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Les sons du pouvoir

Verba, silentia, sonitus dans les lieux institutionnels, de la Haute Antiquité à l’Antiquité tardive

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Publié le mardi 15 décembre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Appel à contribution pour le colloque international « Les sons du pouvoir : verba, silentia, sonitus dans les lieux institutionnels, de la Haute Antiquité à l’Antiquité tardive » qui se tiendra à l'Université de La Rochelle les 25, 26 et 27 novembre 2010.

Annonce

Les ruines évoquent les monuments, les édifices publics, les maisons privées qui matérialisaient l’espace de la ville antique, espace qui vit encore aujourd’hui, soit sous forme de site archéologique (l’Acropole d’Athènes), soit sous forme de ville palimpseste (le centre de Rome), où le présent intègre et transforme le passé. Néanmoins, une civilisation est caractérisée également par une dimension acoustique, qui, telle que la bande-son d’un film, donne le rythme aux images et en exprime l’esprit profond. La dimension acoustique de la civilisation gréco-romaine est désormais perdue, et si les ruines parlent du passé, elles sont toutefois muettes, incapables de faire revivre les sons d’autrefois et de récréer l’ambiance sonore où étaient immergés les monuments et où se déroulaient les grands et les petits événements du passé.

La comparaison avec la société contemporaine permet aisément de dresser une liste « en négatif », à savoir des sons qui n’existaient pas dans l’Antiquité, mais le monde antique reste dépourvu de voix. La possibilité de récupérer sa dimension acoustique est confiée aux sources écrites, à l’étude des cérémonies et rites antiques, et des permanences sonores au fil des siècles.

Il ne manque pas de travaux consacrés notamment à deux aspects de ce sujet. Il suffit de rappeler, d’un côté, les travaux d’Annie Bélis sur la musique grecque (Les musiciens dans l’Antiquité, Paris, 1999) et de Christophe Vendries sur la musique romaine (Instruments à cordes et musiciens dans l’Empire romain : étude historique et archéologique, IIe siècle av. J.-C.-Ve siècle ap. J.-C., Paris, 1999), d’un autre côté ceux de Maurizio Bettini sur l’environnement sonore de la vie quotidienne dans le monde antique (Voci. Antropologia sonora del mondo antico, Turin, 2008). Nous entendons traiter un autre thème et tourner plutôt notre attention vers les sons (mots ou bruits) à travers lesquels le pouvoir s’exprimait. Ce colloque vise à mettre l’accent notamment sur les manifestations sonores qu’on entendait dans les lieux institutionnels (par exemple, les assemblées, le Sénat, l’entourage impérial), où le pouvoir assumait son habit officiel, et ce pour essayer de retrouver le lien entre la dimension spatiale et la dimension acoustique, lien qui semble s’être définitivement interrompu, et qui est toutefois important de récréer pour saisir pleinement certains traits de la conception et des dynamiques du pouvoir, patents ou cachés.

Il ne s’agit pas seulement de replacer les expressions verbalisées, comme les discours, dans une dimension sonore plus ample, mais aussi de mettre en évidence certaines pratiques, tels que le recours à l’applaudissement comme forme de suffrage, ou certaines cérémonies (les rites religieux, la célébration des triomphes, les acclamationes impériales), ou les pratiques judiciaires. Il faut évoquer un autre aspect du même sujet, à savoir l’absence de sons, autrement dit les moments où le pouvoir se manifeste à travers le silence.

Les équipes CRHIA et CEIR, coorganisatrices de ce colloque, mettent l’accent sur le vécu identitaire des sociétés européennes, et les modalités que le pouvoir assume tantôt pour se mettre en phase avec ce vécu, tantôt pour refléter sa propre structure et ses priorités culturelles et politiques. Au sein de cette thématique, une réflexion sur les sons du pouvoir peut donc trouver sa place. L’espace chronologique embrasse l’ensemble de l’Antiquité, ce qui devrait permettre, sur le plan méthodologique, d’établir une comparaison entre la Haute Antiquité et l’Antiquité classique ; et ce qui, quant à l’approche scientifique, permet de s’inscrire dans la démarche traditionnelle du CEIR. Bien que l’Antiquité soit au coeur de la chronologie, néanmoins l’approche sera comparative et transversale.

En fait, durant les dernières années, on constate la multiplication des études sur la représentation visuelle du pouvoir, aussi bien en ce qui concerne l’Antiquité que d’autres périodes historiques. La civilisation contemporaine est considérée comme dominée par les images, ce qui a affecté les études récentes, qui se sont tournées vers le rôle joué par la matérialisation visuelle du pouvoir dans la vie publique. En revanche, il faut constater qu’il manque une véritable enquête sur les manifestations sonores du pouvoir. Ce projet, qui permet de croiser plusieurs domaines d’études, de l’anthropologie à l’histoire, sans oublier le droit et la littérature, vise à combler cette lacune et ouvrir un volet nouveau, qui peut amener à des résultats novateurs.

Il s’agit finalement de vérifier si le pouvoir s’exprime seulement par des images, ou a recours également aux sons, et dans quelle mesure la dimension acoustique du pouvoir devient un élément de l’esprit du pouvoir, jusqu’à en révéler les aspects à la fois les plus cachés et essentiels. L’identité, voire les identités du pouvoir se manifestent à travers une symbolique sonore, qui se déroule lors des cérémonies publiques aussi bien que dans un tribunal. La voix souveraine, est-elle toujours univoque, claire, exprimant le sens de la supériorité, voire de la domination ? Est-elle en mesure de varier, même d’avoir recours au silence, selon les circonstances ? Le fait de parler du pouvoir, appartient-il déjà à la sonorité du pouvoir ?
Il s’agit seulement de quelques-uns des questionnements que l’on peut poser autour de la problématique de la nature du pouvoir.

Maria Teresa Schettino 

Propositions :

Les auteurs doivent faire parvenir le titre et un cours résumé de leur communication à  Maria Teresa Schettino, Professeur en histoire romaine à l’Université de La Rochelle (mschetti@univ-lr.fr)

Les propositions de communication, au format doc ou rtf, sont à envoyer

avant le 30 janvier 2010

Lieux

  • 1 Parvis F. Braudel 17042 La Rochelle cedex 1
    La Rochelle, France

Dates

  • samedi 30 janvier 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • sons, musique, antiquité, Rome, Grèce

Contacts

  • Maria Teresa Schettino
    courriel : mschetti [at] univ-lr [dot] fr

Source de l'information

  • Maria Teresa Schettino
    courriel : mschetti [at] univ-lr [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les sons du pouvoir », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 décembre 2009, http://calenda.org/199797