AccueilLes savoirs de gouvernement et la frontière entre « administration » et « politique »

Les savoirs de gouvernement et la frontière entre « administration » et « politique »

Government knowledge and the barrier between "administration" and "politics"

France, Allemagne, XIXe-XXe siècles

France, Germany, 19th-20th centuries

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Publié le mardi 23 février 2010 par Karim Hammou

Résumé

Premières rencontres du projet de recherche « Mobilisation de savoirs pour la réforme : circulation des savoirs de gouvernement et transformations de l’action administrative (XIXe-XXe siècles) » (MOSARE), financé par l’Agence nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du programme « Administrer / gouverner ».

Annonce

Appel à communications pour le colloque des 23-24 juin 2010 à Berlin

Propositions à remettre au 15 mars 2010 

Les XIXe et XXe siècles sont marqués par l’intervention croissante des institutions publiques dans le gouvernement du social. Cette étatisation repose, entre autres, sur le développement de structures et groupements professionnels spécialement chargés d’organiser cette intervention : l’administration publique. En France comme en Allemagne, l’administration publique, après avoir été agitée de nombreux soubresauts dans les périodes révolutionnaire et post-révolutionnaire, a fini par connaître une trajectoire d’institutionnalisation plus paisible que celle des régimes politiques qu’elle a « servis », marqués par une instabilité plus spectaculaire et plus difficile à contrôler. Frappant, ce contraste manifeste le succès de l’autonomisation croissante de ce qui s’intitule « administration » vis-à-vis de ce qui est désigné comme « politique ». Par les modes de recrutement, les registres de justification ou encore les instruments d’action, administration et politique renverraient-elles à deux mondes profondément différents ? Ce grand partage est pourtant loin d’aller de soi : prétendument différenciées, « administration » et « politique » représentent en effet deux faces d’un même phénomène de gouvernement. Suivant les points de vue, le couple administration/politique peut ainsi être lu comme un alliage contre nature, une distinction fonctionnelle, un pléonasme ou même une mystification. Cette situation ambiguë lui vaut précisément son rôle stratégique dans la légitimation de l’ordre politique légal-rationnel. Elle en rappelle, simultanément, la précarité irréductible : catégorie fondamentale de notre anthropologie politique contemporaine, cette différenciation est une construction historique. L’objet du colloque est d’examiner en détail des lieux et moments où se donne à voir le travail qui la produit et l’institutionnalise. 

Un aspect de ce travail de production de la frontière entre administration et politique retiendra plus précisément l’attention : son équipement en savoirs spécifiques. Les institutions administratives se développent en effet au nom de savoirs formels ; des groupements professionnels codifient leurs pratiques pour les légitimer et mieux en revendiquer le monopole ; des acteurs civils et politiques s’adressent à l’administration comme à une organisation compétente. Par leurs contenus, leurs usages, leurs mises en scène, ces savoirs contribuent ainsi à formuler et traduire en faits l’administration, la politique et leurs différences. De la statistique à la démographie, de la bonne police à la sociologie des organisations, nombre d’entreprises intellectuelles sont en cela lisibles dans le cadre d’une socio-histoire non pas de savoirs « scientifiques », « politiques » ou encore « administratifs », mais de savoirs qui produisent ces différences et l’ordre politique qui s’y adosse : des savoirs de gouvernement. 

Organisé par les membres du projet MOSARE*, le colloque sera consacré aux dispositifs qui visent à faire de ces savoirs des figures incontournables du recrutement, de la formation et de l’action des fonctionnaires, autrement dit à en institutionnaliser le rôle. Ces dispositifs peuvent emprunter des formes empiriques très diverses : formations initiales ou continues, salons, rencontres associatives, bibliothèques ou sites web, concours de recrutement ou instruments d’évaluation utilisés pour la gestion des carrières des personnels administratifs. Dans tous les cas, ces dispositifs convoquent ou inventent des objets (programmes d’études, listes de références bibliographiques, formulaires, machines, textes semi-savants, revues, ouvrages de référence) et des lieux (salles d’enseignement, bibliothèques, congrès, centres de recherche). Ils suscitent des tâches spécifiques (identifier, inventorier, sélectionner, classer, éditer, expliquer), parfois même des professionnels (documentalistes, formateurs, conservateurs). Par un travail de sélection constant, ils contribuent à la mise sur agenda de certains problèmes, tout en habilitant certaines catégories d’acteurs et certains répertoires d’action qui leur sont plus particulièrement ajustés. Par là, ces dispositifs enregistrent et encouragent plus généralement une certaine division du travail de gouvernement : ils bâtissent une infrastructure qui a partie liée avec des rôles institutionnels, « politiques » et « administratifs ». Ils affrontent le défi paradoxal, dont ils construisent eux-mêmes les termes, de constituer des savoirs qui, à disposition des politiques, ne seraient pas pour autant des savoirs politiques. 

Les communications porteront donc sur des savoirs et des dispositifs qui les institutionnalisent, envisagés en tant qu’ils mettent en jeu la différenciation entre administration et politique. Elles présenteront des cas empiriques circonscrits, puisés en France ou en Allemagne, au cours des XIXe ou XXe siècles. Relevant indifféremment de toutes disciplines des sciences sociales, elles pourront être présentées en anglais, en français ou en allemand. Après sélection des communications, un texte sera attendu début juin pour diffusion auprès des participants. 

Date limite d’envoi des propositions (4 000 signes environ) : 15 mars 2010

Réponse du comité de sélection : 24 mars 2010

Remise des textes (40 000 signes environ) : 1er juin 2010

Dates du colloque : 23-24 juin 2010 

*Cet appel à communications prépare les premières rencontres du projet de recherche Mobilisation de savoirs pour la réforme (MOSARE), financé par l’Agence nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du programme « Administrer/gouverner ». Coordonné par Renaud Payre, ce projet regroupe les laboratoires Triangle (Lyon), LAHRHA (Lyon) et Centre Marc Bloch (Berlin). Il est structuré autour du séminaire « Bibliothèque de l’administrateur » (programme disponible à l’URL http://triangle.ens-lsh.fr/spip.php?rubrique286).

Contacts : Philippe Bongrand (bph@cmb.hu-berlin.de), Julie Gervais (gervais_julie@yahoo.fr)

Lieux

  • Friedrichstr. 191 D-10117
    Berlin, Allemagne

Dates

  • lundi 15 mars 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • savoirs de gouvernement, administration, politique

Contacts

  • Philippe Bongrand
    courriel : philippe [dot] bongrand [at] u-cergy [dot] fr
  • Julie Gervais
    courriel : gervais_julie [at] yahoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Philippe Bongrand
    courriel : philippe [dot] bongrand [at] u-cergy [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les savoirs de gouvernement et la frontière entre « administration » et « politique » », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 23 février 2010, http://calenda.org/200354