AccueilLa traduction des noms propres dans le contexte des écrits de voyage

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Publié le mardi 22 juin 2010 par Karim Hammou

Résumé

D’Ibn Battuta à James Cook, de Luis Chang à Marco Polo, de Jules Verne à Bruce Chatwin, des journaux de bord aux carnets illustrés en passant par les mémoires, les voyages ont de longue date donné lieu à des récits, biographiques ou de fiction, à des formes d’écriture diverses qui semblent susciter un engouement croissant, à en juger par les ventes en librairie de ce type d’écrit ou par le succès renouvelé d’année en année du festival « Etonnants voyageurs » organisé par Michel Le Bris. L’École supérieure d’interprètes et de traducteurs réunit, dans le cadre d’une journée d’étude organisée par son Centre de recherches en traductologie (Cr-Trad), des traducteurs qui feront part de leur expérience, aborderont et développeront les problématiques spécifiques à ce champ de la pratique.

Annonce

LA TRADUCTION DES NOMS PROPRES DANS LE CONTEXTE DE LA  TRADUCTION DES ECRITS DE VOYAGE

VENDREDI 1ER OCTOBRE 2010

ESIT (CENTRE UNIVERSITAIRE PARIS-DAUPHINE)
SALLE 7

D’Ibn Battuta à James Cook, de Luis Chang à Marco Polo, de Jules Verne à Bruce Chatwin, des journaux de bord aux carnets illustrés en passant par les mémoires, les voyages ont de longue date donné lieu à des récits, biographiques ou de fiction, à des formes d’écriture diverses qui semblent susciter un engouement croissant, à en juger par les ventes en librairie de ce type d’écrit ou par le succès renouvelé d’année en année du festival « Etonnants voyageurs » organisé par Michel Le Bris.
L’Ecole Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs réunit, dans le cadre d’une journée d’étude organisée par son Centre de recherches en traductologie (Cr-Trad), des traducteurs qui feront part de leur expérience, aborderont et développeront les problématiques spécifiques à ce champ de la pratique.

Programme

Matinée : 9h – 12h 30

9h-9h 15 : Accueil des participants et introduction par Colette Laplace, Directeur du
CR-Trad

Modérateur : Fayza El Qasem

  • 9h15 – 9h 45 : Sofiane Bouhdiba : « Les Traducteurs européens face à la cartographie arabe »
  • 9h 45- 10h 15 Boussif Ouasti : « Comment j’ai traduit les noms propres du récit de voyage du Marocain Assafâr en France en 1845-1846 »
  • 10h 15-10h 45 Débat

10h45-11h Pause

Modérateur : Colette Laplace

  • 11h-11h30 Anne-Lise Weidmann : « Norme, pragmatisme et frustration : la traduction des noms propres dans le documentaire de voyage »
  • 11h 30-12h Sophie Lechauguette : « Traduction de guides touristiques »
  • 12h- 12h 30 Débat

Après Midi 14h 30-17h

Modérateur : Freddie Plassard

  • 14h 30-15h : Thierry Gallèpe : « Dénomination et traduction de noms propres en récit de voyage : l’exemple de ‘Reise um die Welt’ de A. von Chamisso confronté à ses traductions en français, espagnol et anglais »
  • 15h-15h 30 : Evgeny Shokhenmayer : « Noms propres dans le journal de voyage de Nikita Demidoff »
  • 15h 30-16h : Zsuzsanna Vajdovics : « Les noms propres à travers deux continents, trois langues et quatre pays : traduction des noms dans les versions du roman brésilien auto-traduit du docteur Lenard en hongrois, allemand et anglais »
  • 16h- 16h 30 Débat

16h 30 : Conclusions : Colette Laplace et Freddie Plassard

Intervenants et résumés :

1/ Sofiane Bouhdiba est Professeur de Démographie à l’Université de Tunis, où il enseigne la démographie du monde arabo-musulman. Il a également enseigné dans de nombreuses universités au Maghreb, au Moyen Orient, en Europe et en Afrique.
Il a travaillé en tant que consultant sur des questions de population pour le compte d’ONG et d’agences des Nations Unies et notamment sur des questions de morbidité et mortalité. Ses recherches sur les populations l’ont souvent amené à travailler sur des cartes arabes originales ou traduites.

