AccueilRelations anthropozoologiques. Nouvelles approches & jeunes chercheurs (2010)

Relations anthropozoologiques. Nouvelles approches & jeunes chercheurs (2010)

Anthrozoological relationships. New approaches and doctoral-postdoctoral researchers

Un panorama d'une socio-anthropologie des relations humain / animal

A socio-anthropological overview of human-animal relationships

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Publié le mardi 06 avril 2010 par Karim Hammou

Résumé

L'association IPRAZ (Imaginaires et pratiques des relations anthropo-zoologiques) organise ses deuxièmes journées d’étude consacrées aux relations anthropozoologiques. Quinze jeunes chercheurs contribueront donc à dessiner les contours d’une socio-anthropologie des relations humain / animal à travers leurs propres recherches. Les journées se dérouleront les 17 et 18 mai 2010 à l'université de Genève.

Annonce

Organisation :

Emmanuel Gouabault (Docteur en sociologie - Haute École de Travail Social de Genève) et Jérôme Michalon (Doctorant en sociologie - MODYS / Université Jean Monnet – St Etienne)

Le 18 juin 2009 se tenait à St Etienne la journée d’étude « Les relations anthropozoologiques : nouvelles approches et jeunes chercheurs.[1] » A l’origine, cette initiative s’est trouvée au carrefour d’un constat et d’une envie.

Le constat d’abord de voir émerger depuis quelques années un objet nouveau dans le paysage des sciences sociales françaises : les relations anthropozoologiques. Constat étayé par la multiplication de travaux, notamment de jeunes chercheurs, sur la question. Ces travaux, marqués par de nombreux métissages conceptuels et épistémologiques, semblent pourtant pointer dans une même direction : comprendre ce qui relie humains et animaux dans l’ici et le maintenant, ainsi que les différentes modalités d’un « faire société » qui dépasserait les barrières de l’espèce.

Ensuite, il y a l’envie. L’envie de provoquer la rencontre et la discussion de ces jeunes chercheurs (dont nous sommes bien évidemment). L’envie d’explorer ensemble les raisons (intellectuelles mais aussi personnelles) qui les ont poussés à s’intéresser à cette question animale tout en maintenant un ancrage disciplinaire attentif à la notion de « social ». Envie encore d’échanger autour des différentes réalités empiriques et symboliques rencontrées au long court de leurs recherches.

La tenue de cette journée a donc été l’occasion de satisfaire cette envie et de donner corps au constat initial : il y avait donc bien matière à discussions. Celles-ci ont tracé les contours d’un double objet. D’une part, celui qui nous rassemblait : les relations anthropozoologiques prises dans une spatialité plutôt occidentale et une temporalité plutôt récente. La variété des situations par lesquelles on pouvait les décrire a été largement illustrée. Et c’est précisément en contraste avec cette multitude de terrains potentiels que la difficulté à trouver des ressources conceptuelles sur les relations anthropozoologiques, notamment du côté de la sociologie francophone, est apparue de manière aussi flagrante que surprenante.

Ainsi, l’esquisse d’un nouvel objet de recherche qui serait une exploration du parcours de la question animale dans le paysage sociologique hexagonal, a pris timidement forme dans nos esprits. Une nouvelle envie en somme, qui nous pousse à proposer une seconde journée d’étude. Et ce d’autant plus que l’intérêt témoigné par les personnes présentes à la première édition, ainsi que par celles qui ont regretté de ne pouvoir y assister, nous encourage à croire en la nécessité d’une récidive.

Vous trouverez ci-dessous le texte de présentation de la première journée d’étude. Il reste toujours d’actualité, comme rappel du cadre général de la journée et du type d’exercice auquel se livreront les participants.

Les travaux sur les rapports qu’entretiennent les populations occidentales avec les animaux connaissent depuis une vingtaine d'années une croissance inédite. La diffusion d’une certaine sensibilité vis-à-vis des questions environnementales, ajoutée aux récentes crises alimentaires liées au système d’élevage et aux modes de consommation des animaux, contribuent à faire des relations anthropozoologiques un enjeu majeur au niveau sociétal et une question légitime dans le champ intellectuel.

