AccueilSociologie politique du travail et du syndicalisme

Sociologie politique du travail et du syndicalisme

Political Sociology of Labour and Unionism

*  *  *

Publié le mardi 02 février 2010 par Karim Hammou

Résumé

Ce séminaire entend encourager les échanges interdisciplinaires autour de la question du travail : principalement entre politistes et sociologues, mais en se confrontant également aux approches des économistes, des juristes, des historiens, des psychosociologues. L’objectif est de clarifier les usages de la catégorie « travail » et repérer les zones où la sociologie et la science politique peuvent s’en saisir ensemble. En nous appuyant sur la polysémie de la notion de représentation (comme activité, comme groupe, comme schème de pensée et d’action), il s’agira de réfléchir à la construction sociale et historique de la catégorie « travail ». On se concentrera sur l’une de ses représentations instituées : le syndicalisme, pour réfléchir aux modalités par lesquelles celui-ci répond à ce qu’il est convenu d’identifier comme sa crise.

Annonce

Équipe coordinatrice : Sophie Béroud (Université de Lyon 2, Triangle), Nathalie Ethuin (Université de Lille 2, CERAPS), Cécile Guillaume (Université de Lille 1, CLERSE), Yasmine Siblot (Université Paris 1, Friedmann), Karel Yon (Université Lille 2, CERAPS/Triangle)
Contact : Karel Yon – ynkarel@yahoo.fr

Toutes les séances se dérouleront de 14h à 17h,
à la Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la Société Lille Nord-de-France
(salle 002 ou 001)
2, rue des Canonniers, 59000 Lille
(près des gares, métro Lille Flandres). 

Programme

I. Le travail représenté : (dé)construction d’une catégorie

1. Penser la catégorie travail (mercredi 3 février 2010)

Intervenant :

Yves Clot, titulaire de la chaire psychologie du travail au CNAM, pour présenter son ouvrage Travail et pouvoir d’agir, PUF, 2008. 

Discutante: Sophie Béroud, MCF science politique (Lyon 2 / Triangle) 

2. La déstabilisation du syndicalisme comme représentation instituée (vendredi 26 février 2010)

Intervenants :

  • Donna Kesselman (Université Paris X, CREA) sur le syndicalisme aux Etats-Unis, entre « lobby » et « mouvement social ».
  • Anne Bory (Université Paris I, LGF/CEE) et Pierre Barron (Université de Nantes) pour l’équipe « Asplan » : « Les syndicats et le mouvement des travailleurs sans-papiers ».

II. Le travail mobilisé : engagements dans et pour le travail

3. L’engagement au prisme de la sociologie du travail (mardi 16 mars 2010)

Intervenants :

Matthieu Hély (Université Paris X, IDHE) et Maud Simonet (CNRS-IDHE) : « Le dialogue social dans les entreprises d’économie sociale ».

4. Conflictualités, résistances et consentement au travail (mardi 20 avril 2010)

Intervenants :

  • Stephen Bouquin (Université de Picardie, Habiter-PIPS) présentation de l’ouvrage qu’il a dirigé : Résistances au travail, Paris, Syllepse, 2008.
  • Baptiste Giraud (Université de Paris 1, CRPS), présentation de sa thèse de doctorat en science politique : Faire la grève. Les conditions d’appropriation de la grève dans les conflits du travail en France, Paris 1, 2009.

5. La place du travail dans les identifications politiques (vendredi 28 mai 2010)

Intervenants :

  • Julian Mischi, (INRA, CESAER) « “On n'est pas une amicale de pêcheurs à la ligne”. Ethnographie d'une section syndicale cheminote CGT ».
  • Denis Merklen, (Université de Paris 7, IRIS-EHESS) pour présenter son ouvrage : Quartiers populaires, quartiers politiques, Paris, La Dispute, 2008.

6. Groupes professionnels et action collective (octobre 2010)

Intervenantes :

Caroline Frau (Université de Paris 1, CRPS) et Aurélie Llobet (Université de Paris Dauphine, IRISSO) sur un thème commun à partir de leurs thèses respectives : « Autonomie dans le travail, identité professionnelle et action collective. Regards croisés sur deux groupes professionnels : les buralistes et les enseignants du secondaire »

Présentation

Il était encore de bon ton de méditer, dans les années 1990, sur une éventuelle « fin du travail ». C’est au contraire sous la forme d’un fait social bien vivace que le travail a, ces dernières années, réinvesti la scène publique. Le candidat élu à la Présidence de la République française le fut à l’issue d’une campagne où il s’était fixé comme mission de réhabiliter la « valeur travail ». Si le sens mis derrière cette formule varie selon qui l’emploie, une enquête récente a souligné l’importance du travail comme dimension du bonheur (Baudelot et al., 2003). La transition du RMI (revenu minimum d’insertion) vers le RSA (revenu de solidarité active) traduit dans les dispositifs d’action publique cette redécouverte de l’idée d’intégration par le travail, et avec elle, le risque qu’à la catégorie d’« exclu » se substitue celle de « travailleur pauvre » (Maurin, Savidan, 2008). Face à la crise économique et sociale, et malgré la faiblesse numérique qui continue de les caractériser, les organisations syndicales ont été au cœur de l’actualité politique pendant les six premiers mois de 2009, mobilisant des centaines de milliers de travailleurs. Dans le même temps, une réforme longtemps annoncée des règles de la représentativité est entrée en vigueur qui pourrait, à terme, bouleverser en profondeur le champ syndical. De multiples manières, le travail redevient objet de préoccupation politique. Ses mises en forme et ses usages, ses invocations et les façons de parler en son nom sont au cœur des procès de transformation, d’ébranlement et de légitimation d’un ordre social et politique dans l’édification duquel les références au travail et à la nation avaient noué des liens étroits (Didry et al., 1999). 

