AccueilAteliers Urba-Rom « Logiques et processus de catégorisation des populations dites roms/tsiganes »

Ateliers Urba-Rom « Logiques et processus de catégorisation des populations dites roms/tsiganes »

Urba-Rom workshop: "Logic and processes of categorisation of so-called Gypsy/Romany populations"

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Publié le lundi 03 mai 2010 par Marie Pellen

Résumé

Lors de cette première journée des ateliers Urba-Rom, il est proposé de revenir sur la constitution savante de l’objet « Tsiganes » et, dans le même temps, de confronter ce dernier aux réalités socioculturelles des groupes ainsi désignés. Les approches historiques et anthropologiques seront privilégiées afin d’interroger les fondements et la pertinence de l’entité Roms/Tsiganes comme catégorie scientifique, pour mieux travailler à l’élaboration d’objets historiques et anthropologiques maîtrisés (romipen, romanès…), rompant avec l’approche catégorielle héritée de la tsiganologie. Patrick Williams assurera la modération des échanges autours des trois communications de la séance, présentées par Massimo Aresu (historien), Stefania Pontrandolfo et Martin Olivera (anthropologues).

Annonce

Ces dernières années, la « question rom » (the Roma issue) est apparue comme une préoccupation récurrente de la nouvelle Europe réunifiée. L’objet s’impose de lui-même, sans qu’il ne soit jamais question de savoir de qui l’on parle et pourquoi. Le constat semble en effet clair et univoque : les Roms/Tsiganes constituent une minorité marginale dont il faut s’occuper. Suivant cette logique, il n’est pas surprenant que les plus importants producteurs/diffuseurs de « connaissances » sur la « minorité rom » et sa situation « problématique » soient diverses institutions ou fondations internationales (Conseil de l’Europe, FMI, Banque Mondiale, Open Society Institute, OSCE, U.E. etc.) ayant directement ou indirectement prise sur la définition et l’application des politiques publiques.

Partant de ce constat, ce premier atelier du réseau Urba-Rom vise à constituer un espace d’échange autonome et critique au sein duquel les fondements et ressorts de la prétendue « question rom » pourront être interrogés. Il s’agira en particulier d’analyser et de comparer les processus de catégorisation des populations dites roms/tsiganes. L’enjeu de cette réflexion collective est à la fois politique et scientifique. Politique, parce que les catégories en cours de construction préfigurent les politiques publiques de demain ; scientifique car il s’agit, à partir de cette critique des catégories de l’action publique, de poser les premiers jalons d’une recherche comparative et interdisciplinaire.

Le séminaire est structuré à partir des trois thématiques suivantes :

1.Epistémologie de l’objet « Roms/Tsiganes » (resp. : Martin Olivera)

Laboratoire d’Anthropologie Urbaine – CNRS, Ivry,

25 mai (14h-17h)

Intervenants : Massimo Aresu (historien), Stefania Pontrandolfo et Martin Olivera (anthropologues)

Modérateur : Patrick Williams (anthropologue)

Lors de cette première journée, il s’agit de revenir sur la constitution savante de l’objet « Tsiganes » et, dans le même temps, de confronter ce dernier aux réalités socioculturelles des groupes ainsi désignés. Les approches historiques et anthropologiques seront privilégiées afin d’interroger les fondements de l’entité Roms/Tsiganes comme catégorie scientifique, pour mieux travailler à l’élaboration d’objets historiques et anthropologiques maîtrisés (romipen, romanès,…), rompant avec l’approche catégorielle héritée de la tsiganologie.

Massimo ARESU : « Égyptiennes mais pas seulement. « Tsiganes » et catégorisations identitaires dans les documents du Bas Moyen-Âge »

Notre communication vise à déconstruire l'ordre traditionnel des témoignages documentaires relatifs à l'arrivée des populations tsiganes en Europe, au bas Moyen Âge.

L'attention sera focalisée sur l'utilisation du nom en tant que marque extérieure d'identification. Les attributs et les appellations les plus répandus, ainsi que les dénominations le moins fréquemment attribuées aux populations tsiganes, ou comme telles présumées, seront identifiés à l'aide des sources. Au-delà de la simple analyse des modalités d'attribution des noms, et en examinant le rôle qu’ont eu les élites savantes dans la construction identitaire des différents groupes, on cherchera à tirer des renseignements concernant le substrat géographique, social et culturel qui est à la base d'une telle classification. On montrera en même temps comment le choix du corpus documentaire influence les chercheurs. Il sera donc possible de souligner les différences entre les chroniques citées habituellement et d'autres sources documentaires jusqu'à maintenant inconnues ou très peu considérées, telles que les registres municipaux.

