AccueilMilitantisme et répression. Perspectives comparées

Militantisme et répression. Perspectives comparées

Militantism and Repression. Comparative Perspectives

Quatrième congrès international des associations francophones de science politique

Fourth international conference of political science associations in the French-speaking world

*  *  *

Publié le mercredi 16 juin 2010 par Karim Hammou

Résumé

L’objectif de cette session thématique est de proposer une réflexion comparée sur la mise en forme et le devenir d’engagements militants par l’expérience de la répression, au-delà des situations de changements de régime ou des ruptures politiques. Plutôt que de se limiter à une réflexion en termes de structure d´opportunités, il semble désormais prioritaire d’étudier l’expérience et les effets de la répression sur les réseaux de mobilisations collectives et les trajectoires individuelles. Les propositions de communication devront s'attacher à décrire l'expérience de la répression dans les trajectoires militantes dans différents contextes géographiques, pour souligner des phénomènes de continuité, de bifurcation et de désengagement militant.

Annonce

APPEL À COMMUNICATION - 4e Congrès International des Associations francophones de Science politique Bruxelles, 20, 21 et 22 avril 2011

Section thématique - "MILITANTISME ET RÉPRESSION. PERSPECTIVES COMPARÉES"

Date limite pour l’envoi des propositions de communication : 15 juillet 2010

Responsables

  • Daniela Cuadros (Université de Paris I, CESSP-CRPS Paris)
  • Daniella Rocha (Université de Brasilia et IRIS-EHESS Paris)
  • Mathieu Turgeon (Université de Brasilia et Université North Texas)

Trop centrée sur les effets de la répression, la littérature sur les mouvements sociaux s’est encore   peu penchée sur l’expérience de la répression elle-même (Fillieule, Bennami-Chraïbi, 2003). Si nombre de travaux ont fait état de la répression étatique comme contexte défavorable à la protestation, d’autres ont souligné au contraire les effets de radicalisation de la protestation induits par la répression (Opp, Roehl, 1990). Toutefois, dans le cas des contextes répressifs, il est désormais largement acquis que l’intensification de la répression a le plus souvent pour corollaire l’intensification de l’action protestataire, notamment au sens d’une diversification des organisations susceptibles de s’engager dans la résistance d'une part et du renforcement de réseaux de militants préexistants (religieux ou syndicaux par exemple) investis dans l’opposition d'autre part (Price, 1990; Olivier, 1990; Khawaja, 1993 ; Rasler, 1996 ; Francisco, 1996 ; Lichbach, 1995). Ce dernier constat a notamment conduit les théoriciens du processus politique à réformer leur modèle d’analyse centré sur l’étude de la structure des opportunités politiques, pour inciter à mieux rendre compte du rôle de la répression dans la création des conditions favorables à la contestation (Goldstone, Tilly, 2001). Pourtant leurs propositions n’ont pas encore pallié au manque de travaux sur la manière dont l’expérience de la répression peut marquer durablement le devenir des organisations engagées dans la contestation.

Qu’il s’agisse d’utiliser la violence pour sanctionner la protestation, de produire un changement de régime par un coup d’Etat ou d’assurer le maintien d’un gouvernement autoritaire, on peut désormais légitimement se demander quels facteurs favorisent le développement des résistances politiques et comment l’expérience de la répression peut se trouver à l´origine de phénomènes de confirmation, reconversion, bifurcation (Bessin, Bidart, Grossetti, 2010) des trajectoires militantes, voire de désengagement militant (Fillieule, 2005).

L’histoire est importante pour situer l’actualité de la protestation et se pencher sur les parcours des militants qui l’animent nous semble particulièrement heuristique. En ce sens rappeler la manière dont les opposants sont perçus tant sous les régimes répressifs que dans les régimes qui les succèdent n’est pas un effort vain, car il y a souvent continuité des dispositifs sécuritaires et juridiques des Etats à l’endroit des mobilisations collectives entre les régimes politiques, particulièrement lorsqu’il s’agit d’empêcher une mobilisation collective par la violence. Or des formes plus relâchées de répression sont aussi généralement présentes. Les mesures pouvant être prises contre ceux qui sont jugés contrevenir aux règles, aux lois ou aux options d'un gouvernement, peuvent être de l’ordre de la prévention, auquel cas l’infiltration des groupes militants peut devenir routinière. Mais surtout, la condamnation morale est très souvent utilisée, en particulier les diverses formes discursives de la disqualification.

