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Les saints et la sainteté. Histoires, concepts et méthodes

Saints and Sainthood. History, Concepts and Methods

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Publié le mardi 18 mai 2010 par Marie Pellen

Résumé

Les trois religions d’Abraham ont en commun de concevoir la sainteté comme un souffle qui s’attacherait aux hommes et aux choses, et par lequel Dieu se rendrait présent dans le monde. Parce qu’elle se situe à la croisée des monothéismes, se déployant de manière différente en chacun d’entre eux, la notion de sainteté représente un point de départ particulièrement intéressant pour une analyse comparée des religions. Elle pourrait constituer, à condition du moins que soit menée à bien un travail d’élaboration théorique, un moyen d’approcher sous un jour différent leurs fondements — la mise en sens du monde qu’elles proposent, les pratiques qui lui sont associées —, mais aussi leurs formes plus spécifiques. La sainteté, enfin, est une idée éminemment contemporaine, que l’on retrouve tant dans les appels djihadistes à la guerre sainte que dans la politique de canonisation menée par les autorités romaines. Cette permanence, ou peut-être cette résilience, de l’idée de sainteté, illustre la nécessité d’une vaste réflexion, que l’on veut ici aussi « transreligieuse » que transdisciplinaire.

Annonce

La sainteté représente, au sein de chacune des religions abrahamiques, le cœur d’un ensemble de notions, de croyances et de pratiques, qui ensemble font système. Elle est de ce fait un moyen privilégié d’accéder à la fois au « sens », à l’espace de cohérence qu’implique toute religion, et au « liant » produit, à l’espace de cohésion dans lequel elle rassemble les croyants. Bien qu’ancienne, la notion reste centrale dans la vie religieuse contemporaine. Qu’il s’agisse du mouvement de la sainteté chez les protestants, de son rôle directeur dans les phénomènes « revivalistes », de la « nouvelle évangélisation » issue de Vatican II, des appels djihadistes à la guerre sainte (la seule « légale »), des rappels à la nécessaire sanctification du corps et de l’âme dans l’islam souffiste, ou encore de la légitimation des frontières israéliennes, la sainteté demeure la notion par laquelle les religions du Livre continuent de se répandre.

Les grandes religions, toutefois, proposent chacune une interprétation différente de cette idée commune. Le chercheur tient donc à travers elle un moyen de rapprocher les religions, de les mettre en rapport, tout en les pensant dans leur singularité. Malgré son intérêt heuristique manifeste, le fait qu’elle permet de penser ensemble, dans leur actualité autant que dans leurs fondements, les trois religions abrahamiques, mais aussi le bouddhisme et différents syncrétismes religieux où l’on peut encore la repérer, la notion de sainteté souffre d’un indéniable flou conceptuel. La diversité de ses formes, d’une religion à l’autre, est sans doute un élément d’explication de cet état de fait. Probablement y a-t-il aussi la diversité des disciplines qui la prennent pour objet. Car les saints et la sainteté ne sont pas, loin s’en faut, la propriété exclusive des sciences religieuses. L’anthropologie, la sociologie, la science politique, la géographie culturelle, la philosophie et bien sûr l’histoire (histoire des idées, des représentations, des mentalités, etc.) sont autant de domaines où on les rencontre. Cette situation aurait pu donner lieu à des élaborations conceptuelles particulièrement riches et variées, un dialogue interdisciplinaire. De fait, la sainteté reste une notion peu travaillée, à laquelle on se réfère la plupart du temps « en passant », sans s’arrêter davantage. Un vide conceptuel reste donc à investir, et l’on est fondé à croire qu’elle mettra en lumière des aspects méconnus du phénomène religieux, voire peut-être qu’elle fournira de nouveaux cadres pour le penser.

Il n’y a pas, dans le présent appel, d’exclusives disciplinaires, chronologiques ou géographiques. Ce qui est prioritairement attendu de la part des auteurs est que leurs propositions explicitent, dans la mesure du possible, la façon dont elles pourraient contribuer à une réflexion scientifique sur les saints et la sainteté, tout en faisant apparaître les notions qui seront convoquées et les types de sources mobilisées. Le cas échéant, l’auteur pourra signaler la manière dont ses objets et sujets de recherche le conduisent à soumettre une proposition. Qu’il s’agisse de croiser les regards sur les systèmes religieux ou de n’aborder qu’un sujet précis, de procéder à une réflexion conceptualisante ou à une analyse empirique, sont attendus dans ce numéro des articles qui interrogeraient l’apport de la notion de sainteté aux sciences humaines et sociales, dans une perspective comparatiste et critique.

À titre indicatif, le concept de sainteté pourra être abordé d’après les pistes de réflexion suivantes :
  • les saints et/ou la sainteté comme outillage théorique en sciences des religions ;
  • la sainteté comparée pour procéder à des études comparées des religions ;
  • les questions du syncrétisme et de l'inculturation qui pourraient notamment permettre de penser à nouveaux frais la distinction classique entre religion de l’immanence et religion de la transcendance ;
  • la question du rapport entre la sainteté et le sacré qui pourrait être l’occasion de se demander dans quelle mesure les deux notions sont liées, si l’une peut être regardée comme antérieure à l’autre ;
  • la question de la tradition, des investissements dont elle est l’objet tout particulièrement dans la modernité ;
  • l’instrumentalisation de la sainteté à des fins politiques et/ou économiques ;
  • en contrepartie des études « structuro-fonctionnalistes », caractérisées par leur tendance à ne considérer la sainteté qu’à travers ses fonctions sociales, des articles sont attendus sur ce que pourraient être sa nature ou certaines de ses constantes ;
  • pendant de la sainteté en tant que fait social collectif, les données plus individuelles et biographiques pourront largement être abordées.
L’attention sur le fait religieux en général laisserait alors la place à des études plus spécifiquement dédiées à l’homo religiosus ou à toute autre figure historique qui aurait fait l’objet d’un culte ;
  • la notion de sainteté dans son rapport au patrimoine et au processus de patrimonialisation, par exemple à travers la question des lieux de mémoire ;
  • les lieux saints comme espace-temps ritualisés, l'espace et le temps sanctifiés, la sainteté populaire et la sainteté officielle, la sainteté des élites religieuses vis-à-vis de la sainteté laïque, la sainteté dans le mouvement œcuménique et le discours interreligieux, le charisme et la place de l’extraordinaire dans le quotidien, etc., sont autant de pistes qui clôturent cette présente liste indicative.
Veuillez adresser votre proposition à Jean-Baptiste Decherf et Jean-Philippe Plez, directeurs de ce numéro de Conserveries Mémorielles à : saintsetsaintete@gmail.com.

Merci de joindre également une copie de vos avis d’intention à la revue : c[point]memorielles[at]celat[point]ulaval[point]ca

Date limite le 15 septembre 2010

Lieux

  • 59/61 rue Pouchet, Paris & CELAT Pavillon Charles-De Koninck 1030, avenue des Sciences-Humaines local 5173, Université Laval Québec, QC
    Paris, France

Dates

  • mercredi 15 septembre 2010

Mots-clés

  • saints, sainteté

Contacts

  • Vincent Auzas
    courriel : vincent [dot] auzas [at] ihtp [dot] cnrs [dot] fr
  • Jean-Baptiste Decherf & Jean-Philippe Plez ~
    courriel : saintsetsaintete [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Vincent Auzas
    courriel : vincent [dot] auzas [at] ihtp [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les saints et la sainteté. Histoires, concepts et méthodes », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 18 mai 2010, http://calenda.org/201172