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Entrer en communication

Communicating Europe : Early Modern Circulations, Territories and Networks

Séminaire thématique du programme ANR CITERE (Circulations, territoires et réseaux en Europe de l’âge classique aux Lumières)

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Publié le lundi 14 décembre 2009 par Marie Pellen

Résumé

Les séances du séminaire s’appuient délibérément sur la présentation de dossiers, d’études de cas d’ « entrées en communication » qui seront d’emblée discutées collectivement. Les propositions de contributions à ce travail collectif émaneront aussi bien de chercheurs engagés dans le programme CITERE que de chercheurs intéressés par les problématiques du séminaire.

Annonce

Pierre-Yves Beaurepaire et Héloïse Hermant
2 séances en 2010 : mai 2010, Nice & décembre 2010, Lyon

L’âge classique et le temps des Lumières constituent un moment original et décisif, tant du point de vue du volume des échanges d’informations que de l’extension des réseaux de communication et de leur adaptation à un monde qui s’ouvre à une accélération remarquable des échanges économiques à long rayon mais qui voit aussi les Etats s’inquiéter devant l’augmentation et la diversification de flux qu’il leur faut contrôler, orienter et parfois interrompre. Parallèlement au « procès de civilisation » de Norbert Elias aujourd’hui contesté, mais qui a largement contribué à enrichir le débat historiographique, les XVIIe et XVIIIe siècles sont marqués par un processus de communication dont les enjeux conditionnent la construction et la perception de l’Europe jusqu’à aujourd’hui.

Pour l’historiographie traditionnelle, au XVIIe et au XVIIIe siècles, la communication est nécessairement européenne, transfrontalière, car la République des Lettres comme l’Europe des Lumières vont de soi. Les circulations intellectuelles, savantes, maçonniques, aristocratiques et mondaines qui s’y déploient sont supposées s’affranchir sans difficulté des contraintes spatiales. Ce paradigme surévalue la fluidité de la communication en postulant qu’elle va de soi, et en substituant à la matérialité des échanges et des vecteurs, aux obstacles en terme d’espace-temps, de langues véhiculaires, de coûts d’acheminement, de déperdition d’informations, de censure et d’intrusions de toutes sortes dans les réseaux de communication, la projection idéale d’un espace transnational, cosmopolite, réticulaire et déterritorialisé, émancipé de tout ancrage spatio-temporel.

Penser la communication comme processus suppose l’attention aux pratiques et aux enjeux qu’elles recèlent, aux stratégies mises en œuvre, aux usages, aux acteurs qui les pratiquent, aux experts qui les qualifient ou les disqualifient, aux vecteurs qui supportent, orientent ou ralentissent circulations et échanges de l’échelle locale aux horizons mondiaux. L’étude des formes et des mutations de la communication est donc une puissante invitation à explorer la dimension matérielle et concrète des processus de communication à l’œuvre en Europe du XVIe au XVIIIe siècle.

Les stratégies de communication et de publication des acteurs mobilisent plusieurs vecteurs. En effet, la communication peut se faire en présence et/ou en absence, ce qui suppose, pour le chercheur, la prise en compte d’un ensemble de formes et de leurs éventuelles articulations : la sociabilité comme mode de communication-en-présence (académies, cénacles mondains, loges maçonniques etc.), la lettre comme mode de communication-en-absence mais qui peut être élargie par le recours à la lecture publique, à la copie, aux extraits, l’imprimé comme mode de communication-en-absence ouverte (libelles, satires, factums). Il s’agit donc d’ouvrir la communication épistolaire à l’ensemble des formes de la communication dont les contemporains disposent pour leurs échanges ou qu’ils étaient susceptibles de construire et d’articuler (lancement d’un périodique savant, création d’une académie et publication de ses travaux etc.).

Afin de mieux saisir la matérialité des réseaux et d’examiner leurs rapports avec les territoires qu’ils contribuent à construire par le biais de dynamiques circulatoires complexes, il peut être intéressant d’analyser une étape particulière du processus communicationnel, peu interrogée jusqu’à présent : celle de l’entrée en communication.

Entrer en communication est une opération qui renvoie à des réalités diverses. Il peut s’agir de l’entrée d’un individu dans un réseau, que cette entrée soit le fruit d’une stratégie ou qu’elle se produise « à l’aveugle ». Il peut s’agir également de la mise en relation de différents réseaux par un individu ou un groupe, selon des modalités de communication qu’il faudra étudier en considérant l’éventuel rôle des intermédiaires et le poids de l’aléatoire. Enfin, il est possible d’y voir la construction d’un public par un acteur, ou la rencontre d’un individu avec un public dont les contours restent à délimiter.

Comprendre ce qu’entrer en communication signifie et implique exige donc qu’on prenne en compte les stratégies des acteurs, la diversité des moyens de communication, les transactions matérielles et symboliques, les pratiques, les compétences et le statut des individus, la maîtrise des temps et des tempos et enfin l’évolution des logiques agrégatives.
Il faudra aussi s’interroger sur la façon dont l’entrée en communication conditionne la structure du réseau ainsi constitué : a-t-on affaire à une trame durable ou à une structure volatile ? Et dans ce cas, comment penser l’ancrage territorial d’une telle structure ? Pour répondre à ces interrogations, il sera nécessaire de mettre en relation l’espace communicationnel avec les vecteurs de circulation des idées, à la lumière des stratégies de publicité des acteurs et de l’identité interrelationnelle ainsi élaborée. On sera alors à même d’appréhender ce qui sépare un réseau d’un mouvement d’opinion, un groupe d’interconnaissance d’un public, etc.

Les séances du séminaire s’appuient délibérément sur la présentation de dossiers, d’études de cas d’ « entrées en communication » qui seront d’emblée discutées collectivement. Les propositions de contributions à ce travail collectif émaneront aussi bien de chercheurs engagés dans le programme CITERE que de chercheurs intéressés par les problématiques du séminaire.

Le séminaire débouchera sur la préparation d’un ouvrage véritable collectif -publié en anglais- intitulé Communicating Europe : Early Modern Circulations, Territories and Networks étroitement articulé à la publication de l’atlas électronique CITERE programmé dans le cadre du programme ANR éponyme. Il veut rompre avec la tradition des actes de colloque sur les Lumières ou les réseaux de correspondance, qui sont souvent des collections hétérogènes de communications monographiques, pour proposer une réflexion collective et interroger collectivement le processus de communication à l’œuvre aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Les propositions de contribution au séminaire thématique « Entrer en communication » sont à adresser par mail accompagnées d’un bref curriculum vitae à  citere@unice.fr avant le 30 mars 2010.

Lieux

  • CMMC, 98 Boulevard Edouard-Herriot
    Nice, France

Dates

  • mardi 30 mars 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Lumières, Républiques des Lettres, communication,correspondance, écrits personnels, réseaux

Contacts

  • Pierre-Yves Beaurepaire & Héloïse Hermant ~
    courriel : citere [at] unice [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Pierre-Yves Beaurepaire
    courriel : pybeaurepaire [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Entrer en communication », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 14 décembre 2009, http://calenda.org/199794