L'anthropologie s’est intéressée très tôt à la place symbolique et pragmatique qu’occupaient les animaux dans certaines communautés humaines. Cependant, elle s’est longuement cantonnée à le faire par défaut, soit dans des contextes non occidentaux et/ou non contemporains.

Néanmoins la somme de ces travaux nous rappelle que l’animal est un élément non négligeable (voire incontournable) dans de nombreuses cultures. Un constat qui nous invite à considérer sérieusement les pratiques, les imaginaires et les débats qui engagent actuellement l’animal dans les sociétés européennes et nord-américaines. Les indices de l’existence d’une « question animale » sont sous nos yeux : le nombre de chiens et de chats qui vivent dans les foyers occidentaux, le poids économique du marché de l’animal de compagnie, la virulence des débats autour de la chasse, de la corrida, de l’expérimentation animale, le poids des associations de protection et de défense des animaux domestiques, la prise en compte du « bien être animal » dans les pratiques d’élevage, etc. Pourtant, les approches sociologiques des rapports anthropozoologiques ont encore du mal à émerger et à prendre ces derniers comme un objet légitime et central.

Le but de cette journée sera de présenter des travaux de jeunes chercheurs (ou apprentis chercheurs) prenant pour objet les relations humains/animaux dans des contextes contemporains et occidentaux. Il sera question de montrer en quoi cet objet émergeant impose des bricolages méthodologiques, des transgressions disciplinaires et invite à la créativité. Sans se livrer à un exercice de socio-analyse, les participants auront à cœur de présenter, à partir de travaux récents, comment l’idée d’investiguer cette thématique marginale leur est venue et comment ils ont construit leur propre approche en conjuguant avec les contraintes académiques et disciplinaires.

L’accent sera mis non sur l’unicité, mais au contraire sur la multiplicité des approches socio-anthropologiques des relations humains/animaux. Multiplicité qui témoigne de la complexité de ces relations et de la nécessité de proposer des conceptions innovantes pour la saisir et en rendre compte. 

PROGRAMME Lundi 17/05/2010

10h-10h15

Emmanuel Gouabault et Jérôme Michalon, Introduction 

10h15-10h30

Annik Dubied, Animaux et sciences sociales en Suisse

10h30-11h10

Chloé Mondémé (discutante: Marion Vicart), Les ressources de l’action entre un « non-voyant/parlant » et un « voyant/non-parlant » : Le partage des compétences entre personne déficiente visuelle et chien guide d’aveugle

11h10-11h50

Christophe Blanchard (discutante: Marion Vicart), Etudier les jeunes SDF accompagnés de chiens. Comment faire de l’animal un médiateur entre le chercheur et son objet de recherche

12h00-14h Pause repas

14h-14h40

Nathalie Savalois (discutante: Marion Vicart), Étude des relations entre hommes et goélands dans l’espace marseillais

14h40-15h20

Sarah Gamaire (discutant: Jean Estébanez), « Le bonheur est dans le ciel » : Etre passionné par les oiseaux, pratiques entre l’intime et le collectif

15h20-15h40 Pause café 

15h40-16h20

Coralie Mounet (discutant: Jean Estébanez), L’animal en géographie : le loup et le sanglier 

16h20-17h

Nicolas Lescureux (discutant: Jean Estébanez), Vers une approche des conflits homme-prédateur centrée sur les savoirs locaux

Mardi 18/05/2010

9h00-9h40

Stéphanie Chanvallon (discutant: Antoine Doré), L’Homme et la vie sauvage. Des rencontres à la transformation de soi

9h40-10h20

Isabelle Autran (discutant: Antoine Doré), Les sexualités animales : l’altérité en question

10h20-10h40 Pause café 

10h40-11h20

Catherine Rémy (discutant: Antoine Doré), Objets légitimes et illégitimes en sciences humaines : le cas des relations homme-animal

11h20-12h30

Discussion finale avec Jean-François Staszak  

Ces journées d’étude sont à destination d’un public universitaire (étudiants et enseignants-chercheurs), mais ouvertes à tou-tes.

