AccueilLe pouvoir au quotidien

Le pouvoir au quotidien

France, Allemagne, Europe de l'Est, XIXe-XXe siècles

*  *  *

Publié le mercredi 16 décembre 2009 par Karim Hammou

Résumé

Ce séminaire de recherche entend explorer pour la période contemporaine (XIXe-XXe siècles) les pratiques sociales de l’autorité et de la domination dans une perspective croisée franco-allemande élargie à l’Europe de l’Est. Ces notions sont prises ici comme un processus interactif, une relation d’échange déséquilibrée entre ceux qui exercent un pouvoir et ceux qui le subissent. Il s’agit de comprendre au « ras du sol », dans le fourmillement des relations quotidiennes entre les individus comment l’autorité s’incarne, s’approprie, se transforme, comment elle est acceptée ou rejetée, au-delà des évidences opposant les puissants et les faibles, les riches et les pauvres, l’État et la société. Cette démarche, qui cherche à approcher ce que Michel Foucault a appelé la « microphysique du pouvoir », s’applique à tous les domaines de l’activité humaine et donnera lieu cette année à cinq séances sur des sociétés et des systèmes politiques différents dans une logique comparatiste et interdisciplinaire.

Annonce

Séminaire de recherche (Cerhio, UMR 6258)

Le pouvoir au quotidien : pratiques et expériences de la domination (XIXe-XXe siècle)

Animé par Emmanuel Droit et Pierre Karila-Cohen

CEHRIO/Université Rennes 2

Contenu du séminaire

Ce séminaire de recherche entend explorer pour la période contemporaine (XIXe et XXe siècles) le champ de l’histoire de la domination comme pratique sociale.

Le concept de domination n’est en effet lié ni à un système politique particulier ni à un type de société donné. Il ne faut ainsi pas nécessairement l’associer aux régimes de dictature ou aux sociétés traditionnelles.

Généralement, il s’agit d’un concept statique mobilisé en sciences sociales pour désigner une réalité institutionnelle. Il nous semble nécessaire d’élargir la définition de ce concept et de l’intégrer dans une démarche d’histoire sociale et culturelle. La domination renvoie en effet avant tout à diverses pratiques sociales fondées sur des représentations partagées. Elle doit se comprendre essentiellement comme un processus interactif, une relation d’échange déséquilibrée entre ceux qui exercent un pouvoir et ceux qui le subissent.

Se confondant dans une large mesure avec la notion d’autorité, elle ne repose pas - selon les définitions classiques de Max Weber, Alexandre Kojève ou encore Hannah Arendt -, sur la force ni même sur la persuasion, mais sur l’acceptation des sujets qu’elle soumet, qui renoncent volontairement à la possibilité de refuser cette domination. Quelle que soit la validité historique d’une telle définition, qui pose problème tant du point de vue de l’origine de cette relation asymétrique que des conditions pratiques de son dépassement, son intérêt pour l’historien réside dans l’invitation qui lui est faite de penser la relation d’autorité non pas comme une évidence mécanique issue d’un système économique ou politique – opposant les puissants et les faibles, les riches et les pauvres, l’Etat et la société – mais dans le fourmillement de rapports quotidiens et dans toute la gamme des possibilités humaines. On peut se demander notamment comment les agents de la domination ressentent, comprennent, exercent leur rôle, sachant qu’il ne sont souvent que des intermédiaires de l’autorité. On peut aussi entrevoir le fait que les sujets qui subissent cette domination sont, dans plusieurs configurations, des acteurs qui ne sont pas dénués de ressources face à l’autorité. Au total, c’est à une étude de la « microphysique du pouvoir » que nous entendons nous livrer en prenant appui sur la vision qu’en donne Michel Foucault : « Ce pouvoir (…) ne s’applique pas purement et simplement, comme une obligation ou une interdiction, à ceux qui « ne l’ont pas » ; il les investit, passe par eux et à travers eux ; il prend appui sur eux, tout comme eux-mêmes, dans leur lutte contre lui, prennent appui à leur tour sur les prises qu’il exerce sur eux ».