Pourtant, poussée à la spécialisation par une reconnaissance maintenant ancienne, la sociologie du travail a pu être conduite à laisser de côté les implications politiques de son objet. Parallèlement, la science politique s’est longtemps désintéressée du travail, l’abandonnant à ses spécialistes. L’objectif de ce séminaire est d’encourager les échanges interdisciplinaires autour de la question du travail : principalement entre politistes et sociologues – en premier lieu des laboratoires lillois (CERAPS et CLERSE) où ils sont investis –, mais en se confrontant également aux approches des économistes, des juristes, des historiens, des psychosociologues. Il s’agirait, ce faisant, d’encourager un processus récemment entamé de décloisonnement entre la sociologie du travail et la science politique. La constitution de l’équipe ANR « Formasynd », dont font partie les organisateurs de ce séminaire, en est d’ailleurs une illustration. 

Par son omniprésence, la catégorie « travail » est pour les sociologues du travail un objet tellement vaste qu’elle renvoie à des pratiques et des problématiques de recherches extrêmement différentes. À l’inverse, pour les politistes, elle n’est qu’une catégorie périphérique, souvent peu explicitée. Le but de ce séminaire serait dès lors de clarifier les usages de la catégorie « travail » et repérer les zones où la sociologie et la science politique peuvent s’en saisir ensemble. Il s’agirait ainsi d’étudier comment le travail peut devenir objet politique, objet de science politique et comment la sociologie, et spécialement la sociologie du travail peut aider la science politique à comprendre cet objet.  

Notre réflexion s’organisera selon un calendrier prévisionnel de six séminaires. En nous appuyant sur la polysémie de la notion de représentation (comme activité, comme groupe, comme schème de pensée et d’action), il s’agira de réfléchir à la construction sociale et historique de la catégorie « travail ». On se concentrera sur l’une de ses représentations instituées : le syndicalisme, pour réfléchir aux modalités par lesquelles celui-ci répond à ce qu’il est convenu d’identifier comme sa crise. On travaillera ensuite à la façon dont le travail peut être mobilisé au regard de ce contexte particulier : mobilisé comme catégorie d’analyse pour rendre compte des pratiques militantes ; mobilisé comme concept descriptif sur le terrain duquel se reproduit ou s’ébranle l’ordre social ; mobilisé comme « cause » et comme support de subjectivations politiques. 

Références 

  • C. Baudelot, M. Gollac, dir., 2003, Travailler pour être heureux ? Le bonheur et le travail en France, Paris, Fayard.
  • S. Béroud, J.-M. Denis, G. Desage, B. Giraud, J. Pélisse, 2008, La lutte continue ? Les conflits du travail dans la France contemporaine, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant.
  • A. Chatriot, O. Join-Lambert, V. Viet, dir., 2006, Les politiques du travail (1906-2006) : acteurs, institutions, réseaux, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
  • C. Didry, P. Wagner, B. Zimmermann, dir., 1999, Le Travail et la Nation : histoire croisée de la France et de l’Allemagne, Paris, Maison des sciences de l’homme.
  • C. M. Frege, J. Kelly, dir., 2004, Varieties of Unionism. Strategies for Union Revitalization in a Globalizing Economy, Oxford, Oxford University Press.
  • G. Groux, J.-M. Pernot, 2008, La grève, Paris, Presses de Sciences Po.
  • M. Lallement, 2007, Le travail : une sociologie contemporaine, Paris, Gallimard.
  • J.-P. Le Crom, dir., 2004, Les acteurs de l'histoire du droit du travail, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
  • L. Maurin, P. Savidan, dir., 2008, L’état des inégalités en France 2009. Données et analyses, Paris, Belin.
  • R. Milkman, K. Voss, dir., 2004, Rebuilding Labor : Organizing and Organizers in the New Union Movement. Ithaca, London, ILR Press.
  • S. Nicourd, dir., 2009, Le travail militant, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
  • Politix, 2009, 85/1, « La syndicalisation en France », dossier coordonné par B. Duriez et F. Sawicki.
  • Politix, 2009, 86/2, « Conflits au travail », dossier coordonné par B. Giraud et Y. Siblot.
  • F. Sawicki, J. Siméant, 2009, « Décloisonner la sociologie de l’engagement militant. Note critique sur quelques tendances récentes des travaux français », Sociologie du travail, 51/1.
  • Sociétés contemporaines, 2009, 73/1, « Professions et engagement public », dossier coordonné par F. Champy, L. Israël.
  • Terrains & Travaux, 2008, 14/1, « Travail et démocratie », dossier coordonné par É. Béthoux, M. Meixner, A. Mias.
  • X. Vigna, 2007, L'insubordination ouvrière dans les années 68 : essai d'histoire politique des usines, Rennes, Presses universitaires de Rennes.
  • L. Willemez, 2003, « Engagement professionnel et fidélités militantes. Les avocats travaillistes dans la défense judiciaire des salariés », Politix, 62/16.

Lieux

  • Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la Société Lille Nord-de-France, 2, rue des Canonniers
    Lille, France

Dates

  • vendredi 28 mai 2010
  • mercredi 03 février 2010
  • vendredi 26 février 2010
  • mardi 16 mars 2010
  • mardi 20 avril 2010

Mots-clés

  • travail, syndicalisme

Contacts

  • Karel Yon
    courriel : ynkarel [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Karel Yon
    courriel : ynkarel [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Sociologie politique du travail et du syndicalisme », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 02 février 2010, http://calenda.org/200135