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(In)visibles cités coloniales

(In)visible Colonial Cities

Stratégies de domination et de résistance de la fin du XIXe siècle à nos jours

Strategies of domination and resistance from the end of the 19th century to the present day

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Publié le mercredi 19 mai 2010 par Marie Pellen

Résumé

Ce colloque pluridisciplinaire réalisé dans le cadre du programme « Villes invisibles et écritures de la modernité » de la Maison Inter-universitaire des Sciences de l'Homme d'Alsace (MISHA), se propose de mettre en lumière les relations entre processus de colonisation et d’urbanisation à travers les notions de visibilité / invisibilité. La colonisation fait intervenir systématiquement des rapports de pouvoir et la substitution d’un ordre par un autre de façon plus ou moins violente ou radicale. Il s’agira non seulement d’étudier les pratiques urbanistiques qui se caractérisent par une forme de domination, de cécité, d’incompréhension par rapport à un territoire urbain, mais également les résistances à cette domination et leurs manifestations culturelles (usages, événements, …) et objectales (spatiales et architecturales). La visibilité/invisibilité fait appel à des processus hétérogènes tels que la superposition de states temporelles et(ou) spatiales, les projections utopiques ainsi que le mimétisme colonial qui sont autant de déformations réciproques du colonisé et du colonisateur. La colonisation peut être comprise ici dans un sens symbolique, et non uniquement d'après un sens « géopolitique ».

Annonce

24 et 25 mars 2011, Strasbourg

Ce colloque est organisé dans le cadre du programme de la Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme - Alsace (MISHA) « Villes invisibles et écritures de la modernité : vers une nouvelle géographie de l’identité » (http://villesinvisibles.misha.fr), en partenariat avec le département d’architecture de l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Strasbourg, le laboratoire « Cultures et Sociétés en Europe » (FRE 3229) et l’équipe d’accueil en études germaniques « Mémoires et frontières » (EA 1341) de l’Université de Strasbourg

« Gardez-vous bien de leur dire que parfois des villes différentes se succèdent sur le même sol et sous le même nom, naissent et meurent sans être connues, sans jamais avoir communiqué entre elles. » (Italo Calvino,  Les villes invisibles, 1974)

Le colloque se propose de mettre en lumière les relations entre processus de colonisation et d’urbanisation à travers les notions de visibilité / invisibilité. La colonisation fait intervenir systématiquement des rapports de pouvoir et la substitution d’un ordre par un autre de façon plus ou moins violente ou radicale. Il s’agira non seulement d’étudier les pratiques urbanistiques qui se caractérisent par une forme de domination, de cécité, d’incompréhension par rapport à un territoire urbain, mais également les résistances à cette domination et leurs manifestations culturelles (usages, événements, …) et objectales (spatiales et architecturales).

1) Villes-strates : superpositions spatiales et temporelles

La ville visible se présente comme une surface reposant sur diverses couches ou strates temporelles. Elle n’est jamais une dans l’instant, « synchrone avec elle-même » (Marcel Roncayolo, La Ville et ses territoires, 1990), car l’espace « se verticalise » dans le temps. Le lieu urbain étant « un feuilleté d’Histoire » (Henri Lefebvre, La production de l’espace, Paris, 1974), l’identité d’une ville réside dans la profondeur, dans la diachronie qui s’exprime dans les strates historiques, réelles, imaginaires ou symboliques, qui fondent les lieux. Or, les processus de colonisation dénient la présence de strates invisibles sous ou dans la ville visible : la ville coloniale se construit sur un lieu (ou non loin d’un lieu) déjà occupé précédemment, lui déniant toute épaisseur, profondeur historique et diversité sociale.

2) La question du mimétisme colonial 

La construction d’une ville coloniale vise le plus souvent à reproduire, à « dupliquer » la ville métropolitaine, mettant en œuvre un phénomène de « mimétisme » (Homi Bhabha, The Location of Culture, 1994) élevé au rang urbain. Cette colonisation urbanistique reste centrée sur la question de la reproduction, elle-même ancrée dans l’idée de modèle et de copie, d’authenticité et de pastiche, dont il conviendra de mettre en avant l’ambivalence en posant la question des limites de toute re-production architecturale. L’invisibilité se situe alors au sein d’un « espace-tiers », dans le décalage plus ou moins perceptible entre la copie et l’original.

