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Prise en compte des savoirs locaux dans la gestion de la biodiversité

Local Knowledge and Biodiversity Management

Des pratiques aux discours, du discours à la pratique

From discourse to practice and the other way round

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Publié le mardi 01 juin 2010 par Marie Pellen

Résumé

Journée de séminaire dans le cadre du projet BioTEK, « nouvelles formes de socialisation du vivant au Sud », financé par l’Agence Nationale de la Recherche et coordonné par Frédéric Thomas (UMR Patrimoines Locaux, IRD-MNHN).

Annonce

Les années 1980 ont été marquées dans le domaine de la conservation de la nature comme dans celui de la gestion de l’agrobiodiversité, par une série de constats pragmatiques et de basculements conceptuels qui ont progressivement transformé le regard, le discours et les pratiques des décideurs politiques sur le statut et l’apport des populations locales et de leurs savoirs. Chercheurs, ONG et institutions internationales défendent désormais la prise en compte des activités humaines comme condition de l’expansion des aires protégées et reconnaissent la nécessité de maintenir, voire d’organiser des zones d’agriculture paysanne comme lieux de conservation des ressources agricoles. La place des communautés locales dans la gestion des ressources génétiques constitue de fait un trait nouveau de la gouvernance de la biodiversité, processus qui suscite de nombreuses requalifications des pratiques, voire la production de nouveaux « savoirs locaux ».

Tout d’abord, le modèle classique de conservation de la nature, fondé sur une opposition entre activités humaines et protection des espèces et des milieux est remis en question, au profit de la notion d’utilisation durable des ressources, préconisée notamment dans la Stratégie mondiale de conservation de l’UICN (1980). Il s’agit d’un véritable renversement de perspective : l’exclusion des populations locales et les restrictions d’usage diverses qui leur étaient imposées au nom de la préservation de la nature sont présentées comme inefficaces et socialement injustes. La valorisation économique des ressources et des espaces, désormais considérée comme la garantie de leur conservation, ne peut être mise en œuvre qu’avec l’appui et l’association étroite des populations locales, d’où le développement des approches participatives. Les savoirs naturalistes locaux et les pratiques de gestion collective des ressources sont en outre l’objet d’un regain d’intérêt comme sources d’inspiration des politiques de conservation. Ce processus de requalification de savoirs jusqu’alors dénigrés ou ignorés, est institutionnalisé avec l’adoption de la Convention sur la diversité biologique en 1992, qui engage les pays à « respecter, préserver et maintenir les connaissances, les innovations et les pratiques des communautés autochtones et locales caractérisant les modes de vie traditionnels d’intérêt pour la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique et promouvoir leur application à plus grande échelle avec l’approbation et la participation des détenteurs de ces connaissances, innovations et pratiques […] ». (art. 8j).

Dans le même temps, le modèle d’amélioration des plantes issu du paradigme moderniste et industriel des Trente Glorieuses connaît une profonde remise en question, liée en partie à l’impossibilité de généraliser le modèle de la révolution verte aux « zones d’agriculture marginale ». Un tournant participatif s’amorce et se traduit par une place croissante laissée à la conservation des ressources génétiques in situ. Les programmes de sélection dits participatifs impliquant les agriculteurs à différents niveaux, de l’essai au champ à la définition collective des critères de sélection, se multiplient. L’inscription institutionnelle de ce mouvement apparaît dans le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’agriculture et l’alimentation de la FAO (signé en 2001), qui engage les Etats à « encourager les efforts des agriculteurs et des communautés locales pour gérer et conserver à la ferme leurs ressources phytogénétiques » (art. 5.1.c) et reconnaît à ces derniers « le droit de participer à la prise de décisions, au niveau national, sur les questions relatives à la conservation et à l’utilisation durable des ressources phytogénétiques » (art. 9.2.c).