L’entrée est gratuite.

Localisation : (voir le plan d'accès ci-joint)

Uni Mail, 40 bd du Pont-d’Arve, 1211 Genève

LUNDI 17.05.2010

      de 08.15 à 12.00 : salle M3220

      de 14.15 à 18.00 : salle MS030

MARDI 18.05.2010

      de 08.15 à 12.00 : salle M 4220

Résumés des communications  

Isabelle AUTRAN

Docteur en sociologie, Chargée de cours Université Paris Ouest Nanterre. Responsable d'édition Presses de Paris Ouest

Je me propose d’aborder ici les conditions de connaissance de l’animal comme altérité vivante en même temps que celui de la sexualité comme objet de connaissance. Plus précisément, il s’agira d’envisager la problématique de la sexualité comme prisme d’intelligibilité permettant de penser le vivant animal. Si l’on envisage la relation qui unit un chercheur à son ou ses objets de recherche comme une interaction dialectique complexe, on doit se demander ce que l’on peut connaître des sexualités animales et « plus frontalement » comment peut-on connaître l’animal.

J’ai tenu aussi à envisager la sexualité comme le produit d’un système de connaissance qui est, en tant que tel, modulé par un raisonnement et un ensemble d’argumentation précis. Lorsque nous disons que la sexualité est un prisme d’intelligibilité qui permet d’aborder la question de l’animal, cela signifie que la sexualité est un système de savoir qui façonne la compréhension que nous pouvons établir de l’animal. Pour le dire autrement, la façon de conceptualiser la sexualité permet de dire « quelque chose » concernant l’animal.

J’ai orienté ma réflexion sur les conditions d’une étude de l’animal comme être sexué. Je me suis attachée à éclairer l’ontologie de l’animalité par la phénoménologie afin de penser l’animal pour lui-même et dans son originalité. J’ai en effet considéré l’animalité non pas comme source d’une ontologie qui définit un manque d’être, mais comme la « présence » de la vie à elle-même. J’ai pensé la sexuation comme la figure la plus évidente de la différence et comme la figure exemplaire de la diversité qui implique la rencontre avec l’altérité.

En suivant une démarche transversale, il est intéressant d’éclairer ces propos selon d’autres perspectives théoriques. D’un point de vue sociologique d’abord, en pensant les différentes formes d’instrumentalisation de la sexualité des animaux et le contrôle de la reproduction comme des modes de transformation de l’animal. Sous l’angle de la psychanalyse ensuite, les sexualités animales étant comprises alors comme des idéogrammes où l’homme fixe ses sentiments de transfert, de projection ou d’identification.

Chloé MONDEME

Doctorante en Sciences du langage, ICAR (Interactions, Corpus, Apprentissage, Représentations), Lyon

La possibilité d'une véritable communication interspécifique – entendue comme compréhension et ajustement mutuel entre l’homme et l’animal – est désormais attestée dans les études scientifiques issues de champs disciplinaires aussi divers que l'éthologie, l'anthropologie, ou encore, plus récemment, la sociologie. Il s'agit à présent d'en analyser finement les modalités, et ce grâce à une méthodologie d'inspiration ethnométhodologique accordant un intérêt particulier au déroulement des interactions dans leur contexte ordinaire et dans leur déroulement temporel situé.

