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Les politiques de l'âme

The politics of the soul

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Publié le lundi 18 janvier 2010 par Karim Hammou

Résumé

La notion d’âme, telle qu’elle s’était développée dans les traditions juive, chrétienne et musulmane en mettant l’accent sur son triple caractère d’âme spirituelle, personnelle et immortelle, s’est trouvée confrontée entre la seconde moitié du XVIIIe et le XIXe siècle à une série de déplacements et de remises en cause que l’on peut organiser sous quatre rubriques principales. Le colloque sur « les politiques de l’âme » se propose d’examiner collectivement ces trajectoires contemporaines de l’âme, dans un cadre transdisciplinaire, à partir d’études de cas et d’exemples concrets appuyés sur la construction de corpus documentaires précis.

Annonce

La notion d’âme, telle qu’elle s’était développée dans les traditions juive, chrétienne et musulmane en mettant l’accent sur son triple caractère d’âme spirituelle, personnelle et immortelle, s’est trouvée confrontée entre la seconde moitié du XVIIIe et le XIXe siècle à une série de déplacements et de remises en cause que l’on peut organiser sous quatre rubriques principales. 

1. Dans  l’ordre philosophique, et dans le double sillage de Descartes et de Hobbes, le discours sur l’âme laisse progressivement la place à une conception laïcisée de la conscience individuelle, ordonnée à la notion de « for intérieur ». Au cœur de la philosophie politique des Lumières et de son héritage, le for intérieur apparaît comme le corollaire de la constitution d’un espace public citoyen, en même temps qu’il est le support d’une intériorité de l’individu dont est affirmée la nécessaire autonomie au regard des pouvoirs, religieux et politique.  

2. Dans l’ordre médical, les progrès de la biologie puis la révolution pastorienne modifient en profondeur les conceptions de la maladie, désormais envisagée comme le résultat de processus strictement physiologiques, et non plus comme un dérèglement de l’équilibre entre l’âme et le corps, dérèglement longtemps pensé dans les termes religieux d’une économie du salut. Quelques décennies plus tard, il en va de même dans le champ naissant de la psychologie moderne et de la psychiatrie, sous l’influence de la  psycho-physiologie.

3. Simultanément, c’est en soulignant la diversité des manières de construire la dualité corps-esprit à travers les sociétés humaines, et en modélisant cette diversité sous le registre d’une théorie de l’animisme (Tylor) marquée par la pensée évolutionniste que l’anthropologie moderne s’est distanciée de son héritage missionnaire et chrétien.

4. Enfin, il faut faire la part de l’exploration des « labyrinthes de l’âme » et du « voyage intérieur » telle qu’elle se développe au sein de l’expérience littéraire et artistique du XIXe siècle, du romantisme au symbolisme dans une oscillation permanente entre syncrétisme religieux, naturalisation de l’âme..

Ce mouvement paraît se poursuivre au XXe siècle, mais non de manière univoque. Sous une forme sécularisée ou non, le rapport entre l’âme et le corps ne cesse de travailler l’histoire des sciences de la vie, que ce soit à travers le naturisme, la réaffirmation régulière de l’héritage hippocratique, les interrogations sur la continuité du vivant et ses implications philosophiques et juridiques dans le cadre du développement des biotechnologies. La psychanalyse ne se construit pas sans échanges ni confrontation avec la tradition religieuse du soin de l’âme, dans le prolongement d’une réception de l’œuvre de Freud à laquelle auteurs chrétiens et juifs ont largement contribué. Le même constat vaut pour les champs de l’art et de la littérature, en sorte que l’observateur contemporain est confronté à un paradoxe. Il constate l’extrême prudence avec laquelle les traditions religieuses parlent désormais de l’âme, jusqu’à mettre en sourdine toute théologie ou philosophie de l’âme au nom de la critique du dualisme âme-corps et de ses impasses. Mais cette prudence contraste avec la dissémination d’un usage souvent métaphorique de la notion dans des champs aussi divers que ceux de la psychologie et de la psychanalyse (les « maladies de l’âme »), de la bioéthique, voire des techniques de développement personnel et de gestion des individus dans le contexte d’un capitalisme managerial  