La participation croissante des populations locales à la gestion et l’utilisation durable de la biodiversité est essentiellement légitimée au nom du pragmatisme et de l’efficacité : leurs pratiques ont une incidence directe en matière de conservation. Il s’agit aussi de reconnaître et de lutter contre la précarité de leurs droits et leur accès à la biodiversité dans un contexte d’exclusion croissante. En effet, l’attribution de droits aux communautés autochtones et locales (art. 8j de la CDB) et aux paysans (art.9 du TIRPAA), constitue une réponse à l’extension du champ de la brevetabilité, au mouvement couramment qualifié de « privatisation » ou « d’enclosures du vivant ». Les brevets se développent notamment dans le secteur semencier, créant monopoles et exclusion, évolution entérinée et confortée par l’Accord sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle liés au Commerce de l’OMC. Ce dernier accord permet néanmoins aux pays de mettre en place des systèmes de droits de propriété intellectuelle sui generis, adaptés à leur situation nationale. C’est dans ce contexte qu’est souvent inscrite la question des droits des communautés locales, associés à la protection de leurs savoirs et pratiques en matière de gestion de la biodiversité.

Cette journée de séminaire, organisée dans le cadre du projet Biotek, a pour objet de faire un point sur la gestion collective de la biodiversité locale, sauvage et cultivée, dans les pays du Sud. On s’intéressera en particulier aux thématiques suivantes :
  • le processus de requalification des savoirs locaux
  • les cadres institutionnels relatifs à la conservation de la biodiversité, au recours à la participation, à la reconnaissance des savoirs locaux et leurs points de convergence
  • les modes organisationnels que ces évolutions suscitent en termes de gestion de la biodiversité
On précisera les perspectives historiques et les conditions de leur émergence, les acteurs clés, la définition et les statuts attribués aux savoirs locaux. On cherchera à rendre visible les relations et interactions entre ces constructions sociopolitiques. Peut-on faire l’hypothèse d’un ensemble cohérent de préoccupations qui structurent progressivement une démarche d’ingénierie sociale ?

Cette journée est préparée par Valérie Boisvert (UR 199 de l’IRD), Elise Demeulenaere (UMR Eco-anthropologie-ethnobiologie, CNRS-MNHN) et Florence Pinton (UFR  de sociologie, AgroParisTech, chercheur associée à l’UR 199).

Programme

8H30-9H00 Accueil des participants

9H00 Introduction
Valérie Boisvert, Elise Demeulenaere, Florence Pinton

9H30 Première session animée par Valérie Boisvert

9h30-10h15 Graham Dutfield (University of Leeds)
Traditional Knowledge Diplomacy: A Critical History

10h15-11h00 Elsa Faugère (INRA Avignon), Christine Demmer (INRA Avignon) et David Dumoulin (Paris 3, IHEAL) :
 Les grandes expéditions naturalistes contemporaines à l'aune de la Convention sur la Diversité Biologique et de la Bioprospection

11H00-11H30 Pause café

11H30 – 12H15 Deuxième session animée par Florence Pinton

Florent Kohler (Université de Tours et CREDA (CNRS/Paris 3) :
Biodiversité culturelle: une approche critique

12H15-14H15 Pause déjeuner

14H15- 15H00 Deuxième session (suite)

Vincenzo Lauriola (INPA, UR 199 IRD Orléans) :
Accès et partage des avantages (APA) et statut des savoirs traditionnels au Brésil. Réflexions à partir des droits indigènes et de l’expérience du CGEN (Conseil de gestion du patrimoine génétique).

15H00-16H30Troisième session animée par Elise Demeulenaere

15h00-15h45 Devra Jarvis (Bioversity International):
Integrating indigenous knowledge and practices with field and laboratory measurements to enable local communities to better conserve and benefit from the crop genetic resources in their production systems

15h45-16h30 Shawn McGuire  (University of East Anglia) :
Moving from ‘knowledge’ to ‘practice’: what does an analysis of farmers’ and scientists’ seed systems for sorghum say for participatory plant breeding in Ethiopia ?

16h45-17H15 Discussion finale et clôture de la journée

Lieux

  • AgroParisTech, 16 rue Claude Bernard
    Paris, France

Dates

  • mardi 01 juin 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • savoirs locaux, biodiversité, participation

Source de l'information

  • Elise Demeulenaere
    courriel : elise [dot] demeulenaere [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Prise en compte des savoirs locaux dans la gestion de la biodiversité », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 01 juin 2010, http://calenda.org/201332