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L'étude des devenirs biographiques

The study of biographical futures

Techniques et concepts

Techniques and concepts

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Publié le vendredi 19 février 2010 par Karim Hammou

Résumé

Face à l'utilisation diversifiée faite des différentes notions cherchant à rendre compte des « devenirs biographiques » (carrière, trajectoire, etc.), ce colloque vise à permettre une réflexion approfondie sur les oppositions et articulations possibles entre ces notions.

Annonce

GRESCO
Groupe de Recherches et d’Etudes
Sociologiques du Centre Ouest

EA 3815

Colloque « l’etude des devenirs biographiques » techniques et concepts

Université de Limoges

15 et 16 novembre 2010

Comité d’organisation :

Joane Chabassier, Stéphane Chantegros, Adrien Pégourdie, Cyrille Rougier, Djemila Taïar (Université de Limoges), Emilie Aunis, Nicolas Lefol et Sophie Orange (Université de Poitiers)

Comité scientifique :

Stéphane Chantegros (Université de Limoges), Annie Collovald (Université de Nantes), Marie-Hélène Lechien (Université de Limoges), José Luis Moreno Pestaña (Université de Cadix – Espagne), Bernard Pudal (Université Paris X – Nanterre), Charles Suaud (Université de Nantes).

Argumentaire

Biographie, carrière, itinéraire, trajectoire, histoire ou parcours de vie, cursus biographique, etc. les notions plus ou moins conceptualisées ne manquent pas en sciences sociales pour rendre compte de ce que l’on appellera, de manière générique, le « devenir biographique » [Passeron, 1989] – faute de mieux, et afin de ne pas privilégier d’emblée un terme plutôt qu’un autre – et, sans que l’on puisse les opposer ou les assimiler complètement, les logiques d’action.

Certaines de ces notions peuvent dissimuler, sous des appellations communes, des conceptualisations très différentes de l’inscription des logiques de pratique et d’action dans un processus temporel plus ou moins long. La trajectoire (individuelle et/ou de classe) chez P. Bourdieu [1979, 1986] n’est pas celle d’A. Strauss [1985]. Les manières de mobiliser la notion de carrière d’E. Goffman [1961] et de H. Becker [1986] diffèrent, le premier l’appliquant aux structures institutionnelles s’imposant aux individus, le second la mobilisant pour rendre compte des logiques de transformation des pratiques et de leurs scansions en les dégageant implicitement de toutes structures contraignantes. La référence commune à E. Hugues [1996] a sans doute parfois conduit certains chercheurs à un peu trop vite négliger cette distinction qui, depuis l’importation de la notion au début des années 1960 [Tréanton, 1960], se retrouve cependant encore assez nettement dans quelques-uns des usages qui en sont aujourd’hui proposés (en science politique A. Collovald [2002] se réfère clairement à Goffman, et n’oppose pas la notion de carrière à celle de trajectoire, tandis qu’É. Agrikolianski [2001] en mobilisant la carrière en tant que « modèle séquentiel d’analyse des comportements sociaux », en référence à Becker, l’oppose davantage à la notion de trajectoire et, par là même, à la sociologie dispositionnelle de P. Bourdieu). 

Mots « totems » (pour reprendre l’expression de B. Pudal [1994] à propos de la biographie) permettant de marquer ou de se démarquer, appellations génériques donnant parfois lieu à des usages peu différenciés, voire synonymiques (e.g. carrière pour trajectoire professionnelle), ou mobilisation de concepts clairement définis mais ne s’ensuivant pas nécessairement des procédures empiriques induites par cette définition, etc. le flou paraît régner pour certains, là où prévaut la procédure rigoureuse commandée par la notion pour d’autres [Gaubert 2005].

Il y a peu, Muriel Darmon [2008] écrivait ainsi à propos de la notion de carrière que « son usage, les avantages théoriques, méthodologiques et épistémologiques qui lui sont associés peuvent considérablement varier d’une approche à l’autre » et en concluait que « ce n’est sans doute pas le moindre des mérites de la notion de carrière que de se plier, avec bonhomie pourrait-on dire, à ce statut d’auberge américaine. » Une notion dont chacun fait, à peu près, ce qu’il veut a-t-elle encore un intérêt comme outil d’analyse (puisque dissimulant, et paraissant assimiler, sous l’unicité du vocable mobilisé, des conceptions théorico-pratiques très différentes) ?