Lundi 1er février  

9h-12h :

  • Accueil : Sophie Nizard, Présidente de l’AFSR
  • Introduction : D. Pelletier, P. Zawadzki 

For intérieur et retrait de l’ame, sous la présidence de Claude Langlois (EPHE)

  • Hubert Bost (EPHE) : Contrainte théologico-politique et droits de l’âme 
  • Philippe Portier (EPHE-GSRL) : Généalogies du for intérieur
  • Sandra Houot (CECR, Université catholique de Lyon) : Le scrupule : quand l’affect interroge la ritualité religieuse

12h-13h : Assemblée générale de l’AFSR

14h-17h : Theologie, philosophie, technique,

sous la présidence de Frédéric Gugelot (univ. De Reims-CEIFR)

  • Guillaume Cuchet (Lille 3) : Entre théologie et psychologie : le statut de l'âme dans les "philosophies religieuses" du Second Empire
  • Claude Langlois (EPHE) : Thérèse de Lisieux et l’histoire d’une âme
  • Jean-Pierre Laurant (GSRL) : SOS corps astral
  • Muriel Berthou Crestey (Bordeaux III) : La photographie de l’âme
  • François Weiser (doctorant, GSRL) : Existe-t-il une âme à l'âge scientifique ? l'âme au crible de la démythologisation bultmannienne

18h : Un pot sera offert aux participants 

Mardi 2 février  

9h-12h30 : Les visages de psyche : psychologie, psychiatrie, psychanalyse, sous la présidence d’Agnès Antoine (EHESS)

  • Pierre-Henri Castel (CNRS-CESAMES) : La « faiblesse de la volonté » : entre pathologie et politique, 1848-1900
  • Tiago Pires Marques (Univ. de Lisbonne) : Mystique sacrée et mystique profane: réception médicale, religieuse et littéraire de la psychopathologie au Portugal (1900- 1940)
  • Agnès Desmazières (post-doc, GSRL) : La psychanalyse au service de la démocratie. Santé mentale et culpabilité collective en contexte de guerre froide
  • Athéna Peglidou (Université de Thessalie) : « Mais finalement qui gère l’âme » : confrontation des paroles hybrides et des pratiques dans la psychiatrisation de la possession dans l’Orthodoxie Grecque contemporaine

 14h-17h30 : figures, retours, metaphores, sous la présidence de Sophie Nizard (UdS-CEIFR)

  • Jean-François Dortier (Revue Sciences Humaines) : L’éternel retour de l’âme
  • Clélia Van Lerberghe (FNRS, Bruxelles) : Pour une « politique apolitique » de l’âme selon Jan Patočka
  • Christophe Pons (IDEMEC-MMSH) : L’âme, le corps et l’esprit des mort-nés d’Occident.  Sur la récente invention d’un statut d’existant humain 
  • Catherine Leclercq (post doc., IEP) : Se désengager en « gardant son âme ». La construction d’un « communisme à soi » chez les ex-militants du PCF 
  • Stéphane François (Paris) : Julius Evola, l'âme et la race de l'esprit

Débat et conclusions du colloque

Lieux

  • CNRS Pouchet 61 rue Pouchet
    Paris, France

Dates

  • lundi 01 février 2010
  • mardi 02 février 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • âme, for intérieur, sécularisation, politique, religion, psychisme

Contacts

  • Séverine Mathieu
    courriel : afsr [at] iresco [dot] fr

Source de l'information

  • Paul Zawadzki
    courriel : paul [dot] zawadzki [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les politiques de l'âme », Colloque, Calenda, Publié le lundi 18 janvier 2010, http://calenda.org/200026