AccueilLes récits génétiques comme récits de soi : fable, mémoire et histoire

Les récits génétiques comme récits de soi : fable, mémoire et histoire

Genetic narratives as narratives of the self: fable, memory and history

Journée d'études co-organisée par le Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine et l'UMR TELEMME

Joint Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine and UMR TELEMME study day

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Publié le vendredi 29 janvier 2010 par Karim Hammou

Résumé

Cette journée d’études a pour objet d’engager une réflexion sur la nature des récits génétiques, en tant que configurations narratives de l’identité des acteurs sociaux, du Moyen Âge à l’époque contemporaine et dans une perspective comparatiste entre l’Europe méditerranéenne et l’Afrique. Le terme générique de « récit génétique » permet ici de rendre compte du lien fondamental qui existe entre récits d’origine collectifs (religieux et / ou ethnogénétiques) et généalogies familiales dont nous nous proposons de mettre en lumière les interactions.

Annonce

Journée d'études co-organisée par le Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine (UNS) et l'UMR TELEMME (U. de Provence-MMSH)

Isabelle LUCIANI et Valérie PIETRI

Date : 18 juin 2010

Lieu : CMMC - Université de Nice Sophia Antipolis
UFR LASH – Campus Carlone
98, bd Edouard Herriot
06 200 Nice

Cette journée d’études a pour objet d’engager une réflexion sur la nature des récits génétiques, en tant que configurations narratives de l’identité des acteurs sociaux, du Moyen Age à l’époque contemporaine et dans une perspective comparatiste entre l’Europe méditerranéenne et l’Afrique. Le terme générique de « récit génétique » permet ici de rendre compte du lien fondamental qui existe entre récits d’origine collectifs (religieux et/ou ethnogénétiques) et généalogies familiales dont nous nous proposons de mettre en lumière les interactions.

Le récit génétique renvoie à une modalité très largement répandue - et cependant souvent ignorée ou reléguée - de construction des identités à travers des notions telles que l’héritage, l’hérédité, l’ancestralité, la transmission générationnelle. Le récit génétique peut ainsi être envisagé comme lieu de la genèse d’une identité qui place celui qui raconte dans la position de celui qui dit l’origine pour expliquer ce qui est, actuellement. Ce sont donc des récits qui comportent une forte dimension ontologique, même si celle-ci n’est pas exclusive. Or, une des particularités de ces récits est de mettre en œuvre toutes sortes d’ « histoires » relevant d’une multiplicité de registres, parfois contradictoires et qui cependant font sens ou doivent faire sens. Histoires fabuleuses, ce sont des récits de fondation qui sont de « vrais » récits de fondation identitaire, même s’ils sont de « faux » récits historiques. La question qui est posée est donc celle du statut épistémologique de la notion de vérité dans les récits génétiques.
Le récit génétique peut également être envisagé sous l’angle du surgissement du « soi » à travers une sorte de « dialogue des morts » qui fait entrer en résonance les destins et les caractères des différents maillons de la chaîne généalogique. Le récit génétique prend alors une dimension herméneutique, lorsque le sujet se découvre à travers les signes laissés par la mémoire de ses ancêtres (Gadamer, Foucault). C’est dans ce sens que l’on peut envisager le rapport entre mémoire familiale et construction du sujet, selon une perspective psychanalytique (notion de « roman familial » chez Freud, psychogénéalogie).

Les récits génétiques relèvent, par ailleurs, de pratiques sociales qu’il conviendrait d’éclairer. Ils s’inscrivent, d’une part, dans une pratique historienne qui a déjà donné lieu à de nombreuses études autour du thème de l’écriture des histoires des nations et des peuples et à ce titre, développe des enjeux politiques très forts (Beaune, Dubois). Ils s’inscrivent, d’autre part, dans des pratiques plus individualisées de légitimation personnelle et de représentation de la parenté (Descimon, Klapish-Zuber,). Mais les deux sphères sont, de fait, étroitement liées. 

Identité et conscience généalogique

- Degrés de développement de la conscience généalogique comme marqueur de spécificités culturelles historicisées.

Par exemple, au sein des sociétés occidentales, la conscience généalogique apparaît plus développée dans les sociétés d’Ancien Régime de type monarchique que dans les sociétés démocratiques contemporaines. Ce serait donc une conscience en déclin liée à une conception holiste de la société, mais le propos mérite d’être fortement nuancé ou du moins examiné de près. D’autant que la question de la conscience généalogique se pose dans d’autres aires culturelles, comme l’Afrique, selon d’autres temporalités. Or, cette différence du point de vue de la prégnance plus ou moins évidente de la conscience généalogique renvoie à l’affrontement des identités culturelles, en particulier au problème de l’ethnocentrisme européen lorsqu’elle est interprétée comme un signe de retard culturel, de refus de la modernité. Le rapport à la conscience généalogique peut ainsi constituer une porte d’entrée à l’étude renouvelée de la notion de modernité.