Nous proposons donc, à travers l’étude de courts moments d’interaction entre un chien guide et son maître non-voyant, de décrire et d’analyser les procédures d’ajustement mutuel qui donnent lieu à la réalisation d’actions pratiques de premier ordre : s’orienter dans l’espace urbain, éviter des obstacles, franchir des passages délicats, etc. Ces moments d’ajustements seront documentés à l’aide de captations vidéo précisément transcrites selon les méthodes de l’Analyse Conversationnelle. C’est en effet dans un perspective linguistique que ces données seront observées, afin de rendre compte des ressources verbales parfois, et non-verbales la plupart du temps – corporelles, gestuelles, posturales, bref multimodales – qui sont utilisées et rendues pertinentes dans le cours de l’interaction. Comment un « non-voyant/parlant » (le déficient visuel) et un voyant/non-parlant (le chien guide) parviennent-ils à partager et mettre en commun leurs connaissances pratiques ? Quelles ressources mobilisent-ils pour s’accorder, se comprendre et réaliser ensemble leur parcours dans l’espace urbain ? A terme, c’est la redéfinition d’une entité autonome, véritablement « hybride » (Lestel, Brunois, Gaunet, 2006) qu’il conviendra d’opérer.

Ce travail de recherche s’inscrit en effet dans un questionnement plus global qui a débuté il y a quelques années quand mes intérêts théoriques se sont portés du côté des aspects multimodaux, mis en œuvre dans l’action de manière co-occurrente et co-configurante au langage strictement verbal – alors que je travaillais sur les interactions entre membres du Samu social et personnes sans-abri (2004-2007). J’ai voulu creuser cet intérêt pour le non-verbal en allant choisir des données « extrêmes », mettant en scène des êtres-sans-parole en interaction avec des humains. Le choix de situations de travail a été motivé par un intérêt proprement praxéologie pour les situations de communication dans l’action. S’il n’y a pas de discours à proprement parler entre ces deux êtres, il y a bien interaction et communication – et il s’agit d’en décrire précisément les modalités et les ressources. 

Catherine REMY

Docteur en sociologie, Chargée de recherche au Centre de Sociologie de l’Innovation, Paris

Il est bien connu qu’une discipline s’affirme et se positionne à travers la délimitation d’un champ de recherches qui définit un ensemble d’objets d’études légitimes. En même temps, il est bien connu aussi qu’une discipline se renouvelle en interrogeant cette délimitation et en proposant de nouvelles perspectives qui agrandissent, déplacent ou bien retraduisent ce champ. Il me semble qu’aujourd’hui la question des relations homme-animal pose ce type d’interrogation à la sociologie, et plus généralement aux sciences humaines. Dans cette communication, j’essaierai de présenter les différentes manières typiques d’aborder cette question des relations homme-animal en essayant d’en souligner les apports et les limites, mais aussi la dimension plus ou moins subversive en ce qui concerne une définition « classique » des sciences de l’homme. Je tenterai de montrer comment cet espace de recherches, qui s’est largement renouvelé depuis une dizaine d’années, a déstabilisé le paradigme longtemps dominant de l’animal comme représentation, mais a également conduit à de nouveaux questionnements qui peuvent finalement, pour certains d’entre eux, se révéler constituer de véritables apories.

Christophe BLANCHARD

Doctorant en sociologie, Centre Pierre Naville / Université Evry-Val d’Essonne, Brest

Depuis quelques années, nous assistons dans les centres urbains des métropoles occidentales à un nouveau phénomène qui ne manque pas d’interpeller l’ensemble des acteurs politiques, sociaux et médicaux de nos villes : l’errance juvénile. De plus en plus souvent, cette jeunesse itinérante est accompagnée par de véritables meutes de chiens, dont l’encombrante présence n’est pas sans entraîner de multiples problèmes aux collectivités et aux services publics. En France, ce phénomène s’avère particulièrement flagrant, notamment autour des gares, lieux catalyseurs des marginalités les plus diverses.

Désireux, dans le cadre de ma thèse de sociologie,  de mieux comprendre l’étendue des difficultés engendrée par la possession d’un chien une fois à la rue, j’ai souhaité me rapprocher de ces propriétaires de la Zone durant mes terrains d’enquête à travers l’Hexagone. Public souvent très méfiant vis-à-vis de personnes n’appartenant pas à son univers, j’ai décidé de m’appuyer sur ma connaissance de l’animal pour faciliter les échanges et les interactions. Maître-chien de formation, j’ai ainsi tenté de réaliser une synthèse inédite entre sociologie et cynotechnie, qui me permet aujourd’hui de continuer à affiner ma réflexion et d’apporter aux acteurs institutionnels quelques pistes afin de mieux appréhender ce nouveau type d’exclusion. 

