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La statistique en action

Statistics in Action

Revue Sociologie et sociétés vol. 44, n°1, printemps 2012

Sociologie et Sociétés journal vol. 44, no.1, spring 2012

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Publié le vendredi 16 avril 2010 par Karim Hammou

Résumé

Les statistiques sociales ont longtemps été réduites à l’application d’outils mathématiques de mesure à des phénomènes sociaux qui étaient pensés comme existant antérieurement à et indépendamment de leur observation. Dans cette perspective métrologique, les outils statistiques étaient vus seulement comme des moyens de connaissance, des outils neutres et objectifs, qu’on pouvait certes « manipuler » ou « faire mentir », mais qui n’agissaient pas sur les objets de la connaissance et de l’action. Or un ensemble de travaux de socio-histoire ont démontré que les statistiques pouvaient également être conçues comme des instruments participant à la construction des représentations du monde social...

Annonce

Sociologie et sociétés. La statistique en action

Vol. 44, no 1, printemps 2012 

Stéphane Moulin (responsable) 

Les statistiques sociales ont longtemps été réduites à l’application d’outils mathématiques de mesure à des phénomènes sociaux qui étaient pensés comme existant antérieurement à et indépendamment de leur observation. Dans cette perspective métrologique, les outils statistiques étaient vus seulement comme des moyens de connaissance, des outils neutres et objectifs, qu’on pouvait certes « manipuler » ou « faire mentir », mais qui n’agissaient pas sur les objets de la connaissance et de l’action.  

Or un ensemble de travaux de socio-histoire ont démontré que les statistiques pouvaient également être conçues comme des instruments participant à la construction des représentations du monde social. Aussi, ces travaux ont introduit l’idée selon laquelle les quantifications statistiques du social s’inscrivaient dans des dispositifs produits par des appareils administratifs et dont l’usage conduisait à construire des réalités sociales, à changer les représentations collectives et individuelles, voire à transformer les modalités de l’intervention publique ou les comportements des personnes.  

C’est depuis le début des années 1980 que cette socio-histoire des statistiques sociales s’est constituée. Des travaux généraux ont cherché à approfondir à la fois l’histoire de la construction de ces instruments (Porter, 1986; Gigerenzer et al., 1989; Desrosières, 1993; Beaud et Prévost, 2000) et les liens entre les quantifications ou classifications et les formes de l’action publique ou individuelle (Porter, 1995; Bowker et Star, 1999; Hacking, 2001; Blum et Mespoulet, 2003; Lascoumes et Le Galès, 2004; Espeland et Sauder, 2007; Desrosières, 2008). D’autres travaux plus spécialisés ont éclairé l’action des statistiques dans des domaines aussi variés que la perception de l’intelligence (Gould, 1981; Martin, 1997), la conception de l’activité (Salais et al., 1986), les modes de catégorisation sociale (Boltanski et Thévenot, 1983), l’ethnicité ou les discriminations raciales (Simon, 2005) ou la toxicomanie (Beck, 2005).  

Parallèlement, on a assisté à une complexification et une prolifération des instruments et des dispositifs de quantification. Les techniques de statistiques sociales se sont sophistiquées en mettant de l’avant de nouvelles méthodes dites « avancées », comme les modèles de durée ou les modèles multi-niveaux. Les dispositifs d’enquête se sont diversifiés et complexifiés, à la fois spatialement (avec la multiplication des enquêtes internationales) et temporellement (avec le développement des enquêtes longitudinales, rétrospectives ou par panels). Enfin des marchés de logiciels ou d’instruments statistiques d’intervention (tels que les échelles en psychologie) se sont développés à destination des professionnels de l’administration publique ou de l’intervention.

Au-delà des appareils administratifs classiques que sont les ministères, les universités, les centres de recherche et les agences nationales, de nouveaux acteurs sont ainsi apparus dans le champ de la statistique sociale. Des producteurs de chiffres ont émergé : des collectifs de citoyens aux organisations internationales en passant par les institutions régionales, ce qui a contribué à complexifier les négociations et à accroître les tensions relatives à l’utilisation des chiffres. Des experts spécialisés dans la mathématisation, la modélisation ou la programmation ont contribué au développement et à la reconnaissance, tant matérielle que symbolique, de nouveaux champs relativement autonomes de la statistique appliquée : psychométrie, bio-statistique, épidémiologie, bibliométrie, géomatique, ou actuariat.

 L’objectif de ce numéro sera d’explorer l’impact de l’émergence et du développement de ces instruments et acteurs des statistiques sociales sur les référentiels de l’action publique contemporaine. Il s’agira donc de mettre en lumière l’influence des dispositifs et des instruments de la statistique sociale sur les représentations sociales et les modes d’intervention publique, une influence qui se retrouve désormais au cœur d’enjeux politiques aussi diversifiés que l’amélioration de la santé des populations (maladie mentale, santé mentale, obésité, toxicomanie,…), l’efficacité organisationnelle (rendement de l’éducation, évaluation des compétences), l’amélioration du bien-être économique (chômage, pauvreté), la réduction des inégalités sociales (discrimination raciale ou de genre) ou la reconnaissance des i 

Sociologie et sociétés paraît deux fois par année. Les numéros thématiques explorent et analysent des objets d'étude reflétant l'évolution des sociétés contemporaines. Ils visent à contribuer aux débats qui animent la sociologie comme discipline spécialisée, mais aussi les sciences sociales et humaines. Bien que la revue mette l'accent en priorité sur une perspective sociologique, les approches interdisciplinaires sont encouragées. Des propositions provenant de disciplines comme l'histoire, les sciences de la communication, le design ou l'architecture, notamment, seront considérées.

Un intérêt tout particulier sera accordé à la dimension empirique des contributions.

Calendrier 

9 avril 2010 : appel à proposition

30 juin 2010 : date limite de réception des propositions d’articles (résumé de 300 mots)

31 juillet 2010 : information aux auteurs des propositions retenues.

31 mars 2011 : date limite de réception des textes prêts à être évalués par des pairs. 

La thématique sera présentée dans le numéro de Sociologie et sociétés du printemps 2012, vol. 44, no 1.

Propositions 

Un résumé des propositions – de 300 mots maximum – doit parvenir au responsable du numéro avant le 30 juin 2010: Stéphane Moulin, département de sociologie, Université de Montréal (stephane.moulin@umontreal.ca). 

Ce résumé devra détailler l’objet de recherche, en décrivant à la fois des caractéristiques d’instruments (dispositifs d’enquête, méthodes, champs de la statistique appliquée, logiciels, échelles ou indicateurs,…) et les effets de ces instruments sur les modalités concrètes de l’action publique et individuelle. Le résumé devra aussi clairement spécifier la perspective théorique, la méthodologie utilisée ainsi que les hypothèses ou résultats attendus. Enfin, il devra mentionner les nom et prénom des auteurs ainsi que leurs rattachements institutionnels.  

Le fichier PDF ci-joint contient la bibliographie.

Lieux

  • Département de sociologie de l'Université de Montréal
    Montréal, Canada

Dates

  • mercredi 30 juin 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • statistique, quantification,action publique, représentation

Contacts

  • Stéphane Moulin
    courriel : stephane [dot] moulin [at] umontreal [dot] ca
  • Eric Brechard
    courriel : eric [dot] brechard [at] umontreal [dot] ca

Source de l'information

  • Stéphane Moulin
    courriel : stephane [dot] moulin [at] umontreal [dot] ca

Pour citer cette annonce

« La statistique en action », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 16 avril 2010, http://calenda.org/200872