Résumé de l’intervention : « Les traducteurs européens face à la cartographie arabe »
L’expansion rapide du monde arabo-musulman a permis aux conquérants, marins et géographes arabes de visiter de nombreux pays. Ce fut l’occasion pour eux de réaliser des relevés de terrain et de dresser un impressionnant corpus de cartes géographiques terrestres et marines. Son intervention portera sur le mouvement de traduction effréné auquel se sont livrés les Européens afin d’intégrer le tracé des cartes arabes à leur propre cartographie.
Après un bref rappel de l’histoire de la cartographie arabe, S. Bouhdiba examinera les difficultés rencontrées par les traducteurs européens, en particulier lorsqu’il s’est agi de traduire des noms propres, des noms de lieux, de mers, de montagnes, etc.
Dans la dernière partie de son intervention, il tentera de montrer comment la traduction des noms propres arabes a fini par contribuer à mettre en place une véritable méthodologie de traduction de l’arabe vers les langues latines.

2/ Boussif Ouasti est Professeur d’université honoraire à l’Université Abdelmalek Essaadi, ex-enseignant-chercheur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Tétouan (Maroc), comparatiste ayant travaillé sur la littérature de voyage et de l’immigration et membre du CRLV de l’université Paris IV Sorbonne et de plusieurs équipes de recherche. Il a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels on retiendra :

  • La Rihla d’Ibn Battûta : Voyageur écrivain marocain. Paris : L’Harmattan, 2006 (325 p.)
  • Voyage dans l’Empire chérifien de Jean Potocki dans Œuvres de Jean Potocki. Edition critique réalisée sous la direction de F. Rosset et D. Triaire, Louvain-Paris, Peeters, 2004, t.I.
  • Profils du Maroc : Voyages, Images et Paysages, Tanger, Altopress, Publications de la Faculté des Lettres de Tétouan, 2001 (320 p.).
  • Tétouan de Délo ou la Fille de Grenade vue par un voyageur français au seuil du XIXe siècle. Tétouan, Club du Livre, 1996.

Résumé de l’intervention : « Comment j’ai traduit les noms propres du récit de voyage du Marocain Assafâr en France en 1845-1846 »
Dans notre traduction de la relation de voyage d’Assafar à Paris, nous avons essayé de conserver, autant que possible, la couleur du temps et l’intention de l’auteur. Quelques critères ont retenu notre attention :
- la transcription des noms avec rectification de la prononciation : ex. « brifi » en arabe, traduit par « préfet », « al-Kadach » traduit par « le coche »,
- la traduction française de termes arabes tels que « al-ifranj », traduit par « Français »,
- la recherche de correspondances ou de néologismes adéquats pour les termes inexistants en arabe, ou leur reformulation sous forme de phrases ou de métaphores : le terme « kawazit » traduit « gazette », « Jnân, as-Sultân » , littéralement le « verger du sultan », traduit par « Le Jardin du Roi ».
Nous voudrions, à partir d’un corpus, étudier comment nous avons essayé de surmonter les obstacles d’ordre linguistico-culturel afin de ne pas trahir le sens.

3/ Anne-Lise Weidmann est diplômée de l’Institut de traducteurs, d’interprètes et de relations internationales de Strasbourg (ITI-RI), elle travaille depuis 2003 dans la traduction technique et audiovisuelle. Elle est de langue maternelle française et traduit à partir de l’allemand et de l’anglais. Les événements l’ont amenée à se spécialiser – un peu involontairement – dans le documentaire : elle a ainsi traduit en voice-over ou en sous-titrage près de 300 programmes, tous formats confondus, principalement pour la chaîne Arte, mais aussi pour France 5, Discovery Channel, Planète ou encore Odyssée. Elle est par ailleurs membre du conseil d’administration de l’ATAA (Association des traducteurs-adaptateurs de l’audiovisuel) depuis sa création en 2006 et espère contribuer, à ce titre, à une meilleure (re)connaissance des métiers parfois mal compris de la traduction audiovisuelle.

Résumé de l’intervention : « Norme, pragmatisme et frustration : la traduction des noms propres dans le documentaire de voyage »

Le documentaire de voyage conduit le traducteur à se plonger dans un univers parfois inconnu, souvent exotique, dans un délai relativement bref. Les noms propres y occupent une place non négligeable et leur traduction nécessite le recours à des sources et à des stratégies spécifiques pour restituer et/ou franciser toponymes et anthroponymes. Contrainte supplémentaire, ces recherches terminologiques se doublent nécessairement de recherches phonétiques, le texte du documentaire étant destiné à être enregistré par un comédien. En la matière, le traducteur est souvent amené à trouver un compromis entre la norme prescrite par les sources dites « de référence » et un certain pragmatisme imposé par la nature du support qu’il traduit, destiné à un média de masse. Il en résulte une négociation constante et parfois frustrante – une situation bien connue des traducteurs, mais qui a de quoi surprendre, à première vue, puisqu’il est « simplement » question de transposer des noms propres d’une langue dans une autre.

