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Trente ans après La Distinction

Pierre Bourdieu's "Distinction", 30 years on

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Publié le mardi 16 février 2010 par Karim Hammou

Résumé

Le colloque « 30 ans après La Distinction » se propose d’interroger l’actualité d’un ouvrage qui continue comme nul autre d’irriguer la recherche contemporaine en sciences sociales, sur des objets aussi divers que les pratiques alimentaires, les attitudes politiques, les conditions de logement, les formes de mobilités résidentielles ou géographiques, les attitudes dans le domaine des mœurs et de la famille, les styles éducatifs, les pratiques culturelles, etc. Les questions culturelles, qui retiennent sans doute davantage que d’autres l’attention des lecteurs contemporains de La Distinction, ont évidemment vocation à être particulièrement abordées au cours du colloque. Mais cette orientation thématique ne saurait être exclusive.

Annonce

Paru en français en 1979, traduit en anglais en 1984, La Distinction demeure l’un des ouvrages de Pierre Bourdieu les plus lus et les plus commentés, en France comme à l’étranger et, plus largement, l’une des références les plus fréquemment citées dans l’univers des Sciences Sociales. Fortement mobilisé dans le champ de la sociologie de la culture, cet ouvrage, va pourtant bien au-delà des objets pour lesquels sa référence est la plus souvent sollicitée : pratiques et attitudes culturelles, goûts et dispositions esthétiques. En mettant en avant l’importance des dimensions symboliques et culturelles de l’ordre social, des processus de domination et d’exclusion, La Distinction a d’abord et avant tout contribué à un profond renouvellement de la sociologie de la stratification sociale et des rapports de classe, à travers le regard porté sur la multi dimensionnalité d’un espace social structuré par les échelles hiérarchiques de capitaux économiques, sociaux et culturels. Le rôle prêté aux ressources culturelles dans la structuration des rapports de classes caractéristiques des sociétés contemporaines, du point de vue de l’opposition des classes supérieures et des classes populaires, mais aussi du point de vue de la différenciation interne des différentes fractions des classes supérieures a de ce point de vue particulièrement retenu l’attention des lecteurs et des commentateurs de la Distinction. C’est aussi, avec l’hypothèse d’homologie structurale et la thèse de la légitimité culturelle, l’un des aspects les plus connus de l’œuvre de Pierre Bourdieu.

Le colloque « 30 ans après La Distinction » se propose d’interroger l’actualité d’un ouvrage qui continue comme nul autre d’irriguer la recherche contemporaine en sciences sociales, sur des objets aussi divers que les pratiques alimentaires, les attitudes politiques, les conditions de logement, les formes de mobilités résidentielles ou géographiques, les attitudes dans le domaine des mœurs et de la famille, les styles éducatifs, les pratiques culturelles, etc. Les questions culturelles, qui retiennent sans doute davantage que d’autres l’attention des lecteurs contemporains de la Distinction, ont évidemment vocation à être particulièrement abordées au cours du colloque. Mais cette orientation thématique ne saurait être exclusive.

Les organisateurs du colloque entendent aussi ouvrir le débat sur les principales controverses auxquelles l’ouvrage a pu donner lieu depuis sa parution. Dans quelle mesure les thèses de Bourdieu, forgées à partir de données principalement collectées dans la France des années 1960 et 1970 permettent-t-elles d’éclairer la réalité d’autres contextes historiques et nationaux ? Dans quelle mesure le modèle de La Distinction permet t-il de rendre compte des métamorphoses de la légitimité culturelle, à travers notamment le débat sur la substitution contemporaine du clivage "omnivore/univore", selon la formule de Richard Peterson, au clivage savant/populaire ? Dans quelle mesure le concept d’homologie structurale permet-il de rendre compte de la sociographie des styles de vie, des orientations politiques, des dispositions éthiques et esthétiques, des attitudes dans l’ordre des mœurs familiales et matrimoniales, des rapports sociaux de genre, etc. ? Toutes les contributions empiriques sur ces questions, quelles qu’en soient les objets et les méthodes, sont ainsi vivement encouragées.

