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Le sexe et l'orientation sexuelle du chercheur sur son terrain

Gender and sexual orientation of the researcher in the field

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Publié le jeudi 25 février 2010 par Karim Hammou

Résumé

L’important développement des enquêtes interrogeant les rapports de genre plus particulièrement celles qui s’articulent aux questions des sexualités soulèvent, depuis plusieurs décennies, de nouvelles problématiques de recherche conduisant à repenser la présence du chercheur sur son terrain. En invitant de jeunes chercheurs à communiquer sur leurs expériences de terrain, cette journée d’étude a pour ambition de faire le point sur les différentes problématiques soulevées lors de l’enquête relatives à leur « présence sexuelle » auprès du groupe étudié, les difficultés qu’ils ont pu rencontrer et les stratégies mises en place pour les dépasser.

Annonce

L’important développement des enquêtes interrogeant les rapports de genre plus particulièrement celles qui s’articulent aux questions des sexualités soulèvent, depuis plusieurs décennies, de nouvelles problématiques de recherche conduisant à repenser la présence du chercheur sur son terrain. En témoigne l’ouvrage Taboo[1].

C’est donc bien du sexe du chercheur, dans l'ensemble des acceptions du terme, qu’il est question ici : que ce dernier le revendique ou qu’il y soit assigné par le groupe étudié, le chercheur n’est pas un être neutre. Il peut-être l’objet du désir ou du rejet comme il peut désirer en retour ou éprouver du dégout. Il peut décider d'affirmer sa position de femme ou d’homme, d’hétérosexuel, d’homosexuel, de lesbienne ou de bisexuel etc. Il peut aussi laisser planer le doute et donner libre cours aux interprétations de ses interlocuteurs. Cette pluralité de situations plus ou moins volontaires, plus ou moins choisies, induit un positionnement stratégique de la part du chercheur qui doit constamment négocier sa « présence sexuelle et sexuée », c’est-à-dire sa matérialité en tant qu’individu doué d’attributs sexuels et d’une identité qui provoque des émotions chez ses interlocuteurs et en ressent en même temps lors de son enquête.

En invitant de jeunes chercheurs à communiquer sur leurs expériences de terrain, cette journée d’étude a pour ambition de faire le point sur les différentes problématiques soulevées lors de l’enquête relatives à leur « présence sexuelle » auprès du groupe étudié, les difficultés qu’ils ont pu rencontrer et les stratégies mises en place pour les dépasser.

La journée d’étude s’articulera autour de deux axes qui sont en fait deux positions parfois adoptées par le chercheur sur son terrain : insider/outsider[3]. Le choix théorique de répartir les interventions autour de ces deux axes s’explique par l’importance accordée à ces postures méthodologiques non seulement durant l’enquête mais aussi lors de la restitution des données par le biais de l’analyse réflexive. Aussi, plus particulièrement lors d’enquêtes sur l’homosexualité, les chercheurs ont-ils considéré leur position d’insider comme un postulat bénéfique à leur présence sur le terrain et au bon déroulement du recueil des données. Pour autant, le « privilège[4] » de la position d’insider  soulève de nouvelles interrogations éthiques et épistémologiques notamment lorsque le terrain se fonde sur un exercice actif de la sexualité du chercheur avec le groupe étudié. Au-delà des questions méthodologiques, il en est une déterminante qui reste à poser : qu’apporte réellement le cloisonnement insider/outsider ? Afin de dépasser cette dimension peut-être trop simpliste, ne faut-il pas considérer ces positions pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des positions et non des « états», des positions mouvantes et contingentes, sujettes à négociation et jamais acquises définitivement?

Il s’agit donc de revisiter ces questionnements plus anciens à l’aune de nos propres expériences de terrain, traversés de différentes manières par ces enjeux.

[1] Kulick, D., Willson, M. eds., Taboo, Sex, Identity and Erotic Subjectivity in Anthropological Fieldwork, London, Routledge, 1995

[2]Broqua, C. « Enjeux des méthodes ethnographiques dans la recherche des sexualités entre hommes », Journal des anthropologues, 2000, 82-83 :129-155. 