3) Laboratoires d’idées nouvelles et projections utopiques

La ville coloniale peut également être abordée comme une projection utopique qui se prend dans le rêve de la cité idéale : les représentations de l’espace urbain se superposent alors à l’élaboration de modèles sociaux. Ainsi, les « fronts pionniers », compris comme un mouvement de colonisation d’une société à l’intérieur de ses propres frontières politiques, impliquent la conquête d’un espace tenu pour neuf et « vierge » et la négation des cultures existantes. Ces terres que l’on cherche à s’approprier servent de surface de projection à des villes imaginées/imaginaires, dont la réalisation effacera toute réalité antérieure. A l’invisibilité d’un espace perdu, se superpose l’invisibilité de la ville en devenir, bâtie parfois seulement dans le rêve des pionniers. Toutes ces villes en devenir ne sont pas promises au futur brillant qu’ambitionnent pour elles leurs bâtisseurs. Si certaines parviennent à se structurer et perdurer, d’autres végètent, voire tendent à devenir des « villes-fantômes », comme celles de l’Ouest américain.

4) Stratégies de résistance

Dans tous les cas, la colonisation cherche à transformer l’existant, à l’englober, à le recomposer selon l’ordre établi par les colons. Elle génère l’invisibilité dans la ville par la fusion ou par l’occultation, voire le camouflage des populations autochtones. L’on pourra s’interroger sur les rapports de domination et de résistance entre les colons et les autochtones, sur la place accordée à ces derniers au sein de l’espace physique, géographique et social : en périphérie, dans les interstices, hors des limites de la ville ? L’on pourra également questionner les stratégies de résistance à la mise en conformité coloniale élaborées par ces derniers, ainsi que les directions et les formes diverses qu’elles ont pu prendre.

Ce colloque étant pluridisciplinaire, les contributions attendues  pourront concerner aussi bien la littérature que la sociologie, l’ethnologie, la géographie, l’urbanisme, etc. et porter sur des supports divers (architecture, peinture, cinéma, romans, bande dessinée…).

Contacts / Comité scientifique :

Aurélie Choné, Mcf études germaniques, Responsable du programme MISHA « Villes invisibles et écritures de la modernité : vers une nouvelle géographie de l’identité », équipe d’accueil « Mémoires et frontières » (EA 1341) : achone(at)unistra.fr

Karine Dupré, Mcf architecture, Directrice du département Architecture INSA de Strasbourg : karine.dupre(at)insa-strasbourg.fr

Laurence Granchamp Florentino, Mcf sociologie, Laboratoire « Cultures et Sociétés en Europe » (FRE 3229) : laurence.granchamp(at)misha.fr

Catherine Repussard, Mcf études germaniques, équipe d’accueil « Mémoires et frontières » (EA 1341) : repussardcatherine(at)wanadoo.fr

Frais d’inscription au colloque : 50 euros (tarif normal) ; 20 euros (doctorants).

Soumission des propositions et des articles :

Les titres et résumés de 1.500 mots, accompagnés des coordonnées, statut et adresse administrative des conférenciers, sont à envoyer pour le 01/09/2010 à l’adresse mail suivante : citescoloniales@misha.fr

Les articles, d’un maximum de 40.000 signes (espaces non compris), mis aux normes comme indiqué sur le site http://villesinvisibles.misha.fr à la rubrique « Publications », sont à retourner pour le 30/4/2011 par voie postale à l’adresse suivante :

Aurélie Choné

Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme - Alsace (MISHA)

5 allée du Général Rouvillois - CS 50008 - 67083 Strasbourg cedex

et par voie électronique à l’adresse suivante : citescoloniales@misha.fr

Langues du colloque : allemand, anglais, français, avec une préférence pour la langue française, y compris pour les articles écrits.

Lieux

  • MISHA, 5 allée du général Rouvillois
    Strasbourg, France

Dates

  • mercredi 01 septembre 2010

Mots-clés

  • villes, colonisation, temporalités, production de l'espace, projections utopiques, stratégies de dominations et résistances

Contacts

  • Aurélie Choné ou Laurence Granchamp Florentino, ~
    courriel : citescoloniales [at] misha [dot] fr

Source de l'information

  • Laurence Granchamp Florentino
    courriel : citescoloniales [at] misha [dot] fr

Pour citer cette annonce

« (In)visibles cités coloniales », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 19 mai 2010, http://calenda.org/201176