Stefania PONTRANDOLFO : « De la pertinence des catégories savantes et politiques face au refus des rhétoriques-politiques de la ‘’reconnaissance culturelle’’: l’exemple de Melfi (Italie du Sud) »

L’anthropologie tsigane des trente dernières années semble s’être définitivement détachée de l’approche catégorielle héritée de la vielle tsiganologie grâce, en premier lieu, à la fidélité aux réalités toujours complexes et diversifiées relevées sur les différents terrains de recherche. En d’autres termes, la pertinence d’une entité Roms/Tsiganes comme catégorie scientifique a été maintes fois mise en discussion en raison de l’exigence de contextualisation entraînée par la recherche de type ethnographique. Cependant, les réflexions désormais tenues pour acquises par les acteurs de l’anthropologie tsigane ne sont pas toujours partagées par les autres agents sociaux (comme, par exemple, les chercheurs d’autres disciplines, les institutions politiques et les associations tsiganes).

Le cas ethnographique de la « communauté rom » de Melfi (Italie du Sud), une communauté en « voie de disparition », par les nombreuses contestations des Melfitains à l’égard de signifiés proposés par des agents sociaux externes à la communauté locale faisant référence à ceux qu’ils appellent « Roms », « Nomades » ou « Tsiganes », nous permettra de réfléchir tant sur la validité et sur la pertinence des catégorie savantes de l’anthropologie tsigane que sur celles d’autres catégories plus ou moins liées aux politiques-rhétoriques de la « reconnaissance culturelle », assez répandues dans tous les pays d’Europe à l’heure actuelle.

La comparaison entre ces catégories exogènes et celles des Melfitains (d’origine rom ou non), lesquelles sont dans la plupart des cas caractérisées par un refus résolu des rhétoriques de la « reconnaissance culturelle » vis-à-vis de ceux qu’ils appellent « Melfitains d’origine tsigane », permettra donc de réfléchir encore une fois sur la complexité irréductibles des constructions socioculturelles.

Martin OLIVERA : « Historiens, anthropologues et militants : mêmes objets ? Même combat ? »

Qui parle de quoi et pourquoi ? L’exemple des discours produits et reproduits sur les Tsiganes depuis plus de 200 ans montrent que ne pas poser ces questions, c’est pérenniser un épais brouillard de stéréotypes et d’évidences (souvent contradictoires, d’ailleurs), rendant les réalités bien impuissantes face à l’imaginaire. Pourquoi des générations de tsiganologues ne sont-elles pas parvenues à ébranler le sens commun ? Pourquoi les clichés de 2010 sont-ils les mêmes que ceux de 1850 ? Est-ce parce qu’ils sont fondés ? Ou parce qu’ils jouent le même rôle aujourd’hui qu’au 19è siècle ?

L’anthropologie et l’histoire des Tsiganes ont certes produit des travaux essentiels, dont les résultats dépassent largement le champ des « études tsiganes ». Mais qu’en est-il de leur diffusion dans l’opinion publique ? Cette communication voudrait interroger cette relative « impuissance » du savant face à l’objet Roms/Tsiganes et, partant, proposer une sortie possible, en quittant l’anthropologie de la substance pour celle de la manière. En suivant la voie ouverte par des chercheurs depuis les années 1980, il s’agirait d’en finir avec « les Roms » pour mieux comprendre le romanès.

Des références bibliographiques et des documents seront disponibles dans quelques jours sur le site Urba-rom (http://urbarom.crevilles.org/).

Organisateur :

Martin Olivera : martin.olivera@yahoo.fr

2. Fabrique et usage des catégories para-ethniques par le droit (resp : Grégoire Cousin)

13 septembre 2010 à14H

Laboratoire d’anthropologie urbaine (LAU)  : 27 rue Paul Bert  94204 - Ivry-sur-Seine

Intervenants : Wolfgang Göderle (historien), Francesca Mariani et Grégoire Cousin (juristes), Céline Gabarro (sociologue)

Modérateur : Alexis Spire (sociologue)

Pour des raisons diverses (pressions politiques, agenda européen, etc.), les pouvoirs publics doivent agir en direction des Roms/ Tsiganes sans pour autant identifier ces derniers comme un groupe-cible défini selon des critères ethniques. L’administration met donc en place des tactiques juridiques pour agir en direction de groupes assimilés aux Roms/ Tsiganes tout en restant dans un cadre légal et réglementaire. Pour analyser ce « travail administratif », nous interrogerons les contours doctrinaux des catégories juridiques, les différentes formes de catégorisation juridique (déviance de catégories juridiques immanentes, construction de catégories ethniques infra-juridiques, légitimation judiciaire des représentations sociales, l'application discrétionnaire de règles répressives par l'Administration...) ainsi que l'invention de catégories in situ, et les processus d'identification ethnique par les agents administratifs.