4/ Sophie Léchauguette est traductrice professionnelle, membre de l’ATLF, elle traduit des ouvrages pragmatiques, allant des livres d’art aux manuels de bricolage en passant par les guides de voyage mais aussi des textes de sciences humaines. Elle enseigne l'anglais à l'université des Sciences de Bordeaux 1 où elle assure des cours d'aide à la rédaction d'articles scientifiques en anglais aux étudiants doctorants. Doctorante, elle a entrepris un travail de recherche en traductologie au sein de l'équipe EA 4196 CLIMAS de Bordeaux 3 où elle prépare une thèse sur les spécificités de la traduction des textes pragmatiques et de leur didactique. Ses recherches l’amènent à s’intéresser aux rapports entre le texte et la maquette des ouvrages dans la mesure où l’iconographie va influencer la rédaction de la
traduction.
Résumé de l’intervention : « La traduction des noms propres dans les textes pragmatiques. L’exemple des guides touristiques »
Les guides touristiques offrent un corpus idéal pour réfléchir à la traduction des noms propres puisqu’ils en comportent un grand nombre, dans toutes les catégories (toponymes, exonymes, anthroponymes, ethnonymes). Le partage des chapitres entre plusieurs traducteurs fait naître le besoin d’une coordination qui donne naissance à un péritexte réunissant consignes, notes et autres échanges entre les intervenants. Mieux que la comparaison entre texte source et texte cible, l’étude de ces documents apporte un nouvel éclairage sur les conditions d’exercice des traducteurs, et par ricochet sur leur activité. Si le déplacement du pouvoir décisionnel d’un traducteur travaillant seul vers un secrétaire d’édition, ne change pas la problématique, il n’est pas, on le verra sans incidence sur la manière de traduire, ou non, les noms propres. Élargissant un peu la discussion, j'évoquerai également l'influence des collections et des attentes prêtées au lectorat sur les options de francisation dans des ouvrages d’art, qui eux aussi font voyager.

5/ Thierry Gallèpe est germaniste de formation, Professeur de linguistique allemande à l’université F. Rabelais de Tours. Le domaine essentiel de ses activités de recherche, non limitées à la linguistique allemande, est la présentation du discours et la production du sens au in des interactions verbales, et c’est dans ce cadre qu’il s’est donné comme objet de recherche les didascalies au sein des textes de théâtre ; il a ensuite élargi la perspective en travaillant sur la présentation du discours autre au sein des textes de fiction narrative. Par la suite, il a été conduit à élargir son domaine de recherche aux noms propres et donc à leur traduction. Il a étudié de la sorte tout d’abord la traduction des anthroponymes dans les textes de théâtre puis il s’est tourné ensuite vers la traduction des anthroponymes entre autres dans la fiction narrative. Il consacre une petite partie de son temps à la traduction ; il a ainsi assumé la responsabilité de la coordination de la traduction en français de l’ouvrage suivant, consacré à la narratologie, et pour laquelle il a lui-même traduit certaines contributions : Pier, John (dir.) 2007. Théorie du récit. L'apport de la recherche allemande. Lille, Presses du Septentrion. Parmi ses nombreuses publications, on retiendra également :

  • Gallèpe, Thierry (2006) : « Anthroponymes en textes de théâtre : drôles de noms propres. » Méta 51 n° 4, décembre 2006 : La traduction des noms propres, pp. 651 - 59.
  • Gallèpe, Thierry (2007) : « Anthroponymes, toponymes et autres "magiconymes" : leur traduction dans les versions française et allemande De Harry Potter and the Order of the Phoenix. » Nouveaux Cahiers d'Allemand n° 4, pp. 351 - 68.
  • Gallèpe, Thierry (2009) : « La "traduction" en allemand des noms propres en fiction narrative : jeux sémiques, génériques et textuels. », Cahiers d'études germaniques n° 56 Traduire, adapter, transposer, pp. 77 - 89.

