degré différent d’intégration phrastique du discours cité.

La structure vue comme marqueur de la complexité de l’énonciation (à côté de la complexité de la composante phrastique de l’énoncé, marquée par les sous-phrases) nous a permis de questionner la place des verbes de dire dans la classe des recteurs faibles, dans la mesure où le déterminant d’un verbe de dire, dans le cas du discours re-produit, est bien sélectionné par le verbe lui-même : un verbe de dire requiert comme déterminant un dit (ici le discours re-produit).

Nous essayerons de proposer une analyse systémique similaire pour les verbes pré-dicteurs, c’est-à-dire ceux qui précèdent le dire dans le modèle énonciatif du “moi-ici-maintenant, je perçois/ je conçois/ je pense et je dis que p”. Nous inscrirons l’ensemble des tournures pré-dictives construites avec des verbes comme sentir, penser, trouver, estimer, dans notre modèle d’analyse phrastique et essayerons de faire la part entre le régi, le requis et le sélectionné.

 

Références

Blanche-Benveniste, C. [1989]. « Constructions verbales en incise et rection faible des verbes ». Recherches sur le français parlé, 9, 53-73.  

Blanche-Benveniste, C. & Willems, D. [2007]. « Un nouveau regard sur les verbes faibles ». Bulletin de la société linguistique de Paris, 102/1, 217-254.

Van Raemdonck, D. [2002]. « Discours rapporté et frontières de phrase : l’épreuve de l’intégration syntaxique », Faits de Langues, no 19, 171-178.

Van Raemdonck, D. [2004]. « Discours rapporté et intégration syntaxique : un exemple d’analyse », dans Lopez Munoz, J. M., Marnette, S. & L. Rosier (éds), Le discours rapporté dans tous ses états : question de frontières, Paris, L’Harmattan, 531-537.

Wilmet, M. [1997, 20074]. Grammaire critique du français, Bruxelles, Duculot.

  • 15.15-16.00

La contribution sémantique des "parenthétiques". Quelques problèmes

Jacques Jayez

(ENS-LSH, Lyon)

Dans cet exposé j'essaie de clarifier les fonctionnements dits  "parenthétiques" du point de vue de leur contribution à  l'interprétation des énoncés dans lesquels ils se manifestent.  J'utilise le terme de "parenthétique" comme une étiquette commode, qui renvoie à l'intuition bien partagée que le contenu parenthétique crée  une sorte de rupture par rapport au reste de l'énoncé. On peut distinguer deux cas.

  1. Certaines expressions, comme "paraît-il", "malheureusement"  ou  "bon" (dans son emploi de particule), sont intrinsèquement  parenthétiques du point de vue sémantique.

  2. Dans le cas de constituants qui sont orthographiquement ou  prosodiquement incidents, sans être intrinsèquement parenthétiques, le  poids sémantico-énonciatif de l'incidence reste à évaluer.

A partir de cette distinction, je discute les trois points suivants :

  1. Quel est le comportement des parenthétiques intrinsèques (adverbes  et particules) au regard des configurations de projection et  d'enchaînement, utilisées dans la littérature sur les présuppositions  et les implicatures. En gros, peut-on dire qu'un parenthétique  intrinsèque est un déclencheur d'implicature conventionnelle?

  2. Comment le contenu sémantique d'un parenthétique intrinsèque  intervient-il dans l'interprétation de l'énoncé?

  3. A quelles fonctions le caractère parenthétique non intrinsèque  peut-il correspondre? Y a-t-il des relations intéressantes entre les  intrinsèques et les emplois incidents, par exemple quant à la  contribution sémantique, au caractère métalangagier et à l'iconicité  de l'incidence?

  • 16.00-16.30

Pause

  • 16.30-17.15

Eléments pour une cartographie prosodique de la périphérie droite en français spontané. Une étude des constructions verbales incidentes basée sur corpus

Mathieu Avanzi

(Modyco, Université de Paris Ouest Nanterre & Université de Neuchâtel)

L’objet de cette communication est de proposer une description prosodique unifiée des constructions verbales que l’on rencontre en « périphérie » droite des énoncés en français spontané. Parmi ces constructions, on trouve aussi bien des incises de discours rapporté comme celles qui figurent sous (1) ; des verbes dits « recteurs faibles » [Blanche-Benveniste 1989 ; Blanche-Benveniste & Willems 2007], v. (2) ; que des constructions notamment étudiées par Sabio [1995, 2006] à l’instar de (3) :

  1. il arrivait pas à saisir la réalité tu dis [unine08]

neuf kilos elle a dit [pfc]

  1. mes enfants ne le voyaient pas je crois [pfc]

ça doit être un négociant je pense [crfp]

  1. quatre ans ça fait maintenant [pfc]

