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La pluralisation religieuse en Afrique

Revue Politique africaine

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Publié le lundi 03 mai 2010 par Marie Pellen

Résumé

Cet dossier de la revue Politique africaine propose une entrée spécifique - la pluralisation - pour aborder la question des recompositions religieuses contemporaines et des processus de politisation du religieux en Afrique. La pluralisation religieuse, abordée ici dans sa contemporanéité, a pour conséquence de générer des situations nouvelles de cohabitation et de concurrence entre acteurs religieux divers. Les identités confessionnelles des espaces et les frontières géoreligieuses éclatent. Ce dossier souhaite réunir des articles traitant directement de la pluralisation et de la compétition religieuse et de leurs effets politiques, proposant une comparaison entre des groupes religieux distincts cohabitant dans des espaces précis, affrontant la question des logiques croisées, des échanges, des imitations, des dynamiques d’évitement ou de confrontation… entre acteurs religieux en compétition.

Annonce

La pluralisation religieuse en Afrique 

Dossier coordonné par Maud Lasseur et Cédric Mayrargue

Politique africaine a consacré deux dossiers thématiques au religieux en Afrique (« L’argent de Dieu », n° 35, 1989 et « Les sujets de Dieu », n° 87, 2002). Si cet appel à contribution s’inscrit dans la continuité de ces dossiers, plus spécifiquement du second, il propose cependant une entrée spécifique - la pluralisation - pour aborder la question des recompositions religieuses contemporaines et des processus de politisation du religieux.

Par pluralisation du religieux, il est fait référence à un ensemble de phénomènes et de dynamiques qui, s’ils sont loin d’être tous inédits, seront abordés dans ce dossier dans leur contemporanéité. Les processus de diversification religieuse, qui se poursuivent et s’amplifient,  se traduisent tout d’abord par l’émergence de nouveaux groupes, la démultiplication de l’offre religieuse, l’éclatement des dénominations existantes et la fragmentation des acteurs. Ensuite et conséquemment, ils génèrent l’émergence de nouvelles figures d’entrepreneurs religieux, de nouveaux personnages, ainsi que la diffusion de nouveaux répertoires, théologies et  représentations (de la théologie de la prospérité chrétienne au néo-confrérisme musulman). De même, de nouvelles structures apparaissent, en dehors ou en marge des institutions religieuses, traduisant une dilution du religieux : associations parareligieuses, ONG confessionnelles œuvrant dans l’éducation, la santé, le développement ou l’action humanitaire, librairies ou médias religieux, organisations non-dénominationelles ou interconfessionnelles… Par ailleurs, la pluralisation peut également être saisie à partir des fidèles. Elle renvoie alors à la diversification des trajectoires, à l’individualisation des comportements, aux phénomènes de conversion et de reconversion, d’expérimentation, de réversibilité des allégeances, de mobilité religieuse voire de cumul des appartenances… Enfin, la pluralisation peut aussi se lire au niveau de la diversité des modes d’action politique du religieux, des degrés de confessionnalisation des espaces publics, des formes et des effets des mobilisations religieuses générées dans le champ politique ou encore des modes de gestion publique du pluralisme religieux.

Si la pluralisation religieuse ne doit pas être appréhendée comme un phénomène inédit, en ce sens qu’elle renvoie aussi à une histoire précoloniale et coloniale, l’accent sera mis ici sur ses dynamiques et ses acteurs contemporains. Elle ne se manifeste de manière ni systématique, ni uniforme, mais elle constitue une des caractéristiques marquantes de l’évolution des champs religieux africains. Elle se produit selon des intensités et des modalités différentes mais parait bien en de nombreux lieux orienter les reconfigurations religieuses et politiques.

            L’usage du concept de pluralisation offre des avantages. Il permet d’éviter le recours à des termes problématiques (« conquête », « diffusion », « pullulement », « prolifération »…). Il permet aussi d’intégrer les débats sur l’Afrique dans des discussions sur les évolutions comparées des champs religieux contemporains. Enfin, et surtout, il ouvre une réflexion, à laquelle ce dossier voudrait largement contribuer, sur les effets de la compétition religieuse à la fois dans le champ religieux et dans l’espace politique et géopolitique.

            En effet, la pluralisation croissante a pour conséquence de générer des situations de cohabitation et de concurrence entre acteurs religieux divers. On assiste par exemple à une contiguïté et une contemporanéité des processus de christianisation et d’islamisation ; concrètement, cela signifie que les situations où des groupes religieux distincts se trouvent en compétition sur le même espace sont nombreuses, et peut-être plus qu’auparavant. Des Eglises évangéliques pénètrent des « zones musulmanes », des espaces présentés comme fortement christianisés se révèlent être les hauts lieux d’élaboration d’un nouvel islam, les régions « non-atteintes » - selon la terminologie de ces acteurs - sont des terrains de confrontation. Les identités confessionnelles des espaces et les frontières géoreligieuses éclatent.