Est-il nécessaire d’opposer les termes, et ne peut-on pas les faire cohabiter, manière de ne pas confondre des processus séquentiels relevant de d’échelles d’analyse différentes mais pas nécessairement contradictoires, voie par laquelle les logiques d’actions associées à des configurations spécifiques – et à leur temporalité interne – peuvent être distinguées des scansions exogènes de la vie sociale ? A contrario, n’y a-t-il pas un risque à isoler exagérément, par exemple, carrière et trajectoire sociale, alors même que les conditions d’entrée dans une carrière (au sens goffmanien), et les différentes formes qu’elle peut prendre, tiennent le plus souvent à des logiques inscrites, en amont, dans la trajectoire biographique des agents [Pinto 1989] ? Si la carrière n’est qu’une séquence assimilable à une trajectoire temporellement bornée (avec ses structures temporelles propres et ses phases, pour parler comme Becker) et isolée pour les seuls besoins de l’analyse, doit-on alors prendre le risque de succomber à une forme d’inflation nominale en mobilisant des termes différents pour des procédures analytiques proches ? Enfin, et sans prétendre par là être exhaustif, peut-on, ou doit-on, faire appel à un même concept pour rendre compte, à la fois, des devenirs collectifs et individuels, des effets de continuité et de rupture, des approches biographiques (et de leur propre lot de questions [Pudal 1994]) et de l’analyse des pratiques (Mauger, Poliak et Pudal [1999], par exemple, privilégient les itinéraires de pratique aux carrières, et les distinguent des seules logiques de trajectoires).

En sus des débats sur les mots, et la précision conceptuelle pouvant les accompagner, apparaissent également des conflits de méthodes. L’intérêt a priori commun à rendre compte au mieux des processus « biographiques » et des logiques temporelles d’actions ne se dissout pas seulement dans les concepts vantés (ou négligés) par les uns et les autres. Il est en effet parfois redoublé de divergences quant à la méthode de recueil de données la plus à même de rendre compte des principes de régularités et/ou de variations que les chercheurs cherchent à établir. Les différents concepts proposés s’accompagnent ainsi parfois d’un distinguo clairement énoncé quant à la méthode la plus adaptée : entretiens, enquêtes par questionnaire, travail prosoprographique, confrontation de témoignages et d’archives, etc. La notion de carrière, telle que la propose Becker, est-elle même considérée comme un modèle séquentiel offrant une alternative à l’analyse quantitativiste multivariée [1986], cette dernière étant pensée comme nécessairement synchronique (le développement des analyses de séquences d’événement telles que promues par l’event history analysis remettant d’ailleurs en cause l’opposition des couples quantitatif/propriétés et qualitatif/logique séquencielle [e.g. C. Lemercier 2005]). Doit-on encore prendre le risque de limiter l’usage du questionnaire à la seule étude des « flux » ? « Isoler les traits pertinents » au cours d’un « récit biographique » ne revient-il pas également le plus souvent à une même collecte de propriétés que celle généralement attachée à l’enquête par questionnaire ? Le développement des enquêtes par questionnaires s’attachant également à analyser les logiques biographiques à un niveau relativement « fin » paraît remettre en cause cette opposition, sans que les deux procédures, sans doute, ne puissent être considérées comme interchangeables [Battagliola et al. 1993, Lelièvre et Vivier 2001].  

Cet entr’aperçu des articulations/oppositions possibles invite avant tout les contributeurs à enrichir la discussion épistémologique à partir de leurs propres mises en œuvres empiriques. Quand on veut étudier le devenir d’un groupe social, professionnel, politique, etc. d’une institution ou le devenir d’un individu, que donne à voir une analyse en terme de trajectoire, de carrière, d’itinéraire, etc. et quels phénomènes risquent, à l’inverse, d’être occultés ? Ainsi, prenant le parti de refuser une vision duale et exclusive de la division du travail sociologique, opposant épistémologie et empirisme, ce colloque a pour objectif de réunir différents travaux qui, en actes, permettent de mieux saisir les logiques sous-tendues par ces différentes notions et la façon dont le « terrain » amène à en privilégier l’une plutôt que l’autre ou à en articuler plusieurs, considérées comme complémentaires, ou a contrario comment, en privilégiant un raisonnement hypothético-déductif, chacune d’entre-elles guide le travail d’enquête et le regard du chercheur.

