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Conflits et conflictualités

Séminaire franco-allemand de jeunes chercheurs au Moulin d’Andé 2010

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Publié le lundi 29 mars 2010 par Marie Pellen

Résumé

Séminaire franco-allemand de jeunes chercheurs du CIERA au Moulin d’Andé 2010. Organisé en collaboration avec le KWI Essen, avec le soutien de l'Université franco-allemande. Ce séminaire ouvert aux doctorants et post-doctorants de toutes les disciplines aura lieu du 7 au 11 septembre 2010.

Annonce

Objectifs

Répondant à une double exigence d’interdisciplinarité et d’ouverture internationale, ce séminaire franco-allemand de jeunes chercheurs CIERA / KWI Essen vise à apporter une pierre à la formation d’un milieu franco-allemand de jeunes chercheurs liés par une sociabilité intellectuelle forte. Répondant  en effet à une double exigence d’interdisciplinarité et d’ouverture internationale, la rencontre a pour objectif d’offrir, pendant cinq jours consécutifs un lieu de réflexion et d’échange à de jeunes chercheurs (doctorants en majorité) en sciences humaines et sociales autour d’un thème commun.

Le programme du séminaire a été conçu pour explorer et confronter les approches des conflits dans les différentes disciplines de sciences humaines et sociales dont des « sciences de la culture » (Kulturwissenschaften). L’objectif est de cerner les instruments, échelles et concepts utilisés pour saisir les conflits dans ces différentes disciplines et de décrypter les théories sous-jacentes des visions disciplinaires de l’individu et des sociétés.

Contenu

Les sciences sociales et humaines voient dans les conflits des moments privilégiés d’observation qui laissent des traces, poussent les protagonistes à réagir, à se justifier, mettent en cause les légitimités, voire, dans leur forme violente, l’existence même des parties. On les étudie pour eux-mêmes et pour interroger les conjonctures plus pacifiées. Leur instrumentalisation s’appuie sur le postulat souvent implicite selon lequel ils constituent des formes de cristallisation qui révèlent la racine du social, des relations internationales ou des subjectivités, restés invisibles, latents, cachés...

Les disciplines des SHS s’y intéressent sans toujours réfléchir à leur statut, leurs manifestations, à l’intensité, l’historicité ou aux échelles de leur expression – ce qui fragilise certaines de leurs conclusions. Toute réflexion sur la conflictualité doit cerner les mots indigènes et savants utilisés pour décrire les conflits en fonction de leur intensité, de leur mode d’expression, de leur portée, ou en fonction des points de vue disciplinaires. Les conflits, situés dans l’espace et le temps, se manifestent avec des intensités et des formes d’expression très variables et sont traduits avec des terminologies variables.

Pour les acteurs impliqués, autant que pour les chercheurs, l’un des enjeux consiste à les désigner, à euphémiser le conflit, à le nier ou à l’accentuer et à le dramatiser : guerre, violence, controverse, concurrence, dispute, contentieux, pression, insécurité, harcèlement, mobbing, méfiance, défiance, haine de soi ou d’autrui… La gamme des expressions est presque inépuisable, comme la temporalité des conflits, leur degré de généralité ou les règles qui codifient (ou non) leur expression. Ils peuvent être violents, latents, codifiés, frontaux ou indirects. On le voit, les terminologies du monde social et des sciences sociales se recoupent, l’observateur étant lui-même pris dans la concurrence pour désigner les enjeux du conflit et sa nature ne peut jamais rester totalement neutre.

Les enjeux méthodologiques et épistémologiques sont multiples. Il s’agira tout d’abord de cerner les instruments, échelles et concepts utilisés pour saisir les conflits dans les disciplines des SHS. Cette approche comparative visera à saisir les théories sous-jacentes, rarement explicitées, des visions disciplinaires de l’individu et des sociétés : conflits d’intérêt, incompatibilité des dispositions, d’habitus ou idées, ou analyse centrée sur le psychisme ou la subjectivité. On n’appréhende pas les conflits de la même manière selon qu’on les saisit au niveau de l’individu (conflit de conscience, dilemmes, effets d’un conflit vécu sur le sujet…), au niveau sociétal (clivages sociaux, domination symbolique) ou interétatique (guerre, marchés, diplomatie…).