L’actualité du projet scientifique de La Distinction soulève par ailleurs un ensemble de questions théoriques et méthodologiques qui ont aussi vocation à être abordées au cours du colloque. Les questions de définition, de mesure et d’opérationnalisation des concepts clé de la Distinction, et qui traversent plus largement l’œuvre de Bourdieu (habitus, champ, capital culturel, notamment), mériteraient ainsi d’être abordées. De même, l’articulation de matériaux empiriques de diverses nature (textes, statistiques, documents iconographiques, archives), d’outils et de techniques d’analyses hétérogènes (entretiens, observations, analyse des données), le style d’exposition des données et des résultats, jusque dans les raffinements stylistique de l’écriture du livre, constituent des points sur lesquels le colloque pourrait utilement faire retour. L’accent sera mis en particulier sur les liens qui unissent les options méthodologiques prises dans La Distinction et les orientations théoriques qui y sont développées. A ce titre, le recours aux méthodes d’analyse des données « à la française » (analyse des correspondances et analyse des correspondances multiples), que La Distinction a beaucoup contribué à populariser dans le monde de la recherche en sciences sociales, apparaît indissociable de l’analyse « relationnelle » du monde social à laquelle renvoie notamment le concept de champ. Cet aspect mérite tout particulièrement d’être soulevé dans un colloque à vocation internationale, tant la réception de l’ouvrage semble parfois à l’étranger obscurcie par une tendance à en enfermer la lecture dans la lecture causaliste du langage des variables. À cet égard, les discussions suscitées par La Distinction ont le grand mérite de rappeler l’absence de neutralité des choix de méthode. Le colloque pourrait de ce point de vue permettre d’avancer utilement dans la mise au jour des contradictions, mais aussi des complémentarités, qui peuvent exister entre des méthodes - analyses de régression, d’un côté, analyse géométrique des données, de l’autre - dont le choix engage des conceptions différentes, sinon divergentes, du monde social et du programme scientifique de la sociologie.

Le colloque se déroulera les 4, 5 et 6 novembre 2010 à Sciences Po. Toutes les contributions portant notamment sur les thèmes suivants (liste non limitative) sont les bienvenues :

  • La légitimité culturelle et ses métamorphoses (le savant et le populaire, l’omnivore et l’univore, etc.)
  • Conséquences socioculturelles de la massification scolaire
  • Vote et attitudes politiques (quelle est la portée de l’hypothèse d’homologie structurale sur l’explication du vote ?)
  • Le capital culturel : définitions, mesure, opérationnalisation
  • Rapports sociaux de genre et de générations
  • Consommation et styles de vie (consommation alimentaire, biens d’équipements, vêtements, décoration intérieure, analyses de budgets, automobile, etc.)
  • Mobilité sociale et styles de vie
  • Usages sociaux du temps (temps libre, loisirs, voyages, tourisme)
  • Usages sociaux des technologies de l’information et de la communication
  • Classes sociales et mondialisation
  • Logement et stratification sociale des espaces résidentiels
  • Analyse des données et langage des variables
  • Valeurs
  • Santé
  • Famille

Le comité de sélection sera particulièrement attentif aux communications s’appuyant sur un substrat empirique, quelle qu’en soit la nature (qualitatif ou quantitatif), et interrogeant la portée des thèses développées dans la Distinction. Ce parti-pris empirique n’est toutefois pas exclusif : des contributions à caractère principalement théorique pourront être prises en considération, au vue de leur qualité et de leur originalité. Les communications pourront être effectuées en français ou en anglais. Toutefois, au vu du caractère international de la manifestation, la communication en anglais est vivement encouragée. À défaut, il sera demandé a minima un support en langue anglaise (présentation power point) permettant aux participants non-francophones de participer aux débats.

