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Genre et conflits armés

Gender and Armed Conflicts

Repenser les impacts des conflits et les processus de reconstruction

Rethinking the impact of conflicts and reconstruction processes

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Publié le lundi 04 janvier 2010 par Delphine Cavallo

Résumé

Si les conflits armés et les processus de paix et de réconciliation sont des objets d’étude fréquents pour les chercheur(e)s en sciences sociales, leur impact sur les rapports de genre dans les sociétés concernées est le plus souvent négligé ou relégué au second plan, alors qu’ils sont dans la plupart des cas très importants.

Annonce

Séminaire de recherche CRESPPA-GTM

Sous la responsabilité de Jane Freedman, Marguerite Rollinde, Carol Mann, Mirvat Abd El Ghani

Le séminaire aura lieu un mardi par mois, de 10 à 12h30
59-61 Rue Pouchet, 75017 Paris
Metro : Guy Moquet ou Brochant (ligne 13)

Si les conflits armés et les processus de paix et de réconciliation sont des objets d’étude fréquents pour les chercheur(e)s en sciences sociales, leur impact sur les rapports de genre dans les sociétés concernées est le plus souvent négligé ou relégué au second plan, alors qu’ils sont dans la plupart des cas très importants. Les violences physiques et sexuelles, en particulier à l'égard des femmes et des enfants, se produisent avec une plus grande régularité pendant et au lendemain d'un conflit armé. Les femmes sont victimes de viols, de grossesses forcées, tombent dans la prostitution forcée et l'esclavage sexuel, souvent par les mains mêmes des « pacificateurs », police ou forces occupantes. Les rapports médiatiques sur le viol massif des femmes dans des situations de conflit en ex-Yougoslavie (Nahoum Grappe, 2001) ou au Rwanda, par exemple, ont amené à l’attention du public l’utilisation du viol comme arme de guerre. Mais malgré cette médiatisation, il reste vrai qu’il y a peu d’analyses approfondies sur les causes et les conséquences de ces violences liées au genre. En particulier il faut prêter attention aux liens entre les dominations de genre, de race et d’ethnie, (Ivekovic, 2003) pour comprendre comment, dans l’espace de l’économie mondialisée, de telles violences se produisent. Et pourquoi les sanctions nationales et internationales semblent avoir tellement peu d’impacts dans la prévention de telles violences. Aux viols et autres formes de violences physiques s’ajoutent les problèmes liés aux changements de rôles de genre, et à l’accroissement des activités de survie des femmes en période de conflit. Sans vouloir essentialiser leur rôle comme « civiles » (Carpenter, 2006), il est vrai qu’elles sont les plus souvent laissées seules (ou avec leurs enfants) par leurs maris combattants, quand ils ne sont pas morts ou disparus (Rollinde, 2006). Les femmes deviennent alors chefs de ménage et sont contraintes à assurer la survie de la famille. Le processus de survie peut aussi impliquer une fuite et ces trajectoires de migration forcée auront également des impacts différenciés selon le genre (Freedman, 2007).

Les femmes, victimes civiles des massacres commis au nom d’une nation, d’une ethnie, d’un principe ou d’une religion, sont, la plupart du temps, au centre de ces conflits. Leur cause est souvent brandie comme alibi pour justifier le mobile véritable, c’est-à-dire le contrôle de territoires et des ressources qu’ils contiennent. Les protagonistes masculins voient en leurs femmes les garantes d’une identité menacée et exigent d’elles l’adhésion inconditionnelle aux valeurs de la communauté à laquelle elles appartiennent, en remettant à des lendemains meilleurs les revendications qui les concernent plus spécifiquement. Certaines d’entre elles adhèrent à ce modèle et sont fières de mettre au monde des hommes pour la guerre quand elles ne vont pas jusqu’à participer elles-mêmes aux massacres. D’autres refusent cette assignation à résidence communautaire et face à la logique de guerre développent des stratégies de sortie du conflit (Falquet, 2006). Elles se transforment alors en actrices, sujets porteurs d’historicité. Les recherches focalisées sur le statut de « victime » des femmes pendant les guerres ont négligé les rôles actifs joués par ces femmes. Ce n’est que très récemment que quelques études ont commencé à explorer la participation des femmes aux actes de violence, en particulier liée au genre (Jacobs, Jacobson et Marchbank, 2000 ; Sjoberg et Gentry, 2007). Les femmes jouent donc des rôles variés dans les conflits - comme combattantes ou résistantes, comme soutiens aux soldats, mais aussi, parfois, comme agents de la paix et de la réconciliation. Il faut que tous ces rôles actifs des femmes soient pris en compte pour dépasser les représentations essentialistes et stéréotypées des femmes comme seules « victimes ». L’idée d’étudier les rapports de genre dans les conflits armés implique aussi de se pencher sur une définition plus précise de ce qu’est le conflit, et de faire des liens avec des formes de violences et de domination de genre qui s’exercent aussi dans des périodes de « pré » et de « post » conflit. Cockburn insiste justement sur l’existence d’un continuum de violences de genre qui lie les périodes avant et après les conflits avec les violences qui s’exercent pendant ces conflits armés (Cockburn, 2004). Les violences et viols commis pendant les conflits doivent donc être compris à partir des rapports de domination de genre qui existaient déjà dans les sociétés concernées. 

