AccueilL'identification de l'ennemi, entre ruptures et continuités

L'identification de l'ennemi, entre ruptures et continuités

Identifying the enemy, rupture and continuity

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Publié le jeudi 11 février 2010 par Karim Hammou

Résumé

Prolongeant la thématique de la « Mémoire de l'ennemi » (colloque de la Casa de Velazquez, Madrid, mai 2009), cette deuxième rencontre de l'axe 1 du CHEC (Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand) aborde « L'i'dentification de l'ennemi » avec le souci de saisir et d"interpréter la manière dont les sources (historiques, artistiques, littéraires) identifient l'ennemi – qu'il soit intérieur ou extérieur – par des mots ou des images, reproduisant à l'infini des archétypes. Il s'agit alors de créer de la différence, de souder une communauté par l'exclusion de ceux qui sont censés la menacer et qui sont considérés comme inintégrables. A cet égard, le processus d'identification de l'ennemi produit de l'identité et son corollaire, l'altérité.

Annonce

L’identification de l’ennemi, entre ruptures et continuités.
2e rencontre de l’axe 1 du CHEC
(Centre d’histoire Espaces et cultures, Université Blaise-Pascal, Clermont II)
Thématique « Figures de l’ennemi »
Clermont-Ferrand, 10 et 11 juin 2010

« Identification. Domaine militaire. Détection de la qualité d’ami ou d’ennemi » (Trésor de la langue française).

L’ambiguïté du mot « identification » constitue un bon point de départ pour réfléchir à la façon dont il s’applique à l’ennemi. Et partir d’une approche militaire nous aide à réfléchir à la problématique sous-jacente de l’évaluation du risque, dans une optique de conflit – qu’il soit interne ou externe. Vaincre un ennemi suppose de l’avoir identifié. Quant à l’actualité de la notion d’« identification de l’ennemi », elle relève d’une évidence qu’appuie la multiplication des discours politiques et de leurs traductions juridiques, motivés par la lutte contre des individus ou des groupes érigés en facteurs de désintégration d’une société qu’il faut alors défendre par tous les moyens. Les débats actuels sur le sécuritaire, nourris par un affrontement autour du binôme liberté/protection, s’inscrivent dans une conception singulière de la notion d’ennemi : les frontières traditionnelles entre « ennemi extérieur » et « ennemi intérieur » - devenu « ennemi de l’intérieur » - volent en éclats. Dans une globalisation encore embryonnaire, mais progressant rapidement, de systèmes d’identification de plus en plus techniques – résumés en ce moment par des mots comme biométrie ou empreinte génétique -, on enregistre une fuite en avant que personne ne semble maîtriser. C’est l’ensemble de la population qui est identifié selon des critères de plus en plus nombreux et complexes, au risque – nié par les gouvernements – d’un fichage global de données relevant pour certaines du privé, voire de l’intime.

Dans un sens inclusif, l’identification a pour objet de mettre en avant tout ce qui unit des individus autour de valeurs partagées, fondamentales, constituant un ciment identitaire. Le mot est synonyme d’assimilation et nourrit le sentiment de cohésion d’une communauté. A tous égards, il relève alors de l’amiticia qu’il contribue à affermir. Célébrée par la philosophie, la théologie ou la psychologie, cette complicité absolue de l’un et du tout nourrit une mythologie de la communauté de pensée et d’action comme espace de toute vie politique et sociale.

Mais il n’existe pas d’identification sans exclusion : autrement dit, définir une communauté d’amis ne peut se faire sans la construction de la figure d’un Autre inassimilable et irréductible, cet ennemi qu’il convient dès lors d’identifier pour mieux le neutraliser. Dans le registre politique – et dans son prolongement policier -, l’identification est d’abord affaire d’identité. Etablir cette dernière permet de définir des normes – en particulier juridiques, mais aussi culturelles, voire raciales – qui serviront à distinguer les corps endogènes des corps exogènes à la Cité. Qu’il soit intérieur ou extérieur, l’ennemi est craint par sa capacité à déjouer cette identification. Il faut dans un premier temps le dévoiler, puis construire une image dépersonnalisée, typologique, qui servira à le réduire à une catégorie attribuée.
Le mot d’altérité peut servir à qualifier le résultat de cette construction de l’ennemi, par rapport à ce qui unit une communauté d’amis. A terme, le succès de cette construction s’évalue par la facilité avec laquelle l’ennemi est identifiable par le plus grand nombre, à partir de quelques mots, de quelques signes ou de quelques images rendant certaine son identification. Mais cette dernière relève d’une pluralité de supports et de formes qui rendent compte de contrastes marqués :

