AccueilAttentes et sens autour de la présence du mythe de Napoléon aujourd’hui

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Publié le vendredi 26 février 2010 par Marie Pellen

Résumé

Le colloque international et interdisciplinaire des 9, 10 et 11 septembre 2010, « Attentes et sens autour de la présence du mythe de Napoléon aujourd’hui » s’intègre dans le projet de Référentiel international sur le mythe Napoléonien et les représentations de la Corse (RIMYNAC) développé au sein de l’UMR 6240 LISA. Ce colloque aura pour objet d’étudier pourquoi et comment les craintes et les espoirs suscités par le mythe de Napoléon et ses représentations connaissent un renouvellement profond dans les consciences depuis une vingtaine d’années. Ses interrogations porteront sur le renouveau de la vigueur multiforme du mythe de Napoléon. Cette résurgence réside-t-elle dans les éléments, visibles et latents, propres aux diverses facettes mythiques qu’il véhicule : les mythes d’origine, de fondations, héroïques, eschatologiques, communs à tous les hommes et touchant à l’universel ?

Annonce

Corté,  9, 10 et 11 septembre 2010

I. Contextes et repères

Le colloque international et interdisciplinaire des 9, 10 et 11 septembre 2010, « Attentes et sens autour de la présence du mythe de Napoléon aujourd’hui », s’intègre dans le projet de Référentiel International sur le MYthe NApoléonien et les représentations de la Corse (RIMYNAC) développé dans le cadre de l’UMR CNRS LISA 6240 de l’Université de Corse.

L’indéniable regain des diverses manifestations marquant l’étonnant retour de « l’empereur immortel » renouvelle l’interrogation sur les mythes et leurs imaginaires. Elle met en avant les phases d’ascension et d’épuisement des mythes, inséparables des rêves, des convictions et des peurs de chaque génération.

Si, jusqu’à une période récente, le mythe fut perçu comme fable, illusion, et l’imaginaire (imago) confondu avec l’imagination (la « folle du logis »), le renouveau de ces recherches tente de cerner dans les mythes un système dynamique organisateur des images, l’imaginaire n’étant pas une addition d’images, mais un réseau reliant en profondeur les choses entre elles (voir les introductions de Joël Thomas et Claude-Gilbert Dubois, Introduction aux méthodologies de l’imaginaire).

Si l’imaginaire caractérise la liberté et le mystère de l’aventure humaine, il a démontré et prouve encore sa force latente en étant aussi lié à l’asservissement de l’homme, ce qui explique sa large utilisation par les divers systèmes de propagandes destinés à la manipulation des masses. Il convient donc de distinguer les divers aspects du mythe et ses rapports ambigus avec la volonté affabulatrice.

II. Programme et objectifs

Le colloque « Attentes et sens autour de la présence du mythe de Napoléon aujourd’hui » aura pour objet d’étudier pourquoi et comment les craintes et les espoirs suscités par le mythe de Napoléon et ses représentations connaissent un renouvellement puissant et profond dans les consciences depuis une vingtaine d’années.

Les participants au colloque s’interrogeront sur le renouveau de la vigueur multiforme du mythe de Napoléon (« l’homme le plus connu après Jésus-Christ »). Cette résurgence réside-t-elle dans les éléments, visibles et latents, propres aux diverses facettes mythiques qu’il véhicule : les mythes d’origine, les mythes de fondations, les mythes héroïques, les mythes eschatologiques, communs à tous les hommes et touchant à l’universel ?

III. Pistes autour desquelles sera organisée la thématique du colloque

Les participants au colloque auront à déterminer les éléments qui caractérisent le renouvellement du mythe (ou l’infirment), en approcher les sens explicites ou latents, et établir des inventaires des réseaux d’images illustrant ces traits distinctifs en favorisant les enseignements tirés des correspondances entre les divers pays. Nous proposons ici des pistes volontairement multiples et diverses.

Il serait particulièrement intéressant d’étudier la notion de présence du mythe, associant l’a-temporalité du mythe (compris comme une tentative de sortir de l’histoire) et l’étonnante modernité de ses enjeux en questionnant, d’une part, le rapport du mythe à la modernité (ou à la post-modernité), et d’autre part à l’histoire des idées en dépassant les antinomies irréductibles qui participèrent à figer l’image de Napoléon.

Il serait enrichissant de circonscrire et d’analyser les phases d’ascension du mythe napoléonien durant le cours de l’histoire.

Le repérage et la réflexion autour des phases de résurgence du mythe doivent aussi s'opérer dans la littérature et les arts. La relecture des diverses réceptions du mythe dans les littératures (au sens large) peut permettre, par exemple, de différencier la nostalgie d’un monde disparu de nouveaux repères exigeant des ruptures existentielles.