Le programme du séminaire a été conçu pour explorer et confronter les approches des conflits en sciences sociales et humaines. Si l’organisation des sessions privilégie une entrée en termes d’échelles où le conflit se manifeste (des conflits « intra-individuels » aux conflits inter-étatiques en passant par les relations de proximité et les sociétés), des propositions qui visent à confronter et à croiser les échelles sont particulièrement bienvenues. Une dernière session sera consacrée aux questions de restitution et de représentation des conflits dans les travaux de recherche

1-Le conflit intérieur

La première session porte sur l’échelle individuelle. L’expérience de la violence et des conflits produit chez l’individu des formes d’adaptations, d’appropriations et de représentations subjectives du monde et de sa conflictualité. La participation directe dans le conflit ainsi que son intériorisation peuvent produire des conflits intérieurs, transformés éventuellement en mémoire refoulée ou non-dits, ou au contraire constituer le cœur de l’identité individuelle. Un des enjeux pourrait être d’étudier comment des conflits sociaux et violents sont vécus et retravaillés par les individus et inversement comment les parcours biographiques produisent des dispositions à la conflictualité ou à la violence.

2-Conflits de proximité

Les relations de proximité - familiales ou électives - font l’objet d’approches variées. Relations de proximité comme lieu de reproduction et d’expression des formes de domination ou relations de proximité comme espace qui protège les individus de la conflictualité sociale. Cette session pourrait être l’occasion d’analyser cette dialectique, de voir comment les conflits sociaux, économiques, de genre ou de génération, s’expriment dans les espaces sociaux de proximité, et comment leur expression est régie par les enjeux spécifiques de cet espace (affectivité, relations électives, secrets de famille, tabous, etc)

3-Conflits sociaux et controverses

Le prisme sociétal a longtemps dominé l’analyse de la conflictualité. Fondée sur les groupes sociaux et leurs intérêts antagonistes, cette échelle semble être aujourd’hui délaissée. Pourtant, les sociétés continuent à produire des inégalités sociales et des discriminations dont les modes d’impositions ou de résistances méritent intérêt. Les Etats peuvent être pensés comme les lieux privilégiés de formation, d’expression et de régulation de la conflictualité, à travers les institutions de la démocratie représentative, l’Etat social et l’Etat de droit. Au-delà, l’étude des controverses, forme particulière de pratiques conflictuelles, permet d’ouvrir l’horizon du questionnement vers d’autres niveaux d’analyse (publicité, codes, médias, rhétorique, langues et littératures).

4-Conflits entre États

Tout comme les relations entre groupes ou au sein d’un groupe, les relations internationales sont par essence concurrentielles. Elles peuvent devenir rivales – notamment lorsque le patriotisme devient nationalisme. Elles se situent alors à l’orée du conflit – mais le passage de l’un à l’autre est difficile à situer. Pour autant, l’analyse des conflits entre Etats ne peut se limiter à la guerre, la diplomatie et les relations internationales, la mondialisation ajoute une dimension particulière aux enjeux sociaux, économiques et politiques. Leur expression dépasse la seule question de l’usage de la violence et de sa forclusion pour intégrer ses dimensions économiques, environnementaux, culturels et idéologiques. D’un côté se joue une réarticulation entre les formes interétatiques et supranationales de gestion des conflits (OMC, ONU, UE, tribunaux internationaux) et de l’autre une recomposition des logiques, réseaux et échanges infranationaux (circulations de personnes, d’idées et de technologies, travail des ONG, etc.) qui pourraient faire l’objet de travaux de cette session.

