AccueilLe métier d’éboueur, un clair-obscur contemporain. Le travail du déchet dans l’espace public

*  *  *

Publié le mercredi 09 décembre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Au confluent de nombreuses problématiques urbaines, ethnologiques, historiques, qui intéressent aussi bien les sociologues, les géographes, les urbanistes, les psychologues, les éboueurs et leurs activités liées aux déchets longtemps peu étudiés ont fait l’objet de travaux récents mais encore épars. Le moment est peut-être venu d’établir un premier bilan de ces premiers enseignements, favorisant les échanges. Sans chercher à dégager un corpus épistémologique et cognitif cohérent et consensuel, ces journées d’études viseront à produire un ensemble de connaissances critiques concernant un travail et la manière dont celles et ceux qui le vivent quotidiennement réussissent à en affronter les dimensions les plus pénibles. Car à travers ces difficultés, compréhensibles dans le cadre d’une organisation du travail particulière, ce sont les choix, les représentations, les fantasmes d’une société entière que l’on peut entrevoir.

Annonce

Caractéristiques du clair-obscur entourant bon nombre de situations de travail dites subalternes, les éboueurs constituent des professionnels en permanence sous le regard d’autrui en même temps qu’une catégorie de travailleurs encore peu « observés ». La nature de l’activité, par sa confrontation quotidienne aux déchets, et donc au sale, est une première explication de ce paradoxe, en même temps qu’une première spécificité faisant de ce métier un cas d’étude passionnant. Ramasser les saletés des autres en fait souvent, dans les représentations sociales, le dernier des métiers ; un rapide regard sur les échelles de prestige des professions américaines en donne une bonne illustration. Avec la régularité quelque peu désarmante que nous permet de repérer l’anthropologie, les éboueurs sont associés à ce qu’ils ramassent ; acteurs et objets connaissent un même rejet. Les évolutions récentes de la mise en œuvre de la propreté urbaine ont renforcé cette dimension. Aux deux premières pénibilités – le contact avec le sale et dans un travail physique difficile – vient donc s’ajouter une troisième, une visibilité urbaine de surface. 

De surface ? De fait, cette visibilité ne permet pas nécessairement une bonne connaissance des éboueurs et de leurs activités. En quoi consiste précisément leur travail ? Comment les différentes tâches sont-elles définies et organisées ? Qui les mène et dans quelles conditions ? Ces premières questions qui peuvent être élucidées par des géographes, des urbanistes, des sociologues sont également à analyser dans une perspective historique et spatiale. Toutes les villes – l’activité des éboueurs se faisant le plus souvent dans un cadre municipal – et les pays gèrent-ils de la même manière leurs éboueurs et les activités de nettoyage ? Ce questionnement peut s’élargir à la question du rapport aux déchets des différents espaces ou pays. Les controverses surgissant lorsque est abordée la question de la gestion des déchets constituent autant d’exemples révélateurs de tensions au sein de la société contemporaine, notamment suscitées par la prise en compte d’un acteur toujours plus présent, toujours plus actif, l’usager.

L’étude de la mise en œuvre des activités des éboueurs et de la gestion des déchets ne peut suffire à éclairer la figure de l’éboueur. Il faut aussi tenter de voir comment l’activité est vécue. Un métier aux activités perçues comme difficiles, voire rebutantes, ne manquera pas d’attirer l’attention de tous ceux qui s’intéressent, comme Foucault le fit en son temps, aux micro-pouvoirs mis en œuvre par les acteurs/sujets dans leur travail de mobilisation affective et corporelle : on pense notamment aux psychologues, aux sociologues ou aux ethnologues. Le sentiment d’appartenance à un corps de métier est lui-même à interroger, au sein d’une réflexion plus globale sur l’identité professionnelle du groupe, objet d’intérêt des sociologues. S’ajoutent sur ce plan d’autres spécificités dignes d’intérêt : le fait qu’il s’agissait d’un métier exclusivement masculin jusqu’à une période récente ; dans le cas parisien, les travailleurs immigrés y ont été longtemps majoritaires ; la question de l’organisation et des mobilisations du groupe. Toutes ces perspectives peuvent être élargies à des périodes plus anciennes pour proposer les jalons d’une histoire des ramasseurs d’ordures qui intéressera cette fois-ci les historiens du social et de la ville. La figure de l’éboueur permet enfin et surtout d’aborder un certain nombre d’enjeux contemporains tant du point de vue organisationnel et technique que politique. Par exemple, les sociologues du travail et les ergonomistes trouveront à travers le cas des éboueurs des éléments nourrissant les débats récents sur les « nouveaux » risques liées aux conditions de travail (troubles musculo-squelettiques, risques psychosociaux), ou encore sur les liens entre pénibilité au travail et âge légal de départ à la retraite. 

Au confluent de nombreuses problématiques urbaines, ethnologiques, historiques, qui intéressent aussi bien les sociologues, les géographes, les urbanistes, les psychologues, les éboueurs et leurs activités liées aux déchets longtemps peu étudiés ont fait l’objet de travaux récents mais encore épars. Le moment est peut-être venu d’établir un premier bilan de ces premiers enseignements, favorisant les échanges. Sans chercher à dégager un corpus épistémologique et cognitif cohérent et consensuel, ces journées d’études viseront à produire un ensemble de connaissances critiques concernant un travail et la manière dont celles et ceux qui le vivent quotidiennement réussissent à en affronter les dimensions les plus pénibles. Car à travers ces difficultés, compréhensibles dans le cadre d’une organisation du travail particulière, ce sont les choix, les représentations, les fantasmes d’une société entière que l’on peut entrevoir.