Sera-t-il possible de repérer, comme durant toute phase ascendante d’un mythe, la création d’événements (au théâtre des apparences) qui l’alimentent, l’utilisent et l’orientent ?

Si la période napoléonienne peut apparaître comme la plus irradiante dans la mémoire collective, elle n’en suscite pas moins des passions opposées fondées sur des schèmes binaires (tyran/libérateur). Les récentes polémiques autour du bicentenaire d’Austerlitz qui témoignent de cette mémoire contrastée ne participent-elles pas de la nature protéiforme du mythe ?

Est-il possible de soutenir que la figure mythique de l’empereur Napoléon n’est plus hermétiquement séparée de celle du Bonaparte républicain et révolutionnaire, ce qui expliquerait qu’elle ne soit plus aussi directement associée aux régimes autoritaires ?

La référence à Napoléon bénéficie-t-elle dans le discours politique d’une fusion complexe d’approches différentes, liées aux redécouvertes des regards contrastés : regards populaires de la Révolution, ceux de Napoléon III, d’Adolphe Thiers, du « bonapartisme rouge » du mouvement russe révolutionnaire, ou de Charles de Gaulle. Les expressions et manifestations de ces regards chez (par exemple) Max Gallo, Nicolas Sarkozy ou Dominique de Villepin ne sont-elles pas profondément significatives ?

Peut-on évoquer une indifférence aux clivages politiques, et donc de liberté vis-à-vis de la politique, qui n’impliquerait pourtant pas l’oubli du politique et diversifierait la complexité des imaginaires de ce mythe ?

Est-il possible de constater comment l’universalisme du mythe dépasse l’exaltation du patriotisme français et semble sublimer la violence des carnages ? Peut-on déceler, même dans l’affermissement de l’attrait indéniable pour la reconstitution des batailles, un désir d’unité, de fraternité, d’Europe-puissance ?

Le renouveau du mythe semble associer la figure du héros tragique à celle de l’homme dans sa simplicité, ses faiblesses, ses erreurs et ses fautes. En effet, contrairement à bien des personnages puissants, Napoléon demeure, malgré son rayonnement incontestable, un être familier, intime.

L’évolution du mythe bénéficie sans doute de l’intérêt porté à l’épanouissement personnel, à un objectif qui mobilise l’énergie, la réussite incontestable, la capacité de prendre des décisions fulgurantes (doxa), mais aussi d’être au service des autres et d’un idéal transcendant, ce qui impose un arrière-fond mythique. L’image de Napoléon valorise l’instrumentalisation d’un héros par une force qui le dépasse (destin), l’associant au sacré, à l’incarnation de « l’âme du monde » (Hegel). Ne peut-on discerner dans cette attitude des tentations et des dangers propres à un prométhéisme cherchant à « manier les pouvoirs divins au lieu de les servir » ?

Si une nouvelle représentation de Napoléon se confirme et prend réellement de l’ampleur, est-elle reliée au mythe du Sauveur (Jean Tulard) ? Les espoirs les plus fous surgissent-ils de l’angoisse diffusée par une crise susceptible de participer à des événements de type eschatologique (voir en parallèle les divers scénarii catastrophes) ?

La figure de Napoléon prospère-t-elle sur le retour en grâce de l’épopée ? En effet, en relation avec la fantasy mêlant acte collectif et réalisation personnelle, les récits épiques réapparaissent après l’effondrement des utopies des années soixante-dix et la fausseté de la prévision de la fin de l’histoire et du politique. Le no future, les terreurs irrationnelles et la précarisation n’engendrent-ils pas, tout particulièrement en France, des rêves d’héroïsation, des aspirations au dépassement du quotidien par le collectif ?

Il sera aussi possible de travailler sur l’évolution significative des sujets et des intérêts manifestés dans les expositions des vingt dernières années dans les musées du monde. Citons, sans qu’il soit possible ici d’être exhaustif :

  • la récente exposition du musée des Arts décoratifs L’Aigle et le papillon. Symboles des pouvoirs sous Napoléon, 1800-1815 (sous la direction d’Odile Nouvel-Kamnerer, Paris, Les Arts décoratifs, catalogue de l’exposition, 2007),
  • celle de Kobé (Japon) avec la réplique des costumes du sacre de Napoléon, qui fait la gloire du Musée de cette ville. « Ces tenues, commandées pour l'ouverture officielle du Musée en 1997, ont été réalisées à Paris, dans l'atelier Brocard, d'après le tableau peint par David, mais aussi le portrait de “Napoléon en costume du sacre” par François Gérard. Il aura fallu plusieurs années aux artisans français pour recréer les différentes pièces »,
  • l’exposition « Napoléon et l’Egypte » de l’Institut du Monde arabe, proposée du 14 octobre 2008 jusqu’au 29 mars 2009,
  • l’exposition « Napoléon et la Corse » de Corte, musée de la Corse, CTC, 19 juin au 30 décembre 2009,
  • l’exposition « Empires… et mieux ! », deux créateurs face à Napoléon, Arnold van Geuns et Clemens Rameckers, fondateurs du groupe Ravage, à la bibliothèque Paul-Marmottan, Paris, 12 février-29 mai 2010.

