AccueilÊtre ou ne pas être balkanique, les péripéties historiques d'une aire culturelle

Être ou ne pas être balkanique, les péripéties historiques d'une aire culturelle

To be or not to be Balkanic: the Historical Peripeteia of a Cultural Zone

Revue Civilisations 60 (2)

Civilisations 60 (2)

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Publié le vendredi 21 mai 2010 par Karim Hammou

Résumé

Dans ce numéro, nous voudrions regrouper différentes recherches qui contribuent à présenter une argumentation précise, à partir d'études de terrains qui s'articulent autour de cette interrogation sur l'existence et la persistance d'une unité « balkanique », au-delà de sa diversité et des récentes influences subies.

Annonce

Appel à contributions, Civilisations vol. 60 (2) à paraître à l’automne 2011

Être ou ne pas être balkanique. Les péripéties historiques d'une aire culturelle

Dossier coordonné par Marianne Mesnil et Vintilà Mihailescu

Pourquoi ce questionnement sur un Homo Balkanicus ?

Le syntagme mobilise des stéréotypes bien ancrés en Occident : que l'on pense à la poudrière des Balkans, expression apparue lors des premières « Guerres Balkaniques » (1912-1913), et resurgie en Occident lors des nouveaux conflits qui ont mis à feu et à sang les régions de l'ex-Yougoslavie durant la décennie 1991-1999. Mais les désignations de Balkans et balkanique ont également resurgi et interpellé de manière significative les intellectuels de ces régions, dès la chute des régimes socialistes. S'interroger sur la légitimité de l'expression n'est donc pas le fait du monde occidental (dont l'ignorance concernant cette partie de notre continent se confirme, même après l’« Entrée dans l'Europe » de bon nombre de ces pays), mais d'abord le fait de ces pays eux-mêmes.

Un programme de recherche annoncé dans l'Entre Deux Guerres

Dans le court intervalle entre les Traités qui ont suivi la Première Guerre (Versailles et Sèvres 1919-20), et le début de la Seconde Guerre Mondiale, s'est dégagé un bref moment de réflexion comparatiste au sein des « jeunes nations » de l'Est. C'est durant cette période que l'historien roumain V. Papacostea, a lancé l'expression de Homo Balkanicus, désignant ainsi le thème de ses préoccupations: définir ce que nous pourrions appeler, en anthropologie, une « aire culturelle », fondée, pour l' essentiel, sur une très longue histoire commune, un « vivre ensemble », dirait-on aujourd'hui, pour reprendre une expression (un peu trop) à la mode .

C'est après 1989 qu'on a vu resurgir avec force, dans les régions concernées, la « question balkanique ». Mais les termes en sont, bien entendu, réactualisés et participent de l'inflation généralisée des discours identitaires dont la discipline anthropologique a fait l'un de ses objets privilégiés. Par ailleurs, au moment où cette problématique identitaire rencontre la question du rapport entre « local et global », entre particularismes et unité planétaire; à l'heure, également, où l'Europe, après avoir favorisé un « tout à l'économique » et s'être élargie à l'est, sans autre plate-forme commune, a du mal à se trouver d'autres légitimités sur lesquelles construire son unité, on peut s'interroger sur le bien fondé d'un questionnement à propos d'une unité régionale dont les bases historiques ont été sapées dès la fin du XIXe siècle, avec les « grands chambardements » décidés par les grandes puissances. Sans compter que, mal interprétée, cette problématique d'une « unité balkanique » peut amener rapidement à réactiver la querelle du Schisme entre Byzance et Rome et faire le lit de thèses que l'on a vu fleurir sous la formule fallacieuse de « choc des civilisations ».

En utilisant la désignation de Homo Balkanicus, quelque peu provocatrice et controversée, vu les connotations multiples qui lui sont attribuées, tant à l'est qu'à l'ouest, nous avons voulu susciter ce débat anthropologique autour d'une identité mise à mal par l'accélération de l'histoire qu'ont subi les pays ex-socialistes confrontés au déferlement sans contrôle des influences néo-libérales, et aux phénomènes qui en ont découlé et que l'on a qualifié, improprement sans doute, de « transition ».

Nous pourrions résumer la problématique sous-jacente à ce projet de publication autour des questionnements suivants :

  1. Homo Balkanicus et son histoire. Pax Ottomana et conflits balkaniques. Au moment du drame de l'ex-Yougoslavie, il s’agit de comprendre la nature d’un « vivre ensemble » séculaire que d'aucuns avaient qualifié de pax ottomana et comment celui-ci a pu faire place à de telles manifestations de haine interethnique.
  2. Homo Balkanicus et sa réputation. Géographie symbolique et jeux de pouvoir. Comment le stigmate du balkanisme a-t-il vu le jour et comment cette image de l’Autre est-elle devenue une image du Soi ? Autour de cette question, il s’agit aussi de suivre le destin de cette représentation sociale, ses usages et clivages à l’intérieur et à l’extérieur de la région.
  3. Homo Balkanicus et son identité. Y a-t-il une aire culturelle balkanique ? Se trouvant au coeur d'une problématique anthropologique profonde, cette question concerne le concept tant discuté et disputé d’aire culturelle et son utilité dans ce cas particulier. Quel est l’héritage de ce millénaire de cohabitation dans ces régions ? Qu’en est-il à présent ? Les dernières décennies de bouleversements politiques et l’instauration récente d’une économie de marché mondialisée ont-elles eu raison de cet héritage culturel commun ?

Dans ce numéro, nous voudrions regrouper différentes recherches qui contribuent à présenter une argumentation précise, à partir d'études de terrains qui s'articulent autour de cette interrogation sur l'existence et la persistance d'une unité « balkanique », au-delà de sa diversité et des récentes influences subies.

Les propositions d'articles, en anglais ou en français (un titre et un résumé de 300 mots), sont à envoyer

avant le dimanche 20 juin 2010

au secrétariat et à un éditeur de la revue (civilisations@ulb.ac.be et jnoret@ulb.ac.be), ainsi qu’aux coordinateurs du dossier, Marianne Mesnil (marianne.mesnil@skynet.be) et Vintilà Mihailescu (mihailescuvintila@yahoo.com).

Civilisations est une revue d’anthropologie à comité de lecture publiée par l'Institut de Sociologie de l'Université libre de Bruxelles. Diffusée sans discontinuité depuis 1951, la revue publie, en français et en anglais, des articles relevant des différents champs de l’anthropologie, sans exclusive régionale ou temporelle. Relancée depuis 2002 avec un nouveau comité éditorial et un nouveau sous-titre (Revue internationale d’anthropologie et de sciences humaines), la revue encourage désormais particulièrement la publication d’articles où les approches de l’anthropologie s’articulent à celles d’autres sciences sociales, révélant ainsi les processus de construction des sociétés.

Pour plus de détails, voir http://civilisations.revues.org

Dates

  • dimanche 20 juin 2010

Mots-clés

  • Balkans, Europe, Homo Balkanicus, identité, histoire

Contacts

  • Joël Noret
    courriel : jnoret [at] ulb [dot] ac [dot] be

URLS de référence

Source de l'information

  • Joël Noret
    courriel : jnoret [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Être ou ne pas être balkanique, les péripéties historiques d'une aire culturelle », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 21 mai 2010, http://calenda.org/201205