5-Décrire, écrire et représenter les conflits

Comment restituer les conflits et la conflictualité potentielle dans des travaux scientifiques ? Le problème de la description implique notamment un choix entre les terminologies indigènes et les catégories savantes (contentieux, luttes de classement ; psychologie). Se pose également le problème de temporalité : faut-il focaliser sur le conflit « visible » ? Comment et jusqu’où historiciser et contextualiser le conflit ? Comment ne pas réduire le conflit à deux polarités et restituer la complexité des situations conflictuelles ? Quels sont les outils disponibles pour objectiver le conflit : statistiques, images, cartes, graphiques ?

Candidature et déroulement

Les candidats sont invités à présenter, à partir de leurs travaux personnels, un projet de texte (4 à 5 pages) abordant l’une de ces cinq questions. Quinze projets seront choisis et seront développés par leurs auteurs pour donner lieu à des textes d’une quinzaine de pages qui seront mis en ligne sur l’espace collaboratif du CIERA début juillet. Les quinze textes seront présentés et commentés par les autres participants pendant le séminaire. Des binômes (auteur/ commentateur) seront formés préalablement. Une dizaine de candidats, en particulier ceux encore débutants dans leur travail de recherche, peuvent se présenter d’emblée, en envoyant seulement un curriculum vitae et leur projet de recherche. Ils participeront alors en tant qu’auditeurs ou seront chargés de commenter les papiers de leurs collègues.

L’accent sera mis sur le travail en équipes interdisciplinaires. Les thématiques proposées doivent permettre de représenter un spectre de disciplines le plus large possible (histoire, géographie, germanistique, romanistique, lettres, histoire de l’art, sociologie, économie, droit, philosophie, anthropologie, psychologie…).

Deux demi-journées seront consacrées à des séances de travail en petits groupes permettant d’approfondir avec les chercheurs « senior » des questions qui auront émergé lors des discussions et seront restées en suspens lors des sessions thématiques et de résoudre collectivement des problèmes méthodologiques que rencontrent individuellement les jeunes chercheurs pendant leur travail de thèse. Ces « questions de méthode » seront rassemblées en amont du séminaire et mises en ligne sur l’espace collaboratif.

Déroulement : Le séminaire se déroulera du mardi 7 au samedi 11 septembre 2010 après-midi. Chaque demi-journée commencera par la conférence d’un(e) spécialiste, suivie d’une session consacrée à la présentation de leurs travaux par les participants.

Public : Le séminaire s’adresse à 25 jeunes chercheurs doctorants ou post-doctorants de toutes nationalités, issus de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, travaillant ou non dans une logique comparatiste, traitant ou non d’un terrain français ou allemand. Les langues de travail seront le français et l’allemand. Chacun s’exprimera dans sa langue de prédilection, mais devra être en mesure de bien comprendre l’autre langue.

Lieu : Le Moulin d’Andé, Eure (gare la plus proche : Val-de-Reuil)

Candidature : La sélection des participants se fera sur la base de leur candidature en ligne sur le site du CIERA, accompagnée d’un curriculum vitae, d’une présentation de leurs travaux de recherche et d’un projet de texte à discuter en relation avec un des cinq thèmes du séminaire.

Date limite de réception des dossiers : 10 mai 2010

Frais : 50 € (frais d’inscription et participation aux repas). Les frais de voyage (train 2e classe ou avion billet tarif réduit) et de séjour sont entièrement pris en charge par le CIERA.

Informations : www.ciera.fr, ransinan@ciera.fr

Lieux

  • Moulin d'Andé
    Val-de-Reuil, France

Dates

  • lundi 10 mai 2010

Contacts

  • Virginie Ransinan
    courriel : ransinan [at] ciera [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Virginie Ransinan
    courriel : ransinan [at] ciera [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Conflits et conflictualités », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 29 mars 2010, http://calenda.org/200685