Ne serait-il pas fructueux de comparer le rôle actuellement attribué à Napoléon dans l’enseignement de la stratégie dans les écoles militaires des diverses nations ?

Il conviendra de s’interroger bien évidemment sur l’origine du mythe historique et d’étudier l’évolution du rapport entre Napoléon et la Corse, les représentations de la révolution de Corse tout particulièrement, et de se demander par exemple pourquoi la Corse ne participe pas vraiment à l’image positive de Napoléon mais plus directement à sa légende noire. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ce colloque sera donc l’occasion de poser, à partir des axes les plus variés, la question de la présence. Confronter les points de vue entre les diverses disciplines et tenter de les ouvrir vers les structures symboliques, peut permettre d’intégrer dans la recherche des dépassements enrichissants et novateurs.

IV. Lieux

Corté (Université de Corse Pasquale Paoli) et Ajaccio (visite guidée).

V. Axes du colloque

Des ateliers seront établis en fonction des propositions de communication.

La durée de chaque communication est fixée à 20 minutes, 10 minutes supplémentaires étant réservées à la discussion.

VI. Résumés

Les propositions de communication, à établir sous la forme d’un bref résumé comportant le titre (même provisoire) de la contribution ainsi qu’une présentation succincte du thème, seront soumis au format Word (.doc ou .rtf) en fichier attaché à l'adresse électronique obron.candice@gmail.com. Ils ne doivent pas excéder une page y compris les références (3000 signes, espaces compris).

Les propositions de communication devront être adressées avant le 30 avril 2010.

Langue demandée : Français.

VII. Droits d'inscriptions

Enseignants/chercheurs : 180 euros ; doctorants: 90 euros ; autres : 200 euros.

VIII. - Calendrier

Publication de l'appel à communications international : 26 février 2010,

Date limite de recevabilité des résumés : 31 mars 2010,

Date de notification de l'acceptation des résumés : 31 mai 2010,

Publication du programme définitif : 15 juin 2010,

Dates du colloque : 8, 9 et 10 septembre 2010.

IX. Comité d'organisation

UMR CNRS LISA 6240

X. Comité scientifique international

  • Lucian Boia, Professeur d’histoire à l’Université de Bucarest, directeur du Centre d’Histoire de l’Imaginaire (CHI), (Roumanie),
  • Rafe Blaufarb, Florida State University, Professeur d’histoire contemporaine, Directeur de l'Institut Napoléon et la Révolution française à Tallahassee, Floride, (USA),
  • Jacques-Olivier Boudon, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Paris-Sorbonne, (Paris IV), Président de l’Institut Napoléon,
  • Luigi Mascilli Migliorini, Professeur d’histoire moderne, Université « L’Orientale », Naples, (Italie),
  • Jean-Jacques Wunenburger, Professeur de Philosophie générale à l'Université Jean Moulin de Lyon 3, Directeur associé du Centre de recherches G. Bachelard sur l'imaginaire et la rationalité de l'Université de Bourgogne.
  • Victor Mikhailovitch Besotosniy, Professeur d¹histoire moderne, chef du département d'Histoire de la Russie au State Historical Museum de Moscou.
  • (Jean-Dominique Poli, coordinateur)

XI. Contacts pour le colloque

http://umrlisa.univ-corse.fr

  • Christophe Luzi, ingénieur de recherche CNRS : luzi@univ-corse.fr
  • Candice Obron, doctorante : obron.candice@gmail.com

XII. Responsable

Jean-Dominique Poli : jean-dominique.poli@wanadoo.fr

XIII. Soutiens extérieurs à l’Université

  • Fédération Européenne des Cités Napoléoniennes
  • Ville d’Ajaccio

 

Lieux

  • Università di Corsica Pasquale Paoli Avenue Jean Nicoli, BP 52
    Corte, France

Dates

  • vendredi 30 avril 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Napoléon, mythe, patrimoine, représentation, Corse, Europe

Contacts

  • Candice Obron
    courriel : obron [dot] candice [at] gmail [dot] com
  • Christophe Luzi
    courriel : luzi [at] univ-corse [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Jean-Dominique Poli
    courriel : jean-dominique [dot] poli [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Attentes et sens autour de la présence du mythe de Napoléon aujourd’hui », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 26 février 2010, http://calenda.org/200427