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Communications-organisations et pensées critiques

Critical Thinking and Organisational Communication Modes

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Publié le lundi 28 juin 2010 par Marie Pellen

Résumé

Ce colloque porte sur l’usage des théories critiques dans le champ de la recherche sur les communications des organisations. Il envisage la contribution de cette orientation spécifique des sciences de l’information et de la communication (SIC) à l’enrichissement d’une pensée critique fondée en raison. Cet événement aura lieu à l'Université de Lille III (Lille, France) les 5 et 6 juillet 2011.

Annonce

Ce colloque porte sur l’usage des théories critiques dans le champ de la recherche sur les communications des organisations. Il envisage la contribution de cette orientation spécifique des sciences de l’information et de la communication (SIC) à l’enrichissement d’une pensée critique fondée en raison.

Le but de ce colloque est donc double :

Premièrement, il s’agit de porter au jour les diverses orientations critiques proposées par les chercheurs dont les travaux relèvent de ce domaine : quels sont les savoirs, théories, et concepts mobilisés ? Qu’apportent ces approches critiques à la compréhension des phénomènes communicationnels et organisationnels ? Quels sont les terrains de recherche et les objets communicationnels investis par la critique ? Sur quels présupposés concernant l’organisation, le travail, la société et l’être humain se fonde la démarche critique ?

Deuxièmement, il s’agit d’envisager la contribution des théories de la communication dans l’affirmation de la pensée critique au sein des travaux en communication des organisations. S’il est indéniable que les chercheurs prennent appui sur la sociologie critique et sur la philosophie sociale, il convient ici de se demander si les analyses communicationnelles peuvent enrichir les débats qui traversent les théories critiques. Quel est l’apport des SIC dans le champ des théories critiques ? Dans quelle mesure une meilleure connaissance des phénomènes communicationnels qui traversent les organisations pourrait-elle enrichir ou mettre en débat les théories critiques ? Quels sont les théories et concepts qui relèvent spécifiquement des sciences de l’information et de la communication et qui s’inscrivent dans une orientation critique ? Comment les concepts critiques classiques sont-ils importés et utilisés dans le champ des communications des organisations ?

La communication des organisations, comme objet de recherche, est entendue ici dans une acception très large ; il renvoie à des notions telle que : « communication organisante », « organisation communicante » ; « communication et activité de travail », « communication et management »,  « information et communication en organisation » etc.

Ce qui nous préoccupe, en regard de cette diversité et de cette hétérogénéité des approches existant dans ce champ, c’est cette orientation particulière de la recherche qui relève d’une démarche critique.
Ce que nous entendons par « démarche critique »
Une première réponse à la question de la définition d’une démarche critique consiste à préciser le type de critique qui n’entre pas dans nos préoccupations.
La critique, c’est-à-dire grossièrement l’activité de jugement et/ou de mise en cause, étant au principe même de la recherche scientifique, n’est pas spécifiquement visée par ce colloque.          
                                                                                                                           
Ce que nous plaçons sous le terme de « critique » ne concerne pas non plus la démarche utilitariste qui consiste, en s’appuyant éventuellement sur des méthodes et des théories relevant des sciences humaines et sociales, à mettre au jour des problèmes, à en proposer des explications, qui débouchent sur des préconisations, des orientations de changements, d’améliorations, etc. et dont la visée  est d’améliorer la performance du système (de l’organisation) en vue d’atteindre ses finalités.

La critique dont il est question relève de ce qu’on peut appeler la critique sociale.
En premier lieu, elle consiste en un dévoilement et une mise en cause d’un ordre social, à travers l’analyse des pratiques et des dynamiques sociales  constitutives de cet ordre. En second lieu, il s’agit d’une démarche réflexive sur les enjeux, les conséquences, les implications de ces pratiques et de ces dynamiques sur les individus ou les groupes. Ces enjeux, conséquences, et implications, renvoient plus spécifiquement et dans leur dimension conceptuelle, à un ensemble de catégories, qui sont les catégories classiques de la pensée critique : aliénation, réification, emprise, perte de sens, domination, assujettissement, mépris, désubjectivation, injustice, etc.