L’intérêt d’une telle démarche consiste donc en premier lieu à revisiter l’histoire politique traditionnelle, en envisageant ce qui constitue vraiment, c’est-à-dire concrètement, quotidiennement un pouvoir, mais aussi à interroger toutes les formes sociales de domination à un moment donné, aussi bien dans des lieux attendus (l’école, l’armée…), que dans des situations moins banales (les pratiques de consommation par exemple). Elle consiste aussi, en vertu des centres d’intérêt respectifs des animateurs du séminaire, à favoriser la rencontre d’une part entre des travaux portant sur le XIXe et sur le XXe siècle, d’autre part entre des études portant sur la France, l’Allemagne et l’Europe centrale et orientale. Si le questionnement historique sur l’exercice de l’autorité commence à émerger en France à propos, au moins en partie, de ce pays, l’historiographie allemande sur la notion d’Herrschaft  et d’Eigen-Sinn (quant à soi) et l’historiographie générale sur les relations de pouvoir dans l’ex-bloc communiste explorent en effet depuis quelques années plus régulièrement et plus intensément cette question. Il y a donc là un profit intellectuel évident à croiser les perspectives. 

Formule et lieu du séminaire

Au cours sa première année d’existence, cinq séances de deux heures auront lieu entre janvier et avril 2010, qui auront lieu des mardi entre 17h et 19h, Université Rennes 2, Campus de Villejean, Maison de la Recherche, salle N 104.

Ce séminaire de recherche est ouvert à tous les collègues enseignants-chercheurs ainsi qu’aux étudiants à partir du M1, aux doctorants et aux docteurs.

L’intervenant disposera d’un temps de parole de 45 minutes. Il aura préparé la semaine précédant son passage une présentation de son intervention que les animateurs du séminaire mettront à la disposition des auditeurs.

A l’issue de l’exposé, un discutant, spécialiste du sujet traité, qui peut être un membre du CEHRIO ou un chercheur d’une autre institution, est chargé  de lancer la discussion. Les remarques du répondant permettront de replacer l’exposé dans un contexte plus large. Le temps restant est réservé à la discussion avec le public. 

Programme des interventions

19 Janvier 2010

Introduction générale : les notions d’autorité et de Herrschaft, par Emmanuel Droit et Pierre Karila-Cohen.

26 janvier 2010

Les policiers et la rue à Paris et Berlin (fin XIXe siècle-début XXe siècle) : perspectives croisées, par Quentin Deluermoz (Université Paris XIII).

2 février 2010

Figures de la débrouillardise en temps de crise dans la Pologne socialiste et post-socialiste, par Malgorzata Mazurek (ZZF Potsdam).

2 mars 2010

« Le camarade J. ne veut pas reconnaître qu'il doit se corriger »: réflexion sur la domination comme pratique sociale dans le parti communiste est-allemand, par Michel Christian (Université de Genève).

23 mars 2010

La figure du contremaître : France de la 1ère industrialisation /RDA, par François Jarrige (Université du Maine) et Renate Hürtgen (ZZF Potsdam).

Lieux

  • Université Rennes 2, Campus Villejean, Place du Recteur Henri Le Moal Métro : Villejean
    Rennes, France

Dates

  • lundi 19 janvier 2009
  • lundi 26 janvier 2009
  • lundi 02 février 2009
  • lundi 02 mars 2009
  • lundi 23 mars 2009

Mots-clés

  • pouvoir, domination, autorité, France, Allemagne, Europe centrale

Contacts

  • Pierre Karila-Cohen
    courriel : pierre [dot] karila-cohen [at] wanadoo [dot] fr
  • Emmanuel Droit
    courriel : emmanuel [dot] droit [at] uhb [dot] fr

Source de l'information

  • Pierre Karila-Cohen
    courriel : pierre [dot] karila-cohen [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le pouvoir au quotidien », Séminaire, Calenda, Publié le mercredi 16 décembre 2009, http://calenda.org/199815