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Éloge de la bâtardise au cinéma

In praise of cinematic bastardy

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Publié le mardi 18 mai 2010 par Marie Pellen

Résumé

Si le cinéma est un art bâtard dans l’acception du terme qui signifie simplement qu’il est hybride, il l’est aussi, et peut-être plus, en ce que son caractère novateur, tant sur le plan formel que générique, a souvent résulté de relations adultérines qui, en revendiquant la lignée floue plutôt que la succession lisible, font de l’illégitimité un fondement. Chercher simplement quel film antérieur est repris dans une séquence revient donc à établir une sorte d’arbre généalogique précis qui ne saurait tenir compte des unions cachées, des enfants naturels et des ancêtres oubliés qui font pourtant intrinsèquement partie de l’histoire du cinéma. S’il faut sacrifier à cette quête, son seul objet ne saurait cependant être un modèle unique : le but de ce colloque serait de permettre que soient examinées, et peut-être réhabilitées, ces zones d’ombre de la création et de la mémoire cinématographiques.

Annonce

Le cinéma, né de sources aussi diverses qu’hétérogènes (la science, le spectacle populaire, la photographie, le ludique), a toujours entretenu ce goût pour le mélange. Et bien qu’il se soit finalement constitué en objet spécifique, il n’en a cependant pas oublié ce principe originel : de fait, parce qu’elle se reflète dans ses productions, la généalogie de son identité constitue un enjeu théorique important du septième art. Pour autant, si la filiation « biologique » entre certaines de ses œuvres, certains de ses genres, ou certaines de ses formes a fait l’objet de nombreuses études, qui portent notamment sur la manière dont le croisement peut être générateur de métissage ou d’hybridité, il semble par contre que la question de la légitimité d’une filiation, intimement liée à celle de la légitimité d’une union, ait le plus souvent été laissée de côté.
Or, un certain nombre d’œuvres récentes, dont Inglourious Basterds, rendent quasiment indispensable l’étude de ce corrélat. Le film de Quentin Tarantino propose en effet une définition du cinéma comme art de la bâtardise. Il expose, avec vigueur, une autre manière d’appréhender la circulation de la mémoire cinématographique, à une époque où la mise à disposition rapide et permanente des œuvres, qu’elles soient récentes ou anciennes, ainsi que la pratique de l’intertextualité à outrance rendent difficile, voire impossible, toute approche originale, ou nécessitent pour le moins que l’on redéfinisse ce que signifie l’originalité.
Ainsi, le fait que la citation soit devenue un lieu commun de la production contemporaine conduit non seulement à relativiser la possibilité d’une création individuelle, mais pose également la question de la connaissance et de la reconnaissance, notamment quand, à l’image de ce qui se produit chez Tarantino, les films font référence à des films antérieurs considérés comme mineurs, dont les auteurs ne sont ni cités, ni donc reconnus par une très large majorité du public (ni de la critique, d’ailleurs), si bien que le réalisateur se fait père d’un film illégitime.
Car si le cinéma est un art bâtard dans l’acception du terme qui signifie simplement qu’il est hybride, il l’est aussi, et peut-être plus, en ce que son caractère novateur, tant sur le plan formel que générique, a souvent résulté de relations adultérines qui, en revendiquant la lignée floue plutôt que la succession lisible, font de l’illégitimité un fondement. Chercher simplement quel film antérieur est repris dans une séquence revient donc à établir une sorte d’arbre généalogique précis qui ne saurait tenir compte des unions cachées, des enfants naturels et des ancêtres oubliés qui font pourtant intrinsèquement partie de l’histoire du cinéma. S’il faut sacrifier à cette quête, son seul objet ne saurait cependant être un modèle unique : le but de ce colloque serait de permettre que soient examinées, et peut-être réhabilitées, ces zones d’ombre de la création et de la mémoire cinématographiques.

Notre réflexion s’organisera autour de deux axes principaux.

Axe numéro 1 : la bâtardise, processus de création filmique

  • L’origine du cinéma : lieu clé d’une bâtardise ontologique ?
  • L’hybridation générique au cinéma : union légitime ou adultère ?
  • La citation et ses modes d’action au cinéma : emprunt, vol ou viol ?
  • Le mélange des supports (vidéo et argentique), des modes d’expression (fiction avec acteurs et dessins animés), ou des registres (fiction et documentaire) au sein d’un même film : une quête d’impureté ?

Axe numéro 2 : le film et ses bâtards

  • Le making of comme genre illégitime : œuvre à part entière ou bâtard conçu en coulisses ?
  • Les frères bâtards des films existants (Director’s cut, version longue, version rabotée, version censurée, version restaurée, film reconstitué, etc.) : fruits d’une infidélité faite à l’auteur ou produits légitimes de son imagination ?
  • Effets rétroactifs : processus de légitimation d’une filiation ?
  • Les amours adultères du cinéma et des nouvelles technologies (Internet, caméra numérique) et/ou de nouveaux mediums (séries télévisées, jeux vidéo) : une quête de légitimité ?
  • Le film à l’heure de l’interactivité et du DVD : un bâtard dans tous les « ports » ?
Vous trouverez, en pièce jointe, un document en français décrivant de manière plus complète les objectifs du colloque, et détaillant les axes de travail proposés.

Langues du colloque : anglais et français.

La publication d’un ouvrage reprenant certaines des interventions est fortement envisagée.

Nous vous remercions d’envoyer vos propositions de communications (titre et résumé d’une demi-page environ), accompagnées d’une courte notice biographique, avant le 30 septembre 2010, aux deux organisateurs, Sébastien Lefait et Philippe Ortoli, en utilisant les adresses suivantes : seb.lefait@libertysurf.fr et philippe.ortoli70@wanadoo.fr.

Lieux

  • Université Paris Ouest Nanterre La Défense
    Paris, France

Dates

  • jeudi 30 septembre 2010

Mots-clés

  • cinéma, hybridation, intertextualité, genres filmiques, dérivés de films, DVD, histoire du cinéma

Contacts

  • Sebastien Lefait
    courriel : seb [dot] lefait [at] libertysurf [dot] fr
  • Philippe Ortoli
    courriel : philippe [dot] ortoli70 [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Sebastien Lefait
    courriel : seb [dot] lefait [at] libertysurf [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Éloge de la bâtardise au cinéma », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 18 mai 2010, http://calenda.org/201171