Le comité de sélection statuera sur la base d’un résumé (800 mots maximum) décrivant l’objet de la communication, la méthodologie, les matériaux empiriques mobilisés (si nécessaires), les hypothèses et résultats principaux.

Les résumés sont à soumettre avant le 30 avril 2010

par l’intermédiaire du site web de la conférence (rubrique « informations sur la conférence », puis « proposition en projet »[1]) :

http://balzac.sciences-po.fr/OCS/index.php/distinction/

Pour tout renseignements complémentaires, s’adresser à : conf.distinction@gmail.com

La décision du comité de sélection sera transmise au plus tard au 1er juillet 2010

Des informations complémentaires concernant l’inscription, l’hébergement et le programme de la conférence seront ultérieurement ajoutées sur le site 

Colloque organisé par l’Observatoire sociologique du changement (Sciences Po/CNRS), le Centre européen de sociologie et de science politique (Paris-1-EHESS-CNRS), le Centre d’études européennes (Sciences-Po) et le laboratoire de sociologie quantitative du CREST, avec le soutien du département des études et de la prospective du Ministère de la Culture et du réseau de recherche POLINE (the Politics of Inequalities)

Comité scientifique :

  • Tony Bennet, Open University (Royaume Uni)
  • Donald Broady, Université d’Uppsala (Suède)
  • Louis Chauvel, OSC-Sciences Po Paris (France)
  • Alain Chenu, OSC- Sciences Po Paris (France)
  • Philippe Coulangeon, CNRS/OSC- Sciences Po Paris (France)
  • François Denord, CNRS/ CESSP-CSE (France)
  • Christine Detrez, ENS Lettres et Sciences Humaines Lyon (France)
  • Olivier Donnat Département des études, de la prospective et des statistiques du Ministère de la Culture (France)
  • Vincent Dubois IEP de Strasbourg  (France)
  • Julien Duval CNRS/ CESSP-CSE (France)
  • Michel Gollac LSQ-Crest-Insee (France)
  • Johan Heilbron CNRS/ CESSP-CSE (France)
  • Johannes Hjellbrekke, Université de Bergen (Suède)
  • Nicolas Herpin OSC- Sciences Po Paris (France)
  • Susan Janssen, Université Erasmus de, Rotterdam (Pays-Bas)
  • Frédéric Lebaron University de Picardie Jules Verne, Amiens (France)
  • Yannick Lemel LSQ-Crest-Insee (France)
  • Rémi Lenoir, University de Paris 1/ CESSP-CSE (France)
  • Omar Lizardo Université de Notre Dame (États-Unis)
  • Frédérique Matonti, Université Paris 1 (France)
  • Nonna Mayer CNRS/ Sciences Po Paris (France)
  • Virgílio Borges Pereira, Université de Porto (Portugal)
  • Louis Pinto CNRS/ CESSP-CSE (France)
  • Marco Santoro, Université de Bologne (Italie)
  • Gisèle Sapiro CNRS/ CESSP-CSE (France)
  • Franz Schultheis, Université de Genève (Suisse)
  • Koen Van Eijck, Université Erasmus de, Rotterdam (Pays-Bas)
  • Anne-Catherine Wagner, University de Paris 1/CSE-EHESS (France)
  • Alan Warde, Université de Manchester y (Royaume-Uni)

Comité d’organisation :

  • Philippe Coulangeon
  • Julien Duval
  • Mireille Clémençon
  • Yoann Faure

[1] nb : le serveur « nativement » anglophone requiert que l’option « english » soit sélectionnée lors de la soumission de l’abstract, même si celui-ci est rédigé en français.

Lieux

  • INHA – Galerie Colbert, 2 rue Vivienne
    Paris, France

Dates

  • vendredi 30 avril 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Bourdieu, distinction, culture, capital culturel, légitimité

Contacts

  • Contact #
    courriel : amdh [at] club-internet [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Pierre Mercklé
    courriel : pierre [dot] merckle [at] ens-lyon [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Trente ans après La Distinction », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 16 février 2010, http://calenda.org/200264