La portée critique de ces catégories tient principalement à ce ceci : d’une part elles renvoient à une forme de négation de ce qui constitue l’Homme, selon un point de vue anthropologique ; d’autre part elles s’opposent à d’autres catégories qui relèvent de valeurs ou d’idéaux touchant aux conditions d’un ordre social acceptable pour les membres d’une société : justice, liberté, démocratie, autonomie, égalité, réalisation de soi, etc. Ces valeurs ou ces idéaux constituent un appui plus ou moins explicite, plus ou moins théorisé, pour la critique, mais aussi pour la définition des conditions d’un ordre acceptable. En outre, la souffrance ressentie individuellement et collectivement dans un contexte social donné constitue un repère pour interroger cet ordre et le lien entre souffrance et catégories de la pensée critique.
Enfin, ce rapport de la critique à un cadre normatif d’acceptabilité est aussi ce qui définit la démarche par rapport à une orientation émancipatrice qui lui est nécessairement associée. Ainsi, la critique peut s’envisager comme dévoilement d’un ordre, dont la mise à la portée des individus a une fonction émancipatrice, en raison des changements représentationnels, socio-cognitifs et dispositionnels qu’elle vise à provoquer. C’est ainsi, par exemple, que Bourdieu envisageait la sociologie.

La critique sociale peut aussi se comprendre comme une démarche qui, parce qu’elle s’appuie sur une théorie du social, se donne pour tâche de définir les critères éthiques à l’aune desquels des pathologies sociales sont diagnostiquées. Plus positivement, elle est un modèle de réflexion au sein duquel sont explicités les critères d’une « vie bonne et réussie », et les conditions sociales de la réalisation de soi de l’individu. Dans cette perspective de recherche, le théoricien élabore un cadre conceptuel de façon à comprendre les mécanismes de la domination sociale. Dans la tradition de l’école de Francfort, l’approche critique doit s’acquitter d’une tâche supplémentaire qui consiste à penser les ressources sociales de son dépassement critique (Honneth, 2006).

Enfin, c’est une approche qui, en prenant appui sur une théorie du social, place le conflit, les rapports de force et les rapports de pouvoir au principe même du social et de la vie en société.
Ce présupposé théorique n’est évidemment pas négligeable dès lors qu’on s’intéresse à la communication des organisations, dans le sens où il permet d’envisager les organisations selon les dynamiques conflictuelles qui les constituent. Dés lors, la communication peut être envisagée comme un moyen d’agir sur les rapports de force et de pouvoir. Cependant, le lien entre communication et catégories de la pensée critique peut aussi s’envisager, en dehors d’une logique de maîtrise des rapports de force, comme la conséquence non voulue d’une dynamique sociale,  en prise avec les contraintes des systèmes dans lesquels évoluent les organisations, soit le système capitaliste dans sa forme actuelle, néolibérale, ou encore le système politico-administratif.

Replacée selon une perspective critique, la recherche en communication des organisations pourrait être définie comme une analyse des enjeux, des effets, et des implications des pratiques de communication des organisations du point de vue des catégories de la pensée critique. La notion de communication  renvoie à un ensemble hétéroclite de pratiques, de relations, de dispositifs, médias, outils, contenus, réseaux, programmes, technologies… repérables dans des organisations, et/ou constitutives des formes organisationnelles.
La démarche critique consiste ainsi à mettre au jour, dans un contexte donné, les liens entre communication et catégories de la pensée critique, à mettre en évidence les processus à l’œuvre dans cette mise en lien, en mobilisant un savoir théorique et conceptuel, notamment  en information et communication.

Contexte et intentions

Ce colloque s’inscrit dans un contexte un peu particulier, marqué par un ensemble de phénomènes, qui est de nature à inscrire la critique dans l’air du temps, et peut-être aussi à alimenter la recherche et la pensée critique : précarisation des salariés, souffrance au travail, restructuration/réorganisation des organisations marchandes, pression économique, crise financière, écologique, restructuration des composantes de l’Etat, etc.
Ce contexte est aussi celui de l’importance, voire de la centralité de la communication, dans la gestion des organisations (y compris la gestion des subjectivités), dans l’organisation des organisations marchandes et non marchandes (à travers des discours, des relations, des technologies). On peut souligner ici l’omniprésence des TIC, leur importance dans la transformation des organisations, du contenu de l’activité de travail, des relations de travail et des relations sociales.