  • Grégoire Cousin, Catégories juridiques, éléments de doctrine et typologie

Dans un Etat de droit les catégories de l'action administrative sont nécessairement des catégories juridiques. Dans plusieurs pays d’Europe, les spécifications ethniques de l'action publique sont strictement prohibées tant sous forme de règles discriminatoires que de reconnaissance de droits des minorités.. Nous interrogerons la mobilisation légale des catégories juridiques par l’administration sur fond de politique ethnique illégitime. Dans un premier temps, nous définirons les contours doctrinaux de notre objet puis le processus d'inscription d’une situation dans une catégorie juridique, autrement dit de la qualification juridique. Ces deux approches théoriques seront illustrées au travers de situations vécu par les Roms/tsiganes et saisis par les praticiens du droit.

  • Céline Gabarro, La construction de la catégorie Rom/Roumain par l’Assurance maladie : une catégorie ethnique aux contours flous ?

Nous nous intéresserons ici à la façon dont les agents de l’Assurance maladie vont appliquer une loi visant l’ensemble des ressortissants européens spécifiquement à l’encontre des ressortissants roumains. Nous analyserons la manière dont ils ont retranscrit cette loi au sein de leur réglementation interne, puis la façon dont elle a été interprétée et appliquée par les différents agents des Caisses. Nous verrons ainsi se dessiner, à travers les pratiques et discours de ces agents, une catégorie opérante, ethniquement définie mais aux contours flous : les Roms/Roumains

  • Wolfgang Göderle, Note sur le traitement statistique des Roms/tsiganes dans lEmpire austro-hongrois

Dans sa moitié autrichienne, l'Empire Habsbourgien n’effectuait aucune aucune catégorisation éthnique officielle des Roms/Tsiganes. Cependant certains groupes souffraient de discriminations correspondantes à certaines pratiques sociales : les personnes aux domicile inconstant, les vagabonds et différents groupes professionnels furent percu comme des Tsiganes (et ensuite comme criminelle), et différentes lois et décrets ciblaient l'expulsion de ce groupe de la région centrale de l'Empire Austro-Hongrois.

  • Francesca Mariani, Le législateur italien à la recherche des Roms

Le débat politique italien s’est tendu ces dernières années sur la délinquance (supposée) des Roms. Afin de répondre à ce problème public le législateur a utilisé des catégories juridiques ethniquement neutres.  Deux exemples sont présentés : la catégorie nomade dans les ordonnances « Campi nomadi » de 2008 et de la condition sanitaire dans la loi 94-2009 sur la domiciliation.

3. La « question rom » à l’échelle locale : genèse, catégories et controverses (resp : Olivier Legros)

Modérateur : Loïc Blondiaux (politologue)

Journée prévue courant décembre.

Bien entendu, la « question rom » n’existe pas a priori ; elle se construit dans des situations d’interactions, probablement selon des processus différents, mais toujours au travers des discours et des pratiques des citoyens ordinaires, des organisations de la société dite « civile » et des institutions. L’objectif de cet atelier est donc de comparer les conditions d’émergence de la « question rom » à l’échelle locale et d’analyser le fonctionnement des arènes politiques qui y sont liées. La « question rom » apparaît ainsi comme un analyseur possible des processus de marginalisation et des modes de régulation politique en cours dans les sociétés locales européennes.

Organisateurs :

  • Grégoire Cousin : gregoire.cousin@lacimade.org
  • Olivier Legros : olivier.legros@univ-tours.fr
  • Martin Olivera : martin.olivera@yahoo.fr

Cycle "logiques et pratiques d'inclusion"

4. Pratiques et stratégies économiques des migrants roms en Europe occidentale

Lundi 13 décembre, de 14h à 17h

au Laboratoire d'Anthropologie Urbaine, CNRS,

27 rue Paul Bert, Ivry-Sur-Seine

(Métro Ligne 7 –Porte d’Ivry)

Les ateliers Urba-Rom sont des espaces d’échanges et de réflexion ouverts, à l’initiative des  membres du réseau.  Il s’agit, dans le cadre de ces ateliers, de faire le point sur des thématiques précises, de présenter des recherches en cours et d’identifier des pistes pour des recherches futures. Les travaux des ateliers, qui peuvent donner lieu à publication par la suite, sont mis en ligne sur le site d’Urba-Rom pour discussion.

