AccueilLe naturalisme dans les sciences sociales

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Publié le jeudi 25 mars 2010 par Marie Pellen

Résumé

Ces deux aspects sont impliqués dans cette rencontre scientifique de Strasbourg s’interpénètrent : ne serait-ce que parce que les défenseurs d’un dualisme méthodologique (qu’ils se réfèrent explicitement ou non au methodenstreit allemand) qui considèrent que les sciences sociales ont des spécificités qui rendent incommode, voire contre-productive, l’application inconditionnelle des méthodes des sciences de la nature, doivent répondre aux ambitions de naturalisation de l’esprit humain qui constitue l’objectif déclaré de l’orthodoxie des sciences cognitives. Le thème choisi pour ce colloque, en même temps que convoquer l’histoire des sciences sociales dans leur fondation même, esquisse les contours de ce qui pourrait être le débat intellectuel fondamental des sciences sociales de demain.

Annonce

 

Naturalisme est un terme polysémique. D’une part, il a souvent désigné la résolution que certains chercheurs en sciences sociales ont prise de se conformer aux principes et méthodes des sciences de la nature. Sous cet aspect, on peut dire que la notion de naturalisme interpelle la fondation même de la sociologie. En effet, Auguste Comte proposa le terme de sociologie (en 1839 dans son Cours de philosophie positive), pour remplacer l'expression de « physique sociale » (que pourtant il utilisa lui-même un temps) chère à Adolphe Quételet.

Si Auguste Comte souhaita remplacer l'expression "physique sociale" par le mot sociologie, c'est avant tout parce qu'il trouvait cette expression impropre en ce qu’elle suggérait l'idée d'une trop grande proximité entre la sociologie et la science physique.

Si Comte pensait qu'il y avait une continuité historique entre toutes les disciplines scientifiques, il défendait l'idée que la sociologie, la dernière-née, était aussi la plus complexe et qu'en raison de cette complexité, elle ne pouvait donner lieu à une mise en équation mathématique. C’est pourquoi, Comte comparait plus volontiers la sociologie à la biologie : « Du reste toute idée de nombre effectif et de loi mathématique étant déjà directement interdite en biologie, comme je l'ai suffisamment expliqué, elle doit être, à plus forte raison, radicalement exclue des spéculations encore plus compliquées de la sociologie. » (Cours de philosophie positive, T.2, p.168). Quoi qu’il en soit, ces interrogations inaugurales montrent que les liens entre sciences de la nature et sciences sociales sont complexes et à tout le moins ambivalents. Ils peuvent relever d’une relation d’inspiration ou au contraire de suspicion voire de défiance.

D’autre part, le terme de naturalisme convoque les résultats les plus récents des sciences cognitives et des neurosciences lorsqu’il qualifie la thèse selon laquelle les contenus mentaux sont la conséquence d’une activité biologique et donc naturelle. Cette activité biologique est, bien entendu, celle du cerveau et, plus spécifiquement aujourd’hui, celle des neurones.

Ces deux aspects qui sont impliqués dans cette rencontre scientifique de Strasbourg s’interpénètrent en réalité, ne serait-ce que parce que les défenseurs d’un dualisme méthodologique (qu’ils se réfèrent explicitement ou non au methodenstreit allemand)  qui considèrent que les sciences sociales ont des spécificités qui rendent incommode, voire contre-productive, l’application inconditionnelle des méthodes des sciences de la nature, doivent répondre aux ambitions de naturalisation de l’esprit humain qui constitue l’objectif déclaré de l’orthodoxie des sciences cognitives.

Le thème choisi pour ce colloque, en même temps que convoquer l’histoire des sciences sociales dans leur fondation même, esquisse les contours de ce qui pourrait être le débat intellectuel fondamental des sciences sociales de demain.