Sarah GAMAIRE

Master 2 ethnologie, Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, Paris

Les oiseaux fascinent l'homme depuis des siècles. Ils suscitent la curiosité des inventeurs et inspirent les romanciers. A défaut de pouvoir voler comme eux, les hommes les observent, les étudient, les protègent, etc. Pour comprendre cette attraction des hommes envers les oiseaux, j’ai choisi de suivre les observateurs d’oiseaux puis les bagueurs d’oiseaux pour mes travaux de première et deuxième année de Master. J’ai rencontré tour-à-tour des personnes qui sortaient tous les dimanche matin à l’aube, les jumelles au cou ; et d’autre qui consacraient tous leurs week-end durant des années à se former pour avoir le permis de baguer les oiseaux sauvages ou encore qui développait des projets de protection. Au-delà du loisir, cet intérêt pour les oiseaux témoigne le plus souvent d’un engagement que je définis comme « passionné ».

Tandis que les sciences humaines considèrent les loisirs comme des vecteurs de socialisation, la philosophie pense les passions comme propre à l’individu. Les terrains menés me permettent au contraire de penser l’observation et le baguage des oiseaux en France et en Suisse à l’interface entre la construction d’une pratique collective et la recherche d’une relation intime avec l’oiseau. Nombre des personnes rencontrées aiment observer seules et témoignent un attachement affectif aux oiseaux croisés dans leurs jumelles.  Mais l’acquisition des savoirs se déroule avant tout sur le terrain avec les autres ou lors de stages théoriques et pratiques pour les bagueurs, qui s’organisent en un réseau national.

Pour comprendre cette ambivalence entre l’individuel et le collectif, il est nécessaire d’accepter d’observer non seulement les relations sociales mais aussi les relations homme-animal, et non pas les penser distinctement. L’usage de la caméra m’a aidé à me situer dans cet entre-deux. Pour parler de cette expérience, je m’appuierai sur des images tournées durant mon premier terrain afin d’illustrer les difficultés rencontrées mais aussi l’intérêt d’étudier ces pratiques pour penser plus largement les relations anthropo-zoologiques. 

Coralie MOUNET

Docteur en géographie, Post-Doctorante au CEMAGREF-Grenoble, Grenoble

Dans cette communication, je traiterai de mes travaux de thèse, dont le sujet portait sur les questions de conflits et de vivre ensemble autour des animaux « à problème » que sont le loup et le sanglier.

Pour des raisons à la fois personnelles, relevant de la particularité du parcours universitaire suivi, et disciplinaires, ma manière d’appréhender mon sujet a profondément évolué et changé au fil de la thèse.

D’un point de vue personnel, avoir suivi initialement une formation en sciences biologiques n’est pas neutre et a eu un poids important sur ma posture vis-à-vis du sujet.

D’un point de vue théorique, il n’est pas aisé de traiter la question de l’animal en géographie : il a fallu s’orienter vers différents courants de la sociologie (sociologie des organisations, de la traduction et de l’environnement) et en combiner les outils conceptuels.

Je reviendrai sur cette évolution et montrerai comment ces différents apports théoriques m’ont notamment permis d’adopter une posture épistémologique s’attachant à mener une symétrie de traitement entre les différents acteurs et actants étudiés. En outre, le caractère heuristique d’une telle symétrie de traitement sera interrogé. 

L’Homme et la vie sauvage. Des rencontres à la transformation de soi

Stéphanie CHANVALLON

Docteur en sociologie et anthropologie, Université de Rennes, Quimper 

Après long cheminement et parcours subaquatique (enseignante et plongeuse cadre scientifique en écologie et biologie sous-marine), après m’être investie dans le domaine de la communication (réalisation de films documentaires animaliers), la recherche de doctorat s’est imposée pour réfléchir et écrire une réflexion globale sur les relations de l’Homme à la Nature tout en m’attachant aux « singularités plurielles ». A la fois observatrice et participante, je suis allée à la rencontre des autres pour entendre leurs expériences et tenter d’en comprendre le sens.