Programme

9 heures : Accueil des participants et présentation du colloque : Régine Bercot et Stéphane Le Lay 

Journée 1 : Éboueur : de l’élimination des déchets dans l’espace public 

9 heures 30 : Activités et conditions de travail

responsable de séance : Valérie Pueyo (maître de conférences à l’université Lyon 2/IETL, chercheuse au CREAPT) 

  • Frédéric Michel (doctorant en sociologie au laboratoire CESTA/EHESS), « Quand tout un univers prend sens dans son rapport à la pénibilité de la tâche. Étude d’une entreprise privée d’éboueurs en Belgique »
  • Patrick Saint-Hillier (doctorant en sociologie, Centre Maurice Halbwachs, équipe PRO, CNRS/École normale supérieure), « Les cadres de l’expérience émotionnelle au sein de l’espace public »
  • Thierry Morlet (ergonome européen), « La pénibilité au travail des ripeurs dans le secteur privé : éléments organisationnels et managériaux »
  • Bruno Coudret (directeur de la propreté au grand Lyon), « Pénibilité et vieillissement dans la fonction publique : quel parcours professionnel inventer pour durer au travail ? »

11 heures : Pause

11 heures 30 : Discussion avec la salle

14 heures : La place des déchets dans l’espace public

responsable de séance : Bénédicte Florin

  • Dominique Lhuilier (professeure des université au CNAM, Chaire de psychologie du travail et au Centre de recherche sur le travail et le développement), « Souillure et transgression : le travail sur le négatif psychosocial »
  • Sabine Barles (professeur des universités à l’Institut français d’urbanisme, Université de Paris 8), « Les chiffonniers, agents de la propreté et de la prospérité urbaine au XIXe siècle »
  • Carlotta Caputo (doctorante en sciences anthropologiques et analyse des mutations culturelles, Université de Naples), « Utilisation et gestion de l’espace public. L’urgence des déchets à Naples et en Campanie »
  • Claudia Cirelli (géographe, chercheuse au CITERES, CNRS/Université de Tours), « Évacuation et utilisation des déchets liquides urbains : l’évolution de la figure du paysan/usager au Mexique »
  • Laurence Rocher (maître de conférences en géographie, Institut d’urbanisme de Lyon), « Le refus collectif du déchet. Conflits et mobilisation contre les équipements de traitement en France »

16 heures : Pause

16 heures 30 : Discussion avec la salle

Journée 2 : Le collectif de métier face au travail prescrit et aux représentations sociales

9 heures 30 : Que faire du travail prescrit ?

responsable de séance : Christophe Dejours

  • Jean-Louis Doit (ergonome, responsable de la subdivision nettoiement de la communauté urbaine de Lyon), « L’influence des représentations sociales sur la définition du travail prescrit, un défi pour le travail réel ? »
  • Denys Denis (ergonome, IRSST, Québec), « Portrait du travail des éboueurs au Québec dans une dynamique d’identification, de transmission et d’apprentissage de savoirs professionnels »
  • Nadine Poussin (doctorante en psychologie du travail au CRTD, équipe Clinique de l’activité/CNAM), « La réplique collective au prescrit du travail chez les éboueurs »
  • Bénédicte Florin (maître de conférences en géographie, université de Tours), « Les stratégies de contournement du travail prescrit aux marges du secteur formel. L’exemple des chiffonniers du Caire »

11 heures : Pause

11 heures 30 : Discussion avec la salle

14 heures : Les éléments constitutifs de l’identité professionnelle des éboueurs

responsable de séance : Régine Bercot

  • Angelo Soares (professeur au département d’organisation et ressources humaines à l’université du Québec à Montréal), « Si je pouvais ne pas être éboueur… »
  • Delphine Corteel, « L’identité professionnelle chez les éboueurs parisiens »
  • Barbara Prost, « Les “saisonniers”  immigrés dans le collectif de travail. Paris, années 1950-1980 »
  • Isabelle Gernet (maître de conférences en psychopathologie à l’université Lille 3) et Stéphane Le Lay, « L’intégration des femmes dans le métier d’éboueur. Effets sur le collectif de travail »

15 heures 30 : Pause

16 heures : Discussion avec la salle

17 heures : Conclusions des journées

Régine Bercot et Stéphane Le Lay

Lieux

  • MSH salle Maurice et Denis Lombard, 96 bld Raspail
    Paris, France

Dates

  • jeudi 04 février 2010
  • vendredi 05 février 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • éboueurs, déchets, travail, espace public

Contacts

  • Stéphane Le Lay
    courriel : slelay [at] club-internet [dot] fr

Source de l'information

  • Stéphane Le Lay
    courriel : slelay [at] club-internet [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le métier d’éboueur, un clair-obscur contemporain. Le travail du déchet dans l’espace public », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 09 décembre 2009, http://calenda.org/199742