Résumé de l’intervention : « Dénomination et traduction de noms propres en récit de voyage : l’exemple de ‘Reise um die Welt’ de A. von Chamisso confronté à ses traductions en français, espagnol et anglais »
Non disponible

6/ Evgeny Shokhenmayer a obtenu une thèse de doctorat (« Champs associatifs des noms propres et mécanismes de la compréhension textuelle ») avec la mention magna cum laude, après quatre années de recherches dans le laboratoire MoDyCo du Professeur Jean-François Jeandillou, École Doctorale « Connaissance, langage, modélisation », Université Paris Ouest Nanterre La Défense.
Elle a traduit, enseigné et fait des recherches sur les langues étrangères pendant deux ans en Russie, quatre ans en France et trois ans en Allemagne. Elle s’intéresse à la "proprialité" (properhood), l'onomastique, la sémantique associative et présuppositionnelle, aux études culturelles et cognitives, à l’intertextualité et à l’interculturalité. D’origine germano-russe, elle a étudié les langues romanes et germaniques. Elle est actuellement professeur de langue (française, latine, anglaise et russe) à la Gesamtschule de Minden (Allemagne, Rhénanie).

Résumé de l’intervention : « Noms propres dans le journal de voyage de Nikita Demidoff »

Le « Journal de voyage » de N.A. Demidoff est une source précieuse pour qui veut observer la pénétration de termes étrangers dans la langue russe. Nikita Akinfievitch Demidoff est un industriel et mécène russe du XVIII siècle. Au cours de ses nombreux voyages, il a acquis une bonne connaissance des innovations industrielles, des mœurs et de la culture des pays d'Europe.
Il a publié en 1786 un Journal de ses voyages à l'étranger. Celui-ci suscite notre intérêt car c’est à la fois une œuvre destinée à la presse, c’est-à-dire une œuvre censée respecter les normes de la langue russe et un journal de voyage reflétant les particularités de la langue parlée à cette époque dans les autres pays européens.
L'abondance de mots étrangers et de noms propres européens (allemands, français, anglais et italiens) dans le Journal de voyage prouve que l'auteur ne se posait pas en défenseur de la pureté de la langue russe et voyait dans les termes et les noms propres étrangers la possibilité d'élargir les représentations que le lecteur russe pouvait avoir des pays européens et de leurs cultures.

7/ Zsuzsanna Vajdovics est née à Budapest en 1967 et vit actuellement en Italie. Elle est traductrice et interprète indépendante, doctorante à l’Université ELTE de Budapest en littérature hongroise contemporaine. Elle a traduit l’œuvre de Sándor Lénárd [Alexander Lenard] (1910-1972) et conduit des recherches sur cet auteur. Publications et traductions en Hongrie et en Italie :

  • Sándor Lénárd (2010) : Családtörténeteim, Budapest, Typotex Kiadó, (traduction)
  • Sándor Lénárd (2008) : Roma 1938-43, Dialoghi clandestini del tempo di guerra, Cassino, Francesco Ciolfi editore, (traduction)
  • „Le storie romane” di Sándor Lénárd, in : „Rivista di Studi Ungheresi”, 2004/4 (essai)
  • Gli anni romani di Sándor Lénárd, in : „Annuario. Studi e documenti italo-ungheresi,” Roma-Szeged, 2005 (essai)

Résumé de l’intervention : « Les noms propres à travers deux continents, trois langues et quatre pays : traduction des noms dans les versions du roman brésilien auto-traduit du docteur Lenard en hongrois, allemand et anglais »
Cette communication propose, à travers l’analyse de brefs extraits de textes parallèles, d’examiner comment un projet de traduction ouvertement proclamé « cibliste » met en œuvre des stratégies d’adaptation pour chaque public visé par l’auteur-traducteur, y compris dans l’utilisation des noms propres.
Ces textes seront tous tirés de l’œuvre d’Alexander Lenard (1910-1972), médecin, homme de lettres, poète, latiniste, musicien, polyglotte, essayiste, et bien sûr traducteur. Son roman, Kuh auf dem Bast (traduit avec les titres Valley of the Latin Bear et Völgy a világ végén), expression du désir de jeter un pont entre les mondes dans un contexte interculturel, décrit le cadre et la vie d’une petite communauté brésilienne vu par les yeux d’un réfugié partagé entre la nostalgie de la vie européenne perdue et le bonheur de la paix retrouvée.

Catégories

Lieux

  • ESIT Centre universitaire Dauphine
    Paris, France

Dates

  • vendredi 01 octobre 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • traduction, nom propre, littérature de voyage

Contacts

  • Mireia Sirol
    courriel : Mireia [dot] Sirol [at] univ-paris3 [dot] fr

Source de l'information

  • Freddie Plassard
    courriel : fplassard [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La traduction des noms propres dans le contexte des écrits de voyage », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 22 juin 2010, http://calenda.org/201494