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L'élite urbaine dans le paysage agricole africain : du périurbain au rural profond

The urban elite in the African agricultural landscape: from urban limits to the heart of the countryside

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Publié le vendredi 19 mars 2010 par Karim Hammou

Résumé

Le Laboratoire des savoir faire endogènes et du développement participatif (LASEDEP) de l’université de Yaoundé I (Cameroun), placé sous la direction scientifique de Joseph-Gabriel Elong, maitre de conférences, HDR géographie, se propose de mener une réflexion centrée sur un ouvrage collectif et portant sur le thème « L’élite urbaine dans le paysage aricole africain : du périurbain au rural profond ».

Annonce

Aujourd’hui, nous pouvons au moins situer la place de l’élite urbaine dans le paysage agricole des pays africains à trois niveaux majeurs d’analyse :

1. Depuis le début des années 1990, l’agriculture des Etats africains est confrontée à une nouvelle réalité : la libéralisation des marchés à travers la mise en place des politiques agricoles donnant plus de place au désengagement des Etats, aux privatisations, liquidations voire dissolutions des sociétés publiques de production agricole sous l’instigation de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International (FMI), avec le concours du l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). C’est dans ce contexte de libéralisation qu’il faut d’abord situer l’entrée en scène de l’élite urbaine dans le paysage agricole africain, le « moins d’Etat » instauré ayant davantage libéré l’espace d’intervention économique au secteur privé pour accompagner les exploitations agricoles familiales dans leurs activités de production. Malheureusement, on s’apercevra très rapidement que le secteur privé a hésité à assurer la relève des Etats, notamment en ce qui concerne l’octroi des crédits, l’approvisionnement en intrants, et l’appui à la commercialisation, à cause des risques encourus, si bien que les producteurs ruraux se sont subitement retrouvés abandonnés à eux-mêmes. Ceci a énormément réduit les chances de ceux que Ela J.M (1981) appellent affectueusement « les gens de la brousse » à s’inscrire progressivement dans les nouveaux enjeux économiques de la libéralisation, à cause de leurs faibles capacités à s’adapter aux réalités du marché national et international marquées par la compétitivité et la concurrence, et qui exigeaient d’eux, savoir-faire, moyens humains et matériels pas du tout en leur possession.

2. Cette entrée en scène de l’élite urbaine dans le paysage agricole s’est servie d’un autre créneau dans les années 1990 : l’instauration du multipartisme dans les Etats africains, pour leur permettre de s’insérer dans les jeux démocratiques qui facilitent la construction politique et économique. Du coup, l’élite urbaine s’est lancée dans la bataille du positionnement politique pour imposer son point de vue dans les grandes décisions locales et nationales, afin de mieux contrôler les autres positionnements en société. Or, en Afrique, ce positionnement politique n’a une signification réelle que lorsqu’il est transposé dans la région et surtout le village d’origine, pour y laisser voir ce que Mouiche (2002) a appelé le «bigmanisme1 politique» qui s’exprime avant tout par l’importance qualitative et quantitative des investissements socio-économiques réalisés en direction du terroir. Et pour montrer leur rapprochement aux paysanneries dans le but de conquérir l’électorat des producteurs ruraux en faveur de leurs partis politiques, c’est dans le secteur agricole que l’élite urbaine s’est d’abord investit, sans se rendre compte que ce biais instaurait ainsi une agriculture sans paysans dans les campagnes africaines à travers des grandes exploitations de palmier à huile, d’ananas, de cultures maraîchères et de plus en plus de cacao, comme c’est le cas au Cameroun, exploitations tournant totalement le dos au monde rural.

3. L’autre tremplin concerne la pratique de l’agriculture, surtout par la classe moyenne de l’élite urbaine comme marquage foncier. Celle-ci commence des espaces périurbains au rural profond. Dans un premier temps, l’agriculture est pratiquée dans l’un ou l’autre cas pour faire face à l’insécurité alimentaire croissante des villes avec la possibilité de commercialiser le surplus de la production pour renforcer les salaires précaires instaurés par la récession économique. Ensuite, quand à l’insécurité alimentaire s’ajoute celle du foncier, l’espace jadis agricole est réorienté progressivement vers habitat, surtout dans le périurbain, du fait de la forte croissance spatiale et surtout démographique observée dans les villes ces vingt dernières années. Dans le rural profond, les exploitations agricoles créées sont orientées vers le vivrier marchand et les cultures qui prennent de plus en plus la place du café et du cacao aujourd’hui comme le palmier à huile et l’ananas. Ici, les titres fonciers sont rapidement acquis pour sécuriser les héritages éventuels qui seront gérés par les générations futures.