  • dans le temps : la proximité physique de l’ennemi au moment du conflit génère un absolutisme dans la manière dont les mots et les images construisent sa différence - et justifient son élimination. Menaçant, l’ennemi prend la figure d’une altérité irréductible et inassimilable qui met en danger la communauté imaginée (nation, religion, race). On vérifiera si, confrontée à la moyenne ou à la longue durée, cette identification connaît des mutations.
  • dans l’espace : si l’on peut identifier des topiques universels, qui tournent au cliché ou au lieu commun, on s’interrogera sur l’existence de formes particulières de l’identification de l’ennemi, en particulier dans des cadres nationaux ou religieux, mais aussi politiques ou sociaux.
  • dans les formes et les supports : comment donne-t-on forme à l’identité de l’ennemi par le mot ou par l’image ? On peut repérer des supports écrits multiples, incluant le discours politique, religieux, social, etc. ; mais aussi des supports imagés, au sens le plus large ; et un mélange des deux qui révèle toute la richesse et la complexité d’une production donnant à lire et à voir un ennemi identifiable.
  • dans les usages multiples de l’image ainsi produite. Car, en définitive, c’est bien d’efficacité ou d’efficience dont il est question. L’ennemi identifiable devient un familier du discours, de l’image, objet d’une compréhension instantanée, et facteur de cohésion politique, sociale, culturelle, grâce à l’usage qu’on en fait, qu’il soit politique, social, religieux, etc

PROGRAMMME

Les sessions, publiques et gratuites, auront lieu à la Maison des Sciences de l’Homme, 4, rue Ledru – 63000 Clermont-Ferrand, en salle 125 .

Jeudi 10 juin 2010 – 14h-17h30

14h Philippe Bourdin, directeur du CHEC, accueil des participants et ouverture des journées d’étude

14h15 : Jean-Claude Caron, Laurent Lamoine, Natividad Planas, quelques objectifs de cette rencontre

1ère session - La construction de l’ennemi : une identification incertaine

Discutant et modérateur : Jean-Philippe Luis

  • 14h30 : Céline Pérol, Hospes, hostes, hostis : trois figures complémentaires ?
  • 14h50 : Jérémie Foa, Le retour de l’ennemi. Les enjeux de l’identification des protestants au temps des guerres de Religion (1562-1598).
  • 15h10, Nathalie Lallemand-Buyssens, L’image du Turc dans la peinture de bataille du Seicento. Rhétorique politique, religieuse ou fascination de l’Islam ?

- 15h30 : Pause

  • 15h50 : Amandine Fauchon, Pontgibaud en révolution : construction et acculturation de l’image de l’ennemi contre-révolutionnaire, enjeux globaux et problématiques communautaires.
  • 16h10 : Pierre Cornu, L’historiographie anglo-saxonne de la rencontre avec l’autre dans l’expansion britannique du 19e siècle. Ennemis masqués, inimitiés niées.
  • 16h30 : Didier Corderot, Images de l’ennemi pendant la Guerre Civile espagnole (1936-1939). Aspects de la caricature dans le camp nationaliste.
  • 16h30-17h30 : Jean-Philippe Luis, Synthèse et débat avec les participants et la salle.

Vendredi 11 juin – 9h00-12h00

2e session - Frère et/ou ennemi : variations sur le statut d’inimitié

Discutant et modérateur : Ludovic Viallet

  • 9h00 : Blaise Pichon, Le Germain chez 
les historiens romains de la fin du Ier siècle après J.-C. à la fin du IVe siècle 
après J.-C.
  • 9h20 : Guillaume Colot, L’ennemi dans les journaux religieux pendant la Révolution française.
  • 9h40 : Julien Bouchet, La recomposition de la figure de l'ennemi. La « Congrégation » pensée par ses adversaires sous le ministère Combes (1902-1905).

10h-10h20 : Pause

  • 10h20 : Nathalie Ponsard, L’identification de « Frères ennemis » dans la culture cégétiste des « années 68 »
  • 10h40 : Françoise Daucé, Ennemis anciens, justifications nouvelles en Russie post-soviétique.
  • 11h-12h : Ludovic Viallet, Synthèse et débat avec les participants et la salle.

Vendredi 11 juin – 14h-17h00

3e session - L’ennemi séculaire et nécessaire

Discutant et modérateur : Landry Charrier

  • 14h : Pierre Villard, La notion d'ennemi séculaire en Mésopotamie.

  • 14h20 : Adrien Quéret-Podesta, La condamnation de l’alliance d’Henri II avec les Liutices païens dans la Lettre de Bruno de Querfurt au roi Henri.
  • 14h40 : Sébastien Pivoteau, Un ennemi de pierre ou de chair ? L’ambiguïté des mesures de démolition des châteaux dans l’Auvergne de l’an II.

15h-15h20 : Pause

  • 15h20 : Caroline Domingues, Le chemin de fer français ou la menace d'une nouvelle invasion en Espagne.
  • 15h40 : Anne Deffarges, Bismarck part en guerre contre l’ennemi intérieur : la social-démocratie.
  • 16h00-17h00 : Landry Charrier, Synthèse et débat avec les participants et la salle.

Catégories

Lieux

  • Maison des Sciences de l'Homme, 4, rue Ledru
    Clermont-Ferrand, France

Dates

  • jeudi 10 juin 2010
  • vendredi 11 juin 2010

Mots-clés

  • ennemi, identification, altérité, identité

Contacts

  • Centre d'histoire Espaces et Cultures ~
    courriel : CHEC [at] univ-bpclermont [dot] fr

Source de l'information

  • Jean-Claude Caron
    courriel : jccaron [at] club-internet [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'identification de l'ennemi, entre ruptures et continuités », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 11 février 2010, http://calenda.org/200234