            Or ces situations sont rarement analysées en tant que tel. Si des travaux récents ont proposé des approches nouvelles sur le religieux en Afrique, sur l’islam comme le christianisme, très rares sont les études traitant directement de la pluralisation et de la compétition religieuse, proposant des approches comparées ou, plus encore, s’interrogeant sur la fluidité des catégorisations religieuses. Les quelques ouvrages comparatistes disponibles juxtaposent surtout des études portant sur différents acteurs religieux  ou se situent dans une perspective largement historique. Ainsi, la pluralisation et la compétition religieuses sont encore rarement abordées de front. Pourtant, cette situation pourrait nourrir plusieurs approches fécondes.

D’abord, une approche localisée et comparée qui s’interrogerait sur les similitudes et les différences dans les discours et les valeurs, dans les logiques de prosélytisme, d’institutionnalisation ou d’activisme social… entre divers acteurs religieux partageant un même espace.

Ensuite, une réflexion sur ce qui se produit, se joue au quotidien entre ces acteurs placés en situation de coprésence sur un même espace. Si la conflictualité est souvent mise en avant, elle ne constitue qu’une des modalités, et non la norme, de l’interaction entre acteurs religieux. Des logiques d’évitement, de distinction, de mimétisme sont aussi à l’œuvre. Il apparait intéressant de travailler sur ces logiques croisées et ces emprunts entre acteurs religieux. Ces réflexions peuvent aussi conduire à remettre en question, ou à discuter, les frontières religieuses, les distinctions et les catégorisations auxquelles les chercheurs ont recours, pour réfléchir sur ces trajectoires comparées et ces logiques croisées.

Enfin, l’articulation entre, d’une part, les phénomènes de pluralisation et de compétition religieuses et, d’autre part, les évolutions des champs politiques, amène à s’interroger sur les formes de politisation du religieux qui émergent dans ces contextes : la façon dont le degré de pluralisation et de concurrence religieuse influe sur les niveaux et les modalités de passage au politique d’acteurs religieux ; l’approche comparée des stratégies de politisation développées par différents acteurs religieux dans un même espace (développement de l’activisme social, participation à la compétition électorale, influence sur l’élaboration des politiques publiques, investissement dans des activités de médiation et de résolution de conflits armés…) ; enfin, les modalités de gestion du pluralisme religieux et de la conflictualité religieuse élaborées par les Etats africains.

Sans privilégier a priori de zones géographiques précises, ni de mouvements religieux particuliers, ni de contextes politiques spécifiques, ce dossier pourrait comporter des articles :

  • traitant directement de la question de la pluralisation religieuse (son historicité, ses espaces, ses modalités, ses dimensions, ses conséquences…),
  • s’intéressant au développement et à l’impact social et politique de la pluralisation religieuse dans des espaces (nationaux, régionaux, locaux…) jusque-là marqués par une moindre hétérogénéité religieuse,
  • proposant une comparaison entre des groupes religieux distincts cohabitant dans des espaces précis (autour des modalités de diffusion ou d’organisation, des discours et des processus de visibilité sociale, des modes d’action politique, par le bas et par le haut…),
  • affrontant directement la question des logiques croisées, des échanges, des imitations, de la circulation de références, de savoirs, de pratiques, de techniques ou des dynamiques d’évitement ou de confrontation… entre acteurs religieux en compétition (et notamment dans leur participation à la production du politique, aux reconfigurations des espaces publics et aux transformations de l’action publique).
  • partant d’une étude des politiques étatiques de gestion de la pluralisation et de la compétition religieuse (ou de leur absence) et intégrant la question de la laïcité.

Afin de favoriser la dimension comparée des articles, une attention particulière sera accordée  aux propositions d’articles « à quatre mains », associant, par exemple, deux spécialistes de différents mouvements religieux proposant de rédiger en commun un article à partir de leurs expériences croisées de recherche.

Dans le cadre de l’élaboration de ce dossier, un atelier préparatoire sera organisé fin septembre 2010. Il réunira l’ensemble des contributeurs retenus afin de favoriser les échanges entre eux et un travail de construction d’une réflexion collective. Une version provisoire de chaque article sera présentée et discutée à cette occasion.

Calendrier

15 juin 2010 : date limite de réception des propositions (en français et en anglais). Celles-ci, d’une longueur maximum d’une page, sont à adresser à Maud Lasseur : maud.lasseur@gmail.com et à Cédric Mayrargue : c.mayrargue@sciencespobordeaux.fr

juillet 2010 : sélection des propositions

fin septembre 2010 : organisation d’un atelier préparatoire réunissant l’ensemble des contributeurs au dossier

1er janvier 2011 : remise des articles

juin 2011 : parution du dossier

Dates

  • mardi 15 juin 2010

Mots-clés

  • religions, Afrique, pluralisme religieux, politisation du religieux, laïcité

Contacts

  • Cédric Mayrargue
    courriel : c [dot] mayrargue [at] sciencespobordeaux [dot] fr

Source de l'information

  • Cédric Mayrargue
    courriel : c [dot] mayrargue [at] sciencespobordeaux [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La pluralisation religieuse en Afrique », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 03 mai 2010, http://calenda.org/201031