AccueilAu-delà du consensus patrimonial. Anthropologie des résistances aux patrimonialisations

Au-delà du consensus patrimonial. Anthropologie des résistances aux patrimonialisations

Beyond the Heritage Consensus. Anthropology of the Resistance to the Heritage Process

Première journée d'étude du réseau des chercheurs sur les patrimonialisations

First workshop of the Network of Researchers on Heritagizations

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Publié le vendredi 21 mai 2010 par Marie Pellen

Résumé

Nous assistons à d’importants mouvements de mise en patrimoine portés par des institutions légitimées par le pouvoir politique. Une longue tradition scientifique a mis en avant le caractère « mécanique », institutionnel et consensuel de ces processus de constructions patrimoniales par les professionnels de la conservation, de la sauvegarde et de la médiation culturelle ou de la gestion des espaces naturels, en analysant leurs pratiques, leur vocabulaire et leurs représentations. Mais un mouvement critique récent des Heritage studies élargit l’approche de ce phénomène en se penchant sur les résistances et les oppositions que de tels processus peuvent susciter. L’image consensuelle du patrimoine en tant que richesse singulière et universelle à valoriser, telle que la véhicule l’Unesco en particulier, ne résiste pas toujours à l’examen des situations concrètes des conditions sociales et historiques de sa création. Cette première journée d'étude du réseau des chercheurs sur les patrimonialisations entend participer à ce questionnement renouvelant la question des patrimonialisations.

Annonce

Nous assistons à d’importants mouvements de mise en patrimoine portés par des Etats, des associations, des collectivités territoriales, des institutions muséales et internationales, etc. Plusieurs études ont mis en avant le caractère « mécanique », institutionnel et consensuel de ces processus de constructions patrimoniales par les professionnels de la conservation, de la sauvegarde et de la médiation culturelle ou de la gestion des espaces naturels, en analysant leurs pratiques, leur vocabulaire et leurs représentations. Mais un mouvement critique récent des Heritage studies élargit l’approche de ce phénomène en se penchant sur les résistances et les oppositions que de tels processus peuvent susciter. L’image consensuelle du patrimoine en tant que richesse singulière et universelle à valoriser, telle que la véhicule l’Unesco en particulier, ne résiste pas toujours à l’examen des situations concrètes des conditions sociales et historiques de sa création. Cette première journée d'étude du Réseau des Chercheurs sur les Patrimonialisations entend participer à ce questionnement renouvelant la question des patrimonialisations.

Dans certains cas, les acteurs locaux aménagent les modalités de la patrimonialisation exogène de leurs biens ou de leur territoires. Ils peuvent aussi déployer une patrimonialisation indigène propre, elle-même portée par une multiplicité d’acteurs et de groupes aux statuts sociaux et territoriaux différenciés. Les représentations des concepteurs institutionnels du patrimoine et leurs activités de valorisation, d’inventaire, de muséification, entrent en friction avec les représentations et les attentes, souvent différentes, des usagers et des acteurs du patrimoine. La mise en catégories du patrimoine et sa tendance dualiste (matériel vs immatériel, culturel vs naturel) sont la cible de nombreuses critiques. Usagers et acteurs du patrimoine mettent alors en place des stratégies de contournement ou de boycott dont l’analyse permet une approche critique et décentrée des patrimonialisations. Cette perspective permet également de mettre au jour les processus créatifs d’invention, de détournement, de revendication ou de redéfinition des pratiques et des objets patrimoniaux par les acteurs ordinaires, inscrits dans des rapports dialectiques avec les institutions.

Ce que l’on désigne ici par le terme de patrimonialisation se place au centre d’« arènes sociopolitiques » au sens où l’entend Jean-Pierre Olivier de Sardan. La patrimonialisation met en jeu du sens et des modalités du fonctionnement social révélant ainsi bien plus que ses propres principes de fonctionnement. Les débats qui l’entourent s’inscrivent dans des contextes de revendications identitaires, de modifications socio-économiques et de négociation de nouveaux rapports de force politiques à différentes échelles, territoriales, locales et globales. Par là même, l’analyse critique de ces résistances permet de révéler les créations et réemplois dont la patrimonialisation est l’occasion, ainsi que les détournements et les enjeux contradictoires ou conflictuels qu’elle suscite. S’intéresser aux tensions et aux résistances aux - et dans les - patrimonialisations permet également de saisir la polysémie de ces phénomènes de requalification du statut des objets. L’étude de l’objet patrimonial comme construction en soi perd de sa centralité et ouvre la perspective à l’analyse constructiviste des influences et des contraintes de l’économie, du politique, du religieux, de l’organisation sociale, de la territorialité. L’espace patrimonial n’est en fait pas un champ autonome dans lequel agissent les professionnels patrimoniaux institutionnels, mais il créé les conditions d’expression des attentes économiques, identitaires, politiques des acteurs au-delà de la seule sphère patrimoniale. Les objets patrimonialisés tels qu’ils sont conceptualisés par les institutionnels sont en même temps un espace de travail, un lieu de vie quotidien, un environnement banal pour les acteurs. C’est à la faveur de ces confrontations d’interprétations et d’usages des objets que les pratiques de résistance se mettent en place.