Juliana ils l'appellent [crfp]

Dans des travaux précédents [Avanzi 2009 ; Avanzi & Gachet 2009 ; Gachet & Avanzi 2009], nous avions montré que diverses relations prosodiques pouvaient s’instaurer entre l’incise et la clause qui la précède. En nous basant sur l’étude des frontières terminales de groupe et une estimation de leur force perceptive, nous avions ainsi identifié quatre degrés de dépendance, qui sont autant de patrons codifiés en langue ; soit, du plus faible au plus fort : (i) un patron d’indépendance (l’incise forme une unité prosodique majeure autonome), (ii) un patron d’affixation (l’incise se rattache au segment qui précède comme un appendice), (iii) un patron de dominance (l’incise forme avec le groupe prosodique qu’elle suit une unité intonative de rang supérieur) (iv) un patron d’intégration (le contour nucléaire de l’énoncé est « déplacé » sur l’incise et aucune frontière n’est perceptible après le la clause matrice de l’énoncé).

A partir de l’étude d’une centaine de constructions verbales, extraites de corpus français métropolitain (Durand et al. 2002 ; Delic 2004 ; Branca et al. 2009), de français de Suisse romande (Avanzi & Béguelin 2008/2009) et de Wallonie (Dister et al. 2009), nous montrerons à l’occasion de cet exposé dans quelles proportions ces quatre patrons se retrouvent dans les trois classes syntaxiques présentées sous (1)-(3). Nos conclusions nous permettrons d’argumenter en faveur d’une analyse unifiée de ce sous-ensemble de verbes (v. aussi la communication de Gachet pour des conclusions similaires à partir de critères morphosyntaxiques).

Références

Avanzi, M. [2009]. « Aspects prosodiques de la dislocation à droite en français », in Apothéloz, D. Combettes, B. et Neveu, F. Les linguistiques du détachement. Actes du colloque international de Nancy (7-9 juin 2006). Berne : Peter Lang, 59-71.

Avanzi, M. & F. Gachet [2009]. « Notes sur la prosodie des incises de discours rapporté en français parlé ». Communication au IVe colloque international du groupe Ci-dit : « Discours rapporté, citation et pratiques sémiotiques », Université de Nice, Juin 2009.

Blanche-Benveniste, C. [1989]. « Constructions verbales en incise et rection faible des verbes ». Recherches sur le français parlé, 9, 53-73.  

Blanche-Benveniste, C. & Willems, D. [2007]. « Un nouveau regard sur les verbes faibles », Bulletin de la société linguistique de Paris, 102/1, 217-254.

Branca-Rosoff, S. et al. (2009). Discours sur la ville. Corpus de Français Parlé Parisien des années 2000 (CFPP2000). http://ed268.univ-paris3.fr/CFPP2000/

Durand, J., Laks, B. & Lyche, Ch. [2002]. « La phonologie du français contemporain: usages, variétés et structure ». Pusch, C. & W. Raible (eds.) Romanistische Korpuslinguistik- Korpora und gesprochene Sprache/Romance Corpus Linguistics - Corpora and Spoken Language. Tübingen, Gunter Narr Verlag, 93-106.

Delic [2004]. « Présentation du Corpus de Référence du Français Parlé », Recherches sur le français parlé, 18, 11-42.

Dister, A., M. Francard, Ph. Hambye & A.C. Simon. [2009]. « Du corpus à la banque de données. Du son, des textes et des métadonnées. L'évolution de banque de données textuelles orales VALIBEL (1989-2009) », Cahiers de Linguistique, 33/2, 113-129.

Gachet, F. & M. Avanzi [2009]. « Description prosodique des ‘recteurs faibles en incise’ ». Actes du 3ème Symposium Prosody/Discourse Interfaces (IDP09).

Sabio, F. (1995). « Micro-syntaxe et macro-syntaxe : l’exemple des compléments antéposés en français ». Recherches Sur le Français Parlé, 13, 111-155.

Sabio, F. (2006). « L’antéposition des compléments dans le français contemporain: L’exemple des objets directs ». Linguisticae Investigationes, 29/1, 173-182.

  • 17.15-17.30

Clôture du workshop

Catégories

Lieux

  • paris Ouest Nanterre
    Paris, France

Dates

  • vendredi 26 mars 2010

Mots-clés

  • prosodie, syntaxe, verbe recteur faible, incidence, parenthèse, épistémique

Contacts

  • Mathieu Avanzi
    courriel : mathieu [dot] avanzi [at] unine [dot] ch

URLS de référence

Source de l'information

  • Mathieu Avanzi
    courriel : mathieu [dot] avanzi [at] unine [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Entre rection et incidence : des constructions verbales atypiques ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 03 décembre 2009, http://calenda.org/199706