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Pratiques de sécurité en ville

Security practices in cities

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Publié le mardi 06 avril 2010 par Karim Hammou

Résumé

Ce dossier vise à expliquer la place et le fonctionnement de la sécurité, définie comme protection des biens et des personnes, dans les dynamiques urbaines. Il a pour objectif d’en analyser la production, en mettant l’accent sur les logiques d’encadrements informels. Il privilégie l’étude des pratiques et des politiques plus ou moins institutionnalisées destinées à assurer la sécurité, à partir de l’échelle locale, celle des quartiers, en particulier ceux qui ne représentent pas les vitrines internationales des pays et qui ne sont pas concernés par la constitution de quartiers enclos pour les couches supérieures de la société urbaine.

Annonce

Coordination : Marie MORELLE, Université Paris I Panthéon Sorbonne, France
Jérôme TADIE, IRD, France

Ce dossier vise à expliquer la place et le fonctionnement de la sécurité, définie comme protection des biens et des personnes, dans les dynamiques urbaines. Il a pour objectif d’en analyser la production, en mettant l’accent sur les logiques d’encadrements informels. Il privilégie l’étude des pratiques et des politiques plus ou moins institutionnalisées destinées à assurer la sécurité, à partir de l’échelle locale, celle des quartiers, en particulier ceux qui ne représentent pas les vitrines internationales des pays et qui ne sont pas concernés par la constitution de quartiers enclos pour les couches supérieures de la société urbaine.

Alors que dans certaines métropoles, les politiques publiques de sécurité visent en priorité les quartiers les plus riches et les mieux intégrés, nous favorisons l’étude des espaces pauvres. Ces espaces sont en effet souvent marqués à la fois par une forte présence de la violence quotidienne et par celle de modes de régulation spécifiques (moindre présence ou visibilité de l’Etat excepté dans des logiques strictement répressives, quasi-absence des compagnies de sécurité privées, importance de groupes d’intervenants plus ou moins formalisés). Ces quartiers sont aussi les terrains d’intervention privilégiés des acteurs internationaux ou multilatéraux, ce qui permet de mettre en évidence la circulation de modèles de sécurité. Dans ces discours et interventions sont visés aussi bien la paix sociale, perçue comme facteur de développement et – dans un contexte néolibéral – de croissance économique.

Une première interrogation met en jeu, en termes de justice spatiale, une conception redistributive de la sécurité, dont il faut analyser l’assise territoriale et les modes de production. Dans les débats sur le développement, la sécurité est considérée comme un bien commun, une ressource à laquelle tout citadin doit accéder. La sécurité apparaît là comme indicateur de justice spatiale, ou marqueur d’injustice. La question est particulièrement forte dans des villes où des quartiers pauvres semblent hors des principaux dispositifs de sécurité publique. De plus, la sécurité des uns peut engendrer l’insécurité des autres. Garantir la sécurité revient à restreindre un certain nombre de libertés individuelles. Cela n’est pas sans entrainer des excès. La sécurité ne peut donc être liée automatiquement à la notion de justice spatiale.

Les différents types d’actions selon les quartiers et l’émergence de pratiques populaires, leurs interactions, confrontations ou juxtapositions avec celles définies par les pouvoirs publics ressortent ici. L’appropriation de l’espace et la sécurisation qui en découlerait est-elle identique selon l’appartenance politique, ethnique ou encore le genre ? L’approche de la sécurité dans sa dimension spatiale, urbaine en l’occurrence, fait ainsi apparaître les représentations urbaines des individus et des groupes. Ces aspects permettront de mettre en avant la dimension procédurale de la justice spatiale. Dans cette optique, les controverses et échanges sur la sécurité sont portées par des conceptions spécifiques de la justice spatiale. Le lien entre sécurité et justice spatiale est ainsi relié aux controverses et revendications.

La justice spatiale intervient ainsi à plusieurs niveaux d’analyse. En effet, elle est mobilisée dans les discours de manière à répondre à un certain nombre d’injonctions à la sécurité. Elle s’exprime aussi comme une demande d’un traitement égalitaire ou équitable par certains, respectant le « citoyen », moins répressif envers les pauvres, grâce aux registres d’actions et de discours qu’il convient de préciser. Lorsqu’elle n’est pas appropriée et revendiquée de manière claire ni dans les pratiques ni dans les discours qui les accompagnent, la notion de justice spatiale devient une catégorie exogène, mobilisée par le chercheur, permettant d’analyser la dimension institutionnelle et politique de la sécurité.

Au-delà, la sécurité pose une question sociale et politique, au fondement d’un ordre social et urbain, juste ou non. On peut formuler l’hypothèse que les dispositifs, formels ou non, renforcent encore les divisions urbaines, le décalage d’un quartier à un autre, voire le repli communautaire, au détriment d’une sécurité pour tous. Ils sont aussi au fondement de la catégorisation de populations et de quartiers, voire leur stigmatisation. Ajoutons que l’entrée par quartier ne peut esquiver la question des personnes et des groupes rendus invisibles car dépourvus d’ancrage territorial (les sans-abri par exemple), alors évincés de tout processus, aussi fragmenté soit-il, de sécurisation.