Ce colloque se déroulera les 15 et 16 novembre 2010 à l’Université de Limoges. La publication des actes est prévue par les organisateurs. Les propositions de communication (d’une à deux pages maximum) sont à envoyer

avant le 2 mai 2010 aux adresses suivantes :

Les propositions de communication devront être envoyées en version Word afin de pouvoir être anonymisées avant d’être transmises aux membres du conseil scientifique.

Bibliographie indicative

― E. Agrikolianski, 2001. « Carrières militantes et vocation à la morale : les militants de la LDH dans les années 1980 », Revue française de science politique, n° 51, pp. 27-46.

― F. Battagliola, I. Bertaux-Viame, F. Imbert et M. Ferrand, 1993. « A propos des biographies : regards croisés sur questionnaires et entretiens », Population, Vol. 48, n° 2, pp. 325-346.

― D. Bertaux, Le récit de vie, Paris, Éditions Armand Colin,

― H. S. Becker, 1985 (1963). Outsiders, Paris, Éditions Métailié, pp. 47 sq.

― H. S. Becker, 1986. « Biographie et mosaïque scientifique », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 62, pp. 105-110.

― C. Bidart, 2006. « Crises, décisions et temporalités : au tour des bifurcations biographiques », Cahiers internationaux de sociologie, n° 120, pp. 29-57.

― P. Bourdieu, 1979. « Condition de classe et conditionnement sociaux », Chap. 2 « L’espace social et ses transformations », La distinction, Paris, Éditions de Minuit, pp. 112 sq.

― P. Bourdieu, 1986. « L’illusion biographique », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 62, pp. 69-72.

― Y. Chevalier, « La biographie et son usage en sociologie », Revue Française de Science Politique, Vol. 29, n° 1, pp. 83-101.

― A. Collovald, 2002. « Pour une sociologie des carrières morales des dévouements militants », L’humanitaire ou le management des dévouements. Enquête sur un militantisme de “solidarité internationale”, Rennes, P.U.R.

― F. (de) Coninck et F. Godard, « L’approche biographique à l’épreuve de l’interprétation. Les formes temporelles de la causalité », Revue Française de Sociologie, Vol. XXXI, n° 1,

― D. Courgeau et E. Lelièvre, 1989. « L’approche biographique en démographie », Revue Française de Sociologie, XXXI, n° 1, pp. 55-74.

― M. Darmon, 2003. « Une “carrière” anorexique », Devenir anorexique – Une approche sociologique, Paris, Éditions de la Découverte, pp. 84-93.

― M. Darmon, 2008. « La notion de carrière : un instrument interactionniste d’objectivation », Politix, n° 82, pp. 149-167.

― D. Demazière et C. Dubar, 1997. Analyser les entretiens biographiques – L’exemple de récits d’insertion, Paris, Éditions Nathan.

― F. Dosse, 2005. Le pari biographique. Écrire une vie, Paris, Éditions de la Découverte.

― O. Fillieule, 2001. « Propositions pour une analyse processuelle de l’engagement individuel », Revue Française de Science Politique, Vol. 51, n° 1-2, pp. 199-217.

― Ch. Gaubert, 2005. « Révolution culturelle et production d’un “intellectuel de proposition” (Pierre Rosanvallon) », S. Tissot, Ch. Gaubert et M.-H. Lechien (textes réunis par), Reconversions militantes, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, pp. 231-268.

― E. Goffman, 1968 (1961). Asiles – Études sur les conditions sociales des maladies mentaux, Paris, Éditions de Minuit, pp. 179 sq.

― M. Gollac et A. Desrosières, « Trajectoires ouvrières, systèmes d’emplois et comportements sociaux », Économie et statistique, n° 147, pp. 43-66.