[1] Vient de big man ou grand homme, celui qui a réussi, surtout sur le plan économique. Mais la lisibilité du pouvoir économique n’est mieux perceptible qu’à travers le positionnement politique.

Ces trois niveaux majeurs peuvent être complétés par d’autres contextes non moins singuliers et au rang desquels :

  • la persistance de la crise alimentaire dans les pays africains et notamment dans les villes ;
  • l’effet grandissant des migrations de retour, qui desservent de plus en plus des jeunes scolarisés, des sans-emplois des villes et les retraités dans les campagnes ;
  • le découragement dans lequel sombrent actuellement les paysans du fait de l’échec de nombreux projets et programmes agricoles à travers lesquels les Etats pensaient construire un développement rural durable ;
  • l’instauration des nouvelles orientations des politiques socio-économiques mieux appropriées par les urbains que les ruraux à savoir : participation, décentralisation, gouvernance locale, démocratisation.

Dans ce contexte global, certains analystes n’hésitent pas déjà d’annoncer l’avènement futur des paysans sans terre en Afrique. Ce point de vue sera renforcé si à court terme, l’Afrique devient la cible les délocalisations agricoles pratiquées par les occidentaux vers les pays pauvres.

Aujourd’hui, les axes de réflexion proposés ici concourent donc forcement à ce que l’on peut considérer comme les effets structurants qui contribuent au contrôle les territoires ruraux par l’élite urbaine africaine. Toutefois, des particularités sont propres à certains pays et il ne faudra pas hésiter à les inscrire au compte de cette réflexion.

Les intervenants sensibilisés à cette problématique sont invités à bâtir leurs analyses à partir des situations concrètes, en dégageant les logiques déployées, les résultats obtenus et les impacts observés, de manière à pouvoir cerner en quoi l’émergence actuelle des élites dans la paysage agricole des pays africains est capable ou non de s’insérer dans les jeux d’acteurs porteurs d’espoir pour le développement rural en Afrique, parce qu’ils sont d’inspiration locales ou endogènes. Car, aujourd’hui, il faut bien s’interroger si les nouveaux acteurs de la construction du développement rural africain, au rang desquels s’inscrit l’élite urbaine, ne vont pas perpétuer la stratégie par le haut qui à conduit à la déstructuration socio-économique des campagnes africaines.

Pour épouser le contexte scientifique de cet ouvrage collectif, l’autre passage à emprunter consisterait à s’appuyer sur les axes de réflexion proposés ici et à voir comment ils s’adaptent aux réalités vécues dans les pays, si l’on veut mettre davantage l’accent sur l’approche analytique.

Les contributions doivent respecter autant que faire se peut, les normes suivantes :

  1. Format : Word
  2. Nombre de pages : 10 au moins, 12 au maximum, cartes et photos non comprises,
  3. 8 références bibliographiques récentes au plus ;
  4. Notes : 10 au maximum, à placer en fin de texte, avant les références bibliographiques ;
  5. Police : Time New Roman ;
  6. Taille : 12 pour les titres, 10 pour le texte ;
  7. Interligne : simple ;
  8. Marges : Haut : 2, Gauche : 2, Bas : 2, Droite, 2 ;
  9. Cartes et photos : si possible, deux et quatre respectivement ;
  10. Tableaux et figures : quatre au maximum pour chaque cas ;
  11. Nombre de caractères : 27 000 au maximum
  12. Résumé en français et en anglais d’une dizaine de lignes environ, suivi de cinq mots clés.

Cet appel à contribution d’adresse en priorité aux enseignants-chercheurs et chercheurs en sciences humaines, sociales, économiques et politiques, isolés ou en équipe. Pour y répondre, il suffit de retourner

avant le 1er avril 2010

la fiche de demande jointe à cet appel à contribution à l’adresse suivante :

lacedep.ouvrage.eu@hotmail.fr

la participation n’étant pas au préalable soumise à la validation du résumé de la contribution.

Les contributions sont soumises à l’approbation d’un comité scientifique. La publication de l’ouvrage est envisagée au courant du mois d’octobre 2010.

Dates

  • jeudi 01 avril 2010

Mots-clés

  • élite urbaine, paysannerie, zone périurbaine

Contacts

  • Elong, Joseph-Gabriel ~
    courriel : jogagy49 [at] yahoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Carlos Jenart
    courriel : c [dot] jenart [at] ades [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'élite urbaine dans le paysage agricole africain : du périurbain au rural profond », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 19 mars 2010, http://calenda.org/200574