Ce contexte est celui d’un certain renouveau de la pensée sociale : on pense ici plus particulièrement au développement d’une sociologie davantage centrée sur l’individu, qui s’attache à mettre en évidence les transformations du rapport individu/société qui découlent de transformations économiques, culturelles, idéologiques (pour exemple : A. Ehrenberg, R. Castel, J.C. Kaufmann, D. Martuccelli, R. Senett, C. Lasch, etc, etc.)
On pense aussi au renouvellement de la théorie critique de la société, dans le sillage de l’école de Francfort, porté par le philosophe et sociologue Axel Honneth avec une théorie d’un agir communicationnel fondé sur le concept de reconnaissance.
 On pense enfin à l’influence grandissante de la sociologie pragmatique pour la recherche en communication des organisations.

 En France, l’approche critique est une orientation reconnue de la recherche en communication des organisations, qui a sa place dans les revues, dans les rencontres scientifiques, mais qui en même temps demeure dispersée, et donc insuffisamment visible. Une raison de ce colloque est ainsi de donner une visibilité à cette orientation.

Une autre raison, plus fondamentale, est de mieux comprendre ce domaine, de prendre la mesure des pratiques de recherches, des réflexions actuelles sur les communications des organisations qui s’inscrivent dans une telle perspective, tant en France qu’à l’étranger, portées aussi bien par des chercheurs relevant des sciences de l’information et de la communication que des chercheurs d’autres disciplines. Dans le prolongement, l’ambition de ce colloque est évidemment de permettre que des échanges et des confrontations puissent avoir lieu, et de nourrir un projet d’édition.

Conférenciers invités :

  • Eve Chiapello (HEC, Paris),
  • Bernard Floris (Université de Grenoble),
  • Casper Hoedemaekers (Cardiff Business School, Wales),
  • Christian Le Moenne (Université de Rennes 2),
  • Robert MCPhee (Université d’Etat d’Arizona, USA),
  • Olivier Voirol (Institut für Sozialforschung, Frankfurt, Deutschland).

Propositions de contributions

Les contributions attendues porteront sur les axes ou orientations suivants :

1 : Catégories de la pensée critique et recherche en communication des organisations.

On attend ici des propositions générales qui tiennent une position réflexive et aussi synthétique sur la recherche critique en communication des organisations.
Les propositions porteront plus particulièrement sur les cadres épistémologiques et théoriques dans la démarche critique, sur l’intérêt et les limites de tel ou tel cadre de la pensée critique, tel ou tel courant, tel ou tel auteur pour appréhender la communication des organisations d’un point de vue critique.
Elles analyseront les évolutions dans le temps des approches critiques.
Elles s’attacheront également à porter au jour les catégories de la pensée critique, et l’apport des SIC dans la théorisation de ces catégories et dans leur renouvellement.
Enfin, en référence aux orientations actuelles de la recherche dans ce domaine, les contributions porteront sur la portée critique de celles-ci ; ces recherches, dans le sillage de la sociologie pragmatique,  participent à un mouvement significatif qui rompt avec l'orientation critique ; le projet de ces "anthropologues de la communication" vise à retourner aux "choses mêmes", notamment en se donnant pour objet premier d'observer, de décrire et d'interpréter des situations dans lesquelles les individus se livrent à la construction commune du sens.
Les contributions s’attacheront alors à expliciter les finalités critiques attachées à cette posture théorique, sur la façon dont ces chercheurs se saisissent des outils conceptuels de la sociologie critique.

2 : Les terrains et les objets : approches empirique et critique

Les propositions attendues concernent plus particulièrement les approches critiques qui s’appuient sur des études empiriques portant sur des pratiques informationnelles et communicationnelles, sur les usages des TIC, des médias, sur des situations particulières de communication, sur des discours, des dispositifs managériaux, etc.

3 : Critiquer la critique

Les contributions apporteront des réflexions critiques sur les approches critique de la communication des organisations, sur les apories, les incohérences scientifiques ou encore sur leurs implications sociales et politiques, c’est-à-dire sur l’acceptabilité des modes de vivre (ou de travailler) ensemble qu’elles sous-tendent.

4 : Pratiques critiques et pratiques d’émancipation

Les contributions porteront sur l’analyse des discours critiques portés par les acteurs sociaux, concernant les communications des organisations.
Elles porteront aussi sur les formes de résistances, ainsi que sur les potentiels émancipateurs de la communication dans les organisations (à travers des pratiques clandestines, des détournements, des usages non officiels des TIC, etc.)