- Le poids de la référence généalogique dans l’affirmation identitaire des acteurs sociaux.
Les phénomènes d’affirmation identitaires peuvent reposer en partie sur une valorisation ou une mise en exergue d’une « hérédité » distinctive qui est parfois une réactivation. Il s’agit donc d’évaluer la place de la donnée généalogique dans l’appréciation de la valeur d’un individu, mais aussi d’analyser les usages du « patrimoine » génétique et/ou généalogique par les acteurs sociaux en fonction des situations. Par exemple, l’appartenance à la « noblesse » qui apparaît comme un élément fondamental d’affirmation de soi dans les sociétés européennes d’Ancien Régime, mais qui peut également réapparaître, de manière plus ou moins ponctuelle et circonstanciée, dans les sociétés démocratiques ou être l’objet de nouvelles constructions culturelles de légitimation de la domination sociale à travers des phénomènes de création de noblesse.

Généalogie et herméneutique du sujet

Les récits génétiques sont des constructions complexes qui relèvent à la fois d’une certaine conception de la parenté et de l’expression de références culturelles partagées. Les motifs et figures qui constituent la trame de ces récits puisent dans un répertoire d’images et de récits fabuleux, de sources et de ressources littéraires, religieuses, ésotériques, historiques : mythes, légendes, allégories, emblèmes, devises, symboles... L’identité généalogique du sujet se construit ainsi à travers un mélange de reconstitution de la chaîne de parenté « réelle » et l’identification à un certain nombre de références généalogiques topiques. C’est ainsi que l’on peut lire le lien entre récits ethnogénétiques et récits généalogiques sous la forme d’un répertoire commun. La première question qui se pose est donc celle de la porosité entre récit généalogique et autres récits génétiques. Celle qui vient ensuite concerne le moment et les modalités du choix. Par exemple, qui décide de rattacher telle famille à tel ancêtre fondateur mythique (quand, pourquoi ?) ? Et quelles sont les techniques de construction des parentés fictives ?

Cela renvoie également à la question de la mise en forme dans la mesure où une généalogie n’est jamais exhaustive. Elle est faite d’oublis et d’absences, car il s’agit d’un travail de mémoire, discriminant par essence. Que fait-on des femmes, des bâtards, des enfants morts en bas âge, des fous, des malades, des déviants, des parentés honteuses ? Economie formelle qui veut dire l’essentiel en peu de mots ou peu de signes, la généalogie est marquée par la centralité des formes graphiques (arbres, blasons, sceaux). L’important est, ici, de rendre lisible l’identité du sujet.

Mais pour bien cerner le poids de la conscience généalogique dans la construction du sujet, il convient aussi de sortir du récit proprement généalogique pour s’intéresser au récit de soi et approcher la manière dont le sujet se « découvre » ou « s’invente » à travers ce qu’il dit de sa généalogie.

Statut des récits génétiques

Les récits génétiques reposent sur une forme spécifique de rapport au temps qui est le temps de la génération. Entre mythe et histoire, temps historique et temps anhistorique, le statut de tels récits peut donner lieu à des analyses précises des dispositifs de légitimation du discours. Dans quelle mesure les récits génétiques se posent-ils comme des discours de vérité ?

Par ailleurs, le récit généalogique ne peut être réduit à un discours définitivement clos sur lui-même. Il existe, en effet, des interprétations divergentes d’un même récit en fonction de contextes d’énonciation et de réception, mais aussi dans le temps. La généalogie à l’usage de la famille et des proches est-elle la même que la généalogie présentée aux experts ou au « public » ? Et que se passe-t-il lorsque les récits génétiques de référence sont progressivement discrédités ou disqualifiés ? Les récits généalogiques suivent-ils l’évolution des marqueurs de la crédibilité historique ? Il faut, sans doute, prendre en compte l’ambivalence du discours sur les récits génétiques qui peuvent être à la fois moqués, décriés, dénoncés comme fables et maintenus, conservés, défendus comme ferments identitaires, de la même manière que les mythes de fondation et d’origine collectifs peuvent résister aux remises en question « scientifiques » parce qu’ils relèvent d’un autre niveau de conscience. 

Les propositions de contribution (2000 à 3000 signes), accompagnées d'une brève présentation de l'auteur, sont à envoyer

pour le 28 février 2010 à Valérie Piétri (pietri@unice.fr)

Lieux

  • UFR LASH - Campus Carlone - 98 bd, Edouard Herriot
    Nice, France

Dates

  • dimanche 28 février 2010

Mots-clés

  • généalogie, récit de soi, identité

Contacts

  • Valérie Piétri
    courriel : valerie [dot] pietri [at] unice [dot] fr

Source de l'information

  • Valérie Piétri
    courriel : valerie [dot] pietri [at] unice [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les récits génétiques comme récits de soi : fable, mémoire et histoire », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 29 janvier 2010, http://calenda.org/200107