D’un point de vue général, l’objectif de cette session thématique qui se déclinera en deux séances est de proposer une réflexion comparée sur le devenir des formes d’engagement militant ayant permis de s’opposer dans des contextes répressifs. Il s’agit de poser ainsi la problématique de la mise en forme d’engagements durables par l’expérience de la répression, au-delà donc des changements de régime, des ruptures politiques et des événements ayant donné lieu à la radicalisation de certaines formes d’opposition (action clandestine et lutte armée par exemple).

Plutôt que de se focaliser sur les discontinuités des répertoires d´action collective ou de se limiter à une réflexion en termes de structure d´opportunités politiques, il semble désormais prioritaire d’étudier l’expérience de la répression et ses effets sur les réseaux militants à l’échelle des mobilisations collectives et des trajectoires individuelles d’engagement. Il deviendra ainsi possible de mieux observer tant les continuités que les mutations de l’action collective à travers le temps.

Jusqu’à présent les débats sur la sociologie de l’engagement militant ce sont essentiellement centrés sur des travaux menés en Europe en général et en France en particulier (Siméant, Sawicki, 2009). Par contraste, cette section thématique sera l'occasion d'accomplir une double ambition, celle d'élargir la réflexion à d'autres contextes géographiques (Afrique, Amérique Latine, Asie, Europe du Sud…) et celle d'engager la comparaison au-delà des frontières hexagonales.

Les propositions de communication devront s'attacher à décrire l'expérience de la répression dans les trajectoires militantes, pour souligner des phénomènes de continuité, de bifurcation et de désengagement militant. Elles pourront par exemple aborder la question de savoir ce que rester dans l'opposition signifie, montrer la manière dont certains militants entrent dans l’arène politique institutionnelle ou encore comment d’autres mettent davantage en avant les marques de la violence subie pour justifier leur (dés)engagement.

La date limite pour l’envoi des propositions de communication est fixée au

01 septembre 2010

D’un maximum de deux pages, mettant en valeur le terrain d’enquête et l’approche, elles seront envoyées à daniela.cuadros@ens.fr et à daniella.decastrorocha@gmail.com 

Références citées

  • Bessin (Marc), Bidart (Claire), Grossetti (Michel) (dir.), Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l'événement , Paris, La Découverte, 2010.
  • Fillieule (Olivier), Bennani-Chraïbi (Mounia), "Exit, voice, loyalty et bien d’autres choses encore…", dans Fillieule (Olivier), Bennani-Chraïbi (Mounia), Résistances et protestations dans les sociétés musulmanes , Paris, Presses de Sciences Po, 2003.
  • Fillieule (Olivier) (dir.), Le désengagement militant , Paris, Belin, 2005.
  • Francisco (Ronald A.), "Coercion and Protest: An Empirical Test in Two Democratic States", American Journal of Political Science , 40 (1), 1996, p.179-204.
  • Goldstone (Jack A.), Tilly (Charles), "Treat (and Opportunity): Popular Action and State Response in the Dynamic of Contentious Action" dans Aminzade (Ronald) et al, Silence and Voice in the Study of Contentious Politics , Cambridge, Cambridge University Press, 2001, p.179-194.
  • Khawaja (Marwan), "Repression and Popular Collective Action: Evidence from West Bank", Sociological Forum , 8, 1993, p.47-71.
  • Lichbach (Mark Irving), The Rebel’s Dilemma , Ann Arbor, University of Michigan Press, 1995.
    Olivier (Johan L.), "Causes of Ethnic Collective Action in the Pretoria Witwatersrand and Triangle, 1970 to 1984", South African Sociological Review , 2, 1990, p.89-108.
  • Opp (Karl-Dieter), Roehl (Wolfgang), "Repression, Micromobilization, and Political Protest", Social Forces , 69 (2), 1990, p.521-547.
  • Price (Robert M.), The Apartheid State in Crisis. Political Transformation in South Africa , 1975-1990, New York, Oxford University Press, 1990.
  • Rasler (Karen), "Concessions, Repression and Political Protest in the Iranian Revolution", American Sociological Review , 61, 1996, p.132-152.
  • Siméant (Johanna), Sawicki (Frédéric), "Décloisonner la sociologie de l’engagement militant. Note critique sur quelques tendances récentes des travaux français", Sociologie du Travail , 51 (1), 2009, p. 97-125.

Lieux

  • Bruxelles, Belgique

Dates

  • mercredi 01 septembre 2010

Mots-clés

  • militantisme, répression, trajectoires d´engagement

Contacts

  • Daniella Rocha
    courriel : daniella [dot] decastrorocha [at] gmail [dot] com
  • Daniela Cuadros
    courriel : daniela [dot] cuadros [at] ens [dot] fr

Source de l'information

  • Daniella Rocha
    courriel : daniella [dot] decastrorocha [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Militantisme et répression. Perspectives comparées », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 16 juin 2010, http://calenda.org/201457