 A l'opposé du discours dominant qui assimile les Roms soit à des délinquants potentiels, soit à des victimes, ce nouvel atelier Urba-Rom vise à identifier les stratégies et les pratiques des migrants roms, en les mettant en perspective avec les initiatives d’autres  populations immigrantes, en France ou ailleurs.Il s’agira notamment de repérer des logiques récurrentes et d’identifier les réseaux mobilisés, d’étudier l’évolution des entrepreneurs-migrants, ainsi que les liens qu’ils entretiennent avec les pays d’origine, les sociétés d’accueil et les autres groupes de migrants. Cette journée est organisée par le réseau Urba-Rom en partenariat avec l’UMR CITERES (Tours), l’UMR MIGRINTER (Poitiers) et le LAU (Ivry).

Les migrants roms en situation précaire dans les villes d’Europe occidentale font l’objet de deux discours dominants. Le premier insiste sur les stratégies de survie fondées sur le recours à l’économie informelle, souvent qualifiée de « prédatrice » : activités de rue, mendicité et (petite) délinquance. Les « Roms migrants » sont fréquemment assimilés par les pouvoirs en place et par les médias, qui relaient la parole officielle, à des délinquants et/ou à des victimes de réseaux mafieux.  Le second discours insiste quant à lui sur la nécessaire prise en charge par les institutions de ces migrants, qui sont alors considérés comme des individus incapables de se prendre en charge, bref comme des « incompétents  d’office » cumulant les « handicaps sociaux » et nécessitant, par conséquent, une intervention globale, lourde et coûteuse. Cette dernière perspective préside habituellement à la mise en place des politiques locales, les « villages d’insertion » de la Seine-Saint-Denis par exemple, comme à celle des  politiques européennes (« Roma decade inclusion »).

Pourtant, l’observation des pratiques des migrants roms montre que ces derniers sont loin de rester passifs. Dans le domaine de l’habitat comme dans celui de l’économie, ils élaborent des stratégies qui, en définitive, peuvent s’avérer fructueuses Dans les domaines de la « biffe », à Paris, et du commerce itinérant (marchés) ailleurs, en Grèce par exemple, des groupes roms originaires d’Europe centrale ou des Balkans semblent s’imposer comme des acteurs majeurs du commerce local. Dans le même ordre d’idées, de nombreux témoignages concordent au sujet du développement des échanges transfrontaliers entre la Roumanie, la Bulgarie et les pays d’Europe occidentale. Aussi, les comportements économiques des Roms ne semblent pas vraiment différer de ceux de certains migrants du « Sud », qui comptent moins, en effet, sur l’emploi salarié que sur le dynamisme familial et communautaire pour assurer leur réussite économique (Tarrius, 2002).

C’est pourquoi nous proposons, lors de cette journée d’échanges d’analyser les stratégies et les pratiques des migrants roms, en les mettant en perspective avec les initiatives d’autres  populations immigrantes, en France ou ailleurs. Il s’agira, par exemple, de repérer des logiques récurrentes et d’identifier les réseaux mobilisés - s’agit-il de la famille et des parents (Williams, 1987) ? – d’étudier l’évolution des entrepreneurs-migrants, ainsi que les liens qu’ils entretiennent avec les pays d’origine, les sociétés d’accueil et les autres groupes de migrants.

Cette journée est organisée par le réseau Urba-Rom en partenariat avec l’UMR CITERES (Tours), l’UMR MIGRINTER (Poitiers) et le LAU (Ivry).

Organisateurs :

  • Céline Bergeon (MIGRINTER, Poitiers),
  • Olivier Legros (CITERES, Tours),

Intervenants :

  • Yannick Lucas (chargé de mission auprès des Roms migrants à l'ASAV) : « Pratiques économiques dans le secteur de la biffe et réactions institutionnelles : le cas des Roms migrants en Seine-Saint-Denis »
  • Norah Bennarosh (LESC, Nanterre, Paris X) : « Stratégies économiques et projets d’ancrage résidentiel dans les villages d’origine : l’exemple des Roms de Montreuil »
  • Nedmedin Neziri  (URYD), Régis Guyon (CASNAV, Reims) : Pratiques et stratégies économiques des Roms d’ex-Yougoslavie dans les régions de Besançon et de Troyes

Discutants :

  • Emmanuel Ma Mung (MIGRINTER,Poitiers)
  • Bénédicte Michalon (ADES, Bordeaux)

Dates

  • mardi 25 mai 2010
  • lundi 13 septembre 2010
  • lundi 13 décembre 2010

Mots-clés

  • Roms, Tsiganes, catégories savantes, identités sociales et culturelles

Source de l'information

  • Olivier Legros
    courriel : olivier [dot] legros [at] univ-tours [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Ateliers Urba-Rom « Logiques et processus de catégorisation des populations dites roms/tsiganes » », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 03 mai 2010, http://calenda.org/201022