[3] Styles, J. “Outsider/Insider: Researching Gay Baths», Urban life,1979; 8: 135-152

[4] Griffith A.I, « Insider/Outsider : Epistemological privilege and mothering work », Human studies, 1998, 21: 361-376PROGRAMME

Partant du constat qu’il existe un tabou particulièrement prégnant visant à faire taire toute émotion et/ou activité sexuelle vécue sur le terrain, les auteurs s’interrogent sur la proscription faite aux chercheurs (es) de ne jamais engager leur sexualité lors de l’enquête. Les communications réunies dans l’ouvrage font état de l’importance de la sexualité des chercheurs (es) sur leurs terrains, qu’elle soit vécue, fantasmée, contrainte ou forcée, comme un élément déterminant de l'enquête. Dans son article publié dans le Journal des Anthropologues consacré à l’« Anthropologie des sexualités », Christophe Broqua s’intéresse tout particulièrement à la question de l‘« engagement sexuel » du chercheur sur son terrain, qui vise non seulement la pratique effective d’une sexualité lors de l’enquête, mais est également « tout ce que le chercheur « engage » en tant qu’individu « sexué», c’est-à-dire associé à un genre et - explicitement ou implicitement- à une orientation sexuelle[2]».

Programme 

9h15 Mots de bienvenue et lancement de la journée 

9h30-10h30

  • Gianfranco Rebucini (docteur en anthropologie sociale et ethnologie rattaché au LAHIC, ATER de l'EHESS) : Un anthropologue au Maroc. Les identités sexuelles à l'épreuve de la relation ethnographique.

Discussion animée par Philippe Combessie (sociologue, Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense) 

10h30-10h40 Pause café 

10h40-12h40

  • Natacha Chetcuti (chercheur, post-doc Inserm/CNRS - CESP) : Pour une théorisation des savoirs situés : penser la sexualité et les rapports sociaux de sexe des participants sur le terrain de recherche.

Discussion animée par Jean-Yves Le Talec (sociologue, Université de Toulouse 2-Le Mirail) 

  • Gabriel Girard (doctorant CERMES- EHESS) : De l'orientation sexuelle à la prise de risque. Enjeux moraux et politiques dans les relations d'enquête avec des homosexuels masculins en France.

Discussion animée par Christophe Broqua (anthropologue, associé à l’IRD) 

12h40-14h Pause déjeuner 

14h-14h15

Sébastien Roux (sociologue, EHESS) viendra présenter le séminaire qu'il anime avec Marianne Blidon (sociologue démographe, Paris I) à l'EHESS : La dimension sexuée du processus d'enquête. 

14h15-16h15

  • Mélanie Gourarier (doctorante LAS-EHESS) : Négocier le genre ? Une ethnologue dans une société d’hommes apprentis séducteurs.

Discussion animée par Laurent Barry (ethnologue LAS-EHESS)

  • Patrick Awondo (doctorant LAS-EHESS) : Entre conflits de loyauté et assignations identitaires : réflexion sur le terrain des migrants " Africains homosexuels ".

Discussion animée par Eric Fassin (sociologue IRIS-EHESS) 

16h15-16h30 Pause café 

16h30-17h30

  • Jonas Le Bail (CESP-INSERM U1018 ) : enquêter sur la psychiatrisation des trans quand on est un homosexuel cisgenre.

Discussion animée par Catherine Deschamps (anthropologue, Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense) 

17h30-18h00 Séance de clôture animée par Marie-Elisabeth Handman (anthropologue, Collège de France LAS-EHESS)

18h Pot de fin de journée

Lieux

  • 54 boulevard Raspail, salle 504
    Paris, France

Dates

  • jeudi 15 avril 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • orientation sexuelle du chercheur, genre, réflexivité

Contacts

  • Patrick Awondo
    courriel : awondop [at] ehess [dot] fr
  • Mélanie Gourarier
    courriel : melanie [dot] gourarier [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Mélanie Gourarier
    courriel : melanie [dot] gourarier [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le sexe et l'orientation sexuelle du chercheur sur son terrain », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 25 février 2010, http://calenda.org/200356