La sécurité renvoie donc à un système de pouvoir auquel participent non seulement les instances dirigeantes de la ville ou du pays, mais aussi de nombreux autres acteurs (habitants, groupes, compagnies de sécurité, etc.). Elle soulève la question des rapports de force et de la constitution de normes qui créent la ville et conduisent à l’apparition ou à la consolidation d’inégalités en son sein, en contribuant à la définition d’usages et de personnes légitimes ou illégitimes dans ces espaces. Privilégiant la dimension spatiale et temporelle de ces pratiques, nous proposons de mettre en valeur la diversité des processus à l’œuvre, afin de mieux comprendre les formes d’organisation et de régulations au fondement, ou non, d’une justice spatiale.

Les articles rédigés devront être envoyés avant le 1er octobre 2010

pour inclusion dans le numéro spécial qui paraîtra au printemps 2011.

Contact :
contact@jssj.org

Security Practices in Cities

  • Marie MORELLE, Université Paris I Panthéon Sorbonne, France
  • Jérôme TADIE, IRD, France

This issue of Justice Spatial/Spatial Justice aims at assessing the place and functioning of security - defined as the means of protecting goods and persons - in urban settings. It will focus on the production of security and emphasize informal control mechanisms. It will address the uses and everyday policies, more or less institutionalised, to insure greater security. Of particular interest are the field studies carried out in neighbourhoods that are not affected by globalizing forces or constitute showcases of their respective countries, and different from the well-researched gated communities of urban elites.
Whereas in some metropolises, public policies regarding security focus mainly on the wealthier and best integrated neighbourhoods, we would like to encourage the study of poorer neighbourhoods. These are generally characterized both by daily violence and by specific modes of regulation (less visible state intervention except through repression, virtual absence of private security companies, importance of more or less formal stakeholders). These neighbourhoods are also the favoured terrains of intervention for international or multinational organizations, illustrating the worldwide spread of specific models of security. Official discourse and interventions claim to be aimed at social peace, regarded as a factor of development and – in a neoliberal context – of economic growth.
This raises a first set of questions relevant to spatial justice, to do with a redistributive conception of security, whose territorial basis and modes of production should be analysed. In current debates on development, security is mainly considered as a common good,, a resource to which every city dweller is entitled. It is therefore an indicator of spatial justice and a marker of injustice. This question is even more acute in cities where poorer neighbourhoods remain outside all the main security devices. Moreover implementing security for some groups may also induce insecurity for the others. Guaranteeing security may lead to restraining certain rights and freedoms. This might also foster abuses. Security is therefore not mechanically linked to spatial justice.

Depending on neighbourhoods, grassroots practices may emerge, in interaction with interventions from public powers. Do spatial appropriation and production of security take similar forms regardless of political, ethnic or gendered variations? Approaching security in its spatial and urban dimension implies taking into account the representations of the urban by a variety of individuals and groups in the city. Debates on security involve specific conceptions and analyzing them means calling on a procedural understanding of justice.
Spatial justice therefore interacts with security issues on different levels. It is mobilized in discourses in order to formulate claims of security. It also comes across as a demand for equal or fair treatment by some actors (landlords, leaders, associations…), respect for the “citizen”, less repression against the poor, in sets of actions or discourses that are to be defined. While the notion of justice is not necessarily explicit either in discourses or practices, it may still be mobilized as an exogenous category by researchers, as a way to analyze institutional and political dimensions of security.
Security raise social and political issues, at the roots of a social and urban order, fair or not. The hypothesis can thus be formulated that the exercise of power, whether formal or informal, reinforces urban divisions, gaps between neighbourhoods, even forms of communitarianism, despite the fact security is meant for everybody. It also lies at the basis of categorizations and stigmatization of people and neighbourhoods. Moreover, a territorial approach cannot ignore the question of people or groups that have become invisible because they are devoid of territorial reference (the homeless for instance), who are therefore left out of any security process, fragmented as it might be.

Security is therefore at the heart of a nexus of power exercized not only by the ruling bodies of a city or a country, but also numerous actors such as the inhabitants, different types of groups, security companies, etc. It raises the issue of power relations and the constitution of norms which shape the city and lead to the emergence and consolidation of inequalities, contributing to define legitimate or illegitimate uses and people in its spaces. We would welcome contributions on the spatial and historical processes at work here, in a perspective that emphasizes the diversity of ongoing processes, in order to understand the forms of organisation and regulation on which spatial justice may (or not) be built.

The deadline for submission of full articles (7500 words at most) is October 1st, 2010

for a special issue to be published online in spring 2011.
Contact : contact@jssj.org

Catégories

Dates

  • vendredi 01 octobre 2010

Mots-clés

  • sécurité, villes, justice spatiale

Contacts

  • Aurélie Quentin
    courriel : contact [at] jssj [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Aurélie Quentin
    courriel : contact [at] jssj [dot] org

Pour citer cette annonce

« Pratiques de sécurité en ville », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 06 avril 2010, http://calenda.org/200756