PROGRAMME 2010

19 janvier 2010 : Genre, militarismes et politiques internationales. Séance exceptionnelle

Cynthia Enloe, Professor of International Development and Women’s Studies, Clark University, Etats-Unis. Picking up the pieces : Women and Militarism in a Post-War Society

Discutante : Suzuyo Takazato, Okinawa Women Act Against Military Violence, Japan

(séance en anglais avec traduction)

Militarization can be blunt and astounding - as when a military invasion occurs or when a large international peacekeeping contingent arrives in a region or when colonels forcibly take over the presidential palace or when a new military base is opened in a town. But militarization is also can be a slow, almost subterranean process, step by step, drip by drip, almost impossible to chart, yet deeply transformative of relationships, structures and cultures.  When did "camo" become fashionably "hip" among teenagers? Why do many civilians treat career senior military officers with such deference? 

What is so often overlooked, even by those who become deeply concerned about creeping militarization is how dependent these transformative processes are on particular ideas about, and practices of both femininity and masculinity.  Moreover, since militarization so often increases the privileging of masculinity, we neglect to explore how women become militarized and how reliant any particular militarization process is on persuading a critical mass of women that it serves their interests. Militarization anywhere depends on winning over women as girlfriends, mothers, wives, workers, political activists. 

A feminist curiosity can shine a realistic light on the causes and consequences of militarization in ways that make clearer what it takes to roll back or subvert militarizing processes.

10 février 2010 (séance exceptionnellement le mercredi) : Séquelles de guerre

  • Malathi de Alwis, University of Colombo, Sri Lanka. Grief, Trauma and the “Work of Culture” in Sri Lanka
  • Violaine Baraduc, EHESS. Femmes génocidaires. Evaluation des violences féminines pendant le génocide des Tutsi rwandais de 1994

16 mars 2010 : Genre, nationalismes et violences

  • Rada Ivekovic, CRESPPA-GTM. Le genre de la nation et de la violence  
  • Dubravka Zarkov, Université d’Amsterdam, Pays-Bas. Exposures, Invisibilities, Vulnerabilities: Master Narratives of War and Masculinities in an Intersectional Perspective

13 avril 2010 : (Séance de 14h – 17h ) Approches historiques

  • Carol Mann, CEDREF, Université de Paris 7. La mise en cause du genre pendant deux guerres mondiales
  • Fabrice Virgili, IRICE, Université de Paris 1, Panthéon-Sorbonne. Naître ennemi. Les enfants nés de couples franco-allemands pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-2009)

18 mai 2010 : Genre et conflit en Palestine

  • Islah Jad, Bir Zeit University, Palestine. Impact du conflit dans un contexte colonial sur les femmes palestiniennes
  • Mirvat Abd El-Ghani, Université de Paris 8, CRESPPA-GTM. Femmes dans le conflit Israélo-Palestinien

2 juin 2010  

  • Marie Ladier-Fouladi, EHESS. Le mouvement féministe face à la violence de l’État islamique en Iran
  • Azadeh Kian, Université de Paris 7, CEDREF

Lieux

  • 59 Rue Pouchet
    Paris, France

Dates

  • mercredi 02 juin 2010
  • mardi 19 janvier 2010
  • mercredi 10 février 2010
  • mardi 16 mars 2010
  • mardi 13 avril 2010
  • mardi 18 mai 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • genre, conflits armés

Contacts

  • Jane Freedman
    courriel : jane [dot] freedman [at] gtm [dot] cnrs [dot] fr

Source de l'information

  • Jane Freedman
    courriel : jane [dot] freedman [at] gtm [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Genre et conflits armés », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 04 janvier 2010, http://calenda.org/199868