A la lumière d’exemples ethnographiques concernant des situations patrimoniales récentes, cette journée d’étude vise à décrire et questionner les bricolages entre local et global, entre histoire et mémoire, entre identité et territoire, entre ordinaire et institutionnel qui se déploient dans les processus de patrimonialisation, alors envisagés comme des modalités de négociation ordinaire du rapport au monde contemporain. La réflexion pourra porter sur les statuts des acteurs, individuels, collectifs et institutionnels, et sur les effets d’échelles qui entrent en jeu dans les résistances aux patrimonialisations. En insistant sur les controverses et les pratiques entourant les projets patrimoniaux, cette journée voudrait contribuer à une anthropologie critique et contextuelle des manipulations du patrimoine.

Organisation : Network of Researchers on Heritagisations

  • Julien Bondaz, Créa, Université Lyon II (Julien.Bondaz@univ-lyon2.fr)
  • Cyril Isnart, Cidehus, Universidade de Evora et Idemec, CNRS-Université de Provence (isnartc@gmail.com)
  • Anaïs Leblon, Cémaf, Université de Provence (anaisleblon@gmail.com)
Avec la participation et le soutien
  • du Cémaf (UMR 8171 Université Paris 1-CNRS-EPHE-Université de Provence),
  • du Cidehus-Universidade de Evora,
  • du Créa-Université de Lyon 2 (EA 3081),
  • de l’Ecole Doctorale « Espaces, cultures, Sociétés »-Université de Provence, de l’Idemec (UMR 6591, CNRS-Université de Provence),
  • du département du pilotage de la recherche du Ministère de la Culture.

Programme et intervenants

Jeudi 4 novembre 2010

14h00 : Accueil/Introduction

Julien Bondaz, Cyril Isnart et Anaïs Leblon

14h15 : David Berliner - Université Libre de Bruxelles

Fabriquer du patrimoine en l'absence de consensus patrimonial. Un exemple au Laos

15h15 : Isabelle Mauz – Cémagref

La dimension temporelle dans le "charisme" des animaux. Patrimonialisation, dépatrimonialisation et repatrimonialisation du bouquetin des Alpes

16h15 : Pause

16H30 : Julien Bondaz - Créa et Université Lumière Lyon II

Animaux et objets marrons. Résistances à la mise en exposition dans les zoos et les musées d'Afrique de l'Ouest

17h30 : Mise en perspective : Nathalie Heinich – CRAL et Lahic

18h00 : Fin

19h30 : Repas

Vendredi 5 novembre 2010

9h00 : Anaïs Leblon - Cemaf et Université de Provence (Aix-en-Provence)

Résistances pastorales et enjeux patrimoniaux. Les fêtes peules du yaaral et du degal comme « chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité » (Mali)

10h00 : Thomas Poméon - UMR Innovation-CIRAD et Université de Chapingo (Mexique)

De l'ordinaire au patrimoine : la qualification des fromages mexicains face à ses contradictions internes et aux résistances externes

11h00 : Pause

11h15 : Olivier Givre - Créa et Université de Lyon II

Fictions et frictions patrimoniales. L'exemple du nestinarstvo (Bulgarie)

12h15 : Conclusion : Gaetano Ciarcia - Lahic, Cerce et Université de Montpellier

L'imaginaire consensuel du patrimoine à l'épreuve des inventaires

12h45 : Fin

Lieux

  • Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • jeudi 04 novembre 2010
  • vendredi 05 novembre 2010

Mots-clés

  • patrimonialisation, résistance, anthropologie, pratiques culturelles, politique

Contacts

  • Cyril Isnart
    courriel : isnart [at] uevora [dot] pt

Source de l'information

  • Cyril Isnart
    courriel : isnart [at] uevora [dot] pt

Pour citer cette annonce

« Au-delà du consensus patrimonial. Anthropologie des résistances aux patrimonialisations », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 21 mai 2010, http://calenda.org/201234