5 : Former aux/par les approches critiques

Enfin, dans le prolongement de l’axe précédent, des contributions portant sur la formation dans le champ de la communication et des organisations sont attendues ; il s’agit notamment de réfléchir sur les enjeux de la démarche critique dans la formation de ceux qui travaillent dans les organisations, et en particulier des professionnels de la communication, des gestionnaires, et des managers ;  il s’agit également, à partir d’études de terrain, d’interroger l’actualisation de la démarche critique dans les pratiques professionnelles,  et d’interroger la contribution de cette actualisation à des formes d’émancipation dans les organisations.

Soumission et mise en page

Les propositions de communication rédigées en français ou en anglais sont à envoyer au plus tard le 31 octobre 2010 à Thomas Heller (thomas.heller@univ-lille1.fr), à Romain Huët (romain_huet@yahoo.fr), et à Bénédicte Vidaillet (benedicte.vidaillet@univ-lille1.fr) . Elles seront évaluées en double-aveugle.

Pour cela, elles doivent être enregistrées en deux fichiers sous le format .rtf.
  • Premier fichier : titre de la communication, nom, prénom, institution, adresse postale, adresse électronique.
  • Deuxième fichier : communication seule anonyme (vous veillerez aussi à effacer la trace de votre identité sur le fichier), comprenant : le titre, l’axe dans lequel se situe la proposition, quelques mots-clefs, le texte, et quelques références bibliographiques.

Présentation

Titre de la communication : Times new roman, gras, taille 18 pour le titre, suivi du prénom, nom et institution représentée en gras, taille 12.
Police : Times new roman, taille 12 pour le texte et taille 10 pour les notes de bas de page. Interligne simple. Sans autre enrichissement typographique que les italiques quand nécessaire pour le corps du texte, et le gras pour les titres.
Pas de rentrée d’alinéa par tabulation au début des paragraphes, mais un alinéa de 0,75 cm. N’introduisez surtout pas de feuille de style.
Volume :
Pour la proposition de communication : 5000 signes (espaces compris) au maximum (bibliographie non comprise).
Pour la communication : 30.000 signes (espaces compris, bibliographie non comprise)
Une réponse sera donnée aux auteurs début décembre.
Les textes des contributions seront envoyés au plus tard le 30 avril.

Comité scientifique

  • Luc Bonneville (Université d’Ottawa, Canada),
  • Jean-Luc Bouillon (Université Versailles Saint-Quentin),
  • Valérie Carayol (Université de Bordeaux 3),
  • Andrea Catellani (Université Catholique de Louvain, Belgique),
  • Olivier Chantraine (Université de Lille 3),
  • Patrick Chaskiel (Université de Toulouse 3),
  • Jean-Philippe Cobbaut (Université catholique de Lille),
  • Alessia Contu (University of Landcaster, UK, sous réserve)
  • Dominique Cotte (Université de Lille 3),
  • Patrice de la Broise (Université de Lille 3),
  • David Douyère (Université de Paris XIII),
  • Bernard Floris (Université de Grenoble 3),
  • Eric George (Université de Montréal, Canada),
  • Thomas Heller (Université de Lille 1 et Lille 3),
  • Casper Hoedmaekers (Cardiff Business School, Wales, sous réserve)
  • Romain Huët (Université de Rennes 2),
  • Christian Le Moenne (Université de Rennes 2),
  • Valérie Lépine (Université de Grenoble 2),
  • Jacquie L’Etang (University of Stirling, Scotland, UK – sous réserve)
  • Robert Mac Phee (Université d’Etat d’Arizona, USA),
  • Elise Vandeninden (Université de Liège, Belgique),
  • Bénédicte Vidaillet (Université de Lille 1),
  • Olivier Voirol (Institut für Sozialforschung, Frankfurt, Deutschland)

Lieux

  • Université Charles de Gaulle Lille 3, Rue du Barreau, Villeneuve d'Ascq (59650)
    Lille, France

Dates

  • dimanche 31 octobre 2010

Mots-clés

  • communications, organisations, pensées critiques

Contacts

  • Huet Romain
    courriel : romain_huet [at] yahoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Romain Huët
    courriel : romain_huet [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Communications-organisations et pensées critiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 28 juin 2010, http://calenda.org/201524