Ma Thèse de Doctorat : « Anthropologie des relations de l’Homme à la Nature. La Nature vécue entre peur destructrice et communion intime, » explore deux grands thèmes qui semble s’opposer : la destruction et la fascination pour la Nature. Et pourtant… Comment comprendre les relations de l’Homme à la Nature ? La Nature désacralisée, recréée en ersatz et simulacres, interroge l’Homme, ses peurs multiformes et complexes, ses paradoxes. Si l’Homme a peur de la Nature, comment le manifeste-t-il ? Et l’Homme en quête de Nature dans le quotidien ou dans des situations extrêmes, que recherche-t-il ? La Nature offre de multiples nourritures : corporelles, sensorielles, émotionnelles, affectives, cognitives, psychiques, spirituelles. Et plus spécifiquement, les relations avec la vie sauvage, comment sont-elles vécues et pour quoi ? Car l’altérité c’est aussi l’animalité, l’autre non humain. Et cette rencontre avec l’animal sauvage, souvent bouleversante, est porteuse de sens et motivée par les deux protagonistes. La transformation intérieure réside dans cette « dissonance cognitive » difficile à dépasser et que l’autre renvoie par sa différence apparente.

Cette étude s’appuie sur de l’anthropologie sociale et culturelle, qualitative et réflexive. Elle explore de manière inductive les voies contemporaines du renouvellement de la relation à la Nature tout en resituant la permanence de l’être. Menée entre autres autour d’entretiens au long cours, sensibles, elle privilégie dans le discours des acteurs, les représentations, le sensoriel, l’émotionnel, en un mot, l’expérience humaine. De plus, l’implication et l’engagement du chercheur sont ici valorisés, car ils deviennent « levier et instrument de connaissance » et refusent le « faire-semblant de la dés-implication ». Cet objet de recherche appelle à l’interdisciplinarité, à l’ouverture des frontières, à un savoir métissé, en convoquant, selon les chapitres et les exigences analytiques, des disciplines comme, par exemple, la paléoanthropologie, la neuropsychologie, l’anthropozoologie, le symbolique et l’imaginaire, les phénomènes « psi ». En toile de fond se dessine une réflexion empreinte de philosophie et phénoménologique. 

Annik DUBIED 

Département de Sociologie, Université de Genève 

Étude des relations entre hommes et goélands dans l’espace marseillais

Nathalie SAVALOIS

Doctorante en anthropologie, EHESS/Centre Norbert Elias (SHADYC), Marseille  

Notre recherche repose sur une approche qui tient compte des caractères dynamiques et interactifs des relations que les hommes entretiennent avec leurs milieux. Notre intérêt se porte plus particulièrement sur l’interactivité au sein de relations entre humains et animaux dits « sauvages » : les goélands.

En effet, les études portant sur les facteurs responsables de la forte croissance démographique de nombreuses espèces de goélands dans le monde montrent que leurs populations sont étroitement liées à l’évolution des sociétés humaines. Notamment, une étude sur la dynamique des populations de goélands des îles marseillaises a montré qu’elle est très fortement liée à la disponibilité alimentaire offerte par les décharges à ciel ouvert qui entourent cette ville depuis le début des années 1960. C’est au début des années 1990 que les premiers goélands reproducteurs sont observés sur les toits de la ville. Pour analyser et comprendre la nature des relations et les niveaux d’interactions entre hommes et goélands, nous avons choisi de travailler à différentes échelles.