 

Programme 4, 5 & 6 mai 2010

MISHA, 5 allée du Général Rouvillois, Strasbourg

Mardi 4 mai 2010

13h45        Accueil des participants

14h00        Ouverture du colloque par Alain BERETZ, président de l’Université de Strasbourg

14h30        Patrick PHARO (Directeur de recherche au CNRS, Paris Descartes)

« Dépendances fonctionnelles et libertés sociales »

15h10        Cyril LEMIEUX (Maitre de conférences)

« Le réductionnisme naturaliste : seule garantie d’un point de vue universaliste en sciences sociales ? »

Pause café

16h20        Fabrice CLÉMENT (Professeur FNRS, Université de Lausanne, Institut des Sciences Sociales / LABSO)

« Vers un réductionnisme modéré : le cerveau social »

17h00        Pierre DEMEULENAERE (Professeur à l’université de Paris-Sorbonne (Paris IV), GEMAS-UMR 8598)

« Y a t- il des lois dans la vie sociale ?»

Mercredi 5 mai 2010

8h30          Accueil café et viennoiseries

9h00          Jean-Hugues DECHAUX (Professeur de sociologie à l’Université Lumière Lyon, Mo.Dy.S- UMR5264)

« De quelle nature parle-t-on en science sociale ? Une position dualiste »

9h40          Raymond BOUDON (Professeur émérite, Académie des sciences morales et politiques)

 « Les sciences humaines peuvent elles échapper au naturalisme ? »

Pause café

10h50        Charles-Henri CUIN (Professeur de sociologie à l’Université de Bordeaux, LAPSAC EA 495)

« L’obscur objet de l’étude des croyances religieuses ; réflexions et propositions »

11h30        Dominique RAYNAUD (Maître de conférences HDR à l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble)

« La sociologie est-elle une science naturelle ?»

Pause Repas

14h00        Marie JAISSON (Maître de conférences à Université de Tours François Rabelais, CITERES-UMR 6173, & au Centre Maurice-Halbwachs  Paris CNRS-EHESS-ENS-UCBN)

« Sex-ratio, sélection et statistique. Les arguments de Darwin »

14h40        Patrick WATIER (Professeur à l'Université de Strasbourg, LCSE)

« Les sciences de la culture et la sociologie à la recherche d'une autonomie méthodologique. Dilthey, Rickert, Simmel »

Pause café

15h50        Bernard VALADE (Professeur à l’Université Paris Descartes (Paris V – Sorbonne)

« Les métaphores de l'organicisme et du physicalisme en science sociale : illustrations et comparaisons »

16h30        Nathalie BULLE (Chargée de recherche au CNRS)

« Le naturalisme comme entreprise politico-culturelle »

Jeudi 6 mai 2010

8h30          Accueil café et viennoiseries

9h 00        Florence RUDOLF (Professeure à l’INSA de Strasbourg, LCSE)

 « Sociologie de l’environnement et naturalisme »

9h40         Bernard CONEIN (Professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis)

« La contribution de la primatologie à l’analyse des systèmes sociaux humains : Approche naturaliste de la cognition de groupe »

Pause café

10h50        Dominique GUILLO (Directeur de recherche au CNRS, GEMAS-Paris IV-UMR 8598)

« Les approches néo-darwiniennes de la culture et le flou relatif des croyances collectives »

11h30        Nathalie HEINICH (Directeur de recherche au CNRS)

« Entre naturalisme et anti-naturalisme : non-dits et implications du réductionnisme »

12h10        David LE BRETON (Professeur à l’université de Strasbourg, LCSE, Institut Universitaire de France)

« Anthropologie des émotions : critique de la raison naturaliste »

Pause Repas

14h30        Jean ROBILLARD (Professeur à l’Université du Québec à Montréal - Téluq)

 « Qu’est-ce qu’une catégorie naturelle en sciences sociales ? »

15h10        Gérald BRONNER (Université de Strasbourg, LCSE, Institut Universitaire de France)

« Le régime causal en sociologie cognitive »

Lieux

  • MISHA, 5 allée du Général Rouvillois
    Strasbourg, France

Dates

  • mardi 04 mai 2010
  • mercredi 05 mai 2010
  • jeudi 06 mai 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • naturalisme, sciences sociales, épistémologie

Contacts

  • Romy Sauvayre
    courriel : romy [dot] sauvayre [at] misha [dot] fr

Source de l'information

  • Romy Sauvayre
    courriel : romy [dot] sauvayre [at] misha [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le naturalisme dans les sciences sociales », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 25 mars 2010, http://calenda.org/200636