― M. Grossetti, 2006. « L’imprévisibilité dans les parcours sociaux », Cahiers internationaux de sociologie, n° 120, pp. 5-28.

― A. Hahn, 1986. « Contribution à la sociologie de la confession et autres formes d’aveu institutionnalisées d’aveu », Actes de la Recherches en Sciences Sociales, n° 62-63,, pp. 54-68.

― E. C. Hugues, 1996. « Carrières, cycles et tournants de l’existence » et « Carrières », Le regard sociologique, Paris, Éditions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, textes rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie, pp. 165 sq.et pp. 175 sq.

― C. Laborde, E. Lelièvre et G. Vivier, 2007. « Trajectoire et événements marquants, comment dire sa vie ? Une analyse des faits et des perceptions biographiques », Population, Vol. 62, n° 2, pp. 567-586.

― Ph. Lejeune, 1975. Le pacte autobiographique, Paris, Éditions du Seuil.

― E. Lelièvre et G. Vivier, 2001. « Evaluation d’une collecte à la croisée du quantitatif et du qualitatif – L’enquête Biographie et entourage », Population, Vol. 56, n° 6, pp. 1043-1074.

― C. Lemercier, 2005. « Les carrières des membres des institutions consulaires parisiennes au XIXe siècle », Histoire & Mesure, Vol. XX, n° 1-2, pp. 59-96.

― G. Lévi, 1989. « Les usages de la biographie », Annales E.S.C., Vol. 44, n° 6, pp. 1325-1366.

― Gérard Mauger, Claude F. Poliak et Bernard Pudal, 1999. Histoire de lecteurs, Paris, Éditions Nathan, coll. Essais & Recherches, pp. 446.

― J. L. Moreno Pestaña, 2006. « Un cas de déviance en milieu populaire : les seuils d’entrée dans les troubles alimentaires », Cahiers d’économie et de sociologie rurales, n° 79, pp. 69-95.

― J.-Cl. Passeron, 1989. « Biographie, flux, itinéraires, trajectoires », Revue Française de Sociologie, XXXI, n° 1, pp. 3-22.

― J. Peneff, 1982. « Trajectoires sociales et carrières des patrons algériens », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 41, pp. 61-72.

― J. Peneff, 1990. La méthode biographique, Paris, Armand Colin.

― L. Pinto, 1990 (1989). « Expérience vécue et exigence scientifique. », in P. Champagne, R. Lenoir, D. Merllié et L. Pinto, Initiation à la pratique sociologique, Paris, Éditions Dunod, pp. 7-52.

― M. Pollak, 2000. L’expérience concentrationnaire – Essai sur la maintien de l’identité sociale, Paris, Éditions Métailié, pp. 342.

― B. Pudal, 1994. « Du biographique entre “science” et “fiction”. Quelques remarques programmatiques », Politix, Vol. 7, n° 27, pp. 5-24.

― A. Strauss, « Maladie et trajectoires », La trame de la négociation – Sociologie qualitative et interactionniste, Paris, Éditions de l’Harmattan, 1992 (1985), pp. 143-175.

― J.-R. Tréanton, 1960. « Le concept de “carrière” », Revue Française de Sociologie, Vol. I, n° 1, pp. 73-80.

― I. Villes et F. Guérin-Pace, 2005. « Interroger les identités : l’élaboration d’une enquête en France », Population, Vol. 60, n° 3, pp. 277-305.

Lieux

  • FLSH de Limoges. 39E, rue C. Guérin
    Limoges, France

Dates

  • dimanche 02 mai 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • devenirs biographiques, carrières, trajectoires

Contacts

  • Sophie Orange
    courriel : sophie [dot] orange [at] univ-nantes [dot] fr
  • Stephane Chantegros
    courriel : stephane [dot] chantegros [at] unilim [dot] fr
  • Cyrille Rougier
    courriel : cyrille [dot] rougier [at] laposte [dot] net

Source de l'information

  • Cyrille Rougier
    courriel : cyrille [dot] rougier [at] laposte [dot] net

Pour citer cette annonce

« L'étude des devenirs biographiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 19 février 2010, http://calenda.org/200290