Tout d’abord, l’observation des comportements des oiseaux dans différents espaces urbains nous permet de mieux connaître leurs modes d’utilisation de la ville, d’identifier les lieux où ils peuvent être observés par les habitants, et de mettre cela en rapport avec les discours et pratiques des habitants, de la municipalité, des écologues et des gestionnaires d’espaces naturels. Nous étudions également les modes de gestion des populations de goélands, que ce soit à travers la bibliographie ou via des entretiens auprès des institutions locales (Municipalité, Préfecture). Ceci nous permet de contextualiser les données écologiques existantes sur les populations locales et nationales de goélands. Enfin, à l’aide de recherches historiques dans différents types d’archives, combinées à une analyse de la littérature scientifique internationale sur les goélands, nous essayons de situer le cas marseillais dans un contexte géographique et chronologique plus large. Nos différents résultats, à travers l’analyse des processus d’interaction entre humains et goélands, nous amènent finalement à discuter les notions d’animal « sauvage » et de « commensalisme ». 

Nicolas Lescureux

Post-doctorant, Norwegian Institute for Nature Research (NINA) 

La cohabitation entre hommes et grands prédateurs est souvent caractérisée par l’existence de conflits plus ou moins intenses, qui ont des impacts négatifs tant sur les populations humaines que sur les populations de grands prédateurs. L’impact économique ne pouvant suffire à expliquer l’intensité des conflits, ceux-ci ont souvent été décrits comme étant le résultat de peurs et de croyances associées aux prédateurs. Un premier terrain ethnographique en France nous a permis de remettre en question cette vision des conflits. Aussi, souhaitant nous dégager des seules approches économiques et/ou symboliques, nous avons décidé de nous intéresser aux savoirs des populations locales sur les grands prédateurs afin de redonner à l’animal sa place dans la relation et de dégager l’impact de son écologie et de ses comportements sur les conflits. Après avoir adopté une approche diachronique qui nous a permis de dégager la nature interactive et dynamique des relations entre hommes et loups au Kirghizstan, nous avons décidé d’analyser les conflits entre hommes et prédateurs dans la synchronie en comparant les modalités des relations existant entre l’homme et trois espèces de prédateurs (ours, loup, lynx). Cette étude, qui s’est déroulée en République de Macédoine, nous a permis de dégager à travers les savoirs locaux l’impact des comportements de ces trois espèces sur les relations qu’elles entretiennent avec l’homme. Les résultats que nous avons obtenus nous permettent de mettre en évidence l’impact notoire des comportements spécifiques sur les interactions, les savoirs et les perceptions liées à ces espèces. À travers la présentation de cette recherche, nous souhaiterions faire part de nos réflexions méthodologiques, des implications théoriques de certains de nos résultats quant à la nature des relations entre l’humain et son environnement, mais également de nos questionnements quant à la place de l’ethnologue au sein de projets de conservation. 

Participants :

Intervenants : Isabelle Autran (Paris), Christophe Blanchard (Brest), Stéphanie Chanvallon (Quimper), Annik Dubied (Prof. de sociologie, Genève), Sarah Gamaire (Paris), Nicolas Lescureux (Norvège), Chloé Mondémé (Lyon), Coralie Mounet (Grenoble), Catherine Rémy (Paris), Nathalie Savalois (Marseilles).

Discutants : Antoine Doré (Grenoble), Jean Estèbanez (Paris), Jean-François Staszak (Prof. de géographie, Genève), Marion Vicart (Paris).

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[1] Cette journée a été soutenue par la Fondation Adrienne & Pierre Sommer, le laboratoire MODYS et l’Université Jean Monnet de Saint Etienne.

Lieux

  • Uni Mail, 40 bd du Pont-d’Arve
    Genève, Confédération Suisse

Dates

  • lundi 17 mai 2010
  • mardi 18 mai 2010

Mots-clés

  • relations humain animal, méthodes, sociologie, anthropologie

Contacts

  • Emmanuel Gouabault
    courriel : emmanuel [dot] gouabault [at] unige [dot] ch

Source de l'information

  • Emmanuel Gouabault
    courriel : emmanuel [dot] gouabault [at] unige [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Relations anthropozoologiques. Nouvelles approches & jeunes chercheurs (2010) », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 06 avril 2010, http://calenda.org/200751